LIVRE I. CIIAP. XV
» ma mère, de pouvoir vons rencontrer dehors pour » vous donner un baiser de paix ! » C'est alors que tout étonnée elle admire en elle-même comment de si grands trésors ont pu lui être si long-temps cachés; et voyant que tous les hommes pourraient jouir dVm si grand bien , elle veut courir par les rues et par les places publiques, et leur crier : Insensés, où allezvous ? que cherchez-vous ? que ne vous hâtez- vous de poursuivre ce bonheur? « Goûtez {Psat. 33. v. 9), et » voyez combien le Seigneur est doux ! Bienheureux » celui qui a mis son espérance en lui! » Ainsi ayant senti les douceurs spirituelles, tous les plaisirs de la chair lui sont amers ; la compagnie est pour elle une prison, la solitude un paradis; toute sa joie est d'être seule avec le Seigneur qu'elle aime; les honneurs lui sont à charge, la conduite d'une maison une espèce de supplice. Elle voudrait que rien ne vînt la détourner de sa jouissance ; aussi tout son soin ne s'emploie qu'à détacher son cœur de toutes les choses de la terre : elle n'a qu'un seul amour et un seul désir ; elle aime toutes choses en un seul, et un seul est son bien-aimé en toutes choses. Elle dit avec le Prophète {Ps. 72. V. 25) : « Qu'y a-t-il. Seigneur, que je » doive désirer dans le Ciel? et quels biens ai-je à r> VOUS demander sur la terre ? Ma chair et mon cœup B tombent dans la défaillance, o Dieu de mon cœur, » mon seiil et unique partage, mon Dieu à jamais ! » Il ne lui semble plus qu'elle ait une connaissance si obscure des choses divines ; elle les voit avec d'autres yeux, parce qu^elle ressent en son cœur de tels moU'. yemens, et des changemens si grands, qu'ils lui ser-yent de témoignages assurés de toutes les vérités dô
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la Toi. Le jonr lui csl ennuyeux, lorsqu'au matin il lui faut reprendre le soin de ses affaires, et elle soupire après le calme de la nuit , pour la passer en repos avec son Dieu. Les nuits lui semblent courtes ; les plus longues sont celles qu'elle aime le mieux ; si elles sont claires et sereines, elle contemple la beauté du ciel, de la lune et des étoiles, avec des yeux bien différens de ceux qu'elle avait autrefois; elle regarde ces astres si brillans comme des échantillons de la beauté de son Créateur , comme des miroirs de s» gloire, comme des interprètes et des messagers fidèles, qui lui racontent ses merveilles, comme de vifs portraits de ses grâces et de ses perfections, et comme des dons et des présens que l'époux envoie par avance à son épouse, pour l'entretenir en son amour, en attendant le jour bienheureux qui accomplira ce grand mariage dans les Cieux. Tout le monde est pour elle un livre qui semble lui parler incessamment de Dieu, une lettre que son bien-aimé lui écrit, et un contrat auihentique de son amour. Telles sont les nuits de ceux qui aiment Dieu, et le sommeil dans lequel ils se reposent ; car c'est sous le doux et agréable murmure de ces nuits paisibles, que Tame se retire en elle-même , et qu'elle commence à dormir de ai sommeil veillant duquel il est dit (Cant. 5o ) : « Je « dors, et mon cœur veille. » Et comme son époux la voit endormie entre ses bras , c'est alors qu'il l'entretient dans ce sommeil de vie, et qu'il commande que personne ne soit assez hardi pour l'éveiller : Je vous conjure, fiUcs de Jcriisatcm , dit-il. de 71e point éveitUr ma ùicn-aimce juf!nu' à ce quelle se réveille dJcllc-mêmc.