‹ Le guide des pécheursChapitre 44 sur 142 · LIVRE I. CIIÀP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIÀP. VIII

» bée cette superbe Babylone ; elle est devenue la » demeure des démons , la prison de tous les esprits » immondes , et de tous les oiseaux impurs et abc- » minables. » Le saint évangéliste ajoute incontinent , que cet ange prit une pierre grosse comme une meule de moulin , et que la laissant tomber d'en haut dans la mer il dit ( Ihid. v. 21 ) : « C'est avec cette même » impétuosité que la superbe Babylone sera précipi- » tée dansTabîme, et elle ne reparaîtra plus. » C'est ainsi que les méchans, marqués par Babylone, seront précipités en ces prisons de confusion et de ténèbres.

Quelle langue pourra expliquer la grandenr des peines qu'ils souffriront en ce lieu ? Leurs corps y brûleront dans de vives flammes qui ne s'éteindront jamais ; leurs âmes y seront rongées et déchirées par ce ver de la conscience , qui ne se lassera jamais de les dévorer. C'est là que ne cesseront jamais ces larmes et ces grincemens de dents , dont nous sommes si souvent menacés dans l'Ecriture ; c'est là que les malheureux , povissés d'un furieux désespoir , tourneront leur rage contre Dieu et contre eux-mêmes , dévorant leur propre chair de leur bouche , déchirant leurs entrailles par leurs soupirs , rompant leurs dents à force de les serrer, mettant en pièces, comme des enragés , leurs propres membres , et blasphémant sans cesse contre le juste qui les a condamnés à ces supplices.

Il n'y en aura aucun qui ne maudisse mille fois le jour et l'heure de sa naissance, et qui ne répète ces tristes paroles de Job , quoique par un sentiment bien différent de celui qui animait ce juste souffrant [Job

Gaemade. Guide, \, E

ijS Lt GUIDE DES pÉCîîEURS.

5. V. 5 ) : « Que le jour qui me donna naissance pé- » risse avec la nuit en laquelle il fut dit : Un homme » a été conçu î Que ce jour se change en ténèbres ; » que Dieu n'en tienne point compte ; qu'il ne soit » jamais éclairé de la lumière ; qu'il soit obscurci des » ténèbres et des ombres de la mort ; qu'il soit rem- » pli d'obscurité et d'amertume ; qu'un tourbillon ï) ténébreux le couvre pour jamais ; qu'il ne soit mis » au nombre ni des autres jours , ni des mois de l'an- » née. Pourquoi ne suis- je pas mort dans le sein de » ma mère. Pourquoi le moment de ma naissance .) ne fut-il pas celui de mon trépas ? Pourquoi les ge- » noux de ma nourrice m'ont-ils reçu, pouiquoi ai- « je été nourri du lait de ses mamelles ? » \oilà les plaintes que les damnés feront éternellement.

O langues malheureuses , qui ne proférerez plus que des blasphèmes ! 0 misérables Oreilles, qui n'entendrez plus que des plaintes ! Yeux infortunés, qui ne ve»Tez plus que des misères ! Tristes corps , qui , au lieu de rafraîchissement , brûlerez toujours dans les flammes! En quel état seront alors ces voluptueux qui auront passé toute leur vie en délices ? Combien a été de peu de durée le plaisir qui leur a attiré une si longue suite de naisères! Fous et insensés ! de quoi vous servent maintenant vos divertissemens qui ont passé si vite , puisque désormais vous pleurerez éternellement ? Que sont devenues vos richesses? Où sont tous vos trésors? Où sont vos délices et toutes vos joies ?Les sept années de fertilité se sont écoulées, et ont été suivies de sept autres d'une stérilité si grande , qu'elles ont dévoré toute l'abondance passée , sans qu'il en reste aucune trace. Votre gloire est eu-

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