‹ Le guide des pécheursChapitre 127 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. XXI

de la peine, et lorsque Dieu veut vous éprouver , vous perdez votre force, où est la foi que vous devez avoir en lui ? Où est la charité , le courage , l'obéissance , la patience , la fidélité et la ferveur de l'espérance ? Elait-C€ pour tomber dans cette lâcheté que vous vous êtes si souvent préparé au bien ? Estce là ce que vous avez si souvent désiré et demandé à Dieu ?

Considérez que le devoir du chrétien n'est pas seulement de prier , de jeûner et d'entendre la messe ; mais qu'il faut de plus que Dieu vous trouve fidèle comme un autre Job ou un autre Abraham au temps de l'affliction. Ainsi l'homme juste , se fortifiant de ces considérations et des vertus qu'il possède , mais surtout de la grâce divine , qui ne l'abandonne jamais 5 supporte ce fardeau non-seulement avec pa tience , mais encore avec action de grâces et plaisi Pour prouver ceci , il nous suffira d'alléguer l'exemple de Tobie, dont l'Ecriture dit ( Toh, 2. v- 12 ) : fl Que Dieu ayant permis , après plusieurs afflictions , « qu'il perdît la vue, afin de servir aux hommes d'un » rare exemple de patience , il ne s'affligea pas pour » cela , ni ne diminua rien de la fidélité et de l'obéis- » sance qu'il avait pour Dieu avant ces rudes visi- » tes. » L'Ecriture en ajoute aussitôt la cause , lorsqu'elle dit ( Ihid. v. i5 ) : « Que dès le temps de sa » plus tendre jeunesse ayant toujours vécu en la crain- » te de Dieu , il ne murmura point contre lui de ce » coup de verge ; au contraire , persévérant constam- » ment dans sa crainte , il lui rendait grâces tous les A jours de sa vie. » Voyez si le Saint-Esprit pouvait plus clairement faire voir que la patience dans l'af-

Grïwade. Guide. \, JH

"îgO LE GUIDE DES PÉCnEURS.

fliction était la récompense de la vertu de ce saint homme , et de la crainte qu'il avait pour Dieu ? Il me serait facile de rappeler ici beaucoup d'autres exemples aussi admirables. Combien de serviteurs et de servantes de Dieu ont supporté avec grande joie et grande constance de longues maladies et d'aulres afflictions , trouvant la douceur dans le fiel , le calme dans la tempête, et un agréable rafraîchissement au milieu des flammes de la fournaise de Babyloue !

De Cimpatience et de la fureur des méchans dans leurs afflictions.

Qu^est-ce , au contraire , de voir les méchans dans Taflliction ? Ils n'ont ni charité , ni patience , ni force , ni espérance , ni aucune autre vertu : les maux les surprennent désarmés. La lumière pour comprendre le bien qu'ils pourraient tirer de leurs épreuves, leur manquant , ils ne s'y attachent pas avec une vive espérance ; et ils n'ont jamais connu par expérience cette bouté paternelle que Dieu a pour ses élus. C'est une chose pitoyable de voir comme ils s'abîment dans le gouffre de leurs adversités , sans qu'ils puissent ni trouver pied pour s'assurer , ni poser la mani pour «e soutenir. Privés de toute sorte de secours , naviguant sans gouvernail, et combattant sans armes, qu'ont-ils à attendre , sinon de périr dans la tourmente , et de mourir au combat ? La furie des vents et des àfilielions les fait écîiouer contre les écueils de la colère , de l'orgueil, du découragement, de l'impa-

Page 1