‹ Le guide des pécheursChapitre 87 sur 142 · LIVRE L CIîAP. XV. IqS · texte numérisé non relu

LIVRE L CIîAP. XV. IqS

rempli de cette douceur céleste, que la fragilité du corps n'en pouvant supporter la force, il était contraint de se plaindre à Dieu, et de lui dire {S. Joan^ Cliinac, Gracl. 19) : «Retirez-vous un peu de moi, » car la faiblesse de mon corps ne peut plus suppor- » ter la grandeur de vos plaisirs. » O merveilleuse bonté ! ô douceur immense de ce souverain Seigneur, qui se communique si libéralement à ses créatures , que la force de leur corps n'est pas capable de soutenir l'abondance des contentemens qu'il leur donne! C'est donc par cette ivresse céleste que les sens de Tame s'endorment ; c'est par elle que l'ame jouit d'un sommeil de paix et de vie, qu'elle s'élève audessus d'elle-même, qu'elle connaît, qu'elle aime et goûte des douceurs qui surpassent infiniment toutes les facultés naturelles. D'où il arrive que, comme l'eavi qui est sur le feu semble ne plus se souvenir de sa propre nature, qui est d'être pesante et de tendre en bas, s'élève comme empruntant la nature et la légèreté du feu ; ainsi l'ame enflammée de ce feu céleste s'élève au-dessus d'elle-même; et s'efForçant de s'élancer de la terre au Ciel, d'où cette flamme lui est inspirée, elle bouillonne par un désir ardent d'aller à Dieu, elle court impétueusement pour l'embrasser, et lève les bras pour voir si elle pourra atteindre à ce qu'elle aime si chèrement. Si elle n'y peut arriver, ni ralentir la violence de ses désirs, elle languit, ne pouvant parvenir à son objet, et il ne lui reste d'autre consolation que de pousser au Ciel de profonds soupirs , disant avec l'épouse dans les Cantiques { Cant. 5. V. 8 ) : a Faîtes savoir à mon bien-aimé » que je suis malade, et que je languis d'amour. »

JOG LE CriDE DES PtCIIttRS

Celte maladie et cette langueur ne viennent que des oppositions et des obstacles qiii empêchent Famé dVxécuter les désirs ardens qui la possèdent : c'est pourquoi un saint docteur dit : « Ne perdez pas cou- » rage, ô anie amoureuse î votre maladie n'est pas « mortelle, elle est pour la gloire du Fils de Dieu, n Qui peut expliquer dignement la grandeur des plaisirs que goûtent ces bienheureux amans sur cette c< florissante couche de Salomon, faite du bois du V Liban, avec ses colonnes d'argent et son dossier y de fm or [Cant. 3) ? » C'est là le lieu des noces ce • lestes et spirituelles ; il s^appclle couche , parce que c'est un lieu de repos, d'amour et d'une vraie et solide tranquillité ; tous les plaisirs y abondent ; et ils sont tel> en effet, que personne ne saurait ies con^ cevoir , sinon ceux qui en ont fait f expérience ( Apoc. 1 ). Mais quoique ces connaissances nous soient cachées, nous ne manquons pas de conjectures par lesquelles nous pouvons nous en former quelque idée. Car certainement celui qui voudra considérer quelle est la charité que le Fils de Dieu a pour les hommes, ne sera pas étonné qu'après l'avoir porté à souffrir tant de supplices et d'ignominies pour les sauver, elle l'engage à remplir de consolations des âmes qui lui sont si chères. Que ne fera point pour les justes celui qui a tant souffert pour les pécheurs? Quelles caresses ne fera point à ses amis celui qui a enduré tant de douleurs pour ses ennemis ?

La disposition habituelle des justes nous peut encore faire comprendre quelle doit être la bouté de Dieu à leur égard. Car si Ton pouvait pénétrer le fond ùt leurs cœurs, on y verrait que leur plus ^and soin

Page 1