LIVRE I. CHAP. VIII
cela de ces paroles du Sauveur ( Math. 12 , v. 56 ) : « Je vous dis en vérité qu'au jour du jugement les » hommes rendront compte de toutes les paroles oi- ^ seuses qu'ils auront proférées. »
Si nous devons rendre raison de ces paroles , qui n'offensent personne , que sera-ce des paroles déshonnêtes, des pensées impudiques, des mains sanglantes, des yeux adultères ? Que sera-ce enfm de tout le temps de la vie employé en de mauvaises actions? Après cette menace de l'Evangile peut-on dire quelque chose de la sévérité de ce jugement , qui ne soit infiniment au-dessous de la réalité ? Quel sera l'effroi de l'homme , lorsque devant un sénat si redoutable il se verra accusé d'une parole dite autrefois sans dessein ! Qui ne serait surpris d'une si nouvelle accusation ? Qui aurait osé dire cela , si Dieu même ne l'avait dit ? O sublimité de la religion chrétienne , combien est grande la pureté que vous enseignez ! mais combien est exact le compte que vous demandez , et combien est rigoureux le jugement avec lequel vous l'examinerez !
Si l'étonnement des hommes doit être si grand au temps du jugement , quelles doivent être alors la honte et la confusion des pécheurs ? Toutes les iniquités si soigneusement cachées dans le secret de leurs maisons, toutes les actions honteuses commises depuis le jour de leur naissance , et tout ce qu'il y aura eu de mauvais dans le plus profond repli de leurs cœurs , sera là exposé en public et aux yeux de tout l'univers. Qui peut se confier assez en la bonté et en la pureté de sa conscience , pour ne pas commencer dès cette heure à changer de couleur ^ et à craindre cette con-
fusion ? Le sevil motif d'une mauvaise honte enrpêche Sviuvent les hommes de découvrir à leur confesseur , sous le sceau inviolable de la confession , le secret de leurs péchés., et cette seule considération en a retenu plusieurs, qui ont mieux aimé que leur ame demeurât chargée du fardeau de leurs fautes , que de s'exposer à la honte de les dire : que doit faire à plus forte raison la honte dont on sera couvert devant Dieu , devant tous les siècles présens , passés et à venir! Elle sera si grande, dit le Prophète , que les méchans diront ( Os. 10 , f. 8 ) « aux montagnes : couvrez-nous ; » et aux collines : tombez sur nous. »
Mais que sera-ce d'entendre l'éclat foudro3'ant de cette dernière sentence {Math. 25 , i». 40 • * Allez , » maudits , au feu éternel qui est préparé pour Satan » et pour ses anges 1 » Quel sera le sentiment des damnés au bruit de ces épouvantables paroles de Dieu ! « Si à peine , dit Job ( Joh. 26 , v. 14 ) ? nous » poïivons écouter la moindre de ses paroles , qui est » celui qui pourra supporter le tonnerre épouvanta- B ble de sa majesté ? » Cette parole sera si terrible , et aura tant de force, qu'elle ouvrira la terre en un moment , pour enfoncer dans les abîmes [Job. 21. V. 12) « ceux qui , comme dit le même Job , faisaient » résonner ici les instrumens de musique , se réjouis- » sa n t dans la douceur et dans la mélodie de leurs sons. » Saint Jean décrit cette chute dans son Apocalypse , par ces paroles [Apoc. c. 18. v. 21 ) : • J'ai vu un » ange qui descendait du Ciel avec une grande puis- » sance , et qui était environné de tant de lumière , > qu'il donnait de la splendeur à toute la terre. Il » criait à haute voix : Elle est tombée . elle est tombée