‹ Le guide des séminaristes et des jeunes prêtresChapitre 50 sur 57 · XIX. — Administration du sacrement de Pénitence · texte numérisé non relu

XIX. — Administration du sacrement de Pénitence

Vous le voyez , nous allons tout d'abord à ce qui vous inquiète davantage. L'idée d'entrer au saint tribunal vous saisit ; les plus petites circonstances de la confession vous semblent embarrassantes : que dire au premier pénitent qui se présentera? comment le recevoir? quelles questions lui faire? Soyez tranquille, tout cela va s'aplanir; car nous allons entrer dans les plus menus détails.

Nous supposons que vous avez la science au moins suftisante, que vous possédez bien la théologie morale, que vous avez repassé tout récemment le traité du Décalogue et ce qui regarde les péchés capitaux. Nous supposons de {)lus que vous avez lu et même étudié un long examen de conscience, qui vous a appris les questions principales qu'il faut faire sur chaque commandement. Nous suppo-

^oiJ5 ciitiii (juc vous savez iiiipertuibablonicnl la lormulr (le l'absolution et que, dans la prévision d'un trouble qui nVst pas rare chez les débutants, vous avez écrit cette fonnule pour la lire au besoin.

Tout étant ainsi disposé , on vous annonce que vous êtes attendu au confessionnal. En apprc^nant cette nouvelle, dites en vous-même : Bief soie luné! Je vais travailler aie salut des pécheurs. Adoptez l'usage de cette aspiration , et produisez-la toutes les fois que vous serez demandé au saint tribunal ; cela vous empêchera de donner en ces circonstances des marques de mécontentement qui sont loin d'édifier ceux qui en sont témoins : ce sera d'ailleurs déjà une direction d'intention très-convenable et que Dieu bénira.

Revêtu du rochet, allez au pied de l'autel réciter la ]>rière préparatoire du rituel , et , outre cette prière, faitesen une mentale, courte^ mais très-fervente, pour demander à Dieu qu'il vous bénisse ainsi que les pénitents que vous allez entendre. — Vous pourriez ajouter : « Accordez- » moi , Seigneur, par Tintercession de Marie , de mon » bon ange et des bons anges de mes pénitents, lumières, h prudence , douceur , patience , charité et chasteté. )) AmeUi. »

Au reste, quelle que soit la forme de votre préparation , Pessentiel est que vous en fassiez une, et que vous la fassiez avec beaucoup de dévotion intérieure et extérieure. Il est très-fàclieux que des prêtres , et de bons prêtres , s'affranchissent sans façon de cette préparation. On les voit, après une conversation souvent frivole à la sacristie, se rendre au confessionnal sans se recueillir un seul instant au pied de l'autel, pour penser à ce qu'ils vont faire. N'agissez pas ainsi; édifiez vos pénitents, qui tous vous observent, par une pieuse préparation. Vous ne vous dis-

penserez jamais de ce dovoir, si vous êtes toujours vlvonient pénétré de l'importante fonction que vous allez remplir.

Cette préparation faite, dirigez- vous vers le confessionnal sans précipitation et les yeux modestement baissés.

La confession va commencer : quand la bénédiction vous a été demandée par ces mots : Mon Phre , bénissezmoi parce que f ai péché , prononcez la formule de bénédiction : Deif.s sit in corde tuo, etc. et restez en silence jusqu'à ce que le pénitent ait achevé la première partie du Confiteor. C'est ici que les confesseurs qui débutent éprouvent quelque embarras. Nous recommandons à nos jeunes lecteurs d'adopter, pour tout le temps qu'ils exerceront le saint ministère, la méthode que nous allons leur proposer.

Nous croyons d'abord que le confesseur doit prendre le premier la parole; cela met déjà le pénitent à l'aise et diminue l'appréhension dont il est quelquefois saisi quand il est timide. Il y a des confesseurs qui ne disent pas un mot aux pénitents au début de la confession ; ils les laissent s'expliquer comme ils peuvent et ne semblent pas s'apercevoir de leur timidité et de leur trouble. Ne vous conduisez pas de cette manière; dites, par exemple: f( Comme c'est la première fois que vous vous confessez à » moi, il est possible que vous éprouviez un peu de )) crainte et d'embarras : cela n'est pas étonnant; mais M soyez tranquille, mon enfant; je me charge de vous » interroger, ne vous troublez point. Quels que soient lej? » péchés que vous ayez commis, je vais les entendre avec » la plus grande douceur et vous rendre la paix si vous » l'avez perdue. » Cette précaution est excellente à l'égard des nouveaux pénitents. Commencez ensuite le dialogue suivant :

— Y a-t-il longtemps que vous ne vous êtes confessé?

— Environ six mois, mon Père.

