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leur salut , étend sur quelques-uns les richesses de «a miséricorde , comme un roi qui est le maître absolu de son bien.
Elle est encore la gr.lce des grâces , non-seulement parce qu'elle est la plus grande de toutes, mais aussi parce qu'elle est la cause de toutes les autres. Car Dieu ayant choisi l'homme pour sa gloire , il lui donne en considération de cette première grâce tous les moyens qui sont nécessaires pour répondre à sa vocation. Un saint prophète nous a bien exprimé cette vérité, lorsqu'il dit [Jcr. 5i. v. 3 ) ; a Je vous ai ai- • mé d'une charité éternelle ; c'est pour cela que je » vous ai attiré à moi; » c'est-à-dire , je vous ai appelé à ma grâce , afin que par elle vous arrivassiez à ma gloire. Mais l'Apôtre nous le fait encore mieux connaître par ces paroles ( Rom. 8. v. 29 ) ! « Le Sei- » gneur a appelé ceux qu'il a prédestinés pour 6tre t faits conformes à l'image de son Fils , qui est le » premier-né entre plusieurs frères , et il a justifié » ceux qu'il a appelés, et il a glorifié ceux qu'il a » justifiés. » Car comme Dieu dispose toutes choses doucement et avec ordre , dès qu'il lui a plu d'élire quelqu'un pour sa gloire , cette grâce est la source de beaucoup d'avitres nécessaires pour arriver au terme de cctle bienheureuse élection , de sorte qiie, comme un père qui élève quelqu'un de ses enfans pour l'Eglise ou pour les lettres, commence dès son enfance à l'occuper des choses qui ont rapport à l'Eglise ou aux sciences , voulant que tout ce qu'il fait tende à ■celte fin ; ainsi le Père éternel , ayant choisi un homme pour sa gloire, à laquelle nous sommes sûrement conduits en suivant les voies de la justice . prend
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ioin de le mener par ce chemin, afin qu'il puisse parvenir à cette fin qui lui est préparée.
Aussi, esl-il bien raisonnable que ceux qui reconnaissent en eux quelques marques de ce grand don , en rendent grâces à Dieu de tout leur cœur. Car, quoique ce soit un secret caché aux yeux des hommes, néanmoins, comme on peut se croire justifié lorsqu^on a sincèrement changé de vie , on peut aussi espérer qu'on est prédestiné , lorsqu'on persévère dans la bonne vie : parce que celui qui a vécu longtemps en la crainte de Dieu , et dans un soin trèsgrand d'éviter toute sorte de péchés, peut pieusement croire «que, comme dit l'Apôtre (i Cor. i. v. 8), » Dieu le préservant du péché , l'affermira dans le » bien jusques au jour de l'avènement de noire Sei- » gneur Je sus- Christ. »
Il est vrai néanmoins que personne ne doit pour cela se tenir entièrement assuré , puisque nous voyons que Salomon , après avoir si long-temps vécu saintement , l'ut trompé à la fin de sa vie : mais aussi cet exemple est une exception particulière à la règle générale , dont nous avons pour garant la parole de l'Apôtre ainsi que celle du même Salomon qni nous enseigne dans ses Proverbes ( Prov. 22. r. 6 ) : t Que » communément un homme ne se détournera pas 8 dans la vieillesse , du chemin qu'il a tenu en ses » jeunes ans ; » de sorte que s'il a été verlueux étant jeune , il le doit être aussi étant vieux. Par ces conjectures , ou d'autres semblables , que les saints ont laissées par écrit , un homme peut avec humilité espérer de la bonté de Dieu qu'il est du nombre de sciélus ; et comme il espère de sa miséricorde qu'il se
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sauvera un jour , ainsi il peut prétendre avec humilité qu'il est du nombre de ceux qui doivent être sauvés, puisque l'un suppose l'autre.
Quelle obligation a l'homme de servir Dieu qui a flaigné l'écrire dans ce livre dont Jésus-Christ, parlant à ses apôtres , disait [Litc. 10. v. 20) : « Ne vous » réjouissez pas de ce que les esprits vous obéissent ; 0 mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits X) dans les Cieux ! » Et en effet , quel avantage n'estce point d'avoir été aimé et choisi de Dieu de toute éternité , depuis que Dieu est Dieu ; d'avoir été placé comme dans son sein , et choisi pour son fds adoptif, dès lors que son fds naturel fut engendré dans les splendeurs des saints présens dans l'entendement divin !
Considérez donc attentivement , chrétiens , toutes les circonstances de cette élection divine, et vous verrez qu'il n'y en a aucune qui ne soit en elle-même un grand et signalé bienfait , et une nouvelle obligation d'aimer Dieu. Et d'abord , quelle est la dignité de celui qui vous a élu ? c'est ee même Dieu infiniment riche, infiniment puissant et bienheureux, qui n'avait besoin ni de vous , ni de personne au monde. D'un autre côté , combien celui qui a été élu est-il de lui-même indigne de cette grâce , puisque la foi ne nous montre en lui qu'une misérable créature , mortelle , sujette à toutes les nécessités , à toutes les infirmités et misères de cette vie , et obligée par ses fautes à souffrir les peines étei-nelles de l'autre ! Combien ensuite cette élection est relevée, puisque vous avez été choisi pour être fils de Dieu , héritier de son royaume et participant de sa gloire ! Combien elle est
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fin'atuite , puisqu'elle prévient , comme nous avons dit , toute sorte de mérites , et qu'elle se fait par lQ seul mouvement de la volonté divine , et comme dit l'Apôtre ( E plies, i . v. 6 ) , « pour la gloii-e et pour la » louange de Timmense libéralité de Dieu et de sa » grâce î » Considérez encore l'ancienneté de cette élection, qui n'a pas seulement commencé avec le monde , mais beaucoup avant le monde , puisqu'elle e>t coéternelle à Dieu , qui , étant de toute éternité . a aussi de toute éternité aimé ses élus , les a toujours depuis tenus en sa divine présence , les y tient encore, et les regarde avec des yeux pleins d'amour, toujours résolu de leur faire une telle grâce. Qui n'admirerait donc une faveur si grande et en même temps si privilégiée , puisqu'entre tant de nations barbares Dieu a voulu vous admettre au nombre de ses élus , vous ayant séparé de cette masse condamnée , pour vous élever à l'union sainte avec les anges? Il faudrait cesser ici d'écrii*c ou de parler , pour s'occuper tout entier à ressentir , à admirer, et a savoir dignement reconnaître cette grâce inestimable. Elle est d'autant plus grande que le nombre des élus est plus petit , et que celui des damnés est si prodigieux , que , comme dit Salomon ( Ecct. i. f. i5) , il est infun*. Que si tout ceci n'est pas capable de vous toucher, soyez au moins sensible au prix excessif qui a dû être donné pour mériter votre élection. Pour vous acquérir, Dieu a livré la vie et le sang de son Fils unique , qu'il résolut de toute éternité d'envoyer au monde pour exécuter sou ordonnance divine.
Quel tenins après ceci vous pourra suHîre pour penser dignement à tant de miséricordes ? quelle lan-