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La Irise qui pésoit sur l’architrave, étoit divisée en deux quarrés par autant de pilastres à ses extrémités et un troisième dans le centre, destinés ensemble au soutien de l'entablement. Ces trois pilastres sont trois chefs- d’oeuvre de sculpture, et principalement celui qui faisoit la démarcation des quarrés. Tant que la correction et la grâce dans Je dessin décideront de la bonté de l’art, il sera impossible que le talent du sculpteur y demeure plus équivoque que la pensée exprimée par le morceau de pierre du pilastre (S).
(8) Ce morceau de pierre disparut un jour de sa place, et l’on n’espéroit plus de l’y voir revenir, lorsqu’un paysan, plusieurs années
Mais ce qui est moins à comprendre, c’est son but en exposant dans une salle et sur l’endroit le plus saillant : l’une salle que l’histoire ne dépeint pas comme étrangère faux vanités terrestres, l’emblème des deux vérités de la ’éligion les moins d’accord avec la jouissance des plaisirs le ce monde; la nécessité de sa fin et du commencement de i l'autre.
Une tête de mort chargée d’un sablier faisoit la base de pa première composition. Elle étoit bordée de deux plantes le pavots qui, sortant d’entre les dents, montoient au nireau de l’horloge marine; et là, deux serpens entortillés le ong des tiges, en dévoroient les fleurs, comme pour effacer jusqu’à cette trace de la vie, indication elle-même par son imbole du sommeil d’une espèce de mort*
La • seconde idée du sculpteur étoit rendue par un jbliérubin les ailes déployées et indiquant l’ange de la réburrection. En sa qualité de vainqueur de la mort, il tvoit les yeux fixés vers la terre où il détruira son em- )ire. Une inscription rimée s’étendoit des deux côtés du chérubin. Celle de gauche étoit relative à l’électeur , et n’a blus que les mots suivans de ses quatre lignes.
Electeur qui a ouvrage tel qu’il est là, fait eriger,
Gouvernement veuille longtems durer.
On trouve encore sur l’autre côté tout ce qui concertoit la femme de Frédéric:
près, arriva chez le jardinier de la cour, portant un paquet à son •dresse. Interroge' de quelle part il e'toit envoyé, cet homme ne pouoit répondre, non plus que sur le contenu du paquet, où se trouva la etite pièce de sculpture en question. Depuis ce tems, elle est dans totre atelier au château en attendant que quelques réparations à faire j la cheminée pour retarder sa chute, permette de lui rendre son plus Précieux ornement.
Son épouse de tige royale A voit nom Dorothée.
Née princesse de Dannerqarck De Suède et de Norvège.
Les pilastres ou s’encndroient avec celui de la pieuse allégorie, ces moitiés d’inscriptions, renfermoient des copies d’après l’antique, de têtes de boeufs entrelacées rie draperies et de feuillage. Le travail y a été autant que le sujet, un vol fait dans cette circonstance aux anciens.
Trois pilastres de même que dans la frise divisoient le frontispice en deux parties. Ils étoient aussi sveltes de forme que d’ornemens. A chaque côté interne des pilastres iextérieures, et aux deux de celui du milieu, il y en avoitli d’autres d’ouvrage et de dimensions pareils, mais de 1 moindre hauteur. Sur leurs chapiteaux coinmençoit le î cercle des voûtes qui changeoient en arcades l’espace entre les pilastres. Les vuides occasionnés par ces courbes , étoient remplis par quatre médaillons. Les deux à droite conte noient les bustes des parens de la princesse Dorothée, liile du roi de Dannemarck Christiern , et les autres la tête de Charlequint et de sa femme Elisabeth.
Sous les deux voûtes et dans la même direction , on voyoit les écussons du pays et de Dannemarck , avec les: lions pour communs supports. Le relief en est beaucoup; plus élevé que dans aucune des autres sculptures de la; cheminée. Ils ont aussi cela de remarquable que ce sont les premiers qui oflrent le globe de l’empire dans les armes: du prince, et autour les insignes de la toison d’or. Le globe est déposé ici dans un petit écusson à part sur le point de jonction de ceux de Bavière et du palatinat dans um meme cartel. Ces marques honoriiiques y étoient entrées par la muniiicence de Charlequint. L’empereur n’avoit pas simplement des obligations personnelles d’amitié à l’électeui palatin. II lui devoit aussi en grande partie l’élévation d* sa maison par le zele de ce prince à soutenir sa nomination
à l’empire après la mort de Maximilien; et de plus c’étoit Frédéric qui avoit, a la tête des troupes confédérées de l’Allemagne, deux fois sauvé les provinces autrichiennes de l’invasion des Turcs. Charlequint dont la reconrioissance •s’étoit déjà précédemment acquittée par le don de la toison id’or , lui conféra alors, dans le même motif, le droit M’augmenter l’écusson palatin du globe surmonté de la croix. iAu reste ce signe de la toute-puissance et à-la-fois du néant des choses humaines, et que sous les empereurs grecs on (remplissoit de terre à cette intention, c’étoit depuis l’ établissement de la dignité électorale les princes palatins qui avoient (coutume de le porter dans toutes les solemnités du corps germanique comme les réprésentans nés de son chef.
