‹ Le guide des pécheursChapitre 85 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. XV

car , de même que le soleil en éclairant le monde le vivifie 5 la lumière que Dieu répond dans Tame des justes pénètre jusqu'à la volonté , qu'elle embrase et remplit d'une douce joie ; c'est ce qu'enseigne le Prophète , lorsqu'il dit ( Psai. 98 ) : « La lumière s'est » levée sur le juste , et la joie est née en ceux qui 1» ont le cœur droit. »

Pour suivre plus exactement l'intention que nous nous sommes proposée en ce livre , il nous faut premièrement expliquer combien cette joie est grande , parce que cette connaissance servira infiniment au dessein que nous avons de rendre les hommes affectionnés à la vertu. Le cœur humain étant avide de plaisirs , les impies disent , sinon de bouche , au moins par leurs œuvres , qu'ils aiment mieux se perdre par la volupté que de se sauver par les priyations. Lactance parle de cette folie en ces termes ( LacU î. 2. de fais. Rei. , c. 2 ) : « Parce que les ver- » tus sont mêlées de quelque amertume , et que les 9 vices sont accompagnés de quelque plaisir sensible , » les hommes , rebutés de l'une et attirés par l'au- » tre, s'abandonnent aux vices et s'éloignent de la » vertu. ') Ceci étant la véritable cause d'un si grand mal , quel bien ne ferait point aux hommes celui qui les pourrait tirer de cette erreur , qui leur apprendrait que le chemin de la vertu est beaucoup pliis doux que celui du vice ? C'est ce que je prétends leur faire voir par des raisons invincibles , mais principalement par des autorités de l'Ecriture , comme étant les preuves les plus certaines , puisque le ciel et la terre manqueront plutôt que ces vérités divines {Marc- i3 ).

jg2 LE GUIDE BES PiCIÎEURS.

Dites-moi denc , ô homme aveugle î si la voie de Dieu est si rude que vous vous la figurez : qvi'a voulu ^aire entendre le Prophète lorsqu'il a dit ( PsaL 3o. V. 20 ) : « 0 Seigneur , quelles sont les doueeurs que j) vous cachez et que vous réservez pour ceux qui vous » craignent?» Il ne nous enseigne pas seulement par ces paroles quelle est la douceur que goûtent les gens de bien , mais il nous fait encore connaître ] pourquoi les médians l'ignorent ; c'est que Dieu la J| tient cachée. Le même Prophète nous dit ailleurs ( Psat. 54. V. 9 ) : « Mon ame se réjouira dans le Sei- » gneur, et tressaillera en Dieu mon Sauveur. Tous » mes os diront : Seigneur , qui est semblable à » vous? » Pourquoi use-t-il de termes si forts , sinon pour nous faire connaître que la joie du juste est si grande , que quoiqu'elle soit reçue par l'esprit , elle» rejaillit néanmoins sur la chair , au point de lui fa ire. goûter les choses spirituelles , et se réjouir en Dieu ?

Cette joie est si vive , que tous les os étant ravis dô cette douceur , forcent les honrimes à s'écrier : Quif est seinhlable à vous, Seigneur ? Quels plaisira sont comparables à ceux que vous faites ressentir 'A Quelle joie , quel amour, quelle paix , quels conten temens peuvent donner les créatures , qui puissent entrer en comparaison avec ceux qui viennent de TOUS? Le même Prophète dit encore ( Psat. 117. V. i5) : «Les cris de salut et de joie retentissent dans » les miaisonsdes j listes ; » le vrai salut et la véritable joie ne se rencontrent donc pas dans les maisons des pécheurs , mais dans celles des justes. C'est ce qu< témoignent aussi ces paroles ( Psat. 67. v. 4) : «Quel » les justes se réjouissent , qu'ils soient pleins d al-|

légresse

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