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Des traces d’une ancienne dorure brillent sur plusieurs de ces caractères.
Deux grandes salles voûtées remplissoient avec un vestibule tout le bas de l’habitation de Ruprecht. Une seule est restée debout. Elle reposoit sur une colonne ronde , et digne par la simplicité de son travail des arcs
qui venoient du milieu et des coins de la salle, en entourer le chapiteau octogone de leurs huit pointes. Les clefs de voûte là où se rencontroient ces arcs d’une courbure si parfaite encore, étoient ornées d’armoiries de la famille ou d’une alliance de la famille. On voyoit dans la première les lozanges et le lion palatin. Sur la plus voisine après, les léopards avec les Heurs de lis. La troisième renfermoit le lion du burggrave de Nuremberg , Frédéric IV. , père de la princesse Elisabeth*, femme de Ruprecht ; et dans la dernière étoit le vieil écusson de Wittelsbach.
La seconde voûte n’a gardé que ses murs d’enceinte. L’excessive hauteur des fenêtres rondes d’un côté de ces murs et quarrés sur l’autre , en est maintenant l’unique chose remarquable au dehors, et au dedans quelques débris des consoles où finissoient les arcs de la voûte. Toutes ces consoles étoient tapissées de glands et de feuilles de chêne.
Le vestibule qui séparoit les deux salles n’avoit que peu de largeur et deux clefs de voûte. L’une étoit la répétition des armoiries de la maison, et on avoit réuni sur l’autre le lion avec l’aigle, formant le nouvel écusson de Ruprecht depuis son avènement à l’empire.
Un escalier du meilleur gothique conduisoit aux étages supérieurs. Il occupoit cette petite tour octogone qui donne sur les fossés du château, vis -à— vis de sa terrasse plantée de tilleuls dans le jardin. Malgré sa solidité, ce bel ouvrage de Ruprecht a suivi le bâtiment dans ses dégradations. Les dernières marches n’en parviennent plus guères au-delà du seul étage qui y subsiste encore ; et un peu plus loin sur un corridor à demi-ruine est aussi la seule porte conservée de cet étage. Elle a été la porte du sallon ou cie ce qu’on avoit coutume alors dans la demeure des grands d’appeler la salle des chevaliers. D’anciennes écritures ont recueilli les souvenirs de cette salle : elles
sont pleines du récit des fêtes qui y furent données, et du plaisir ainsi que de la gaîté qui présidoit à leurs augustes réunions : mais depuis longtems , ces murs si souvent l’écho de la joie , ne répondent plus qu’aux sifilemens des tempêtes. Cependant si leur solitude ne doit plus finir, elle peut du moins être troublée encore. Peu d’années sont écoulées depuis qu’un vieux soldat, le chef des invalides gardiens de la ruine à cette époque , voulut , non moins orgueilleux cpie les maîtres de la superbe Babilone , joindre aussi comme eux aux honneurs de son commandement le luxe d’un jardin suspendu. La jeunesse et la beauté le créèrent dans cette salle du bâtiment par les mains de ses i trois filles. A force d’y porter de la terre et d’autres moyens de végétation, un amas de décombres fut transformé en un joli parterre, et l’on vit Flore revêtir de ses gracieuses et légères couleurs la place et les mêmes pas où jadis avoient brillé aussi la légèreté et les grâces des filles palatines.
Un palais de quelques pieds composoit toute l’habita-tion de ce singulier successeur de Ruprecht , mais sous le~ Iquel il pouvoit se ilatter de ne le céder pas même aux rois pour l'excellence des sculptures qui couvroient les murailles de sa résidence d’été. C’étoit du fond de ces lambris une fois si bruyans, que le soldat dominoit sur Podorante et mobile population soumise à ses loix par la [déesse du printems , et dans leur silence surtout, qu’il daimoit aux heures brûlantes du jour à cherche]’ un abri montre l’ardeur et les fatigues de la saison. La mort a emporté cette seconde vie. 11 ne reste non plus rien de l’invalide et du parterre. Le palais seul a survécu pour redevenir l’ancienne cheminée de la salle , mais autant digne sous ce modeste titre des louanges qu’elle méritoit comme demeure seigneuriale du vétéran. Son architecture est de beaucoup postérieure à la naissance du bâtiment. Elle escend au même siède, au même prince et au même ciseau
qui suspendirent aux murs de Ruprecht la plaque d’accompagnement pour l’écusson impérial. Peut-être même l’eussions-nous attribuée aux mains savantes qui furent peu après employées à la résidence palatine par l’électeur Othon- Henri, si les arabesques de la cheminée, malgré l’étendue de talent du sculpteur, n’étoient quelquefois d’un dessin moins délicat que sur l’incomparable façade de l’héritier de Frédéric IL La forme en étoit dans la hauteur et celle d’un quarré long. Ses paremens ou pilastres soutenoient de grandes consoles recouvertes d’une tête de Dieu marin qui en suivoit le mouvement de sa barbe. Sur l’épaisseur intérieure des paremens étoient placés les portraits de l’électeur Frédéric II. et de Dorothée de Dannemark son épouse. Us sont extrêmement maltraités; mais leur mérite subsiste dans les autres sculptures de ces pilastres où ne brilloient pas moins l’exécution que la variété des choix. On avoit encore plus soigné sous ce double rapport l’architrave de la cheminée. Chaque moulure y est d’un travail différent et d’un travail accompli. La recherche s’en appliquoit même à la face de dessous. Elle étoit partout garnie de rosettes, et au milieu d’un cartel semblable à celui de l’écusson de la cour aussi pour les initiales de l’électeur, et pour l’année ainsi qu’il suit: