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lui ceiix qui ne le servent pas, étant certain que sous le ciel il n'y a point de trésor plus grand que celui-là.
Comme ceux qui , servant un prince par ses ordres exprès, dans quelque occasion signalée , gardent soigneusement ses lettres, gages des récompenses pro~ mises à leurs services ; et que fortifiés par ces assurances , non-seulement ils vont avec courage , mais se réjouissent encore au plus fort des périls , parce qu'après en être échappés ils sont en état de demander l'effet de leurs écrits et le prix de leur fidélité ; de même les serviteurs de Die^i conservent dans leurs coeurs toutes ses promesses divines , beaucoup plus certaines que celles de tous les rois de la terre. C'est sur elles qu'ils fondent leurs espérances; c'est par elles qu'ils s'encouragent en leurs travaux ,. qu'ils prennent confiance en leurs périls , qu'ils se consolent en leurs adversités. Elles les enflamment d'amour pour un si bon maître, et les obligent de s'abandonner entièrement au service de celui qui leur promet avec tant de fidélité de s'employer pour leur bien , comme leur étant tout en toutes choses. Et par là il paraît que l'un des principaux fondemens de la vie chrétienne est cette vive et légitime confiance.
Quel plus grand bien en cette vie , que d'avoir Dieu pour père , pour mère , pour pasteur, pour médecin , pour maître, pour nourricier, pour mur, pour défense , pour garde , et ce qui est plus que :tout , pour époux ? Que peut donner le monde à ses adorateurs qui soit comparable à cela ? Ceux qui possèdent ce bien , ont droit sans doute de se réjouir, de se consoler, de prendre courage , et de se glorifier en Dieu dans toutes leurs peines ! « Pvéjoiussez-
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» VOUS, justes, dans le Seigneur, dit ie Prophète, » (Psai.ùi, V. 1 1.), et soyez ravis de joie; chantez ses » louanges, vous tous qui avez le cœur droit. » Comme s'il avait voulu dire plus clairement : Que d'autres se réjouissent, s'ils veulent, dans les richesses et dans les honneurs du monde , d'autres dans la noblesse de leur race , d'autres dans les faveurs des princes, d'autres dans la prééminence de leurs dignités et de leurs offices ; mais vous qui prétendez avoir Dieu pour vous , qui voulez qu'il soit votre héritage et votre possession , réjouissez-vous plus véritablement en ce seul bien , puisqu'il surpasse autant tous les autres , que le Créateur est au-dessus de tout, ce qu'il a créé.
C'est ce que le même prophète nous a enseigné dans un des psaumes [Psaim. il\Z , v. 1 1 ) : « Déli- » vrez-moi des mains de ceux qui se sont séparés » de votre service, qui n'ont une bouche que pour » dire des vanités , et des bras que pour faire du » mal ;* dont les enfans croissent comme de jeunes » arbrisseaux nouvellement plantés , dont les filles » sont ornées comme des temples ; les greniers rem- » pUs de toute sorte de biens , les brebis grasses et )», fécondes. On a tenu pour bienheureux le peuple » qui possède ces biens ; mais bienheureux est le » peuple qui a le Seigneur pour son Dieu ! » David parle de la sorte , parce qu'en Dieu seul on possède u,n bien qui contient généralement tous les biens que Ton peut souhaiter. Ainsi , que les autres se glorifient tant qu'ils voudront dans les richesses de la terre ; mais moi , dit David , quoique je sois un roi très-riche, et très-puissant , je me glcrificrai en Dieu \
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seul. Tels étaient encore les sentimens de ce saint prophète qui disait {Ilabac. 5 , v. 18) : « Je me » réjouirai en mon Seigneur , et serai ravi de joie » en Dieu mon Sauveur ; parce qu^ii est mon Dieu » et ma forteresse , et que c'est lui qui rendra mes » pieds aussi légers que ceux des cerfs , pour courir » sans broncher dans les chemins difQciles de cette » vie : c'est lui qui fera que je marcherai sur les hautes » montagnes en chantant des psaumes et des louan- « ges en son honneur. »
Voilà quel est le trésor et la gloire que Dieu a préparés en ce monde pour ses serviteurs ; s'il offre de telles favevirs à ceux qui lui sont fidèles, n'a-t-il pas droit de se plaindre de ceux qui s'éloignent de lui ? Ce furent aussi ces plaintes qu'il mit en la bouche de Jérémie , lorsqu'il l'envoya reprocher à son peuple : on ingratitude [Jertm. 2. v. 5 ). «Quelle rigueur, leur dit-il, vos pères ont-ils trouvée en moi qui pût les autoriser à m'étre infidèles , à suivre la vanité et à devenir orgueilleux? » Et un peu plus bas [v. 3i ) : « Est-ce que j'ai été envers ce peuple une terre stéri- » le , déserte et sans fruit ? » Comme s'il voulait dire : Il est bien clair que non , puisque par ma main ils ont obtenu tant de prospérités et de victoires. « Pourquoi donc ( Ibid. 52 ) ce peuple a-t-il dit : » Nous nous sommes séparés de votre service, et » nous ne voulons plus retourner vers vous ? La jeu- » ne fille oubliera-t-elle ses plus riches ornemens, et » la ceinture précieuse dont elle se ceint ? pourquoi » donc mon peuple mi'a-t-il mis en oubli durant tant » de jours ? » Si Dieu se plaignait de ces infidélités au temps de la loi , où les grâces n'étaient pas si
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abondantes, combien aura-t-il plus sujet de se plaindre en ce temps-ci , où les grâces sont d'autant plus abondantes qu'elles sont plus spirituelles et plus divines !
§. II
La providence dont Dieu use envers les méchans pour les punir de leurs crimes.
Si nous ne sommes point touchés des avantages que cette bienheureuse providence prodigue aux gens de bien , soyons -le au moins des châtimens qu'elle envoie aux méchans. Dieu les mesure à leur propre mesure , et les traite selon l'oubli et le mépris qu'ils ont eus de sa majesté ; car il oublie ceux qui le mettent en oubli, et méprise ceux qui le méprisent. Pour montrer cela plus sensiblement , il commanda à sou prophète Osée ( Oseœ i ) de se marier avec une femme pécheresse , afin de donner une image de la fornication spirituelle que les Israélites avaient commise, en quittant leur Seigneur et leur Epoux légitime. Il lui commanda encore de donner pour nom à uDj enfant né de ce mariage , une parole hébraïque qui veut dire : Vous n'êtes pas mon peuple, pour faire' entendre que puisque , par leurs péchés , ils avaient témoigné qu'ils ne le reconnaissaient pas pour leur Dieu, il ne les reconnaîtrait plus aussi pour son peuple. Il ajoute encore un peu plus bas ( Os. 2, v. 2 ) ; « Jugez de votre mère, jugez-la , car elle n'est ni vo- » tre mère , ni moi son mari ; » c'cstà-dirc , que comme elle lui avait été infidèle , lui aussi la dé- ■ laisserait et n'accomplirait pas les promesses ma-
giiifiqujs
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gnifiques qu'il lui avait faites. Voyez par là comme le Seigneur mesure chacun selon sa mesure , se montrant tel envers les hommes que les hommes se montrent envers lui.
Les méchans donc , qui vivent en effet eomnae s'ils avaient entièrement effacé Dieu de leur mémioire , demeurent abandonnés en ce monde , comme des biens sans maître , des écoles sans précepteur , un navire sans pilote , et enfin comme un troupeau sans pasteur. C'est pourquoi Dieu leur a dit , par le prophète Zacharie {Zachar. îi , i;. g) .* « Je ne veux » plus prendre le soin de vous paître. Que celui qui » mourra , meure ; que celui qvii sera tué , soit tué ; » et que les autres qui resteront , se dévorent les uns » les autres. » Il témoigna encore la même chose dfins le cantique de Moïse {Deut. Sa, v. 20). « Je » détournerai mes 3 eux de vous , et regarderai sans ». m'émouvoir les misères et les calamités dont vous ». serez enfin enveloppés , sans vous donner aucun » ; remède. »
Il fait encore mieux connaître cette providence ^vengeresse par la bouche d'Isaïe : s'adressant à son peuple sous la figure d'une vigne , qui labourée et cultivée avec soin , n'avait rapporté que de mauvais fruits, il Ivii dit ( Isa. 5, i;. 5 ) ; « Je veux vous mon- » trer ce que je ferai de ma vigne. J'ôterai la haie qui ) l'environne , afin qu'elle soit pillée ; je renverserai ) sa clôture , afin qu'elle soit foulée aux pieds ; elle > demeurera comme une terre déserte ; elle ne sera ' ni taillée ni bêchée ; elle se remplira de mauvaises
herbes et de ronces , et je commanderai aux nuées
de ne pleuvoir jamais sur elle; » c'est-à-dire, je
Grikad*. Guide. \, U
1 yO LC GVÎTiL DES PÉCIIF.URS.
lui ôterai tous le» secours eflicaces que je lui avais donnés autrefois. Après ces menaces ne doit-on pas craindre une telle sorte de providence ?
Dites-moi maintenant s'il peut y avoir un péril semblable à celui de vivre hors de celle protection paternelle , et de demeurer exposé à toutes les mau- '. vaises rencontres du monde et à toutes les injures de la vie. Car comme il est vrai que d'un côté le monde est une mer pleine d'orage , un désert rempli de voleurs et de bétes farouches , où nous avons une multitude d'accidens à supporter , d'ennemis puissans à combattrct de pièges secrets à éviter, et de difficultés imprévues à prévenir ; que l'homme d'autre part est une créature faible, aveugle , désarmée, sans force , sans conseil ; (jue deviendrons-nous, si nous sommes privés des secours , des lumières , et de l'appui de la divine Providence ?
Notre isolement ne constitue pas encore tout notre danger ; car la Providence ne se contente pas de détourner les yeux de dessus les médians ; elle permet même qu'ils soient entourés de périls et de tentations qui , dins ses desseins , devaient être pour eu une matière de triomphes, et deviennent par leur ma lice et leur faiblesse un sujet de chutes et de péchés. C'est ce que le Saint-Esprit a clairement témoigné par le prophète Amos, lorsqu'il a dit [Anios. 9, v. 8): « Les yeux du Seigneur s'arrêtent sur le règne des » médians, mais c'est pour le briser et le détruire; ■ comme s'il disait : Le soin que j'avais autrefois pour eux , se doit changer de telle sorte , que moi qui les considérais auparavant pour les défendre , je ne les regarderai plus que pour les punir, et pour leur fai