— Reçùtes-vous alors l'absolution ?

— Oui , mon Père.

— N'avez-vous rien, mon enfant, qui vous trouble la conscience dans votre vie passée?

— Non , mon Père , je suis tranquille sur mes anciennes confessions.

Si , au lieu de cette réponse, on vous disait ou si seulement on vous laissait entrevoir par un air de réticence et de contrainte, qu'on n'est pas parfaitement rassuré sur les confessions précédentes , éclaircissez le mystère qu'on ne vous révèle qu'imparfaitement et dites avec une grande douceur :

— Mettez-vous parfaitement à l'aise, mon enfant; déclarez-moi bien franchement tout ce qui vous fait ombrage; autant la mauvaise conscience est insupportable, autant la bonne est accompagnée de douceur et de consolation. Oh! que vous serez content quand vous m'aurez dit tout ce que vous avez dans l'âme !

Quelquefois ( ce n'est pas à beaucoup près la disposition ordinaire) on trouve des pénitents si timides, que ces moyens , et d'autres plus engageants encore , ne suffisent pas pour obtenir les aveux qu'on désire. C'est dans ce cas qu'il faut user d'une excessive douceur et des industries du vrai zèle pour atteindre son but. Il y a des pénitents si enveloppés et si peu disposés à manifester leurs misères, que , dans une confession d'une demi-heure , on ne peut leur arraclier que trois ou quatre péchés. C'est un supplice pour les confesseurs; mais ils doivent s'abstenir, avec un soin extrême, de toute démonstration d'impatience et d'ennui. Ceci doit faire voir à quoi s'exposent des confesseurs froids et indifférents qui laissent aux pénitents toute

la charge de la confession , sans l'alléger par quelques bonnes paroles.

Quand on a obtenu des aveux précis et sufïisamment détaillés, il faut voir si la conscience du pénitent est en assez bon état pour qu'on n'ait pas besoin de lui faire faire une confession générale. S'il en est ainsi , on lui dit d'être tranquille sur les confessions précédentes , et l'on se borne seulement à rechercher les fautes qu'il a commises depuis la dernière absolution. Il va sans dire que c'est à cette dernière absolution qu'il faut remonter, lors même qu'il y aurait eu depuis quelques confessions sans absolution.

Les jeunes confesseurs doivent être en garde contre la tentation d'exiger trop légèrement des confessions générales ou des revues partielles de tous les pénitents qu'ils confessent; cela ne serait pas sans inconvénient, même très- grave, surtout pour les pénitents qui seraient fort timides et qui témoigneraient une grande répugnance à recommencer leurs confessions. Rappelons-nous que^ selon les meilleurs théologiens, il ne faut obliger les pénitents à faire des confessions générales , que quand on a de fortes raisons de croire que les confessions antérieures n'ont pas été bonnes.

Première règle : Quand un pénitent n'est pas scrupuleux, ce dont il faut s'assurer avant tout, faites-lui faire une confession générale s'il en exprime lui-même formellement le désir. Encore bien que vous ne voyiez pas positivement qu'il soit nécessaire de faire cette confession générale, vous devez croire que le pénitent a, pour s'y déterminer, des raisons secrètes qu'il vous fera connaître dans le cours de la confession.

Deuxième règle : Si le pénitent veut absolument revenir sur le passé , faites-lui plutôt faire une confession générale qu'une revue partielle, à moins qu'il ne vous soit bien dé-

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nionlrr fiu'au delà do telle époque sa conscionre était on \in parfait état. Une confession générale n'est pas beaucoup plus longue qu'une revue de quinze ou vingt ans, et souvent quand, pour gagner du temps, on ne fait faire qu'une revue, on s'aperçoit dans le cours de cette revue r|u'une confession de toute la vie est nécessaire et qu'il eût été plus court de commencer par là.

'froisième règle : Si le pénitent , après sa dernière absolution , est retombé prescpie aussitôt dans le péché mortel , et si, par une ou deux interrogations, vous voyez que la fréquence de ce péché constitue une habitude , et qu'avant la dernière absolution les choses se passaient comme elles se sont passées depuis , insistez fortement pour une confession générale ; car elle est très-souvent nécessaire en ces circonstances , par défaut de contrition, et quand bien même cette nécessité ne serait pas évidente, vous protiterez de l'occasion pour dissiper Tillusion du pénitent et lui faire voir que son péché est plus grave qu'il ne pense, puisque son habitude nécessite une confession générale. On voit bien des pénitents ouvrir les yeux quand on appelle ainsi leur attention toute spéciale sur une habitude dont ils avaient jusque-là ignoré la grièveté. « Ah ! disent- » ils avec surprise, si mon confesseur m'avait éclairé » comme vous venez de le faire, je n'en serais pas où j'en » suis. ï) Et cela, malheureusement, n'est souvent que trop vrai.

