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> rheure du soir le juste sera éclairé de la lumière » du midi , et que lorsqu'il lui semblera qu'il va être » éteint , il reluira comme une étoile. » Saint Grégoire dit sur ces paroles (S. Grcg. , /. lo , Moral. , Cl): « Que cette splendeur du matin parait au j> juste sur le soir, parce qu'à l'heure de sa mort il j) aperçoit la clarté et la gloire qui lui sont prépa- » rées ; et qu'ainsi au moment où les autres pleurent s et s'afïligent , il est consolé en Dieu en qui il a mis I) toute sa confiance. » Salomon témoigne la même chose en ses Proverbes [Prov. i4« t^- 3a ) ; car il est dit : 0 Le méchant sera rejeté pour sa malice ; mais » le juste sera assuré à l'heure de sa mort. » Peut-on voir une plus grande confiance que celle de saint Martin? le démon osant se présenter à lui, il s'écria: » Que fais-tu ici, bête cruelle ? tu ne trouveras rien » en moi qui t'appartienne , c'est pourquoi le sein » d'Abraham me recevra en paix. » Quelle assurance encore était celle de saint Dominique , qui entouré de tous ses frères qui pleuraient sa mort, à cause du besoin qu'ils avaient encore de ses leçons et de ses exemples , les consolait en leur disant : <i Ne vous afj) fligez point , mes enfans ; je vous serai bien plus » utile au lieu où je m'en vais , que je ne puis vous » l'être ici. »
Quelle crainte peut avoir de la mort un homme tellement assuré de son salut , que non-seulement il était certain en son particulier de l'obtenir , mais qu'il promettait encore aux autres de les en rendre participans? C'est pour cette raison que les justes meurent en rendant grâces à Dieu de leur fin , puisque par elle ils finissent leurs travaux , et que ieux"
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félicité commence. Saint Augustin a dit en écrivant sur l'Epître de saint Jean {Ser. ^. in Epistot. B. Joan. ) : « Que ce n'est pas assez dire de celui qui » veut être délié pour se voir avec Jésus-Christ, qu'il » meurt en paix; mais qu'il a vécu en paix , et qu'il » meurt en joie. » Ainsi le juste n'a point de quoi s'afïliger des horreurs de la mort ; au contraire , il meurt en chantant, comme le cygne, donnant gloire à Dieu de la grâce qu'il lui a faite de l'appeler à lui. Il ne craint point la mort , paice qu'il craint Dieu ; et quiconque a la ci*ainte de Dieu , n'a plus sujet de rien craindre. Il ne craint point la mort, parce qu'il n'a pas aimé la vie , et qu'il l'a employée tout entière à se préparer à bien mourir ; l'homme qui se tient bien sur ses gardes ne doit point redouter ses ennemis ; il ne craint point la mort , parce qu'il est riche de bonnes œuvres , et qu'il sait bien qu'il aura un juge favorable , disposé à lui faire grâce , en vue des efforts qu'il a faits pour le servir; enfm, il ne craint point la mort, parce que pour le juste elle est un [sommeil , un passage , un dernier jour qui borne ses travaux , un chemin pour passer à la vie , et un degré pour monter à l'immortalité ; car depuis que la mort a passé par les conduits et par les veines de la vie , elle a perdu tout le goût de [mort qu'elle avait auparavant, et a pris les douceurs de la vie.
Il ne s'étonne pas non plus des accidens qui se rencontrent en cette dernière heure , parce que ce sont comme les douleurs de l'enfantement au milieu desquelles il renaît à l'éternité. Il ne perd point courage au souvenir de ses péchés , il sait que Jésus- Christ son rédempteur, auquel il a toujours tâché
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de plaire , sera son avocat pour le défendre contre la rigueur des jugemens divins , son chef et son capitaine pour le protéger en la présence des démons ; il n'a pas horreur de la sépulture, parce que sa foi lui apprend qu'il faut semer dans cette terre un corps animal et corruptible , pour le voir naître un jour incorruptible et spiriUiel.
Puisque la fin couronne l'œuvre , et que le dernier jour, comme dit Sénèque {^Scnec. ep. 13 ), est celui qui fait juger tous les autres , et qui condamne ou justifie tout le temps passé ; la fin des bons si tranquille et si paisible , et celle des médians au contraire si pénible et si inquiète, sont sans doute des moHfs assez puissans pour nous faire quitter une méchante vie, et nous faire suivre la bonne. Que me servent tous les plaisirs, toutes les richesses et toutes les grandeurs du monde , si à la fin je suis précipité dans l'enfer ? Et en quoi me peuvent nuire toutes les misères et les afflictions de la vie , si je puis fînir en paix, les portant dans mon cœur comme des gages assurés de la gloire qui m'est préparée ?
