CHAPITRE PREMIER
Premier motif qui nous oblige à la vertu et au service de Dieu: son Etre en iui-méme et ses 'perfections divines.
Deux motifs excitent ordinairement les hommes aux travaux honorables, quelque difficiles qu'ils soient : le premier est la considération du devoir et de la justice ; le second, celle des avantages qu'ils procurent. Tous les sages disent qvi'il faut avant tout connaître ce qui est honnête et ce qui est utile, comme les deux plus puissans motifs pour porter notre volonté à exécuter ce qu'elle veut entreprendre. Entre ces deux motifs , quoique notre intérêt nous fasse ordinairement rechercher l'utile , néanmoins l'honnête doit être le plus puissant , parce qu'il n'est point d'avantage qui soit comparable à l'excellence de la vertu, ni de perte que le sage ne souffre , plutôt que de s'exposer à tomber dans quelque vice. C'est pourquoi, dans le dessein que je me suis proposé d'exciter ici les hommes
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3 LV. GUIDE DES PÉCIlEL'r.?.
à ramour de la vertu, je commencercii par la raison la plus imporlaiite, le précepte qui nous y oblige; il est le même que celui qui nous fait un devoir d^iimer Dieu, qui, étant la vertu même, ne veut et ne nous commande autre chose que la vertu. Considérons donc maintenant, avec toute l'attention de nos cœurs, par combien de raisons Dieu exige de nous cet amour.
Comme ces raisons sont sans nombre ? nous nous contenterons d'en remarquer six principales , pour montrer que Thomme est absolument redevable à DiiBU de tout ce qu'il est , et de tout ce qui est en sa puissance.
La première, quoique la plus forte et la plus constante, est peut-être celle qu'il est le plus difficile de faire vivement sentir ; c'est que Dieu est celui qui est ; ce qui exprime la grandeur de sa majesté infinie et de toutes ses perfections ; l'immensité incompréhensible de sa bonté , de sa miséricorde , de sa justice, de sa sagesse, de sa puissance et des autres richesses et perfections infinies qui sont en sa divine essence. Car elles sont si grandes et si admirables , que , comm^e dit un saint docteur , ( S. Aiig. , Manual. c. a ) , si tout le monde était rempli de livres , si toutes les créatures étaient autant d'écrivains , et si toute l'eau de la mer était convertie en encre , les livres seraient plus tôt remplis , les écrivains plus tôt lassés , et la mer plus tôt épuisée . que l'on n'exprimerait une seule de ces perfections. Ce même docteur ajoute , que si Dieu avait à dessein fait un homme avec un cœur qui eut i la grandeur et la capacité de tous les cœurs, et f\\iQ. \ <et homme, favorisé d'une lumière extraordinaire, jvul parvenir à la connaissance d'une seule de ses in-