XX. — La prédication
Voilà ce qu'on appelle le côté brillant de notre ministère; mais malheur à nous si nous ne Tenvisageons que sous cet aspect ! Les jeunes prêtres se plaisent beaucoup dans la chaire , et s'ils se plaignent de quelque chose à cet égard, c'est qu'on ne les invite pas plus souvent à y mon-
' Voyez Pratique du zèle ecclésiastique , troisième partie. Avis aux confesseurs.
1er. Dieu veuille que ce soit toujours rinspiration du vrai zèle qui leur donne cette ardeur !
Estinnez beaucoup le ministère de la parole. Exercé par un saint prêtre, il opère des prodiges.
Si votre curé vous fait beaucoup prêcher, remerciez-le du service qu'il vous rend, et, pour répondre à la marque de confiance qu'il vous témoigne, mettez-vous aussitôt à rœuvre, préparez parfaitement vos instructions, apprenezles couramment et mot à mot, prêchez enfin aussi bien que vous le pouvez faire avec la dose de talent que Dieu vous a départie.
Si, au contraire, il vous fait prêcher rarement, ne vous en plaignez pas avec amertume, demandez-lui la faveur de prêcher un peu plus souvent, mais faites-lui cette demande de bonne grâce, avec douceur et simplicité, et abandonnez le reste à la Providence.
Consultez votre curé sur les sujets que vous devez traiter, sur la manière de les traiter et sur le choix des auteurs dont vous pouvez vous servir avec avantage. Montrez-lui vos sermons avant de les prêcher; priez -le de vous signaler sans déguisement les endroits défectueux , et modifiez votre travail selon les observations qu'il vous fera.
Si l'on vous invite fréquemment à prêcher dans les paroisses voisines, n'acceptez point toutes les invitations qui vous seront faites; n'en acceptez surtout aucune sans l'assentiment de votre curé.
Que la piété soit un trait saillant dans vos compositions oratoires. Pour cela , imitez les saints et tendez toujours k une sainteté plus éminente; faites comme eux vos sermons ;!U pied de votre crucifix, le baisant souvent avec amour pendant votre travail et priant Jésus de vous enflammer de son divin feu.
Mais voyons maintenant les écueils que vous devez éviter dans l'exercice de ce divin ministère.
V L'ignorance: En sortant du séminaire . on croit tout savoir, et plusieurs de nos jeunes confrères auront peine à croire, quoique ce soit très-véritable, qu'ils connaissent bien moins de cboses qu'il ne leur en reste à apprendre. Qu'est-ce qu'un prédicateur? C'est, à la lettre, un professeur de dogme et de morale ; ses auditeurs sont ses élèves. Or, nous le demandons, n'est-il pas vrai que pour professer convenablement ces deux choses , il manque à un jeune prêtre des connaissances plus approfondies que celles qu'il possède? Il se figure qu'un sermon n'est qu'un discours ou une sorte d'amplification chrétienne, comme on en fait dans les collèges sur des sujets profanes. Quand il a cousu quelques phrases les unes au bout des autres en assez grand nombre pour pouvoir débiterje ne sais quoi pendant la durée ordinaire d'un sermon, il croit avoir fait une œuvre de mérite. Il ne sait pas, l'aveugle, qu'un sermon , ou même un simple prône , est ou doit être une dissertation consciencieusement travaillée, sur un point théologique. Quand il n'est pas pénétré de cette vérité , il ne consulte que son imagination, sans s'inquiéter le moins du monde de ce qu'enseignent , sur la matière qu'il traite , l'Écriture sainte et la théologie. Quelle est, de bonne foi , le jeune prêtre qui s'enferme dans ces deux arsenaux, pour composer un sermon la Bible à la main et la théologie, par exemple la Somme de saint Thomas , sous les yeux ? Cependant, nous aflirmons positivement que jamais il ne dira rien de solide, de précis et dinstructit's'il ne s'inspire à ces deux sources. Nous ne connaissons rien de plus creux et d^ plus vide que les premières pièces d'un prédicateur novice. Aussi les peuples eux-mêmes s'en aperçoivent-ils tout d'abord. A quoi se réduisent presque toujour>
les éloges qu'ils font d'un jeune prédicateur? Disent-ils qu'il prêche bien ? Non , ils disent qu'il prêchera bien , qu'il annonce des dispositions, et que quand il sera formé et qu'il aura de l'expérience , il pourra exercer avec fruit le ministère de la parole. Encore plusieurs ne le jugent-ils guère que sur son débit, sur sa facilité d'élocution , sur son geste, sur son assurance et son aplomb, cachet ordinaire de rignoranc.3 qui ne doute de rien.
