LIVRE I. CIIAP. XXI
» être bien éloigné de la présence de vos yeux. » Yoyex par là quels sont la faveur et Tappui que les justes reçoivent de Dieu dans leurs pressantes adversités.
Ce qu'il y a de remarquable en ces paroles , est principalement « qu'il les cachera dans le plus secret » de sa face. » D'où nous devons conclure , comme dit un interprète , que , comme les rois de la terre voulant mettre un homme en sûreté , le retirent dans leur palais , afin que non - seulement les murs de la maison royale , mais même les yeux du roi le protègent contre tous ses ennemis ; ce prince souverain défend les siens avec cette même sollicitude: aussi les saints, quoique environnés de toutes parts de très-grands dangers et de tentations très-violentes , demeuraient néanmoins l'esprit aussi tranquille , et l'ame aussi peu émue , que s'ils n'eussent rien senti , parce qu'ils tétaient bien assurés que cette fidèle garde qui veillait sur eux ne les abandonnerait jamais ; au contraire , qu'elle leur était d'autant plus présente que leurs dangers étaient plus pressans.
C'est ce qui arriva à ces trois jeunes hommes que Nabuchodonosor fit jeter dans la fournaise de Baby- Jone, lorsque l'ange du Seigneur, se promenant visiblement entre eux , changeait la violence des flammes en la fraîcheur d'une rosée. Le tyran même , étonné de celte merveille, s'écria [Dan. 3. v. 1) «N'avons-nous pas jeté trois hommes liés dans lafour- » naise ? Quel est ce quatrième que je vois avec eux , » si beau , qu'il semble être Je Fils de Dieu? » Voyez combien l'assistance de Dieu est certaine au temps de l'alHiction. Ce que fit ce même Dieu pour l'enfant Joseph après qu'il eut été vendu par ses frères, n'eit
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pa^ une moindre preuve de cette vérilé. II est écrit au livre de la Sagesse {Sap. lo. v. i3), «Qu'il des- » cendil avec lui dans la prison , et qu'au milieu de » ses chaînes il ne l'abandonna jamais , jusqu'à lui » mettre entre les mains le sceptre et l'empire d'E- » gypte , lui donner pouvoir sur ceux qui l'avaient » affligé , et convaincre de mensonge et de calomnie » ceux qui avaient diffamé son honneur, et terni la » gloire de sa réputation. » Ces grands eremples font bien connaître la vérité de cette promesse du Seigneur, qui dit par le Prophète {Ps. 90. v. i5) «Je » suis avec lui dans l'affliction , je l'en délivrerai et le » glorifierai. » Heureuse certes l'affliction qui nous rend dignes d'une si glorieuse compagnie : « Si cela » est de la sorte , dirons- nous avec saint Bernard » (Serm. 17 in Psul. 90) , donnez-moi toujours des » afflictions , Seigneur , afin que vous soyez toujours » avec moi. »
Il iaut encore ajouter à ces grâces le secours de toutes les vertus , qui en ces occasions viennent , chacune avec ses armes , pour fortifier le juste affligé. Car , comme lorsque le cœur est en quelque violente oppression , tout le sang court à son aide , afin qu'il ne tombe point en défaillance ; de même , quand l'ame se trouve en quelque grand péril , toutes les vertus se rangent aussitôt auprès d'elle pour l'assister, chacune selon son pouvoir. La foi se présente la première, accompagnée d'une connaissance ferme et inébranlable des biens et des maux de l'autre vie , en comparaison desquels tout ce qu'on peut souffrir en celle-ci n'est rien ; l'espérance la suit , inspirant le courage par l'attente de la récompense ; l'amour ds