Los choses étant éclaircies delà sorte , vous verrez nettement quelle sorte de confession votre pénitent devra faire. Ce sera ou une confession ordinaire, ou une revue partielle , ou une confession générale.

Si vous ne faites faire qu'une confession ordinaire, \<(us pourrez, si le pénitenl siiuible suflisamment instruit et n'a pas l'air trop timide, lui dire de s'accuser des fautes

dont il se souvient depuis sa dernière absolution. Quand il aura dit tout ce qu'il se rappellera, vous suppléerez à son accusation par quelques interrogations appropriées à ses besoins spirituels et à sa condition. Pour être renseigné sur ce dernier point, vous lui demanderez, s'il ne vous l"a pas déjà dit, quelle est sa profession, s'il est marié, s'il a des enfants, etc. : puis, quand l'accusation et les interrogations seront terminées, vous lui direz d'achever le Conflteor et vous lui ferez une exhortation, qui ne devra pas être très-longue, mais précise, substantielle, pressante, onctueuse et toujours relative aux principaux défauts qu'il vous aura fait connaître. Nous reviendrons un peu plus loin sur cette exhortation. Cela fait, vous imposerez une j)énitence en rapport avec l'état de conscience du pénitent, et vous donnerez l'absolution ou la bénédiction selon les circonstances. Enfin., vous fixerez l'époque de la prochaine confession, ce à quoi il ne faut jamais manquer, quel que soit l'état du pénitent.

Si vous faites faire une revue partielle, vous n'avez pas besoin de déployer tout l'appareil d'une confession générale. Sans indiquer clairement que vous allez parcourir l'un après l'autre tous les commandements de Dieu et de 1 Église, ce qui pourrait rebuter le pénitent en lui faisant croire que cette revue sera très-longue, vous lui direz tout simplement que vous allez l'interroger sur les fautes commises envers Dieu, envers le prochain et envers lui-même, ainsi que sur les devoirs de son état. Cela ne vous empêchera pas de suivre dans vos interrogations l'ordre des commandements, sans qu'il s'en aperçoive. Ainsi, par exemple , en l'interrogeant sur ses devoirs envers Dieu . vous lui ferez des questions sur les trois premiers commandements de Dieu et sur tous les commandements de l'Église. En l'interrogeant sur ses devoirs envers le pro-

chain, vous le questionnerez sur le quatrième, le cinquième et le septième commandements de Dieu. En l'interrogeant sur ses devoirs envers lui-même, vous ferez rouler vos questions sur le sixième commandement de Dieu et sur les péchés capitaux; puis vous n'aurez plus à examiner que les fautes commises contre les devoirs de sa profession. De cette manière, on peut faire en fort peu de temps une longue revue très- exacte. Au reste, si le pénitent avait donné il son examen une autre direction et qu'il désirât se confesser selon sa méthode, il faudrait, en général, accéder à son désir. Le reste de la confession se fera comme nous 1 avons dit plus haut pour une confession ordinaire.

Si enfin vous faites faire une confession générale complète, il faut, avant de la commencer, exhorter brièvement, mais avec onction, le pénitent à être parfaitement sincère. Dites-lui de ne pas s'effrayer des péchés, peut-être trèsgraves, qu'il a commis dans le passé; donnez-lui l'assurance que plus ils seront considérables, plus vous userez de douceur et de charité en les entendant, etc. Cette précaution est toujours très-utile et dispose le pénitent à faire sincèrement l'aveu de toutes ses fautes. Parcourez ensuite les commandements de Dieu et de l'Église, les péchés capitaux et les devoirs d'état. Quelques pénitents veulent partager leur vie en époques et se confesser successivement des péchés commis dans chaque période. C'est beaucoup plus long, car on f\iit alors presque autant de confessions générales qu'il y a de périodes, puisqu'on suit pour chacune l'ordre des commandements, des péchés capitaux et des devoirs d'état. Nous ne pensons pas qu'on y gagne beaucoup, sous le rapport de l'intégrité. En suivant la njéthode ordinaire, on peut aisément et l'on doit tenir compte, sur chaque commandement , des péchés

commis aux diverses époques de la vie, ce qui suffit pour que la confession soit, moralement parlant, aussi entière que possible.

Quelquefois on peut, par exception, examiner tout d'abord le pénitent sur le sixième commandement. C'est, par exemple, lorsqu'il est tout troublé et presque exclusivement préoccupé des péchés graves qu'il a commis contre la sainte vertu. Proposez-lui, dans ce cas, de se décharger immédiatement du fardeau qui l'oppresse ; vous lui procurerez par là un grand soulagement qui l'aidera à faire sa confession générale avec plus de calme et d'exactitude.