Étudiez, jeune confrère, étudiez beaucoup si vous voulez réaliser le pronostic de vos auditeurs. Quel que soit le sujet que vous traitiez, commencez par vous convaincre que vous manquez de matériaux pour le bien traiter, et ces matériaux, allez les chercher où ils se trouvent, c'est-àdire dans l'Écriture sainte et la théologie. Quant aux détails de mœurs que vous ne connaissez pas, que vous ne pouvez pas bien connaître , étudiez-les dans de bons moralistes et de bons ascétiques , en attendant que l'expérience, qui vous manque totalement , ait complété votre instruction sous ce rapport.
Permettez-moi, pour votre instruction , un épanchement fraternel ; c'est un vieux pilote qui va révéler une de ses fausses manœuvres à déjeunes matelots. Eh bien! donc, moi aussi, j'ai fait autrefois ce que je vous exhorte à ne pas faire; moi aussi, je me suis persuadé , au début de mon ministère, que je pouvais prêcher avec fruit en ne consultant que ma pauvre tête et ma folle imagination ; mais bientôt , grâce à Dieu , j'ai reconnu mon illusion . et e vous déclare qu'une des plus grandes confusions de ma vie, a été de revoir plus tard mes premiers sermons. Puisse ma triste expérience vous faire éviter l'écueil que je n'ai pas su éviter moi-même !
2» La présomption. Les jeunes prédicateurs, quand ils ont quelque ombre de succès, sont généralement tentés de
se regarder comme des orateurs déjà fort remarquables. Ils feraient rire de pitié s'ils produisaient dans tout son jour la bonne opinion qu'ils ont d'eux-mêmes.
Cette présomption qui les aveugle entretient chez eux l'ignorance dont nous parlions tout à l'heure, et leur donne une telle confiance en leur propre mérite , qu'ils dédaignent de consulter soit leur curé , soit quelque autre prêtre instruit et expérimenté , sur le choix des sujets et sur la manière de les traiter. Ils repoussent avec le même dédain les ouvrages que des hommes habiles ont composés, dans le but de former les jeunes gens à l'éloquence sacrée. La présomption leur fait croire qu'ils ont dans leur tête beaucoup mieux que tout ce qu'on peut leur dire, et qu'ils auraient grand tort d'aller chercher chez autrui ce qu'ils trouvent si abondamment en eux-mêmes.
C'est encore la présomption qui leur met dans l'esprit qu'ils peuvent se multiplier pour prêcher partout où on les appelle; nous en avons déjà dit un mot plus haut. Comme il se trouve de tous côtés bon nombre de curés qui n'ont plus depuis longtemps pour la prédication la bouillante ardeur des débutants, — car ce beau feu s'amortit souvent assez vite, — ils ne demandent pas mieux que d'in\iter notre jeune présomptueux à prêcher dans leur église ; et quand il se voit recherché de la sorte , il s'affermit de plus en plus dans la haute opinion qu'il a de son talent, et peut-être va-t-il jusqu'à se dire secrètement à lui-même : Décidément, je suis le prédicateur de la contrée. Dès lors comment prendrait-il la peine de travailler, d'étudier, de faire de fastidieuses recherches et de consulter ses confrères^ puisque sa présomption lui persuade qu'il a reçu, comme par infusion, le talent de la prédication tout développé?
Sa confiance en lui-même se révèle encore par l'absence
de toute modestie et par cette assurance imperturbable et presque audacieuse, déplacée chez tous 1rs prédicateurs , mais bien plus chez les jeunes que chez les anciens. On en voit qui n'ont pas encore une année de prêtrise, et qui déjà , la tête renversée et les poings fermés , gourmandent et dominent un auditoire avec une hauteur et un aplomb qui affectent péniblement tous ceux qui les entendent.