Quelle que soit l'habileté de l'impie, toute sa capacité n'a servi qu'à lui apprendre à acquérir des choses qui le rendront plus vain , plus voluptueux , plus puissant pour le mal , plus impuissant pour le bien , et lui faire trouver la mort d'autant plus amère, que sa vie a été plus douce. S'il est en ce monde quelque prudence et quelque sagesse , c'est celle qui nous prépare à bien mourir, puisque le principal devoir du Sage est de disposer les moyens pour parvenir à la fin. Un médecin est habile lorsqu'il sait à propos ordonner la médecine pour la santé ; celui-là
Grewade. Guide. \, O
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aussi sera parfaitement sage qui saura bien ordonner sa vie pour la mort , c'est-à-dire , pour bien rendre sou compte lorsqu'il lui sera demandé ; car c'est la fin à laquelle on doit rapporter toute la vie.
Quelques exempUs pour prouver ce qui a été dit.
Pour éclaircir davantage ce que i'ai dit , j'ajouterai ici divers exemples remarquables , tirés des dialogues de saint Grégoire , pape.
Il dit ( Cap. i3 ) , « qu'au temps des Goths une très-illustre dame , nommée Gala , fille d'un consul appelé Symmaque , fort jeune encore , fut mariée et veuve dans ime même année. Quoique le monde , son âge et ses richesses l'invitassent à contracter une nouvelle union , elle aima mieux devenir épouse de Jésus-Christ , et célébrer avec lui ces noces qui commencent par des pleurs et finissent par la joie , que de renouveler avec le monde , celles q\ii commencent par la joie et finissent par les pleurs , puisque Tun des deux époux a bientôt à déplorer la perte de l'autre.
« Le veuvage altéra les traits de cette sainte dame ; mais vivement touchée des beautés intérieures de Jésus, elle ne se mit guère en peine de la difformité extérieure de son corps , qui ne déplaisait pas à sou époux céleste ; ayant quitté les habits du monde pour se donner entièrement au service de Dieu , elle entra dans un monastère proche de l'église de saint Pierre ; elle y vécut beaucoup d'années dans une grande sim- ^ilicité de cœur, et dans de grands exercices d'oraison
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.juVlle accompagnait de beaucoup d'aumônes. Jésus- Christ ayant enfin résolu de récompenser les peines et les travaux de sa servante , elle fut attaquée d'un cancer à la mamelle , et son mal l'obligeant de garder le lit , elle tenait toujoui's deux lampes allumées , parce que , comme elle aimait la lumière , elle avait non-seulement aversion pour les ténèbres spirituelles, mais aussi pour les corporelles.
(' Se trouvant une nuit extraordinairement pressée de son mal , elle vit paraître au milieu de ces deux lampes le bienheureux apôtre saint Pierre , sans que cette vision lui donnât aucune frayeur : au contraire , son amour kii faisant prendre courage , toute remplie de joie , elle lui demanda : Quoi donc . grand apôtre , est-il possible que mes péchés me soient pardonnés ? Saint Pierre répondit avec un visage doux : Oui , ils vous sont pai-donnés ; venez-vous-en. Mais cette servante de Dieu étant liée d'une étroite amitié avec une religieuse du même couvent , nommée Benoîte , repartit aussitôt : Je vous prie , gi'and saint , que la sœur Benoîte s'en vienne avec moi. Le saint lui répliqua : Celle-là ne viendra pas encore , mais une autre religieuse , qu'il nomma; et celle que vous demandez vous suivra dans trente jours.
t Ce discours étant fini , la vision disparut, et la malade ayant fait appeler la supérieure du monastère , lui rendit compte de tout ce qui s'était passé. Trois jours après elle mourut , avec celle qui lui avait été nommée , et au bout de trente jours celle qu'elle avait demandée mourut aussi. La mémoire de ce que je dis est encore récente dans ce monastère , et les religieuses d'aujoiu'd'hui , qui ont appris cette his-
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toirc par la tradition de leuis môrcs , la racontent avec autant de sentiment que si elles-mêmes avaient assisté à ce miracle. »
Le même saint , rapporte un autre exemple qui n'est pas moins admirable. « Il y avait , dit - il ( Cap. i4 ) j à Rome un homme appelé Servule , fort pauvre de biens , mais fort riche en mérites. Sa demeure était sous un portail qui servait de passage pour aller à Saint- Clément , et il ne vivait que des aumônes de ceux qui passaient. Il était tellement perclus de ses membres , qu'il ne pouvait ni se lever, ni s'asseoir sur son lit , ni porter sa main à la bouche , non pas même se remuer d'un côté ni d'un autre. Sa mère et un frère qu'il avait lui tenaient compagnie , et l'assistaient ; et lui , par les mains de l'un ou de l'autre , faisait distribuer aux pauvres tout ce qu'il pouvait retirer de ses aumônes. Il ne savait point lire ; néanmoins il avait acheté quelques livres de l'Ecriture ; et lorsque quelques religieux venaient le visiter , il les priait de lire , et de cette sorte il se rendit en quelque façon savant en l'Écriture Sainte. Au j)Ius fort de ses maux il avait toujours grand soin de rendre grâces à Dieu , et s'occupait jour et nuit à tlianter des hymnes et des louanges en son honneur.
