‹ Le guide des pécheursChapitre 15 sur 142 · LIVRE I. ClIAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE I. ClIAP. II

demeurent clans l'eau qui les a engendrc^s, le poulet n'est pas sitôt éclos, qu'il cherche les ailes de sa mère , et la suit pour y trouver son asile ; Tagneau s'attache à la brebis qui vient de lui donner naissan ce , il la reconnaît entre mille autres de même couleur , il la suit sans la perdre de vue , et semble lui dire : C'est ici que j'ai reçu ce que j'ai , c'est ici que je recevrai ce qui me manque.

Il en serait de même des œuvres de Fart , si elles avaient du sentiment et de la vie. Si un peintre , après avoir tiré un portj ait , avait laissé les yeux à faire , que ferait ce tableau s'il connaissait son défaut? Oii irait-il? Ce ne serait pas sans doute chez les rois ni chez les princes , qui, avec tout leur pouvoir , ne sauraient rachever ; mais il irait chez le maître qui lui a donné les premiers traits , afin qu'il lui donnât ce qui lui manque. N'est-ce pas ici votre leçon , ô créature raisonnable ! Vous n'cles pas encore achevée : ne vous llaltez point des avantages de votre première condition ; vous avez reçu quelque chose à la vérité , mais il vous faut beaucoup encore pour arriver au point de votre excellence ; vous n'êtes presque qu'ébauchée : tout le lustre et la beauté de l'ouvrage vous manquent. Vous le connaîtrez clairement , si vous considérez les inclinations continuelles de la nature , qui, reconnaissant ses imperfections, ne cesse de soupirer , et de demander en sa manière ce qu'elle n'a pas. Le Seigneur , qui vous a formée , a voulu vous prendre par la faim : il a voulu que vos besoins lui fissent ouvrir vos portes, et le rendissent maître de vous. C'est pour cela qu'il n'a pas voulu vous achever , lorsqu'il vous a commencée. S'il ne

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VOUS a pas enrichie d'abord, ce n'est pas par avarice inais par amour; ce n'est pas pour vous laisser pauvre, mais pour vous rendre hvimble ; ce n'est pas pour vous abandonner à votre indigence, mais afin que vous tournant vers lui , vous lui demandiez ce qui vous manque. Puisque vous êtes pauvre et aveugle , pourquoi u'allez-vous pas au père qui vous a engendrée 5 et au peintre qui vous a ébauchée , pour obtenir ce que vous n'avez pas encore ? David entendait ce secret , et le mettait en usage lorsqu'il disait ( Ps^ 118, V. 73)^ « Seigneur, vos mains m'ont fait et j> formé ; donnez- moi l'entendement, afin que j'ap- » prenne vos préceptes ; » ce qui est la même chose que s'il eût dit: Ce sont vos mains , Seigneur, qui oat fait tout ce qui est en moi ; mais votre ouvrage n'est pas achevé : les yeux de mon ame ne sont pas encore ouverts; je n'ai pas assez de lumière pour connaître ce qui m'est propre. A qui m'adresserai - je pour obtenir ce qui me manque , sinon à celui qui m'a donné ce que j'ai ? Donnez-moi, Seigneur , la lumière qui m'est nécessaire ; éclairez les yeux de cet aveugle-né , afin qu'il vous connaisse, et ce sera l'accomplissement de ce que vous avez commencé en moi.

Puisqu'en effet c'est à ce grand Dieu de donner à l'entendement sa perfection , ce sera aussi à lui de la donner à la volonté , et à toutes les autres puissances de l'ame, afin q\ie celui qui a commencé l'ouvrage y mette les derniers traits. Car c'est ce même Seigneur qui rassasie sans défaillance, qui agrandit sans bruit , qui enrichit sans ostentation , et qui donne un parfait repos , sans qu'il soit besoin de posséder beaucoup

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