‹ Le guide des pécheursChapitre 79 sur 142 · LIVRE I. CllAP. XIV. I · texte numérisé non relu

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chions nous gouverner parmi les difficultés et les événemens de cette vie.

Toutes ces lumières procèdent de la grâce que l'Ecriture appelle onction, parce que comme l'huile, entre toules les liqueurs, sert principalement à entretenir la lumière et à guérir les plaies, ainsi cette divine onclion guérit les plar-<?s de notre volonté , et éclaire les ténèbres de notre entendement. C'est aussi cette huile plus précieuse que tous les bdumes- que pavidse glorifiait de posséder, lorsqu'il dit [Psat. 32, V. 5) : « Seigneur, vous avez oint ma tête avec l'abon- » dance de votre huile. » Car il est bien clair qu'il ne parlait pas au sens propre, et qu'il voulait désigner l'entendement et Thuile spirituelle, qui est la lumière du Saint-Esprit, par le moyen de laquelle cette lampe de l'intelligence est entretenue. Ce saint roi était tout éclatant des lumières que rendait cette liqueur sacrée^ et il nous l'a confessé lui-même dans un autre psaume, où il dit, çue Dieu lui avait ma" nifcsté les secrets de sa sagesse tes plus cachés.

L'office de la grâce est de rendre l'homme vertueux, et il ne peut le devenir sans ressentir de la douleur de sa vie passée, de l'horreur pour le péché, et du mépris pour les choses du monde ; or il est certain que la volonté ne sera jamais capable de ces bons mouvemens, s'il n'y a dans l'entendement des lumières et des connaissances proportionnées pour les exciter : car elle est une puissance aveugle , et elle ne peut se mouvoir , si l'entendement ne la précède, et ne l'éclairé pour lui faire connaître le bien ou le mal, et lui apprendre par là quels sont les objets auxquels elle doit donner ou refuser son affection. Sain^

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Thomas a dit {S. Tk. 2. 2. q. 1, art. 4- ) • "^ Q«i'i mesure que l'amour de Dieu croît en l'ame du » juste, la connaissance de sa bonté, de son amour » et de sa beauté y croît à proportion ; » de sorte que si Tun croît de cent degrés, l'autre croîtra d'autant, parce que celui quia beaucoup d'amour, doit connaître beaucoup de qualités aimables en ce qu'il aime , et que celui qui aime peu en connaît peu.

Ce que nous disons de l'amour de Dieu s'entend de même de la crainte, de l'espérance^ de la haine et de l'horreur du péché. Or, comme le Saint-Esprit veut que tous ces bons sentimens soient dans l'ame du juste, il veut aussi qu'il y ait des connaissances qui soient comme des causes qui les produisent , comme la diversité des effets naturels demande une diversité de causes qui les produisent.

D'ailleurs , puisqu'il est vrai que Dieu fait sa demeure dans l'ame par la grâce, comme nous l'avons déjà provivé, et que Dieu, comme dit saint Jean [Joan. 1), est une lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde y il est certain que plus cette demeure sera pure et exempte de souillure, plus les rayons de cette divine lumière brilleront en elle, comme ceux du soleil dans un miroir fort net. Saint Augustin appelle Dieu (Lib. 2 de Libero Arbiir.) la sagesse de l'ame purifiée, parce q\i'il éclaire l'ame qui est en cet état, des rayons de sa lumière, lui faisant voir ce qui lui est nécessaire pour son salut. Mais pourquoi nous étonner de voir Dieu exercer cette bonté envers les hommes, puisqu'on une certaine façon il fait de même à l'égard de toutes les créatures, «jni, par un secret instinct qui leur est iiis^

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pire par leur auteur, connaissent tout ce qui leur est propre pour leur conservation ?

Qui a appris à la brebis, entre cette diversité presque innombrable d'herbes qui sont dans les champs, d'éviter celles qui lui sont nuisibles, et de faire choix de celles qui lui peuvent servir ? Qui ILii a encore appris à discerner l'animal qui sympathise avec elle , de celui qui lui est contraire ; et par ce moyen à luir les loups et à suivre les chiens? Si Dieu donne cette connaissance aux brutes pour se maintenir dans la vie naturelle, combien plus donnera-t-il aux justes les connaissances nécessaires pour se conserver dans la vie spirituelle! Et si la providence divine a pris tant de soin de ce qui ne touche que les fonctions purement naturelles , combien devons-nous croire qu'elle en prendra davantage des œuvres de la grâce, incomparablement plus excellentes, et si élevées audessus des puissances de l'homme !

Cet exemple ne prouve pas seulement la réalité de cette connaissance que Dieu donne à l'entendement, mais il nous en fait aussi concevoir la nature : elle est moins spéculative que pratique , puisqu'elle ne nous est pas seulement donnée pour savoir, mais aussi pour agir ; elle ne s'arrête pas au seul entendement, comme celles que l'on acquiert dans les écoles : elle s'étend jusqu'à la volonté, la rendant prompte à faire ce qvi'elle lui enseigne. C'est là le propre effet des inspirations du Saint-Esprit , qui , comme un maître très-parfait , fait pratiquer aux siens les leçons qu'il leur donne. Cette lumière surnaturelle pénètre par sa vertu dans tous les replis de nos âmes,

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et fait en chacun d'eux tout ce qui est nécessaire pour les mettre en un bon état.

L'xVpôtre l'a fort bien expliqué , lorsqu'il a dit : La parole de Dieu [Heù. l\. v. 12) est vive et efficace ; elle pénètre plus qiCune êpée tranchante clrs deux cotés-, puisqu'elle a la force de diviser la partie animale de l'iiomme d'avec la partie spirituelle , et qu'elle sépare l'une de l'autre, en coupant les malheureux liens qui sont ordinairement entre l'esprit et la chair. Cette union est rompue par la force et l'efficace de la parole divine , qui fait quo l'homme mène non une vie charnelle , mais une vie toute spirituelle.

Voilà donc l'un des principaux effets de la grâce , et l'un des plus signalés privilèges dont jouissent les gens de bien en cette vie. Parce que cela semblera peut-être difficile à entendre et à croire aux hommes charnels , je vais le prouver très - évidemment par plusieurs témoignages tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Dans le Nouveau , Notre-Seigncur a dit ces paroles par la bouche de saint Jean [Joan 14. t^. 26) : «Le Saint-Esprit consolateur que mon » Père enverra en mon nom , vous enseignera toutes » choses ; il vous donnera l'intelligence de ma doc- 9 trine. » Et en un autre lieu [Joan. 6. v. 45 ) : «Il » est écrit , dit-il , dans les prophètes , qu'il viendra » un temps auquel les hommes seront éclairés par » Dieu : celui qui a écouté mon Père , qui a été ins- » truit par lui , vient à moi. » Le même Sauveur a dit par Jérémie ( Jcrem. 5i. t'. 55 ) : « J'écrirai laa

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