‹ Le guide des pécheursChapitre 134 sur 142 · CHAPITRE XXIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIÏ

Douzième privilège de ia vertu; ia jyaisihlemort des gens de Ijien , et ta dêptorahie fin des méchans.

La mort glorieuse des gens de bien est le dernier des privilèges de la vertu , et semble les couronner tous. Car s'il est vrai que c'est à la fin que Ton chante la gloire, est- il rien de plus digne de louanges que la fin des bons, ou de plus malheureux que celle des méchans? David dit (Psat. ii5. v. i5), « Que la » mort des saints est précieuse devant Dieu ; mais » pour l'impie , elle est le p'us grand de fous les » maux.» C'est pourquoi saint Bernard sur ces paroles (Psai. 33. V. 22), (' La mort des pécheurs est » très-mauvaise, » a dit (S. Bcrn. serm. 6 inter parvos) , « qu'elle est premièrement mauvaise à cau^e » de la séparation du monde, plus mauvaise à cause » de la séparation du corps, mais très-mauvaise à cause » de ces deux tourmens éternels , du feu et du ver im- » mortel, qui sont inséparables de cette mort; » car il est sans doute pénible pour le méchant de quitter le monde, plus encore de quitter la cliair, mais incomparablement plus dur de souffrir les tourmens de l'enfer.

Ce sont donc ces maux joints ensemble qui affligent les médians à leur mort; ils ressentent premièrement les accidens de leur maladie, les douleurs du corps, les terreurs de Tame, les ennuis de leur état

SoG LR GUIDK DES Pl'CIlEUnS.

présent, l'inquiétude de ce qui doit bientôt arriver, la mémoire des péchés passés, la crainte du compte qu'il faut rendre, la terreur du jugement, l'horreur de la sépulture, la séparation de tout ce qu'ils aiment, biens, amis, femme, enfans , et enfin de la lumière et de la vie même. Chacune de ces choses les travaille d'autant plus qu'elle leur était plus chère ; car, comme dit excellemment saint Augustin [dô Civit.): « On ne quitte point sans douleur ce que l'on a aimé » avec plaisir ; » et selon le sentiment d'un philosophe : « On craint d'autant moins la mort qu'on a » moins goûté la vie. »

Mais ce qui tourmente sur toutes choses le méchant en cet état , est le remords de sa mauvaise conscience, et la juste appréhension des peines qui lui sont préparées;, l'homme se réveillant à la vue de la mort, ouvre les yeux pour considérer ce à quoi il n'avait pas voulu penser durant sa vie. Eusèbe Emissène donne une belle raison de ceci dans une de ses homélies [S. Eiichcr, ûom. i, ad Monach.) : o Tous » les soins , dit-il, d'avoir ou de chercher les choses » nécessaires à la vie, cessant alors, l'ambition des » honneurs et des richesses cessant aussi, et l'homme > n'ayant plus de pensée, ni pour travailler, ni pour » faire la guerre, ni pour tout autre emploi, il s'en- » suit nécessairement que l'ame vide de toute autre » occupation, ne pense qu'au compte qu'elle doit » rendre , et que tous ses sens sont préoccupas du ■ seul poids des jugemens de Dieu. Or l'homme ré- » diiit en cet état, voyant que la vie s'en va et que la » mort vient, oublie facilement le présent qu'il quît- » te, pour penser à l'avenir qui TaUend. C'est alors

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» qu'il voit que tous les plaisirs sont passés, sans r qu'il en reste autre chose que ramertume des pé- » chés qu'il a commis, et qui vont servir de matière » à la justice divine. »

Le même docteur poursuivant ce sujet dans une autre homélie, dit encore : « Pensons, je vous prie, » quels seront les regrets de Tame négligente au sor- » tir de cette vie ; quelles seront ses angoisses, ses té- 3> ncbres et son obscurité, lorsque, parmi les ennemis » dont elle se trouvera environnée, elle verra sa pro- » pre conscience s'élever la première pour raccuscr, » et lui rappeler tous les péchés qu'elle aura commis » durant la vie. Elle seule, sans qu'il soit be.oin » d'autre preuve, se présentera à nos yeux pour nous » convaincre par son témoignage, et nous confondre » par sa connaissance : rien ne pourra se cacher » alors ,' on ne pourra rien nier, puisqu'il ne faudra > pas aller loin, ni sortir hors de nous-mêmes pour » trouver noire accusateur et notre témoin. »

Mais le cardinal Pierre de Damien poursuit bien plus au long et plus divinement cette matière. Yoici ce qu'il en dit (Petr. Damian. c. G, in institut. Montai, ad Blancam Coniitissain) : « Lorsque l'ame » d'vm pécheur commence à sortir des prisons de sa » chair, considérons de quelles craintes elle est com- » battue, et de quels aiguillons sa conscience est pi- » quée. Cette amese ressouvient des péchés qu'elle a » commis; elle voit les commandemens de Dieu qu'elle » a méprisés; elle s'afïlige d'avoir inutilement con- » sumé le temps de la pénitence, et se tourmente de » voir que le terme inévitable du compte qu'elle doit » rendre, et le temps de la vengeance divine, est ar-

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» rivé. Elle voudrait bien demeurer, mais elle est ■ contrainte de partir ; elle voudrait recouvrer ce y> qu'elle a perdu, mais on ne lui en donne pas leloi- » sir : si elle tourne les yeux en arrière, elle voit que > tout le cours de sa vie est passé, comme un mo- » ment ; si elle les jette devant elle, elle aperçoit Tes- » pace d'une éternité infinie qui la regarde ; elle » pleure, parce qu'elle a perdu une foie infinie, » qu'elle eût pu facilement acquérir durant le peu s de temps qu'elle a été au monde ; elle se désespère w de s'être privée pour jamais de la douceur d'un re- » pos perpétuel , pour un plaisir si court ; et ce qui » augmente sa confusion, est de considérer que pour s flatter ce misérable corps qui doit être rongé devers, » elle s'est négligée elle-même, elle qui devait avoir » place entre les chœurs des anges. Contemplant ainsi B les richesses immortelles auxquelles elle a renoncé » pour jouir de quelques biens périssables , elle de- » meure confuse de sa malheureuse conduite ; mais * lorsqu'abaissant sa vue , etle regarde d'en haut la » vallée obscure et affreuse de ce monde, et qu'elle » voit d'ailleurs luire la clarté de cette lumière éter- » nelle , elle connaît , mais trop tard , que tout ce » qu'elle aimait ici-bas n'était qu'obscurité. 0 si elle » pouvait alors obtenir un peu de délai pour faire » pénitence, quelles austérités n'ëmbrasserait-elle » point ! à quelles promesses, à quels vœux et à quel- » les prières ne se voudrait-elle point obliger! Pen- » dant que le méchant roule ces pensées dans son » cœur , les messagers et les avant-coureurs de la » mort s'approchent; les yeux s'obscurcissent et s'en- » foncent, l'estomac se soulève, la voix devient en-

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