Ne recherchez pas minutieusement les péchés qui évidemment ne sont que véniels : leur accusation n'est pas nécessaire ; elle rend la confession générale beaucoup plus longue, et la déclaration des péchés mortels vous fera suffisamment connaître les péchés véniels, sans qu'on vous les confesse expressément.

Si le pénitent vous prie de l'interroger, même avant qu'il se soit confessé d'aucun péché, interrogez-le. et, après l'avoir examiné sur un commandement, demandez-lui s'il se souvient encore de quelques péchés contre ce commandement avant de passer au suivant.

S'il fait lui-même et lui seul son accusation, ne le troublez pas par une multitude d'interrogations sur chaque péché qu'il déclare; mais souvenez-vous des circonstances sur lesquelles il est important de revenir, et revenez-y en effet quand il aura confessé tous les péchés qu'il se rappellera contre un commandement. Si cependant vous remarquiez qu'il ne se trouble pas quand vous lui demandez quelques explications, demandez- les-lui immédiatement si vous croyez qu'elles soient nécessaires; vous serez plus sûr de ne les pas oublier.

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Ne fatiguez pas le pénitent par des séances trop longues : quelquefois il en est si incommodé qu'il se trouve mal «ians le confessionnal; et puis, cela ennuie singulièrement ceux qui attendent.

J3ornez-vous au strict nécessaire, surtout en ce qui touche le sixième commandement. Les jeunes prêtres donnent souvent à cet égard dans un excès plus nuisible (|u'utile. Quelque étendue que soit cette matière, elle est bientôt épuisée quand on ne demande que ce qu'on doit rigoureusement demander. Revoyez ce que disent à ce sujet les théologiens les plus estimés : en vous conformant à leur enseignement, vous pourrez quelquefois réduire de plus de moitié vos interrogations.

Usez d'une prudence extrême en interrogeant, sur le sixième commandement, les enfants et les personnes plus âgées en qui vous ne voyez pas de désordres contre la pureté. Prenez bien garde, par des questions indiscrètes, d'apprendre le mal à ceux qui IMgnorent. Commencez par demander si l'on a commis quelques fautes impures et quelles sont ces fautes. Si vous allez plus loin, interrogez d'abord sur les pensées ; et si des enfants vous disent qu'ils en ont eu de mauvaises , faites-leur dire précisément à quoi ils pensaient quand ils avaient ces mauvaises pensées ; vous verrez souvent qu'elles n'étaient nullement contre la sainte vertu. Quelquefois cependant on voit des enfants qui disent n'avoir pas eu de mauvaises pensées, et qui s'accusent ensuite d'actions impures très-graves : cela vient de ce qu'ils ne savent pas ce que c'est qu'une mauvaise pensée. Tout ceci demande beaucoup de prudence et de réserve.

Si l'on vous confesse des péchés énormes, pas un mot, pas un geste, pas un simple soupir étouffé, rien enfin qjii annonr<' rctonnement et res])èce d'horreur que ces

péchés vous inspirent. Si même vous remarquez beaucoup de confusion et un peu d'embarras chez le pénitent, soulagez-le par quelques paroles d'encouragement. Dites-lui, par exemple : w Ne vous troublez pas, mon enfant; rien » ne m'étonne de la part d'un pauvre pécheur qui a rompu » avec Dieu pour se mettre au service de la passion ; ce M qui m'étonne , au contraire , c'est qu'il ne se soit pas » encore rendu plus coupable. Rappelez-vous ce mot de » saint Augustin : // n'fj a pas un seul péché commis paj- » an homme, qui ne puisse être commis par un autre homme. » Je vous assure, mon enfant, que plus vous me déclarez » de péchés graves , plus je me sens heureux ; non pas » sans doute que je me réjouisse que vous les ayez coni- » mis, mais puisque le mal est fait, je me réjouis du fond » de l'âme que vous preniez courageusement le moyen » de le détruire- Oh î que vous allez être content dans » quelques instants î Ne l'êtes-vous pas déjà beaucoup plus )) qu'au commencement de votre confession ! Courage » donc, mon enfant, courage j encore quelques aveux , el » vous allez respirer à l'aise, w

Après une confession générale, ne manquez pas, quand vous donnerez l'absolution, de presser vivement le pénitent de revenir très-prochoinement à confesse. Faites-lui comprendre que, quoique réconcilié avec Dieu, il est encore bien faible, et que le vrai moyen de s'affermir, c'est de recevoir souvent les sacrements, surtout jusqu'à ce qu'il ait contracté l'habitude de la vertu. Nous attachons à ce point une haute importance. Il y a des confesseurs froids et indifférents qui abandonnent les péchem^s à euxmêmes quand ils les ont retirés de l'abîme et qui n'ont ptis seulement la pensée de les engager à se confesser de nouveau sous un bref délai. Cette négligence est quelquefois la cause de rechutes graves et pernicieuses.