Une autre inspiration bien mauvaise que suggère aussi la présomption, c'est celle qui persuade à un débutant qu'il peut prêcher d'abondance et s'affranchir par là de la peine d'écrire ses sermons et de l'ennui de les apprendre. N'est-il pas absurde qu'un jeune prêtre , à peine sorti du séminaire, s'érige en improvisateur comme un vieux missionnaire de trente ans d'exercice? C'est toujours ou un présomptueux, ou un paresseux, ou un esprit faux qui agit ainsi. L'essentiel, pour lui, n'est pas d instruire, mais de pouvoir se dire avec une secrète complaisance en son prétendu mérite : J'ai parlé pendant une demi-heure à un auditoire sans broncher; j'ai donc réellement le talent de l'improvisation, et dès lors qu'on ne me parle plus de composer ni d'apprendre de mémoire; mon parti est pris, je parlerai d'abondance. En effet, quand ce jeune étourdi s'est mis cette belle idée en tête , aucune autorité ne peut le faire fléchir. Son curé, ses collègues, ses hauts supérieurs eux-mêmes, et jusqu'à quelques laïques de ses amis intimes ont beau lui faire à cet égard les observations les plus judicieuses; ils ont beau lui (Mre ou du moins lui faire entendre que lui seul admire ses sermons et que tout le monde, sauf quelques flatteurs , les trouve vagues, incorrects, négligés, pleins de redites, sans aucun fonds ae doctrine, et plutôt propres à dégoûter de la parole de Dieu (|u'à la faire aimer; rien de tout cela ne l'ébranlé, et à toutes ces objections il répond par un sourire railleur qui
veut dire : Ainsi doivent parler cenx qui n'ont pas comme moi le don de l'improvisation.
Il va plus loin encore : toujours influencé et aveuglé par sa présomption, il s'imagine que la prédication est un mérite qui suppose tous les autres ou qui dii moins en tient lieu, et parce quïl se croit un prédicateur distingué, il n'estime que le don de la parole et néglige les autres branches du saint ministère. Tout rempli de Tidée, souvent exagérée , de son talent pour la chaire, il accueille certaines vues ambitieuses et s'attend à chaque instant à se voir appelé par ses supérieurs aux postes élevés qu'il convoite. Son imagination, follement séduite par ces pitoyables illusions, porte un coup mortel à sa piété; il continue de prêcher, mais il ne prêche point comme les saints, qui n'obtenaient leurs étonnants succès que par l'humilité, la défiance d'eux-mêmes et la confiance en Dieu.
N'imitez pas ce pauvre aveugle, vous, jeune et bien-aimé lecteur; ne vous laissez pas infatuer par la vaine pensée de votre valeur oratoire; rabattez, rabattez beaucoup des louanges flatteuses qu'on a l'imprudence de vous donner pour encourager vos premiers essais ; cultivez votre talent sans en faire parade ; montez plutôt dans la chaire de la paroisse à laquelle vous êtes attaché, que dans celles des paroisses voisines où vous appellent des curés qui peutêtre vous invitent à prêcher bien plus pour que vous fassiez leur besogne que pour admirer votre éloquence; remplacez enfin votre présomption par l'humilité, et visez à devenir un prédicateur solide, instruit, modeste, vraiment apostolique et homme de Dieu.
3° La vaine gloire. De la présomption à la vaine gloire il n'y a qu'un pas, et ce pas, les jeunes prédicaieurs l'ont bientôt franchi. Se prêcher soi-même au lieu de prêcher Dieu et sa sainte loi: quelle prévarication! Monter en
cliaire comme ambassadeur de Jésus-Christ, parler à des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, proclamer TÉvangile de Jésus-Christ, avoir pour premier auditeur et pour président de rassemblée le Dieu du tabernacle, Jésus- Christ, et ne rechercher dans ce divin ministère que sa propre gloire sans vouloir écouter cette parole foudroyante : Gloriam meam alteri non dabo; (\\\e\ aveuglement! quelle profanation! Ah! si nous avions les sentiments des saints, de quel frémissement nous serions saisis en méditant la réflexion de l'un d'eux à ce sujet! « Celui, dit saint Vin- » cent de Paul, qui prêche pour se faire applaudir, louer, » estimer, faire parler de soi, que fait-il autre chose qirun » sacrilège? Eh quoi! n'est-ce pas un sacrilège que de se » servir de la parole de Dieu pour acquérir de l'honneur rt et de la réputation ? »
Prenez garde, jeune téméraire, prenez garde; sans doute la vaine gloire, chez un prédicateur, est horrible aux yeux de la foi ; mais, à un autre point de vue, elle est séduisante, attrayante, enivrante, elle chatouille délicieusement la fibre la plus sensible de la pauvre humanité.