L’entablement de la cheminée n’existe plus que dans des fragmens épars ; mais ces fragmens disent assez qu’il étoit et par la quantité et par la qualité des sculptures autant digne de la couronneique l’ensemble du monument capable de faire regréter que les objets d’art tous si pleins de goût idu vieux manoir de Ruprecht (*) n’y aient pas été plus ijmultipliés.
C’est également à ces premières constructions du châ- Bteau de Heidelberg que se rattacha dans la suite la mort ^prématurée du petit-fils de Ruprecht. Leurs chambres déilabrés , leurs voûtes en ruine, cet escalier chancelant, i chaque pas enfin dans ces lieux déserts, rappelent une cirîiconstance de l’aventure aussi étrange que funeste qui pamena cet événement; et sans doute la présence des lieux loii il reste empreint, n’en diminuera point ici l’intérêt aux ■yeux de l’amateur des traditions du moyen âge.
Ruprecht avoit eu pour successeur l’aîné de ses enfans, < Louis III. , prince éclairé , pieux , puissant et cher à ses
’ (*) La clef de ce bâtiment est entre nos mains et nous nous faisons un
i plaisir de la remettre à quiconque souhaite le visiter.
sujets autant qu’aimé et considéré des autres souverains. Il laissa deux fils, Louis d’humeur facile et simple, qui lui attira le surnom de débonnaire, et Frédéric doué au contraire des plus grandes qualités. Louis sentant son mérite, l’avoit , après la mort de leur père, associé avec lui dans l’administration. Mais Frédéric adoré du peuple dont il se porioit en toute occasion le défenseur, n’en étoit que plus odieux a une foule de petits tirans qui craignoient de s’en voir un jour réprimés dans leurs vexations. Parmi eux se signaloient davantage deux comtes puissans, Guillaume et Jacques de Luzelslein, vassaux de l’Electeur. Leur audace alloit jusqu’à prétendre de marcher son égal. Ils avoient même tâché pour cela de se délivrer de Frédéric, comme d’un obstacle à des projets si ambitieux; mais la vigilance de l’amitié non moins active cpie leurs mauvais desseins les avoit toujours empêché de réussir. Bien loin de là, poursuivis et vaincus par celui qu’ils vouloient perdre, ils furent contraints de s’humilier. Leur haine en devint plus implacable et ils ne respirèrent plus que vengeance.
Alors subsistoit encore ce fameux tribunal secret si longtems Pelfroi de l’Allemagne. Les deux frères en étoient membres et tenus entre les plus vaillans. Ils lui dénoncèrent ; le comte palatin comme coupable d’hérésie et aussi d’injustice envers eux, l’accusant en outre d’un commerce! criminel avec le malin esprit et d’où, lui venoit cette force irrésistible au jour du combat.
L’assemblée sur leur rapport décida d’en agir ici selon i sa manière de procéder habituelle (^); mais l’embarras étoit! d atteindre a Frédéric sans cesse entouré d’amis braves et S dévoués. Cependant il falloit à tout prix se défaire d’uni homme aussi dangereux. C’est pourquoi les juges pensèrent! enfin que le meilleur moyen seroit d’obliger l’électeur, em
( ) i>eîte manière ëtoit de faire enlever ou assassiner les accusés qui. généralement néehappoient guères aux condamnalions du tribunal.
effrayant la nuit par quelqu’apparition , de leur abandonner li— même son frère; ce à quoi prétoit effectivement son 3prit crédule et imbu des préjugés du tems ; sans compter ue le tribunal dans sa sévérité , ne le prenoit pour guères toins digne de châtiment que le comte, à cause de l’aprobation qu’il accordoit â ses vues généreuses.
Au nombre des femmes de la cour se trouvoit une lléonore de Luzelstein, soeur des deux comtes. Cette fille voit par ses charmes su toucher Frédéric. Le prince ayant epuis reconnu de la fausseté en elle, l’avoit méprisée, mais on sans blesser profondément le coeur d’Eléonore. Elle mtra donc avec empressement dans l’idée de punir son ufidèle , et accepta le principal rôle du complot qui alloit ? diriger contre lui.