Terminons cette importante matière en signalant certains confesseurs qui remplissent fort mal le divin ministère qui leur est confié.

il y a d'abord des confesseurs trop induUjents. Ils confondent la faiblesse avec Tindulgence et ressemblent à ces parents aveugles qui gâtent leurs enfants au lieu de les corriger. Enclins par nature à la douceur et à la bonté, ils exagèrent ces deux excellentes choses, et pour s'épargner la peine d'une réprimande, ils ont toujours des excuses toutes prêtes pour pallier les péchés qu'on leur déclare. Presque jamais ils ne disent nettement : Ceci est mal , il faut travailler sérieusement à s"en corriger. Les décisions les plus larges, que les théologiens les moins sévères regardent comme relâchées, sont celles qu'ils adoptent. Quelquefois, par une bizarrerie inexplicable, ils sont sévères en spéculation , sévères surtout dans la chaire , tandis que, dans la pratique, leur indulgence est sans bornes. Us croient par là gagner les pécheurs, et très-souvent les pécheurs eux-mêmes sont les premiers à dire qu'ils sont trop doux, et que leur excès de douceur leur inspire des craintes et diminue leur confiance. Au lieu de faire la guerre au péché, ils transigent avec lui et se croient de bons confesseurs et de tendres pères parce que, suivant l'expression vulgaire, ils passent tout. C'est un abus des plus graves et des plus compromettants pour le salut des pénitents et des confesseurs eux-mêmes. Suivons les théologiens d'une doctrine approuvée quoique peu sévère, si nous voulons; mais n'allons pas plus loin qu'eux, et souvenons-nous bien que ce ne sont pas, généralement, les règles qui re])utent les pénitents, mais la manière sèche et austère dont on les applique. Nous aurons rarement trop d'indulgence et de bonté pour recevoir les pécheurs et traiter avec eux ; mais nous en aurons certai-

nement trop si nous voulons toujours excuser leurs péchés ou laisser passer sans rien dire ce que nous devons reprendre avec la douce énergie du vrai zèle : c'est le cas d'appliquer cette maxime : SvMviter in modo, fortiter in re.

II y a , au contraire , des confesseurs trop sévères : autre excès dont les funestes conséquences sont incalculables. Rigides par caractère, ils habitent toujours la région des tempêtes. Tout les agace et les irrite; l'annonce d'une rechute leur fait aussitôt proférer des paroles de mécontentement et de reproche; la manière peu exacte et peu correcte dont on se confesse, leur suggère sur-le-champ une verte réprimande ; la grossièreté de certains pénitents, qu'ils devraient supporter avec une indulgente bonté , provoque au contraire leur humeur violente ; les discussions surtout que soutiennent des pécheurs récalcitrants qu'ils ont peine à convaincre, les mettent hors d'eux-mêmes et, prenant la vivacité pour un argument sans réplique , ils congédient brusquement de pauvres prodigues, qu'ils gagneraient peut-être par une conduite plus miséricordieuse. C'est sous la direction de ces hommes que les pécheurs se découragent et abandonnent les sacrements ; c'est sous leur direction que les âmes les plus saintes, n'osant leur déclarer un péché grave commis dans un moment de faiblesse, se jettent dans l'abîme du sacrilège où elles passent quelquefois toute leur vie : malheur effroyable qu'ils ne soupçonnent pas même ! Les confesseurs de cette trempe croiraient forfaire aux devoirs impérieux de leur charge, s'ils n'adoptaient pas sur tous les points les principes les plus sévères. Confondant même le mortel avec le véniel, ils faussent les consciences par des décisions imprudentes et renvoient sans pitié comme indignes d'absolution des âmes, qui, se croyant en état de damnation , se livrent au désespoir et tombent

quelquefois dans des péchés énormes. Gardons-nous d'imiter jamais ce zèle impétuiuix qui a perdu tant d'àmes. Que le seigneur Jésus soit notre modèle. Est-ce avec cette rigueur qu'il a traité Zachée, Mad( laine, la femme adultère, la Samaritaine et tant d'autres? Est-ce sous ces traits qu'il s'est peint dans la ravissante parabole de l'Enfant prodigue? Ah! que nous serions coupables si nous étions des juges inflexibles sur le tribunal de la miséricorde !