Que de chutes humiliantes ont eu la vaine gloire pour premier principe ! Rien ne nous fait plus trembler que les succès réels ou prétendus d'un jeune prédicateur. Quand nous le voyons se lancer dans sa sainte carrière sous la bannière de l'orgueil, nous ne sommes plus surpris lorsque, plus tard, on nous fait le trivSte récit de ses désordres.
Si, par hasard. Dieu daigne opérer quelques conversions à la suite de ses prédications, comme un excellent ouvrier produit quelquefois un bel ouvrage avec un mauvais instrument, il s'enfle, il s'admire, il s'extasie devant son éloquence à laquelle il attribue le mérite de ces conversions. Ah! qu'il ferait bif^n mieux de méditer ces belles
paroles du P. de la Colombière dans sa Retraite spirituelle! «Quand on connaît, dit-il, ce que c'est que sauver une » âme et ce que nous sommes, on est bientôt persuadé » qu'on n'y peut rien. Quelle folie de penser qu'avec quel- » ques paroles qu'on dit en passant, on puisse faire ce qui » a tant coûté à Jésus-Christ ! Vous parlez, et une âme se D convertit ; c'est comme au jeu des marionnettes : le valet » commande à la poupée de danser, et le maître la remue » par le moyen d'un ressort; le commandement n'y fait w rien du tout. Exiàme, quia homo peccator sum^ Domine : » le beau sentiment en une âme en qui ou par qui Dieu n opère quelque chose d'extraordinaire ! »
Plus le ministère de la parole a d'éclat, plus vous devez vous abaisser dans les profondeurs de l'humilité : plus vous avez de succès dans ce ministère, plus vous devez appréhender de vous en attribuer le mérite. Purifiez vos intentions; humihez-vous de voir que Dieu vous confie un emploi dont vous êtes si indigne ; fermez la bouche aux flatteurs; prêtez l'oreille aux critiques; faites un acte d'humilité avant démonter en chaire; faites-en un second quand vous en serez descendu, et lorsque la vaine gloire vous étourdira de son bourdonnement, répétez pieusement ces paroles de David : Non nohis , Domine, non nobis, sec! nomini tv.o da gloriam.
4° Le mauvais, choix des sujets et la mauvaise manière de les traiter. Voulez-vous prêcher pour conquérir des éloges, ou voulez-vous prêcher pour être utile aux peuples ? Voulez-vous faire dire à quelques gens superficiels que vous êtes orateur, que vous êtes savant, que vous êtes profond ; ou voulez-vous faire dire à la masse des hommes sages que vous connaissez la loi de Dieu, que vous l'expHquez clairement et que vous en inspirez l'amour à ceux qui vous écoutent? Il faut choisir.
Si vous voulez conquérir les éloges de quelques esprits gâtés; si vous voulez passer à leurs yeux pour un grand homme, académiquement parlant ; montez sur vos échasses, chrrchez des mots sonores, jetez des blueltes à vos auditeurs; arrondissez vos périodes, boursouflez votre style, déclamez avec emphase, atiichez une pose élégante, transformez la chaire en tribune ou en théâtre, perdezvous dans des sentiers fleuris ou dans les nuages d'une métaphysique que ceux-là seuls déclarent profonde qui ne la comprennent point : voilà le moyen de parler pour ne rien dire, d'éblouir au lieu d'éclairer, de pérorer au lieu d'instruire, et de vous attirer, en retour de quelques sottes louanges, les foudres de Dieu dont vous profanez la parole. Nous disons sottes louanges; car, p( nsez-y bien, tout homme réellement instruit qui vous entendra sera le premier à condamner votre mauvais genre.
