XI. — La sainte Messe
C'est à l'autel que le prêtre atteint le souverain degré de sa grandeur. Pour lui les cieux s'abaissent , ou plutôt il s'y élève et plane au-dessus des neuf chœurs des anges qui adorent dans sa main le Dieu qu'il immole !
« Jamais, dit saint Liguori, le prêtre qui n'est pas péné- » tré de l'éminence du sacrifice de la messe , ne roff"rira » convenablement. Jésus-Christ n'a rien fait de plus grand » ni de plus sublime sur la terre.»
Malheur h vous si vous vous familiarisez avec le sacrifice de l'autel ! Vous tarirez par cette familiarité une mer de grâces dont Dieu veut tous les matins inonder votre âme.
1 Voyez le Saint Prêtre^ chapitre De l'Oraison. Nous recommandons spccialenicnl la lecture de ce clmpitrc du Saint Prêtre.
Si vous ne faites pas toujours une bonne préparation en dehors de l'oraison, vous ne tirerez jamais de la sainte messe des fruits abondants.
Pas de conscience douteuse à l'autel; c'est l'acheminement au sacrilège. Quant au sacrilège lui-même, c'est l'abomination de la désolation , c'est l'enfer qui envahit le ciel !
Soyez en garde contre la rapidité de la célébration de la messe. On en vient là bien vite, et quand on y est venu^ jamais on ne reprend une pieuse lenteur : pas plus d'une demi-heure , pas moins de vingt-cinq minutes ; voilà la règle des saints prêtres.
Respectez et observez scrupuleusement toutes les cérémonies, et célébrez avec une dignité angélique. Une messe bien dite est pour les assistants une imposante prédication : soyez donc éloquent à l'autel bien plus encore que dans la chaire. Une dame du grand monde nous disait un jour : Je ne connais que les Jésuites qui disent bien la messe. C'était une exagération, très-honorable sans doute pour ces vénérables religieux, mais injuste à l'égard d'une foule d'autres prêtres. Toutefois cela nous prouve que les gens du monde voient ce qui se passe à l'autel, et qu'ils n'ont pas toujours les yeux dans leurs livres. Nous avouons qu'il y a de bons prêtres qui, quoique pieux et attentifs, n'ont pas de dignité quand ils officient. C'est un inconvénient grave auquel ils devraient s'efforcer de remédier. Les hommes ne voient pas leur piété intérieure, l'extérieur seul les frappe.
Ne pas scandaliser en célébrant, c'est une édification négative; cela ne suffit pas : l'édification positive doit être le but de nos efforts.
Voici ce qui donne au prêtre une dignité édifiante à l'autel : — Pas de précipitation soit dans les mouvements
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(lu corps, soit dans la récitation des prières; — faire le mieux possible chaque cérémonie et ne pas laisser Tune empiéter sur l'autre; — ne jamais lever les yeux quand on se tourne vers le peuple ; — tenir les bras étendus quand ils doivent l'être, et élevés, selon la rubrique, à la hauteur des épaules; — avoir toujours une contenance grave, recueillie et modeste; — réciter les prières qui se disent à haute voix d'un ton pénétré qui annonce , quoique sans déclamation, qu'on goûte ce que l'on dit; — faire posément les génuflexions et les signes de croix ; — enfin être animé d'une tendre piété; car toujours elle se reflète comme d'elle-même à l'extérieur.
Nous ne pouvons rien dire de plus précis à ce sujet. Appliquez-vous à suivre ces règles; quand vous en aurez pris l'habitude, cela ne vous coûtera nullement; vons ne pourrez même plus célébrer d'une autre manière.
Soignez vos actions de grâces ; jamais elles ne seront trop longues; on s'en édifiera plus qu'on ne s'en plaindra. Le prêtre qui ne fait point ou qui fait fort peu d'action de grâce, ressemble à un laboureur qui, après avoir abattu une riche moisson, la laisserait dans le champ et refuserait de l'engranger pour en faire son profit. « Quelle pitié. » dit saint Liguori, quel désordre, quel scandale ne cau- » sent pas les prêtres qui, après avoir achevé de dire la » messe et récité quelque courte prière k la sacristie, sans » attention ni dévotion, se mettent de suite à discourir de » choses inutiles ou d'affaires du monde, ou sortent aussi- » tôt de l'église et vont porter Dieu au milieu de la rue ! » l'ne personne du monde nous disait un jour de son confesseur : <( .le suis tentée de le quitter. — Pourquoi? — Je » ne le trouve pas pieux ; il ne fait que quelques minutes ï) d'action de grâce. »
Pesez ces paroles que nous empruntons nu Directoire
du Prêtre : Sacerdotes dehent esse imitaiores sanctornm Apostolorum, qui non antè exierimt cxnacido, qunm Jujinnn dicto. Soins prôditor Judas antè exwit. (Epis. Past. III^ Humb. Archiep. Mechl.)
Ne vous dispensez jamais, sans une raison très-grave, de la célébration de la messe. Celui qui ne se sent pas touché de la privation du saint sacrifice, est dans la voie du relâchement. Qu'il se ranime en méditant ces belles paroles de r Imitation : Quando sacerdos célébrât, Deum honorât, ongelos lœtificoi^ Ecclesiam œdijlcat , vivos odjuvat, defunctis requiem prœstat, e' sese omnium bonorum participem efpcit.
Enfin, sans une raison légitime, ne dites point la sainte messe tantôt à une heure, tantôt à une autre; c'est un désordre; ayez une heure fixe et choisissez la plus commode pour les fidèles.
Terminons cette divine matière en disant avec le pieux auteur de l'Imitation : Si haberes angelicam puritatem, et sancti Joo.nnis Baptistœ sanctitatem , non esses diqnvs hoc
sncramentum. accipere ^ nec troctnre Grande myste-
vium, et mogna dignitas saeerdotum : quihus datmn est qvod nngelis non est concessurn ^ !