Il y a des confesseurs ((jnorants , routiniers^ etc. Pour ceux-ci, plus de règles , plus de principes. Guidés par la fausse lueur de je ne sais quelle théologie du bon sens, comme ils l'appellent, ils manœuvrent, ils décident, ils taillent, ils tranchent sans aucune connaissance tant soit peu approfondie des matières qu ils traitent. Leur conduite passée, voilà la grande règle de leur conduite présente. Ce qu'ils ont fait jusque-là, ils le font, ils le feront toujours. Parce qu'ils ont un peu étudié autrefois, ils croient n'avoir plus rien à apprendre et n'avoir rien oublié. Des livres frivoles, ils en lisent à satiété; des livres théologiques, ils n'en lisent aucun, et laissent en repos ceux qu'ils possèdent dans le coi» le moins fréquenté de leurs bibliothèques. Gomme jamais ils ne doutent, jamais non plus ils ne consultent. Les questions les plus graves et les plus épineuses sont pour eux des questions puériles , et s'ils voient de temps en temps qu'elles embarrassent quelques-uns de leurs confrères, ils rient en secret de leurs indécisions et ne pensent pas seulement à s'assurer s'ils suivent euxmêmes les saines doctrines en ces matières délicates. Et, qu'on ne s'y trompe pas, cette ignorance se trouve quelquefois chez ceux qui sont instruits d'ailleurs, tout aussi bien que chez ceux qui manquent totalement d'instruction. On peut tout savoir, excepté un point; et si ce point est grave, si c'esi, par exemple, la théologie qu'un confesseur

ignure, quelles que soient ses autres connaissances, ii n'en fera pas moins des fautes considérables dans l'exercice de son ministère. Tremblons , tremblons d'en venir là ; étudions, étudions sans cesse ; jamais nous ne reverrons notre théologie morale sans y apprendre quelque chose qui nous avait d'abord échappé. Quelque dose de talent que nous puissions avoir, nous pouvons faire fausse route dans l'art si difficile et si important de la conduite des âmes. La pensée même de notre talent est une illusion des plus dangereuses, qui nous persuade que nous savons ce que, parle fait, nous ne savons point ou nous ne savons plus.

Il y a des confesseurs sans zèle, sans attrait pour le ministère de la confession. Cela est déplorable, mais malheureusement cela est vrai. Oui l'on voit des prêtres, pasteurs de paroisses, tellement dégoûtés du saint tribunal, qu'ils s'y traînent avec indolence, au lieu d'y voler avec une sainte ardeur. C'est le zèle qui leur fait défaut. L'amour du jeu, de la bonne chère, des voyages et des visites mondaines les absorbe tout entiers. Comme il n'y a rien de plus opposé à ces futilités qu'une séance au confessionnal, ils font tout ce qu'ils peuvent pour s'y soustraire. Encore s'ils dissimulaient, par un reste de vertu, l'ennui que ce ministère leur cause; mais non, tout le monde sait, et peut-être ne sontils pas fâchés qu'on le sache, que la confession les fatigue et les rebute. Leur dégoût , sur ce point , se trahit par le défaut d'heures réglées pour entendre les confessions, par la mauvaise réception qu'ils font à ceux qui se présentent pour se confesser, par le peu de zèle qu'ils mettent à courir après les pécheurs, par la froideur avec laquelle ils accueillent les pénitents, par la rapidité avec laquelle ils les expédient, par l'ardeur qu'ils montrent au contraire pour de vains amusements, et, le croirait-on? parla déclaration positive qu'ils font ipie les confessions les plus fréquentes

ne sont pas les meilleures. Ces indices, qui ne trompent personne,îfont voir manifestement à tout le monde que la confession leur est antipathique. Or, sachons le bien, quand un prêtre est connu pou me pas aimer la confession, c'en est fait de son ministère. Sous sa conduite, les pécheurs restent pécheurs, les tièdes restent tièdes, les âmes pieuses elles-mêmes se refroidissent et s'éloignent du saint tribunal, dans la crainte de mécontenter, en s'y rendant, celui (jui les repousse par son insouciance. Quel malheur si nous ressemblions jamais à cet homme froid et sans zèle! Vivons en saints prêtres, aimons la retraite, fuyons le monde, soyons des hommes de règle, d'étude et de prière, faisons savoir que le saint tribunal est pour nous un lieu de douce consolation , méditons souvent sur le prix des âmes, sur l'importance du ministère de la confession, importance que rien n'égale dans toutes les fonctions du sa- «•erdoce , et alors nous serons des confesseurs bénis do Dieu et des hommes.

