‹ Le guide des pécheursChapitre 133 sur 142 · LIVRE I. CHAP. XXir. 5o · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAP. XXir. 5o

/) sortiez par une seule porte pour alier contre eux , » mais que vous vous en retourniez par sept autres » pour vous enfuir , et que vous soyez dispersés par » tous les royaumes de ïa terre; que votre cadavre » serve de pâture à tous les oiseaux de l'air , à toutes » les bêtes de la terre, et qu'il ne se trouve personne » pour les chasser ; que le Seigneur vous envoie pour » châtiment la folie , l'aveuglement et la fureur , en » sorte que vous alliez tâtonnant les murailles en » plein midi, comme font les aveugles dans l'obscu- » rite, sans que vous puissiez trouver votre chemin ; ?» qu'en tout temps vous soyez persécutés de calom^ » nies, et que vous souffriez toutes sortes de violences^ 9 sans qu'il y ait personne qui vienne à votre se- » cours ; que la femme que vous épouserez soit dés- » honorée par un autre ; que vous n'habitiez jamais » dans la maison que vous aurez bâtie, et que jamais î) vous ne vandangiez la vigne que vous aurez plan- B tée ; que votre bœuf tombe mort devant vous sans » que vous en puissiez manger ; que votre bétail vous » soit enlevé devant vos yeux sans qu'ion vous le ren- » de ; que vos fils et vos filles soient livrés à un autre t peuple ; que vos yeux voient ce mialheur ; qu'à » ce triste objet vous séchiez de douleur , et que » vous n'ayez aucune force pour les secourir; que » vous soyez la fable du monde, et un sujet de ri- » sée et .de moquerie à toutes les nations de la ter- » re. w

Enfin , après plusieurs autres effroyables malédictions, il ajoute encore ( Ihid. ) : « Toutes ces malé- » dictions tomberont encore sur vous, et vous saisi- » ront jusqu'à ce que vous périssiez. Et parce que

» vcus n'avez pas voulu servir votre Dieu avec joie et » allégresse de cœur, pour reconnaître les biens qu'il » vous avait donnés en abondance, vous servirez, af- » famés, altérés, nus et pauvres, l'ennemi qu'il en- » verra contre vous , et vous porterez un joug de fer » qu'il mettra sur vos épaules jvisqu'à vous accabler. » Le Seigneur fera venir des extrémités du monde,

> avec autant de vitesse qu'un aigle, une nation dont

> vcus n'entendrez point la langue, une nation im- » pudente et sans honte, qui n'aura ni respect pour » les vieillards^ ni compassion pour l'enfant, qui en- » lèvera le fruit de vos troupeaux et le fruit de votre n terre ; de sorte qu'elle ne vous laissera ni blé, ni » vin, ni huile, ni bœufs, ni vaches, ni brebis, jus-

> qu'à ce que vous soyez ruinés dans toutes vos vil- » les, et que les murailles hautes où vous mettiez vo- » tre confiance soient rasées. Vous serez assiégés au » dedans de vos portes, et réduits à une telle extrémi- » té, que vous mangerez le fruit de vos entrailles et » la chair de vos enfms et de vos fdles. Voilà l'ex- » trémité à laquelle vous réduiront vos ennemis. »

Il y a plusieurs autres menaces que je ne rapporterai pas ici ; mais quiconque les voudra lire, demeurera dans un étonnement effroyable quand il en verra l'horreur. Peut-être que cela servira aussi pour ouvrir les yeux aux pécheurs, et pour leur faire avoir quelque connaissance de la rigueur de la justice de Dieu et de sa haine contre le péché; puisqu'il emploie de si rudes châtimenspour le puiiir dès cette vie, que penser de ceux qu'il lui réserve dans l'autre, et quel *ujet n'avons-nous pas de compatir à l'insensibilité

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des mccîians , dont l'aveuglcinent est tel, qu'ils ne voient rien des peines qui leur sont préparées !

Ce qui doit le plus nous frapper, c*^est que ces terribles paroles ne sont pas tant des menaecs que de véritables prophéties des malheurs qui arrivèrent depuis à ce peuple infidèie : car au temps d'Achab, les Israélites assiégés en Samarie par l'armée du roi de Syrie ( 4 J^^O- ^ ) ? mangèrent jusqu'aux hommes , jusqu'à la fiente des pigeons , et même ce n'était qu'au poids de l'or qu'on pouvait se procurer de si horribles alimens. Les misères allèrent si loin, que les mères tuèrent leurs enfans pour s'en nourrir : ce que Joseph écrit être aussi arrivé durant le siège de Jérusalem (Joseph, i. y ^ cap. 17). La captivité de ce peuple est assez connue , aussi - bien que l'entière subversion de son royaume ; les onze tribus qui formaient le royaume d'Israël, furent réduites en une servitude perpétuelle par le roi des Assyriens (4 R^O' 17) : et la tribu de Juda, qui restait seule, fut long-temps après ruinée par l'armée des Romains. Dans cette dernière dévastation le nombre des captifs, quoique fort grand, fut encore beaucoup au-dessous de celui des morts.

Que l'on ne se trompe pas non plus en se persuadant que ces menaces ne regardaient que le peuple juif: elles s'adressent à tous ceux qui, ayant connaissance de lalcideDieu,la méprisent et la violent. Dieu mjême le tém.oigne i)ar le prophète Amos, en disant [Amos. 9. v. 7) : « Peut-être que ce n'est pas » moi qui ai retiré les enians d'Israël des mains des 9 Egyptiens, les Palestins de Cappadoce, et les Sy- » riens de Cyrène, parce que les yeux du Seigneur sont

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» sur le royaume qui pèche, pour le détruire, et pour » l'efFacer de dessus la terre. » Cela nous fait connaître que tous les cliangemens d'états et d'empires se font à cause des péchés, et quiconque voudra s'assurer que cela nous regarde , n'aura qu'à lire l'histoire, et il verra comment Dieu traite tous les méehans,et principalement ceux qui, ayant connaissance de sa loi, ne l'ont pas gardée.

C'est le mépris de l'Evangile qui a été cause que les plus considérables parties de l'Europe, de l'Asie et de TAfrique , autrefois remplies de temples et de chrétiens, sont maintenant possédées par les barbares. C'est de là qu'est venue la ruine qu'a soufferte autrefois l'Eglise par l'invasion des Goths , des Huns et des Vandales, qui, au temps de saint Augustin, ravagèrent toute l'Afrique , sans épargner ni le sexe ni l'âge. De cette même cause est venue presque en même temps la désolation du royaume de Dalmatie, et des autres provinces voisines , réduites en un tel état pai' les mêmes barbares, qvie, selon saint Jérôme, qui était de ce pays {S. Hier, in c, i Soph.), ceux qui passaient par ces provinces n'y voyaient plus que le ciel et la terre, tant elles avaient été désolées.

La vertu ne nous aide donc pas seulement à acqviérir les biens éternels, mais encore à nous maintenir dans la possession des biens temporels. Qae la considération de ce petit avantage, jointe à celle des autres , bien plus précieux , que nous avons énumérés , fasse impression sur nos cœurs, pour les porter à l'amour et à la recherche de la vertu , puisqu'elle nous délivre de tant de maux, et qu'elle nous procure tant de biens.

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