Bientôt on vit débuter deux chevaliers étrangers à la Dur de l’électeur. Chaque jour ils y étaloient une nouelle magnificence ; et leurs façons près de lui avoit quelque îose de si noble et à la fois de si affectueux que Louis IV stimant leur présence à honneur, s’efforçoit de le reconnoître ir toutes sortes de fêtes et d’autres marques de sa satisfaction.
Quand â Frédéric, les amusemens de la cour ne le istrayoient que peu. Il étoit tout entier au gouvernement t à l’étude; mais l’amitié continuoit d’être sur ses gardes, e guide de sa première enfance, le fidèle Kemnat, alors >n confident et son conseil, et depuis son historien, ne lécouvrèit pas uniquement de mistérieuses entrevues de la }mtesse et des deux étrangers; mais il s’assura de plus que
ci-devant confesseur de l’électeur, détenu pour raison intrigue dans le couvent au bas de la montagne, s’y proenoit en liberté , et avoit de même des conférences Dctnrnes avec les chevaliers. Allariné d’un rapprochement e menées aussi suspectes , Kemnat lit part de ses craintes Frédéric; et ils convinrent que pour éviter toute surprise, eux de ses amis seroient constamment près de lui. Le >rt désigna Gemmingen et Geizpisheim.
Cependant la nuit du dénoument venoit de réunir les conjurés. Au fait comme ils fétoient, de la disposition du château, il ne leur fut pas difficile avec des instrumens de pénétrer jusqu’à la chambre de l’électeur. Une lampe brûloit à peu de distance de son lit, et dont la faible lueur ne jet toit qu’une clarté pâle et vacillante sur les arcs de la voûte gothique. Le prince dormoit du plus paisible sommeil. Partout le repos s’étoit de même appésanti sur le Jettenbuhi; et s’il arrivoit qu’il y fut interrompu , ce n’étoit que par le vol et les sons lugubres des hiboux , ou par les cris des sentinelles assises près du foyer dans les petites tours du guet , et qui de tems en tems averti ss oient qu’elles veill oient pour la sûreté du château.
Comme la cloche achevoit d’y sonner la dernière heure, un spectre sous le déguisement de la Vierge Marie et l’Auréole sacrée autour de la tête, parut tout-à-coup dans l’appartement de l’électeur. S’étant avancé de quelques pas, Louis , Louis , Louis , répéta-t-il alors par trois fois. Ces accens téminins articulés d’une voix sonore, furent distingués du prince dans son sommeil. Il crut entendre ceux de sa bien-aimée épouse Marguérite de Savoie. Il l’appela même par son nom. Ëveilles-toi , Louis, continua la même voix, et regardes-moi. L’électeur ayant enfin tourné les yeux du côté d’où partoient ces mots; grand Dieu ! s’écria- 1-il , en appercevant le fantôme , qui es-tu? que veux-tu ? IN appréhende rien, mon fils, reprit celui-ci, la mère du sauveur vient 1 apporter la bénédiction des tiens et le salut de ton aine. L’electeur trésaillit à cette réponse; il joignit les mains; mais que ne devint-il pas, lorsque la Verge lui déclara, et par mille insinuations plus astucieuses les unes que les autres, voulut lui prouver que Frédéric, ce frère qu’il chenssoit , n et oit qu un heretique, un homme séparé de l’église, et uniquement occupé d’attenter à ses jours.
Malgré le prestige et tout l’effet de cette illusion sur le prince, l’amitié demeuroit plus forte, et il défendoit le
comte palatin. Incrédule et obstiné, dit alors l’esprit, tu refuses donc d’en croire mes paroles! eh bien! apprends qu’en descendant tout -à- l’heure dans ce palais, j’ai rencontré le prince des ténèbres chez ton abominable frère. «Mon apparition subite et l’aspect de mon céleste cortège, (lui ont ravi la possibilité de fuir. 11 est là enchaîné et trempant dans l’attente de mon commandement suprême. jApproche , roi des enfers, lion qui te traînes dans l’obscurité, dragon altéré de la soif des âmes, toi qui te nourris
idu poison des péchés, être éternellement damné, apparoîs-
Aussitôt un horrible bruit de chaînes partit de Failli- {chambre; la porte cria sur ses gonds, comme si elle en eut sété enlevée par la tempête; et des mugisseinens sourds, laffreux, tels que ceux du lion, quand ils retentissent sur eles rochers du désert et qu’ils vont porter au loin la consternation , annoncèrent l’arrivée du monstre. Dès son entrée, le moine, sous la ligure et un costume de satan, se préci- Ipita en rugissant devant la Vierge qui posa un pied sur la itête du démon. L’électeur, à cette vue, se prit à trembler de tous ses membres. Ses cheveux étoient hérissés. Il Itordoit les mains , et il finit par être renversé sur le visage. sCe fut alors que le spectre redoublant ses machinations, l acheva de lui ôter le peu de faculté qui lui restoit, et en «arracha le sacrifice de son frère.