Il y a des confesseurs qui négligent une portion très-intéressante du troupeau de Jésus-Christ : les enfants ' . Qui nous donnera d'allumer le feu du zèle dans l'àme des prêtres pour le salut des petits agneaux du divin Sauveur? Nous disons tous les jours que la culture du jeune âge exerce une influence immense sur le reste de la vie, et nous négligeons les enfants ! Explique qui pourra cet excès d'inconséquence. A voir la conduite d'un très-grand nombre de confesseurs à l'égard des enfants, on dirait qu'ils ne peuvent leur être utiles au saint tribunal qu'à l'époque' de leur première comnmnion. Jusqu'à cette époque, s'ils les confessent, c'est par manière d'acquit, sans goût, sans

< Vovez le Directeur de Venfance, par M. l'abbé Ody; ouvrage trèsutile qui mérite d'élrc recommanda et y.rnpa-.'.

attrait , sans le moindre intérêt, et uniquement poui' obéir à une vieille coutume, qui veut que les enfants se présentent de temps en temps à confesse comme des automates. Qu'ils soient en état de grâce ou qu'ils n'y soient plus ; qu'ils soient purs comme des anges ou corrompus déjà jusqu'à la moelle des os; qu'ils soient instruits de leur religion ou ignorants comme des sauvages; qu'ils soient accessibles à la contrition, pour peu qu'on veuille se donner la peine de la développer dans leur âme , ou qu'ils soient endurcis déjà comme de vieux pécheurs , c'est de quoi s'embarrassent fort peu les confesseurs dont nous parlons. L'époque de la première communion, et cette époque seule, excitera subitement l'ardeur de leur zèle. Jusque-là ils dormiront tranquilles, et après quelques paroles glacées, ils renverront ces pauvres enfants dans l'abîme de péchés où si souvent ils croupissent.

Nous l'affirmons avec l'énergie d'une inébranlable conviction : il y a dans cette conduite ou de l'insouciance, ou de Taveuglement. ou de l'ignorance, ou de l'insensibilité poussée jusqu'à une espèce de cruauté spirituelle.

Nous r affirmons encore et avec un redoublement de conviction : plusieurs enfants sont capables d'absolution avant l'époque de leur première communion; ils peuvent, avec un peu de soin et de culture , y être disposés trèsconvenablement; ils sont exposés, et cela se voit tous les jours, à des accidents subits qui leur enlèvent en quelques instants la possibilité de se confesser; ils s'endurciront dans le mal , peut-être pour toute leur vie , si on ne les en retire pas par des confessions fréquentes et des absolutions données à propos ; et la première communion, sur laquelle on compte pour les régénérer, sera peut-être un premier sacrilège, suivi d'une infinité d'autres qu'il eût été facile de prévenir.

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N'agibbtz pas ainsi, jeunes amis; cu!ti\t z, cultivez l'enfance; instruisez les petits enfants au saint tribunal; faites-leur comprendre ce que c'est que le péché mortel, à quoi ils s'exposent quand ils le commettent, l'outrage qu'ils font à Dieu, la nécessité d'en sortir, etc.; et quand vous les aurez disposés si/f/isamment à l'absolution, ne manquez pas de la leur donner, car vous répondrez de leurs âmes comme de celles des adultes. C'est, au reste, l'enseignement commim aujourd'hui, et la routine seule persiste à plaider pour un ancien usage, qui n'a, hélas! que trop longtemps prévalu.

11 y a entin des confesseurs qui ne dirigent pas leurs pénitents et gui les laissent se diriger eux-mêmes. Nous prions instamment nos jeunes lecteurs de prêter une attention toute particulière à ce que nous allons leur dire sur ce point si important.

En général, tout confesseur se croit un bon confesseur; il a sa petite méthode qu'il trouve excellente, et comme il en est l'auteur et que personne n'ose lui dire qu'elle est défectueuse, il la suit invariablement et la préfère à toute autre. Or, il est certain qu'il y a beaucoup de confesseurs qui laissent singulièrement à désirer, relativement à la direction proprement dite de leurs pénitents. Des donneurs d'absolution, nous en avons à foison; mais des directeurs qui cultivent avec soin et avec un zèle intelligent les âmes que Dieu leur confie, nous croyons fermement qu'ils sont en très-petit nombre.

Nous entendons tous les jours et de tous ccMés des personnes du monde qui nous disent : Indiquez-nous donc un bon confesseur. Nous leur en proposons successivement plusieurs; mais, connaissant par elles-mêmes leur mode de direction , ou en ayant ent( ndii parler à quelques-uns de leurs pénitents, elles nous répondent qu(^ ces confes-

