‹ Le guide des pécheursChapitre 41 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. VII

mort ? Que feront-ils ? où iront-ils ? Comment se défendront-ils ? les larmes seront inutiles, les repentirs ne serviront de rien , les prières ne seront plus écoulées , les promesses de mieux faire à l'avenir ne seront plus reçues ; il n'y aura plus de temps pour la pénitence ; les richesses , la noblesse ou la faveur du monde auront encore moins de crédit , parce que , comme dit le Sage {Prov. 11. v. 4)? «Les richesses » ne sont d'aucun usage au jour de la vengeance ; » mais la justice seule délivrera de la mort. »

Que fera donc l'ame malheureuse , se voyant dans de telles extrémités ? Elle dira sans doute avec le Prophète ( Psal. 114? V. 3 ) : « Les douleurs de la mort » m'ont a&siégée , et les maux qui mènent aux enfers » m'ont remplie de tristesse et de frayeurs. » 0 misérable pécheur ! en quel état m'ont réduit mes crimes ! combien soudainement m'a surpris cette heure malheureuse ! Comment est-elle survenue lorsque j'y pensais le moins ? De (^uoi me servent maintenant tous mes honneurs et toutes mes dignités passées , tous mes amis et mes serviteurs, toutes les richesses et les biens que j'ai possédés , puisqu'il faut que je me contente de sept pieds de terre , et d'un drap où je suis enseveli ? Pour comble de malheur, les richesses que j'ai amassées avec tant de soins et d'injustices , demeurent ici-bas pour être dissipées par d'autres ; et les péchés que j'ai commis en les acquérant injustement me suivent en l'autre monde , pour m'y faire souffrir des peines éternelles.

Que me servent à cette heure tous mes plaisirs et tous mes contentemens passés, puisque désormais ils sont tous finis ? le calice des plaisirs est épuisé ; il ne

ga LE GUIDE DES PÉCHEURS.

reste que la lie, c'est-à-dire, les scrupules et les remords de ma conscience , qui remplissent aujourd'hui mon cœur d'amertume , et qui le tourmenteront éternellement. Pourquoi ne me suis-je pas plus tôt préparé à cette dernière heure ? Combien de fois ai-jeété averti du mal que je souffre, sans prêter l'oreille ! Pourquoi ai-je eu en horreur la correction ? Pourquoi n'ai-je pas voulu obéir à mes maîtres , et suivre les préceptes de ceux qui m'enseignaient mon bien ? J'ai vécu au milieu de l'Eglise et à la face du peuple , dans toute sorte de péchés.

Voilà quels seront les chagrins et les peines des médians ; voilà les pensées dont ils seront tourmentés à leur dernière heure. Or, mon frère, afin que vous ne tombiez pas dans cette extrémité , je vous conjure de recueillir, de tout ce que j'ai dit , trois points seulement , pour les garder à jamais en votre mémoire. Le premier est la considération des peines que vous ressentirez à l'heure de votre mort , pour toutes les offenses que vous aurez commises contre Dieu durant votre vie ; le second est de penser souvent de quelle manière vous voudriez alors avoir servi le Seigneur pour le trouver favorable ; et le troisième est de vous demander quelle pénitence vous voudriez venir faire dans le mondie, si en ce moment redoutable vous pouviez obtenir la grâce d'y retourner. Si vous êtes fidèle à méditer quelquefois ces trois points , vous commencerez dès cette heure à vivre de la même façon que vous voudi'iez alors avoir vécu.

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