‹ Le guide des pécheursChapitre 40 sur 142 · LIVRE I. CUAP. VU · texte numérisé non relu

LIVRE I. CUAP. VU

» tous les jours devant les yeux le dernier moment » de leur vie ; q^u'ils examinent avec soin ce qu'ils » pourront répondre devant leur juge sur chaque chef » de ses demandes : s'ils se trouvent exempts de tou- » tes les mauvaises œuvres qu'ils pouvaient commet- » tre , ils craignent de n'avoir pas évité les mauvai- » ses pensées qui naissent à tons momens dans le » cœur de l'homme : car , s'il est facile de surmonter » les tentations qvii portent aux actions mauvaises , V il n'est pas si aisé de se défendre de la guerre con- » tinuelle des mauvaises pensées ; et quoiqu'on tout » temps ils craignent les secrets jugemens de ce juste » juge, ils les redoutent principalement lorsqu'ils sont » plus proches du moment où il faut payer la dette B de la nature , et qu'ils se sentent près de paraître » devant leur souverain maître.

» Mais cette crainte croît beaucoup plus lorsque » l'àme va se séparer du corps. C'est en ce temps que » s'évanouissent les vaines pensées , que lès fantaisies » de l'imagination se dissipent , et que rien du siècle » ne se représente à l'esprit de celui qui n'est presp que plus du siècle : de sorte que ceux qui meu- » rent ne pensent plus qu'a eux et à Dieu , qui leur » est présent ; et tout le reste , comme une chose su- » perflue , n'a plus de part en leur imagination. Si » en cet état ils se souviennent de n'avoir jamais » omis de faire le bien qu'ils connaissaient , ils crai- » gnent de- n'avoir peut-être pas fait celui qu'Us ne j> connaissaient pas , parce qu'ils ne peuvent ni se ju- » ger , ni se connaître parfaitement ; et c'est pour » cela qu'au départ ils sont si fort combattus de ces » grandes et secrètes frayeurs , parce qu'ils sont assu-

go LE GUIDE DES PECHEURS.

» ris que bientôt ils trouveront ce qu'ils ne pourront r jamais changer. » Ces paroles nous prouvent qu'il y a plus à craindre dans ce jugement et à cette dernière heure , que les hommes du monde ne se l'imaginent.

Si ce jugement est si rigoureux, et si les saints l'ont tant appréhendé , et avec tant de raison , que feront eeux qui ont employé en vanités la plus grande partie de leur vie , qui ont méprisé Dieu tant de fois , qui ont vécu dans ur. si grand oubli de leur salut , et qui ont apporté si peu de soin à se préparer à cette dernière heure ? Si le juste craint , que doit faire le pécheur ? Que fera le roseau du désert, si le cèdre du Liban tremble de la sorte Pet enfin, comme dit saint Pierre (i Pet. 4- v. 18) , «Si le juste à peine est » sauvé , que deviendra le pécheur ? »

Quelles seront vos pensées en cette dernière heure , lorsqu'après être sorti de cette vie , seul , pauvre , nu j sans autre assistance que celle de vos bonnes œuvres , et sans autre compagnie que celle de votre propre conscience, vous comparaîtrez devant un tribunal si rigoureux , où il ne s'agit pas d'une vie temporelle , mais d'une vie et d'une mort éternelle ? Si dans le compte que vous rendrez de vos actions vous demeurez redevable, quel sera alors votre repentir ! De quelle confusion serez-vous remplis ! L'étonnement des princes de Juda fut sans doute très-grand, lorsqu'ils virent l'épée victorieuse de Sesach, roi d'Egypte , voler par toutes les places de Jérusalem ; ils connurent la grandeur de leur faute passée parle châtiment présent : mais qu'est-ce que tout cela en comparaison du trouble des médians à l'heure de la

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