Mais si vous voulez prêcher pour être utile, pour apprendre la loi de Dieu aux hommes, pour la leur faire aimer et pratiquer, pour les arracher à l'enfer et les conduire au ciel ; prêchez comme les saints, prêchez comme ces bons missionnaires, qui instruisent mieux une paroisse pendant une mission de trois semaines, que plusieurs curés n'instruisent les leurs en quinze et vingt années de ministère; prêchez entin comme Jésus-Christ, ce parfait modèle des prédicateurs. Où avez-vous vu que ce di\in Sauveur ait jamais remplacé le style simple par le style pompeux? Où avez-vous vu qu'il ait brigué les suffrages des peuples par le déploiement d'une éloquence apprêtée? Il pouvait sans doute être souverainement profond et éloquent; il pouvait l'être mille fois plus que vous et que tous les prédicateurs du monde; mais la-t-il été? mais a-t-il voulu l'être? Jamais. Parcourez ses discours, voyez ses comparaisons, lisez ses paraboles : quelle clarté!
quelle familiarité', quel abaissement divin! Et pourtant, quels mystères il révèle! quelle théologie il proclame! Il est sublime, oui, et l'impiété elle-même admire sa sublimité; mais il est sublime à la manière de Dieu, qui doit être la nôtre : hauteur dans les choses, simplicité dans leur exposé. Aussi chacun le comprend, chacun est touché, ravi, transporté, et la conquête du monde entier est le fruit de sa parole éminemment populaire! Voilà le vrai type du prédicateur; malheur au prêtre qui ne le reconnaît pas pour tel! malheur au prêtre qui dédaigne de l'imiter !
Imitez-le, vous, jeune et tendre ami; laissez les profanateurs de la chaire s'agiter dans le vide et battre l'air de leurs coups de cymbales. Pour vous, soyez utile et craignez de n'être que brillant.
Nous dénonçons à l'Eglise et aux vénérables pontifes qui en sont les premiers ministres, ces prédicateurs indi= gnes du ministère qu'ils exercent, qui viennent se pavaner en chaire , et y débiter avec sutlisance et emphase des discours qu'on ne sait comment qualifier, tant ils sont creux, incolores, nuageux et inutiles aux peuples, qui ne les comprennent pas. Oui, nous dénonçons ces hommes qui ont faussé l'esprit des fidèles par leur éloquence tout humaine, et qui se glorifient de ce qui devrait les confondre : nous dénonçons ces vains contempteurs de la simplicité évangélique, que les apôtres de Jésus-Christ eussent refusé de s'adjoindre pour convertir l'univers, et que Jésus Christ lui-même chargerait du poids de ses anathèmes, s'il rompait le silence qu'il s'impose dans son divin tabernacle.
Le premier travail qui doit vous occuper dans l'intervalle des fonctions de votre ministère, doit être la compo= sition claire, simple, méthodique, familière et vraiment
pastorale d'un cours complot d'instructions sur toute la doctrine chrétienne. L'explication détaillée du symbole, des commandements de Dieu, des commandements de l'Église, des sacrements et de la prière : voilà ce qu'il faut traiter avant d'aborder un seul de ces discours qu'on appelle grands sermoyis. Vous manquerez h l'un de vos de- \oirs essentiels, si, au lieu de vous imposer cette tâche, vous employez votre temps à composer je ne sais quelles pièces soi-disant littéraires, disparates, décousues, sans ordre, sans suite et sans liaison, fruit capricieux et frivole d'une imagination dévoyée.
Quant à la manière de traiter vos sujets, elle sera toujours bonne, si toujours vous travaillez en face de cette devise : Je veux être utile. Alors vous serez clair, alors vous serez simple, alors vous serez précis, instructif, intelligible pour tout le monde.
