LIVRE U CHAP. XXI
Dîcu Vient de même , et en nous montrant Jésus- Christ souffrant , nous fait chérir les croix ; Tobéissance et la conformité aux volontés de Dieu s'y rendent aussi , nous apprenant à recevoir avec douceur et sans murmure ce qui vient de la main de sa providence; la patience nous donne de la force pour supporter tous les fardeaux dont on nous charge ; l'humilité fait ployer les cœurs , comme de jeunes arbres , aux vents impétueux des afflictions , et les abaisse sous la main puissante de Dieu , en leur faisant comprendre que tout ce qu'ils peuvent souffrir est beaucoup moins que ce que leurs fautes méritent. Ainsi , les vertus nous soutiennent en ces rencontres périlleuses. Elles fortifient le cœur et par la douce influence de l'énergie propre à chacune d'elles , et par leurs exhortations ; car la foi dit jwemièrement ( Rom. 8. V. 18) , « Que les souffrances de ce monde » ne sont pas dignes de la gloire qui nous sera révé- » lée en l'autre ; » la charité , qu'il est bien raisonnable que nous souffrions quelque chose pour celui qui nous a tant aimés : la reconnaissance nous représente avec Job ( Joif. 2. v. 10 ), « Que si nous » avons reçu des biens de la main tie Dieu , il est » juste aussi que nous en recevions des afllictions » lorsqu'il les envoie ; » la pénitence , qu^'il est bon que celui qui a commis tant de choses contre la volonté de Dieu , supporte quelque chose contre la sienne propre ; la fidélité , qu'il est raisonnable que nous soyons une fois fidèles envers celui qui l'a toujours été si exactement envers nous , et qui nous a comblés de tant de grâces : la pénitence nous apprend encore [Rom. 5. r. 3) , a Que la persécution produit
» en nous la patience , que la patience sert d'épreuve B à notre foi , que cette épreuve affermit notre espé- » rance , et que cette espérance ne sera pas vaine , » et ne laissera pas l'homme confus; » l'obéissance , qu'il n'y a point de plus grande sainteté , ni un sacrifice plus agréable à Dieu , que de se conformer en tout à sa volonté.
Entre toutes ces vertus , celle qui fortifie davantage les justes , et qui rend leurs cœurs plus fermes au milieu de l'afTliction, c'est l'espérance. Ceci nous est enseigné par l'Apôtre , qui n'a pas sitôt achevé de dire {Rom. 12. v. 12 ), «Vous réjouissant dans l'espérance, » qu'il ajoute aussitôt : prenant patience en vos travaux: Il comprenait que l'un était la suite de l'autre , c'est-à-dire , que de la joie de l'espérance naît la force de la patience. Aussi c'est pour cette raison que le même Apôtre appelle cette espérance , une ancre; parce que , de même que l'ancre enfoncée en terre tient assuré le navire qui est sur l'eau , et fait qu'il méprise les vagues et la toui-mente ; de même l'espérance vive , attachée fortement aux promesses solides du Ciel, affermit l'ame du juste au milieu des tempêtes de ce siècle , et lui en fait mépriser tous les vents. On dit qu'un saint se voyant environné d'afflictions, avait coutume de dire : « Le bien » que j'espère est si grand , que toutes mes peines » me sont agréables. »
Voilà donc comment toutes les vertus s'accordent pour fortifier le cœur du juste dans l'affliction. S'il arrive après cela qu'il s'affaiblisse , elles reviennent à lui avec plus de chaleur , et semblent lui parler à peu près en ces termes ; Quoi donc ! si dans le temps
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