seurs sont loin de les satisfaire. Si ces personnes étaient peu éclairées, scrupuleuses ou exigeantes à Texcès, nous ne ferions pas grand cas de leurs réclamations et de leurs plaintes ; mais ce sont souvent des personnes graves, d'un excellent esprit, remplies de bonne volonté, et désirant sincèrement trouver dans leur confesseur un homme qui les aide à se corriger de leurs défauts et à progresser dans la vertu. Il faut convenir que ces diverses qualités donnent du poids à leurs censures. Que reprochent-elles donc, en général, aux confesseurs? Elles disent : a Tel confesseur » écoute ce qu'on lui déclare , mais il se borne à l'écouter » sans faire la moindre observation sur ce qu'on lui con- » fesse : il ne fait aucune question , il ne demande aucun » éclaircissement, il ne va jamais au fond des choses, il ne ù fait point ressortir la malice des péchés dont on s'accu?e^ » il n'en montre point les conséquences, il n'indique point » les moyens de se corriger de ses défauts, il ne dit pas un » mot, même dans son exhortation , des péchés dont on i> s'est confessé; il laisse dans le doute si telle ou telle faute i) est mortelle ou vénielle; en un mot, // prend ce qu'on » lui donne et passe outre, comme si on ne lui avait dit que » des choses insignifiantes, et, la confession finie, il ne » nous dit pas même quand il faudra revenir à confesse : )) or, cette espèce d'inditférence nous met mal à l'aise; » nous en sommes réduits à nous diriger nous-mêmes, et » comme nous ne voyons aucune amélioration dans notre « conduite, nous en concluons que , pour opérer une ré- 0 forme, que nous désirons sincèrement au fond, il faudriiit » que notre propre direction fût soutenue, réglée et fortir» fiée par celle de notre confesseur, ce qui n'a pas lieu. » Gomment ne pas voir que ces observations sont judicieuses, et que le confesseur qui se les attire mérite réellement les reproches qu'on lui fait? Mettez-les à profit, vous,

jeune et bien- aimé confrère. Vous n'avez point encore de méthode ou plutôt de routine adoptée; prenez donc la résolution de cultiver sans relâche les âmes que la divine Providence placera sous votre direction. Imitez le bon jardinier qui soigne parfaitement tous les arbres de son jardin, et ne ressemblez pas à cet horticulteur indolent, qui les abandonne à eux-mêmes sans s'occuper de les tailler, de les diriger, de les cultiver suivant les besoins particuliers de chacun. En d'autres termes, ne bornez pas le ministère du saint tribunal à entendre les pénitents et à lever la main pour les absoudre ; ne vous contentez pas de leur adresser une exhortation vague qui n'embrasse rien de précis parce qu'elle embrasse tout en bloc : c'est quelque chose , sans doute ; mais ce n'est pas à beaucoup près tout ce que Dieu demande de vous. Si vous ne faites que cela, vous laisserez une multitude d'âmes dans Tignovance, dans l'aveuglement, ou dans des incertitudes plus pénibles et plus dangereuses encore, à certains égards, que l'ignorance elle-même; vous les entretiendrez dans des habitudes qui deviendront mortelles, si elles ne le sont pas déjà; et tous ces égarements étant le fruit de votre mauvaise direction ou plutôt de votre défaut complet de direction , vous seront justement imputables.

Pour ne pas perdre les âmes que vous devez sauver, traitez chaque pénitent comme un médecin é(*lairé traite ses maladcb , et non comme ces charlatans et ces empiriques qui ont le même remède pour toutes les maladies. Spirituellement parlant, tous vos pénitents sont des malades dont vous devez entreprendre la guérison. Examinez donc à fond les maladies dont ils sont atteints; interrogezles, éclairez-les, reprenez-les, instruisez-les des moyens qu'ils doivent employer pour ne pas faire de nouvelles chutes : ressuscitez les morts et apprenez-leur le secret de

ne plus mourir; affermissez les faibles et faites-leur voir les funestes conséquences de leur faiblesse ; fortifiez même les robustes et rendez-les en quelque sorte invulnérables. Ne fissiez-vous que leur prouver par les empressements (fie votre zèle que vous leur portez un vif intérêt, ce serait déjà pour eux un encouragement et une consolation , en même temps que ce serait pour vous un moyen assuré de gagner leur confiance ; mais là ne se bornera pas le fruit de votre sage direction ; elle en portera bien d'autres que jamais vous n'obtiendrez, si vous n'êtes que confesseur au lieu d être directeur dans la rigoureuse acception de ce mot. Au reste, ce n'est pas nous qui inventons ces règles; nous les avons reçues, comme tous nos confrères, de l'Esprit saint lui-même, qui nous dit par la bouche du grand Apôtre: Insta opportune , importuné , argue , obsecra, in-

crêpa, in omni patientiâ et doctrinà vigila, in omnibus

labora , ministerium tuum impie. Voilà ce que fait le

bon confesseur, et voilà ce que vous devez faire à son exemple si vous voulez glorifier Dieu, fertiliser votre ministère, sauver des âmes et vous sauver vous-même. Au nom de Jésus-Christ qui vous appelle à Thonneur d'être son ministre , nous vous conjurons de ne sortir jamais de la ligne de conduite que nous venons de vous tracer * .

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