* Enfin le temps de récompenser celte grande patience étant venu , Servule fut réduit à l'extrémité. Se voyant près de la mort , il fit appeler les hôtes qui étaient dans ce lieu , les exhortant à se lever et à chanter avec lui des psaumes , pour louer Dieu de Tespérance qu'il avait de son trépas. Etant ainsi parmi eux , mourant et chantant , il s'ari èta tout d'un coup, icur imposait silence avec un grand cri qui les étonna
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tous , el il leur dit : Taisez-vous , je vous prie , n'entendez-vous pas les cantiques de louanges qui retentissent dans le Ciel ? Pendant qu'il était ainsi attentif de l'oreille du cœur à la voix qu'il entendait en luimême 5 sa sainte anie sortit de son corps. Comme il mourait, on i-eiilit une sinicrveiileuse odeur que tous les assisians furent remplis d'une douceur inestimable ; ce qui leur fit connaître que ces concerts de louanges étaient véritables , et qu'ils étaient destinés à célébrer l'entrée de cette belle ame dans le Ciel. Un de nos religieux se trouva sur le lieu , lorsque cette merveille arriva : il vit eiicoro, et nous témoigoe souvent avec larmes que ceux qui él aient présens aen^irent toujours celte odeur admirable , jusqu'à ce que le corps fût enseveli. »
J'ajouterai un autre exemple tiré du même saiiit ; il en rend lui-même témoignage comme d'une chose qui le touchait de très - près. « Mon père , dit -il ( Cap. iG) , eut trois filles ^ qui toutes trois consacrèrent leur virginité à Dieu. L'une s'appelait Tarsiîe, la seconde Gordienne , et la deriiière Emilie. Toutes trois animées d'une même ferveur , s'ofFrireni à Dieu, et se donnèrent à lui, vivant dans leur propre maison sous l'observance d'une règle très-étroite. Deux d'entre elles , Tarsiie et Eniiiie , persévérèrent long-temps dans cette bonne vie , et y firent un si grand progrès, que leurs corps habitant sur la terre , leur esprit vivait habituellement dans le Ciel ; mais Gordienne s'attiédissant dans l'amour de Dieu , paraissait s'attacher de plus en plus aux biens périssables du siècle. Tarsiie, qui s'en apercevait , disait à Emilie avec de grands soupirs : « Je vois bien que noUe j-ccur
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Gjrdienne ne s'accommode point de notre vie; je vois qu'elle se répand au dehors, et que son cœur ne correspond pas à l'esprit de la religion que nous professons. » Les deux sœurs tàcliaient à tout mouient de la ramener par la douceur de leurs paroles , afin que quittant sa manière d'agir dissipée et légère, elle rentrât dans une gravité religieuse»
Gordienne changeant de visage à ces bans avis , et témoignant être touchée de leurs paroles , semblait .es écouter avec attention ; mais aussilùt que les réprimandes cessaient , elle quittait sa feinte modestie, et employait le temps en des entretiens inutiles , cherchant à se divertir avec des personnes entièrement attachées au monde.
Un jour , Félix, mon bisaïeul, qui a été souverain pontife de l'Rglisc romaine , apparut à Tarsile qui , par ses continuelles oraisons , ses rigoureuses pénitences , ses jeûnes, sa modestie, et par toutes sortes de verLus , s'était avancée beaucoup au delà de ses sœurs ; et lui montrant une demeure quiéclatait d'une perpétuelle liuuièi^e , il lui dit : « Venez , ma fille , car » je vous dois recevoir dans le séjour de cette clarté.» Peu de jours après cette apparition , Tarsile étant tombée malade, fut réduite à Textrémilé ; et comme c'est la coutume que lorsque les personnes de condition sont proches de la mort, beaucoup de gens viennent consoler leurs parens , ma mère se rencontra avec plusieurs persoiuies notables auprès du lit de la malade. Alors Tarsile levant les yeux , vit venir Jésus- Christ, et touchée d'une merveilleuse admiration, clic cria à haute voix : r Retirez-vous , car je vois venir » Jésus; » et les yeux attcnlivemeiil attachés à ce chcT