LIVRE I. COAP. XV
joies aussi vives et aussi sensibles. Sa miséricorde est touchée des besoins niullipliés de ces âmes encore novices; elle considère de combien d'occasions de pécher elles sont environnées , combien de passions elles ont à dompter, et elle veut leur donner le courage d'acquérir une entière victoire, et se les attacher si étroitement par les liens de la charité, qvi'elles ne puissent plus se séparer de lui.
C'est ce que saint Thomas nous enseigne dans un de ses opuscules ; il en donne cette raison , parmi plasieiu^s autres ; il dit que la nouveauté de l'état , de l'amour , de la lumière et de la connaissance des choses divines , découvre à ces âmes jusque là étrangères à toutes ces choses , des beautés qu'elles n'apercevaient pas auparavant ; et cette connaissance les remplit d'une grande admiration, accompagnée d'une douceur et d'une reconnaissance merveilleuses envers celui qui a daigné les retirer des ténèbres qui les avaient si long-temps aveuglées.
Lorsqu'un homme arrive pour la première fois en quelque grande ville, ou dans vm palais royal, il est comme ravi d'abord , et il demeure étonné et de la nouveauté et de la beauté des choses qui se présentent à ses yeux ; mais après les avoir souvent vues et considérées , l'admiration et le plaisir diminuent. Il en est ainsi de ceux qui viennent en ce nouveau pays de la grâce ; ils sont surpris des choses admirables qu'ils y découvrent. Il ne faut donc pas s'étonner si quelquefois les novices dans la dévotion sentent plus de ferveur que les plus anciens , parce que la nouveauté de la lumière et du sentiment des choses diviae3 cause en eux une plus vive émotion.
2oG LE G¥IDE DES PiiCHEURS.
Saint Bernard a remarqué (*y. Bern. ^sermone 14, in Cant. ) que le frère aîné de l'enfant prodigue ne se plaignait pas en vain à son père , en lui disant que quoiqu'il l'eût servi tant d'années sans désobéir au moindre de ses commandemens , il n'avait jamais reçu tant de faveurs que ce fds débauché qui revenait à la maison paternelle. Il est certain qu'un nouvel amour bouillonne dans ses commencemens, conmie l'eau , lorsqu'elle commence à sentir la flamme , et qu'elle reçoit une chaleur étrangère qu'elle n'avait pas encore éprouvée. Après ces premiers efforts , l'ardeur devient sans doute plus forte et plus égale , mais elle n'a pas cette impétuosité des commencemens.
Dieu traite admirablement ceux qui entrent de iiouveavi en sa nmaison. Les premiers jours ils y sont défra3és , sans qu'il leur coûte rien , et loules choses leur sont faciles et légères. L'amour que Ton a poiules petits enfans , bien qu'il ne soit pas plus grand que celui que Ton ressent pour ceux qui sont plus avancés en âge , est néanmoins plus tendre : on les porte entre les bras, on les laisse jouer et se reposer, sans les obliger au travail ; on ne leur donne pas la peine de chercher à manger , mais on les y convie , et souvent on leur met la nourriture dans la bouche. Nous ne devons donc pas nous éfonner si les nouveaux convertis commencent à posséder la joie spirituelle dont parle le Prophète en ces termes ( Psat. 64. V. Il) : «La nouvelle plante qui commence à » fleurir sera airosée. et reverdira par les gouttes » d'eau de la pluie qui descend d'en haut. » Quelles sont ces gouttes d'eau , sinon la rosée de la grâce divine , qui ;uTose ces nhmtes spirituelles naguèi*»'