‹ Le guide des pécheursChapitre 39 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. Vn · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. Vn

remarquable , je rapporterai ici les propres expressions de ce saint homme [Grad. 7. JSnm. 5i ) : v,\^n » religieux, dit-il, nommé Etienne, demeurant en » ce lieu, désira fort se retirer, pour mener une vie » tranquille et solitaire. Après s'être exercé durant » un long temps en l'austérité de la vie monastique , » et avoir acquis le don des larmes , celui des jeû- » nés , et plusieurs autres grands privilèges de sain- » teté , il fit bâtir une petite cellule au pied delà mê- » me montagne où Elie le prophète eut jadis sa vision » sacrée. Ce Père , d'une vie si austère et si religieu- » se , aspirant à une plus grande rigueur de péniten- » ce , passa de ce lieu en un autre , nommé Sidey , > où étaient des religieux anachorètes. Après avoir )) vécu avec beaucoup d'austérité dans cet ermitage, » éloigné de soixante-dit milles de toutesorle decon- » solations et de conversations humaines , étant déjà » fort vieux , il retourna dans sa première cellule , au » pied du mont sacré , où il avait laissé deux fort » bons religieux de la Palestine , qui avaient eu soin » de conserver son petit logement en son absence. » Au bout de quelques jours , il tomba dans la mala- » die dont il mourut. La veille de sa mort , se trou- » vaut dans un transport d'esprit , et ayant néanmoins » les yeux ouverts , il regardait à droite et à gauche » de son lit ; et comme s'il eût vu des personnes qui » lui fissent rendre compte de ses actions , il répon- » dait si haut , que tous ceux qui étaient prcsens le » pouvaient entendre : Il est vrai, vous avez rai- » son y f en depieure d'accord; mais f ai jeûné » pour cela tant d'années. Puis il disait ensuite : Non, » c&ia est faux , je ne t'ai foint fait ; et ensuite :

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yous dites vrai , je te confesse ; mais j^cti pleuré et servi mon prochain tant d'années pour cela. Puis il disait : Je le confesse , et n^ai point d'excuse à alléguer ; mais f espère en ia m,iséricorde de Dieu. C'était , à ce que rapportèrent depuis ceux qui y furent présens , un horrible et épouvantable spectacle , d'entendj-e cet invisible et rigoureux jugement. 3Ialheureux et misérable que je suis ! que deviendrai - je , puisque ce grand ami de la retraite et de la solitude n'avait rien à répondre aux accusations de quelques péchés qu'il avait commis y bien qu'il eût passé quarante ans dans la vie monastique , et qu'il y eût acquis la grâce et le don des larmes ? Je puis ajouter encore , pour une plus grande marque de la sainteté et de l'innocence de ce bon religieux , co que quelques-uns m^ont assuré , que dans son ermitage il donnait à manger de sa main à un léopard : et toutefois , quand, au sortir de cette vie , on lui a demandé compte de ses actions , il nous a laissés dans l'incertilude de son salut ! » Toutes ces paroles sont de saint Jean Climaque ; elles nous font assez connaître quelle doit être , au sortir de cette vie , la crainte de ceux qui l'ont négligemment passée , puisque de grands saints en cet état se sont trouvés dans de telles extrémités.

Si vous me demandez quel peut être le sujet qui , dans ce passage, a donné tant de crainte à des âmes si relevées en sainteté , saint Grégoire répondra pour moi ; au quatrième livre de ses Morales, il dit ( cap. j6 , 17 ci 18 ) : « Que les saints, considérant avec at- » tention combien est équitable le juge devant lequel » ils rendent compte dç Icius actions , se proposent

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