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brebis parle feu, il fit enlever ses autres troupeavix, il fit réduire en captivité tous ses serviteurs , il renversa toutes ses maisons , il tua tous ses enfans , il couvrit tout son corps , depuis la tête jusqu'aux pieds , d'ulcères et de pourriture , sans que , de tous les grands biens que Job avait autrefois possédés , il lui laissât , pour radoucissement de ses misères , autre chose qu'un fumier pour s'asseoir , et un morceau de tuile pour nettoyer l'ordure qui décovilait de ses plaies.
Yoilà ce que fît le diable contre Job. Mais sa fureur alla encore plus loin contre le Sauveur du monde , dans cette horrible nuit en laquelle il fut livré à la puissance des ténèbres. Cela ne se peut comprendre en peu de paroles.
Si cet ennemi et tous ses complices sont si cruels , que ferez-vous lorsqu'étant livré entre leurs mains , ils auront le pouvoir d'exécuter contre vous toutes les inhumanités qu'ils pourront inventer ? Or , ce tourment ne sera pas pour un jour , ou pour une nuit , ni même pour un an ou pour vin siècle ; mais pour tous les siècles des siècles. Pensez-vous être bien traité lorsque vous serez livré entre ces impitoyables Hiains ? O combien obscur et ténébreux sera ce malheureux jour , auquel vous serez exposé à la puissance de ces loups et de ces bêtes farouches!
Parce que d'ordinaire les exemples persuadent plus que les raisons , je veux vous en rapporter ici un qui est écrit par saint Grégoire {S. Greg. i. 4 > eap. 53 ). 11 dit dans ses dialogues qu'en un de ses monastères un religieux , aussi jeune de moeurs que d^an« nées , fut réduit à l'exti'émité par une très-violenta
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l3o LE GUIDE DES PhCUliURS.
maladie. Tous les frères étant assemblés , scion la coutume, pour l'assister en ce dangereux passage, se mirent en oraison autour de son lit. A peine commençaient-ils leurs prières, que le malade, criant à haute voix , leur dit : Sortez d'ici, mes frères, sortez d'ici , laissez-moi en proie à ce dragon , afin qu'il achève de me dévorer ; il a déjà la moitié de ma tète dans sa gueule brûlante , et de ses écailles tranchantes comme les dents d'une scie, il me fait souffrir des douleurs que je ne puis plus supporter. Laissez-moi donc , et retirez-vous d'ici , parce que , ne pouvant achever de m'engloulir en votre présence, j'en souffre beaucoup plus de tourmens. Les religieux l'ayant exhorté d'avoir courage , et de faire le signe de la croix, il leur dit : Comment le pourrais- je faire , ayant les pieds et les mains liés par les replis de sa queue , sans que je puisse m'aider ? Les religieux ne désespérant pas encore , renouvelèrent avec plus de ferveur qu'auparavant leurs prières , et les accompagnant de pleurs et de soupirs , obtinrent enfin du Père des miséricordes , que le malade fut délivré de cette violente agonie. Elle le laissa tellement abattu et étonné, que depuis il régla si bien sa vie , qu'il ne fut plus en danger de se voir une autre fois dans une pareille peine.
C'est encore de ces esprits malins que parle saint Jean dans son Apocalypse , sous les plus horribles figures qu'on se puisse imaginer ( Jpoc. g , v. i ) : « Je » vis , dit-il , Viie étoile qui tomba du ciel sur la ter- » re,et cette étoile avait les clefs du puits de l'abîme. » Lorsqu^'elle ouvrit ce puits , il en sortit comme » d'une grande fournaise une fumée si noire et si
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» épaisse , que Tair en fut tout obscurci : plusieurs » sauterelles s'engendrèrent de cette fumée , elles j> avaient le pouvoir de piquer comme des scorpions. » Il leur fut défendu de gâter les arbres et les herbes , )> et généralement tous les biens de la terre ; mais il n leur était permis de faire du mal aux hommes qui » ne porteraient point la marque de Dieu sur le front. » En ce temps déplorable les hoïnmes chercheront « la mort, et ne la pourront trouver; ils désireront » mourir, et la mort fuira loin d'eux. La forme de ces » sauterelles était celle de chevaux armés pour le » combat , il semblait qu'elles eussent des (couronnes » d'or sur leurs têtes ; leur visage ressemblait à des )> visages d'hommes ; elles avaient des cheveux corn- 9 me des feiitmes , et des dents semblables à des dents » de lion : elles étaient armées de cuirasses comme de » fer : elles faisaient avec leurs ailes un bruit pareil à » celui de plusieurs chariots et de plusieurs chevaux » qui courent dans une armée. Leurs queues semblai> blés à celles des scorpions , étaient armées de leurs » aiguillons. »
Que prétendait le Saint-Esprit lorsque , sous l'ombre de ces horribles figures , il a voulu novis faire entendre la grandeur des châtimens réservés aux impies ? Que s'est-il proposé , sinon de nous faire comprendre par des représentations si terribles , quielle sera la colère du Seigneur , quels seront les iiistrumens de sa justice et les peines des pécheurs ? Il veut qu'épouvantés de la seule image de ces figures affreuses 9 nous nous abstenions d'offenser Dieu par la crainte des supplices que nos crimes nous attireraient» Quelle est cette étoile tombée du ciel , à qui les clefs de TabùiA^
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furent données, sinon cet ange lumineux (jui fut préi^ipité du ciel dans les enfers, et auquel la principauté des ténèbres fut assignée ? Ces sauterelles si furieuses et si bien armées , sont les démons , ses complices et les ministres de sa rage. Ces plantes vertes auxquelles il leur est défendu de nuire , figurent les justes qui fleurissent , vivifiés par la rosée céleste de la grâce , et qui produisent des fruits de la vie éternelle. Ceux qui ne portent pas sur eux la marque de Dieu , représentent les pécheurs qui sont privés de son Esprit , vraie et infaillible marque de ses serviteurs.
C'est donc contre ces misérables que la justice de Dieu a suscité cette armée vengeresse. Il veut qu'en cette vie et surtout en l'autre , ils soient persécutés par les mêmes démons dont ils ont préféré le service à celui de leur Créateur , comme les Egyptiens le furent autrefois par les mouches et p^r les moucherons qu'ils avaient adorés. Que sera-ce de voir en ce lieu malheureux ces monstres hideux et épouvanlal)les , d'y voir ce dragon affamé et ce serpent tortu ? Que sera-ce d'y voir ce grand et horrible Behemot , dont il est écrit dans le livre de Job ( Joh. 40 ) ? qu'il dresse sa queue comme un cèdre , qu'il boit toute l'eau des rivières , et engloutit les montagnes ?
Ces considérations nous peuvent assez faire connaître quelles doivent être les peines des médians. Car que peut-on attendre de la grandeur de Dieu outragée , de sa justice infinie, de sa patience à souffrir si loc g- temps les pécheurs , de la multitude des grâces par lesquelles il a voulu les attirer à lui, delà haine qu'il a contre le péché , qui mérite d'être haï