LIVRE 1. CIIAP. V
• nellement et sans relâche ? dans les prospérités ^ » parce que vous me consolez ; dans les adversités ,
> parce que vovis me châtiez; avant que je fusse,-
> parce que vous m'avez fait ; depuis que je possède » l'être , parce que vous me Tavez donné. Je vous » louerai quand je suis en péché , parce que vous me » pardonnez ; quand je reviens à vous , parce que » vous me recevez ; et quand je persévère dans le bien » jusqu'à la fin , parce que vous me couronnez. C'est » pour cela , Seigneur , que ma bouche sera remplie » de vos louanges , et que je chanterai votre gloire » durant tout le jour. »
Ce serait ici le lieu de traiter de la grâce des sacremens , qui sont les instrumens de notre justification , et particulièrement du baptême ; de . la foi et de la grâce qui nous est donnée avec lui ; mais parce que nous en avons amplement parlé ailleurs , je n'en dirai rien ici. Toutefois je ne saurais passer sous le si-^ Icnce cette grâce des grâces, ce sacrement des s acremens , par le moyen duquel Dieu a voulu demeurer sur la terre avec les hommes , et se donner tous le» jours à eux pour être leur aliment et leur remède. Il a été une seule fois offert en sacrifice sur la croix pour l'amour de nous ; mais ici il est offert tous les jours sur l'autel pour nos péchés : faites ceci, dii-il [Luc, c. 22 , V. 19 ) en mémoire de moi. O gage précieux de notre salut ! ô sacrifice singulier ! hostie trèsagréable 1 pain de vie ! aliment délicieux î viande des rois ! manne qui contient toute sorte de goûts agi-éables ! qui pourra jamais vous louer dignement ? qui vous pourra recevoir , qui vous pourra jamais honorer avec le respect et l'amour qui vous sont dus ? Mon
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vnç tombe dans la défaillance en pensant à vous ; ma langue ne peut parler , et je ne saurais selon mon désir dire la moindre partie de vos merveilles.
Si Notre-Seigneiir n'avait accordé le pouvoir de consacrer qu'à ceux dont la conscience est pure de tout péché, ce serait toujours vm bienfait inestimable. Mais par une incomparable charité , il consent à passer par les mains souillées de plusieurs mauvais ministres , dont les âmes sont la demeure des démons, dont les corps sont des vases de corruption , et dont la vie sacrilège s'écoule tout entière dans le vice ! Il se laisse toucher par ces mains impures ! 11 veut bien être reçu par ces bouches profanes ; et consent d'être enseveli dans ces corps abominables , s'exposant à de tels outrages pour pouvoir aller visiter et consoler ses amis. Son sacré corps n'a été vendu qu'une seule fois , mais il l'est mille fois en ce sacrement. On ne s'est moqué de lui qu'une fois en sa passion , il n'y a été méprisé qu'une fois , mais il est méprisé mille fois par ces mauvais ministres à la table de l'autel. Il n'a été crucifié qu'une seule fois entre deux laiTons , et mille fois le jour il se voit ici crucifié entre les mains des pécheurs.
Après cela , comment pourrons-nous dignement servir un Seigneur qxti se ménage si peu pour procurer notre bonheur ? Que lui donnerons- nous pour cet aliment admirable ? Si les serviteurs obéissent à leurs maîtres , pour en recevoir de quoi vivre ; si les soldats , par le même motif ne craignent ni le fer ni les flammes ; que ferons-nous pour ce Seigneur qui nous nourrit de cette viande céleste et immortelle ? Si ce grand Dieu , dans la loi ancienne , demandait
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nnc telle reconnaissance à cause de la manne qu'il envoyait d'en haut, quoique ce ne fût qu'une nourriture corruptible , que deuiandera-l-il pour cette manne céleste , qui n'est pas seulement incorruptible , mais qui rend encore immortels et incorruptibles ceux qui la reçoivent dignement ? Si le Fils de Dieu , en son Evangile (Joan. 6 ) , rend des actions de grâces à son père pour un seul repas de pain d'orge, quelles grâces ne lui doivent point rendre les hommes pour ce pain de vie ! Si nous devons remercier Dieu tous les jours de l'aliment qu'il nous fournit pour conserver notre être , quelles obligations ^^ lui aurons-nous point pour celui qu'il nous àoune pour nous conserver l'être surnaturel de la grùca
Nous ne louons pas un cheval parce qu'il est un cheval , mais parce qu'il est un bon cheval ; ni le vin parce que c'est du vin , mais parce que c'est du bon vin. De même l'homme n'est pas honoré simplement parce qu'il est homme , mais parce qu'il est homme de bien. Si vous m'avouez que vous êtes si fort redevable à celui qui vous a fait homme , combien le serez-vous à celui qui vous a fait homme de bien ! Si vous lui êtes si obligé pour les biens du corps ^ à combien plus forte raison pour ceux de l'ame ! Si vous lui devez tant de reconnaissance pour les biens de la nature , combien plus pour ceux de la grâce ! et enfin , si vous lui êtes si redevable povu* vous avoir fait fils d'AdaKi , à quel point le serez-vous pour vous avoir fait fils de Dieu même ! Il est certain , comme dit fort bien saint Eucher ( Homii. 8. de Paschate), • que le jour où nous naissons pour l'éternité , estini compai-ablement à préférer à celui qui nous donne
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» la vie pour noiis exposer aux périls et aux travaux » de ce monde. »
CHAPITRP. YI.
Sixième raison par iaqiiclU nous sommes oùHgés à {a vertu : ic bienfait inestimaùic de (a divine prédestination.
Il faut ajouter à tous les bienfaits que nous avons déjà exposés , celui de l'élection, qui appartient seulement à ceux que Dieu a choisis de toute éternité pour la gloire. C'est pour ce grand bienfait que l'Apôtre rend grâces à Dieu , tant en son nom qu'au nom de tous les élus , écrivant en ces termes à ceux d'Ephèse ( Ephes. i. v. 3 ) : « Béni soit Dieu , le Père de » notre Seigneur Jésus-Christ , lequel dans le même » Jésus-Christ nous a bénis de toutes les bénédictions B spirituelles , lorsque par lui il nous a élus avant la » création du monde , afin que nous fussions saints » et purs devant ses yeux, nous ayant prédestinés » pour être ses enfans adoptifs , par Jésus-Christ son » Fils. » David relève infiniment la grandeur de cette grâce , lorsqu'il dit ( Ps. 64. v. 5 ) : « Bienheureux , » Seigneur , est celui que vous avez choisi et pris » pour vous, parce qu'il habitera avec vos élus dans » votre sainte demeure ! » Aussi pouvons-nous appeler cette grâce, la grâce des grâces, parce qu'elle se donne avant le mérite , par la seule bonté de Dieu , qui , ne faisant tort à personne , assistant au contraire tous les hommes d'un secours siîffisanl pour acqiuVir