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tour du juste , comme on le vit clairement dans cette grande occasion dont parle le livre des Rois ; l'armée du roi de Syrie s'étant avancée pour prendre le prophète Elisée (4 R^g- 6), et ce saint voyant son serviteur saisi de crainte à an objet si redoutable, pria Dieu qu'il lui plût d'ouvrir les yeux de ce jeune homme étonné, afin qu'il pût reconnaître combien l'armée qui était prête à combattre en levu' faveur était plus grande que celle de leurs ennemis. Dieu ayant exaucé la prière du prophète , et ouvert les yeux au jeune homme , il vit toute la montagne remplie de gens à cheval et de chaxiots de feu , qui environnaient Elisée.
Cette garde est celle dont il est parlé dans les Cantiques, en ces termes ( Cant. 7. v. i) : « Que verrez- » vous en la Sulamite , qui est la figure de V Eglise » et de famé justifiée, sinon des bataillons d'une » armée , qui font la garde que font les anges ? » Li^ Saint-Esprit, sous ces figures, nous marque le soin que la providence divine prend des âmes des justes. Car , comment se pourrait-il faire qvi'un homme conçu dans l'iniquité , vivant dans une chair si portée au mal , et au milieu de tant de périls , pût se conserver plusieurs années sans tomber dans une seule pensée qui fût péché mortel , s'il n'était assisté de celte puissante garde de la providence divine ?
Elle est si certaine et si forte , que non-seulement elle nous délivre du mal , et nous porte au bien ; mais encore , par un effet merveilleux , elle tire souvent le bien du mal où, par la permission de Dieu, les bons tombent quelquefois. Cela arrive lorsque se repentant de leurs fautes ils se rendant plus soigneux , plus
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humbles el plnsreconnaîssans des grâces qui leur ont été faites par celui qui les a retirés du péril , et qui leur a pardonné tant de péchés. C'est en ce sens que l'Apôtre a dit {Boin. 8. v. 28), « que toutes choses » tournent à bien à ceux qui aiment Dieu. »
Si ces faveurs sont dignes d'être admirées , combien ne nous étonnerons-nous pas davantage quand nous penserons que Dieu ne les étend pas seulement sur ses serviteurs , mais encore sur leurs enfans , sur leur postérité , et sur tout ce qui les touche ! Il Ta bien témoigné lorsqu'il a dit (Exod. 20. v. 5 ): « Je *> suis le Dieu fort et jaloux, ie recherche la malice » des pères dans les enfans jusqu'à la troisième et » quatrième génération ; mais j'use aussi de miséri- » corde sur mille et mille générations , à l'égard de » ceux qui m'aiment et qui gardent mes commande- » mens. » C'est ce qu'il fit voir en la personne de David (^Reg. 8 ) , dont il ne voulut détruire la race qu'après plusieurs aiiiiées , quoique ses descendans l'eusseuLt souvent mérité par leurs péchés. Il le fit encore voir en celle d'Abraham {Gencs. 16 ) , aux enfans duquel il pardonna si souvent pour l'amour de leur père , jusqu'à un tel point que même il promit à Ismaël {Gènes. 16), quoiqu'il fût né d'une esclave , qu'il le ferait multiplier , et qu'il l'agrandirait sur la terre , parce qu'il était enfant d'Abraham.
Cela ne parut-il pas encore lorsqu'il daigna diriger et instruire lui-même le serviteur de ce patriarche , qui l'avait chargé (Gènes. 24)5 d'aller chercher une femme pour son fils Isaac ? Mais ce qui est plus admiirable , est que non-seulement il a veillé sur les servileurs poiu' l'amour des maîtres, mais aussi qu'i)
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a protégé quelquefois les mauvais maîtres en considération des bons serviteurs. Et un effet, ne voyonsnous pas les grands biens qu'il fit au maître de Joseph (Gènes, ^g), quoique idolâtre, en considération du saint jeune homme qu'il avait en sa maison ? Quelle plus grande bonté que celle-là ? et qui ne se portera point à servir un maître si libéral et si reconnaissant pour ceux qui lui obéissent, et qui a tant de soin de toutes les choses qui leur appartiennent ?
Les noms que VEcritiire attribue à Notre-Seigneur à cause de cette providence.
Comme cette divine providence se manifeste par tant d'effets merveilleux , elle a aussi dans l'Ecriture plusieurs noms ; le plus remarquable et le plus ordinaire est celui du Père ; et c'est ainsi que l'appelle son Fils unique dans l'Evangile. Mais ce n'est pas seulement dans l'Evangile que Dieu prend ce nom, il se le donne encore en beaucoup d'endroits de l'Ancien Testament. Le Prophète nous en rend témoignage dans ses psaumes , lorsqu'il dit [Psai. 102. v. i3) : « Comme le Père a compassion de ses enfans , de » même le Seig^ieur a compassion de tous ceux qui » le craignent , parce qu'il connaît le limon dont » nous sommes formés. » Un autre prophète a cru que ce n'était pas assez d'appeler Dieu , Père, puisque son amour et sa providence surpassent incomparablement celle de tous les pères , et il en a parlé en ces termes ( Isaiœ 65. v. 16 ) : «Seigneur, vous êtes
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» notre vrai Père : Abraham ne nous a pas connus , » et Israël n'a pas su qui nous étions;» pour nous enseigner que ceux-ci n'étant que pères charnels, ne méritaient pas ce nom en comparaison de Dieu.
Mais parce que la tendresse des mères est ordinairement plus violente ou plus vive , Dieu ne s^est pas contenté de se nommer Père , il a voulu aussi être appelé Mère et plus que Mère. C*est pourquoi il dit ceci dans Isaïe [Isaiœ 49- v. i5) : « Quelle mère ouj) blie son petit enfant et n'a pas le cœur touché de » pitié pour celui qui est sorti de ses entrailles ? » Quand il y aurait une mère assez dénaturée pour » être capable de cet oubli , pour moi , je ne t'ou- » blierai jamais, ô Jérusalem , parce que je te porte » écrite en mes mains , et tes murailles sont toujours » en ma présence. » Quelles paroles peut-on concevoir plus pleines de tendresse ? Et qui sera assez aveugle pour ne pas se réjouir, après des gages si certains d'un si grand amour ?
Quiconque considérera que c'est Dieu qui parle , lui dont la vérité est infaillible , dont les richesses sont infinies , dont le pouvoir est sans bornes , quelle joie ne ressentira-t-il point de ces agréables paroles ? Mais cet excès de bonté passe encore bien plus avant , et Dieu ne se contente pas de comparer son affection à celle des mères ordinaires. Entre toutes les autres , il choisit l'aigle , comme celle qui est la plus renommée par cet amour, et il compare son affection à la sienne , lorsqu'il dit ( Deut. 32. v. 1 1) : « Le Seigneur » aime ses enfans comme l'aigle aime ses petits ; il 9 étend ses ailes sur eux , et les porte sur ses épaup les, » Le même Prophète déclare encore plus ou-