LIVRE I. CHAP. XV. igS
» légresse , et qu'ils trouvent un festin délicieux en » la présence de Dieu. » Qui ne reconnaît ici les festins spirituels de la grâce , dont , par une infinie miséricorde , la bonté de Dieu se plaît à repaître les âmes des élus par l'avant-goût des choses célestes ?
C'est dans ces divins festins que Ton donne à boire ce vin très-agréable que le Prophète relève si hautement, lorsqu'il dit (Psai. 55. v. 9) : « Seigneur, vos » serviteurs seront enivrés de l'abondance des biens » qui sont dans votre maison , et vous leur donnerez » à boire des torrens de vos délices. » Par quelles paroles pouvait- il mieux faire sentir la grandeur de ces délices, que par le nom d'ivresse et de torrens impétueux, vive expression de la force qu'elles ont d'attirer le cœur de l'homme vers Dieu ? C'est ce que signifie proprement le mot d'ivresse, parce que, comme un homme qui a bu du vin avec excès perd l'usage de ses sens et demeure comme mort, de même celui qui a bu de ce vin céleste devient mort au monde, et à tous les sentimens déréglés qui sont en lui.
Qu'a voulu signifier le même Prophète lorsqu'il a dit i^Psai. 88. v. 16) -. Bienheureux le peuple qui sait ce que c'est que jubilation? D'autres auraient peut-être dit : Bienheureux le peuple rempli de toute sorte de biens, et protégé par de puissantes murailles ! mais David, éclairé par le Saint-Esprit, n'appelle bienheureux que ceux-là seulement qui savent par expérience ce que c'est que se réjouir en Dieu, non pas d'une joie commune et médiocre, mais d'une joie qui mérite le nom de jubilation. Saint Grégoire dit {S. Grêg. l. 24, Mor. c. 3) que cette jubilation est une joie de l'esprit, telle qu'on ne saurait ni l'ex-
G&EIÏADC. Guide. I, \
lo4 LE GUIDE DES PÉCHEURS.
pliquer par des paroles, ni la faire connaître par des signes ou des actions extérieures. Heureux donc vraiment le peuple qui s'est tellement avancé dans Tamour de Dieu, qu'il sait par expérience quelle est cette jubilation! C'est ce que ni Platon, ni Démosthène, n'ont jamais pu comprendre ; il n'est que le cœur humble qui en soit capable.
Si Dieu même est l'auteur de cette joie, quelle sera son abondance ? Nous pouvons en juger par la rigueur des châtimens qu'il inflige : car sa bonté n'est pas moindre que sa justice. S'il a la main si forte et si pesante lorsqu'il veut punir , combien sera-t-elle douce et agréable lorsqu'il l'étendra pour faire des caresses !
Aussi quel est ce cellier de vin précieux où Tépouse se glorifie d'avoir été introduite par son époux, et dans lequel il avait disposé et réglé en elle la charité ? Quel festin est encore celui auquel nous sommes invités par le môme époux, lorsqu'il dit ( Cant. 5. v. 1.) * ^wt'er, ines amis , enivrez-vous , mes iiien- aimés? Quelle est cette ivresse, sinon la gran- M deur de ces divines douceurs qui transportent de telle ™ sorte les cœurs des hommes , qu'elles les mettent comme hors d'eux-mêmes ? Car nous avons coutume de dire qu'un homme est ivre, lorsque le vin qu'il a bu le domine tellement qu'il n'est plus maître de lui-même. Si cela est vrai, quel doit être l'état d'une ame , lorsqu'enivrée de ce vin céleste , elle sera si remplie de Dieu, qu'elle ne pourra supporter la grandeur de tant de plaisirs , et que toute sa capacité ne pourra contenir l'excès de son bonheur ?
On écrit de saint Ephrem , que souvent il était si