LIVRE I. CHAP. XXUL Sog
» Touée, les membres se gèlent, les dents se noircis- » sent, la bouche se remplit d'écume , et la couleur » du visage s'altère. Au milieu de ces sinistres pré- » paratifs à la mort, toutes les œuvres, les paroles et » les pensées de sa mauvaise vie se présentant à sa » pauvre ame, rendent de tristes témoignages contre » elle , et l'accusent d'être la cause de tous ses cri- » mes ; bien qu'il détourne ses yeux de ces tristes ob- » jets pour ne pas les apercevoir, il est néanmoins » contraint de les regarder. Ajoutons à cela d'un » côté l'horrible présence des démons, de l'autre cel- >) le de la vertu et des anges bienheureux ; car on » voit aussitôt auxquels des deux doit appartenir cet- » te proie, parce que, si le mourant porte avec lui » des œuvres de piété , il est consolé par les applau- >■> dissemens des anges; mais si au contraire l'horreur » de ses vices mérite un autre traitement , il est  » l'heure même saisi d'une effroyable crainte et » d'un horrible désespoir, et ainsi il est détaché de j) sa misérable chair, et précipité dans les flammes » éternelles. » Peut-il y avoir quelque chose de plus pressant pour faire connaître aux hommes quels soins ils devraient employer pour éviter la malheureuse condition des médians, puisqu'ils doivent avoir une si misérable fin ?
Si les biens de ce monde pouvaient au moins nous être alors de quelque utilité , ce serait une consolation au milieu d'un si affreux dénûment ; mais il n'en faut plus rien espérer , car il est certain que ni les honneurs, ni les richesses , ni les amis , ni les serviteurs , ni les parens , ni quoi que ce soit au monde , ne peut à cette heure nous secourir , n'y ayant
5lO LE GUIDIi DES PicUEURS.
que ia. vertu seule et rinnocence de la vie dont les hommes puissent en ce moment tirer avantage ; « Parce que les richesses, comme dit le Sage [Prov. j» 11. V.4) ? seront inutiles au jour de la vengeance, » et la justice seule délivrera de la mort. » Le méchant abandonné de la sorte , et privé de tout secours , est saisi d'épouvante lorsqu'il faut aller seul et délaissé , comparaître devant le tribunal de la justice divine-
De ta mort des juntes.
Comme le méchant reçoit en cette extrémité le châtiment de tous ses crimes , le juste y trouve le salaire de ses mérites. L'Ecclésiastique en rend témoignage par ces paroles [Ecoles, i. v. i3): « Celui » qui craint Dieu , sera bienheureux en sa fin , et à » l'heure de sa mort il sera béni ; » c'est-à-dire , il sera récompensé de ses peines. C'est ce que nous enseigne plus clairement saint Jean , dans TApocaljpse , où il dit , qu'il entendit une voix du Ciel qui lui commandait d'écrire , et les paroles qu'elle lui dictait étaient celles-ci ( Apocat. i^. v. i3 ) : « Bienheu- > reux les morts qui meurent dans le Seigneur; le » Saint-Esprit leur dit que le temps est venu de se B reposer de leurs travaux , parce que leurs bonnes » œuvres les accompagnent. » Puisque le juste a celte assurance de la propre bouche de Dieu , comment pourra-t-il perdre courage à la mort , se voyant près d'aller recevoir ce qu'il a recherché toute sa vie ?
C'est pouiTjuoi Job dit {Job. w.v. 17 ) : « Qu'i