5° Le défaut de piété. Nous ne connaissons point d'égarement plus complet que celui d'un prêtre qui ne soutient pas ses prédications par la sainteté de sa vie. Il veut donner aux autres ce qu'il n'a pas lui-même ; c'est un bloc de glace qui prétend enflammer ceux qui l'approchent : pitié! pitié! Xavier a converti cinquante deux royaumes, non parce qu'il était éloquent, mais parce qu'il était saint. IMusieurs prêtres de son temps l'égalaient, le surpassaient peut-être en éloquence; mais parce qu'ils n'avaient pas sa sainteté, personne ne parle de leurs conquêtes, tandis que le monde entier préconise les siennes. Soyez donc un saint, si vous voulez sanctifier vos frères par vos prédications. Prêchez à petit bruit par une vie de règle, d'étude et de prière, avant de prêcher avec fracas dans l'église; prêchez par votre humilité, votre douceur, votre charité pour les pauvres et par toutes les vertus chrétiennes et sacerdotales, avant d'imposer solennellement ces vertus à des auditeurs
qui, vous en voyant dépourvu, vous diront tout bas : Medice, cura te ipsum. Si vous agissez ainsi, vous ne serez pas encore dans la chaire que déjà les peuples seront disposés a vous croire, et quand vous y paraîtrez, chacune de vos paroles, tombant d'un cœur brûlant, communiquera son feu aux âmes les plus froides. Croye-znous, on ne résiste guère, ou du moins on ne résiste pas longtemps à l'éloquence d'un prédicateur qu'on n'entend jamais sans dire : Quel homme de Dieu ! quel saint prêtre î
Pesez bien ces excellents avis que donne aux prédicateurs le P. Lallemant dans sa Doctrine spirituelle : a Si » un prédicateur, dit- il, n'est pas homme d'oraison, il ne » fera jamais grand fruit, parce que ses prédications, pour » le regard du dessin, des pensées, du style, du geste, et » pour les vues imparfaites et les intentions impures qu'il » aura eues en tout cela , seront pleines de péchés, du » moins véniels.
» Le profit des auditeurs dépend extrêmement de la )> vertu du prédicateur et de son union avec Dieu, qui lui w peut donner en un quart d'heure d'oraison plus de pen- » sées, et des pensées plus propres à toucher les cœurs, ») qu'il n'en trouverait en un an de lecture et d'étude.
» On s'applique à composer de beaux sermons, et ce- » pendant on ne fait presque point de fruit. D'où vient » cela? C'est que la prédication est une fonction surnatu- » relie, aussi bien que le salut des âmes, qui est la hn qu'on » prétend, et il faut que l'instrument soit proportionné à » cette fin. Or, ce n'est point la science, ni l'éloquence, ni » les autres talents humains qui nous rendent les instru- » ments propres à procurer le salut des âmes. La plupart M des prédicatQurs ont assez de science, mais ils n'ont pas » assez de dévotion et de sainteté.
w Le vrai moyen d'acquérir la science des saints et d'à-
)) voir de quoi remplir un sermon, une exhortation, un en- )' tretien spirituel, ce n'est pas tant d'avoir recours aux » livres qu'à l'humilité intérieure, à la pureté de cœur, au )> recueillement et ii l'oraison. C'est ainsi qu'en ont usé » tous les saints...
» Un prédicateur doit bien parler, et ne pas négliger iL> rélocution. Le respect qui est dû à la parole de Dieu dei) mande cela... Mais il ne doit aimer, ni priser, ni louer » que Jésus-Christ et ce qui le touche; ne vouloir être lui- » même aimé, loué, ni estimé de personne, et n'avoir en r> vue que de faire connaître et aimer Notre Seigneur et p d'attirer tout le monde à son service.
» C'est une chose prodigieuse (notons bien ces derniers D mots) de voir des hommes appelés à la vie apostolique, 0 porter l'ambition et la vanité dans le sacré ministère de )> la prédication. Quel fruit peuvent- ils faire? Ils obtiennent )) quelquefois ce qu'ils poursuivent, c'est-à-dire leur gloire )) personnelle; mais ils en viennent là aux dépens d'une » infinité de péchés et d'imperfections. Quelle vie! quelle D union avec Dieu! et comment se servira-t-il de tels in- D struments ? »
Qu'il y a de vérité, de bon sens et de piété dans ces précieux enseignements * !