‹ Le guide des pécheursChapitre 58 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. X. î do · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. X. î do

infiniment, puisqu'il offense une majesté infinie , et de la rage de nos ennemis ? Quoi donc ! si la peine préparée pour le péché est si grande et si certaine qu'on ne la puisse éviter , comme la foi même nous l'enseigne ; comment ceux qui font profession de confesser et de croire cette vérité , ne considèrent-ils point le pesant fardeau dont ils se chargent lorsqu'ils pèchent. A moins d'être insensé , on ne s'exposera pas à de tels supplices sans y avoir sérieusement réfléchi ; et plus fou encore sera celui qvii s'y exposera après avoir réfléchi.

De ta durée de ces peines.

Quoique toutes ces considérations soient très-puissantes pour nous inspirer de la crainte , novis en concevrons davantage encore si nous nous représentons la durée des peines dont nous venons de faire sentir la rigueur. Si après plusieurs milliers d'années il y avait quelque borne ou quelque soulagement à ces maux , ce serait une espèce de consolation pour les méchans ; mais qui ne sera épouvanté à l'idée que leur éternité ne reçoit point de limites , et qu'elle est égale en durée à l'éternité de Dieu même ? Cet espace est si long que 5 selon la pensée d'un docteur , un de ces malheureux qui ne verserait au bout de chaque miillier d'années qu'une seule larme , povu'rait plutôt remplir tout le monde d'eau , qu'il ne pourrait trouver de fin à ses maux. Que craindrons-nous donc davantage que ce mal , dont la durée est infinie ? Si toutes les peines de l'enfer n'étaient pas plus sensibles que la piqûre d'une épingle ; la considération de l'éternité , mérite-

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rait que les honmies endurassent tous les travaux du rrjonde pour les éviler. O que si cette éternité , ô que si ce grand mot pour jamais ! pouvait bien prendre racine en votre cœur , quel serait le profit que vous en retireriez !

Nous lisons qu'un homme encore attaché aux vanités du monde , pensant un jour attentivement à cette éternité de peine, fut effrayé de cette épouvantable durée , et se dit à lui-même : il n'est pas d'homme raisonnable , qui pour l'empire de toute la terre , voulût se condamner à demeurer l'espace de quarante ou cinquante ans seulement couché sur un lit 5 fût- il semé de roses et de fleurs. Si cela est vrai quelle est la folie des hommes , de se mettre en danger, pour des choses bien moindres, de demeurer étendu durant une éternité sur un lit de feu et de flammes ? Cette considération seule eut tant de pouvoir sur cet homme , que dès lors il changea de vie ; et ce changement fut tel, que depuis il devint un grand saint et un grand prélat dans l'Eglise. Que diront à cela ces délicats que le seul bruit d'une mouche est capable d'empêcher de dormir toute la nuit ? Que répondront-ils lorsqu'ils se verront couchés sur un lit de feu , et environnés de tous côtés de flammes , non pas pour une courte nuit d'été , mais pour toujours ?

C'est à ces personnes que le prophète îsaïe fait cette question ( Isa. 33 ) : « Qui d'entre vous pourra » demeurer dans les flammes éternelles , qui pourra » vivre dans ce feu dévorant ?» Comment une chair voluptueuse pourra-t-elle souftrir si long-temps cette violente ardeur ? O hommes sans entendement, eu-

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