‹ Le guide des pécheursChapitre 128 sur 142 · LIVRE I. CHAP. XXI. 29 I · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAP. XXI. 29 I

tience , du blasphème et du désespoir. Comme les justes, ainsi que l'or pur , se maintiennent sains cl entiers dans le creuset de l'adversité , les pécheurs , comme un vil étain , se fondent par la force de la première chaleur : de sorte que l'on entend sans — cesse «retentir les voix de salut dans les tabernacles » des justes ; »> au lieu que dans ceux des médians on n'y entend que des voix de tristesse et de confusion. Considérez en effet à quelles extrémités se portent chaque jour plusieurs femmes sans foi comme sans espérance , lorsqu'elles perdent leurs enfans ou leurs maris : les unes se cachent en des lieux obscurs ^ où jamais le soleil ne pénètre ; d'autres s'enferment en des cachots comme des bêtes farouches ; d'autres se précipitent au milieu des flammes : d'autres , poussées de rage et ennuyées de cette vie, se donnent d«^ la tête contre les murailles; nousen voyons qui me. • rent par la seule impatience de la douleur , laissant ainsi une pauvre famille désolée et sans appui.

Ce qu'il y a de pis, c'est que la violence de leur affliction les fait souvent blasphémer contre Dieu : elles accusent sa providence , elles condamnent sa justice, elles vomissent des injures contre sa miséricorde, ouvrant leurs bouches sacrilèges contre le Ciel , pour s'en prendre à Dieu même : tout ceci retombe enfin sur elles , et leur cause d'autres misères encore plus grandes , juste punition de leur témérité. C'est ce que doivent attendre tous ceux qui osent insidter le Ciel , et se soulever contre la volonté du Tout - puissant. Mais par une miséricorde très-admirable , ces châtimens sont quelquefois le remède des péchés qui les OBt mérités ; et de nouvelles épreuves brisant ces

cœurs superbes , les font s'humilier sous la maiu qui Jes frappe.

Hors c€s rares exemples , les médians privés de la vertu , vont inutilement heurter contre les bancs et les rochers de ce monde. Ils blasphèment lorsqu'ils auraient sujet de louer Dieu ; ils s'enflent d'orgueil pour ce qui les devrait humilier ; ils s'endurcissent aux châtimens , et deviennent pires par les remèdes ; ce qui est en effet un vrai commencement d'enfer , et une image du châtiment qui levir est préparé en l'autre vie. Car si l'enfer n'est autre chose qu'un lieu jde péchés et de peine , c^ue manque-t-il à cet étsit , où il y a tant de l'un et de l'autre , pour n'être pas un enfer ? Quel déplaisir et quelle douleur de voir que les afîlictions étant inévitables , et que reçues avec patience elles deviennent beaucoup plus aisées à supporter 5 et même tiennent lieu de mérite pour les âmes , ces malheureux perdent par 1-eur faute le fruit inesUmable de la patience , et rendent leur fardeau plus pesant! C'est certes un grand tourment de travailler beaucoup -et de ne rien gagner , mais c'en est un incomparablement plus grand , de perdre même tout ce que l'on a gagné , et après avoir passé ime fort mauvaise nuit , de rencontrer un plus mauvais jour.

Tout ceci nous fait voir le différent usage que les bons et les méch:>asfont de leurs afflictions ; de quelle paix et de quelle joie jouissent les uns , pendant que les autres sont accablés d'ennuis et d'inquiétudes.

Outre le bonheiu" de cette paix , les justes savent encore profiter des afflictions , qui sont si nuisibles aux méchans. Car , comme dit saint Chrysostôme

Page 1