Le prince anéanti de ce dernier coup tomba sans con- Jnoissance sur le plancher. Le perfide couple profita de ce «moment pour quitter la chambre; deux chevaliers armés de Itoutes pièces l’y remplacèrent aussitôt. Leurs armures »étoient noires et brillantes d’éloiles de feu. Des poignards luisoient dans leurs mains. Ayant rappelé l’électeur à lui j, ils se déclarèrent ambassadeurs du saint tribunal secret qui eles dépéchoit à sa cour pour lui ordonner d’avoir à leur 4 remettre son frère; soignant en tout cela d’accorder leurs {discours avec ceux de la vierge; et dès que le prince
fut assez refait, ils l’obligèrent de les mener vers Frédéric.
Dans son impatience, le moine les avoit devancés, et prétoit une oreille craintive à la porte du prince. Enhardi par le silence du lieu, il l’ouvre doucement à l’aide de fausses clefs: puis il regarde partout avec inquiétude; mais la vue de Frédéric endormi le tranquillise, et déjà son coeur se îivroit à la joie d’un succès aussi aisé que certain, lorsqu’il entrevoit du mouvement dans un des coins de la chambre. C’étoit celui où couchoit Gemmingen pour la défense du comte; il ne dormoit pas et la visite du diable l’avoit étrangement surpris. Cependant ayant cru remarquer dans sa démarche peu assurée en entrant, et ensuite plus confiante, une allure qui pouvoit être aussi bien de ce monde que de l’autre, il se remit incontinent, et s’élança avec impétuosité de sa place l’épée nue. Le père confesseur qui reconnut le chevalier, voulut user de son déguisement pour l’intimider et le percer plus facilement de son stylet. Du moment que Gemmingen vit l’arme, le masque cessoit d’avoir rien d’effrayant. 11 fondit sur l’assassin à corps perdu. Celui-ci empêtré dans son accoutrement infernal fut terrassé. Il eut alors recours aux hurlemens et aux contorsions ; mais comme il se rouloit par terre avec violence, un revers furieux de l’épée de Gemmingen lui fit voler la tête de dessus les épaules. Meurs, scélérat, prononça alors de toute l’etendue de sa voix l’intrepide gardien du prince. En cet instant, Frédéric qui s’étoit éveillé en sursaut, vint le joindre, ainsi que Gezpizheim, et tous trois dans un trouble inexprimable, se mirent a crier: Meurtre, secours, trahison.
C’étoit dans le même teins que l’électeur s’avançoit escorte des deux chevaliers. Ceux-ci entendant le tumulte, se crurent vendus , et n’eurent rien de plus pressé que de gagner l’escalicr du château. Louis resté seul, continua machinalement sa route vers l’appartement de son frère. Guand il y parut pâle, défiguré et sa lampe à la main, les
trois acteurs de la première scène ne furent pas moins effrayés de celle-ci. Ils restèrent immobiles: ils ne pouvoient i que se regarder Pendant cet intervalle, les forces du prince épuisées par tant de secousses, le quittèrent de nouveau: il se laissa aller sans sentiment aux pieds de son frère. On le crut mort. Ce n’étoit plus que confusion dans le château. 1 Chacun demandoit ce dont il s’agissoit; mais on avoit assez à s’occuper de l’électeur qui ne sortoit pas de la plus terrible agitation. Cependant on réussit a le calmer, et vers le »matin, il étoit en état de se souvenir des événemeus de la nuit. Le jour vint aussi de son côté et qui éclaira enfin le mistère. Comme les chevaliers étrangers ne se montroient pas dans ce désordre, on fut aux enquêtes; et on sut qu’ils étoient
[partis de la ville de très bonne heure. On s’informa également de la comtesse de Luzelstein : la vierge Marie n’étoit non plus â trouver. Louis vit alors de quelle détestable trame
Ison frère avoit failli d’être la victime. Il ne l’en chérit que davantage. Mais un coup non moins fatal avoit été lrappé. Sa santé demeura altérée d’un ébranlement aussi universel ! du phisique et du morale, et qui fut bientôt suivi de la mort du bon électeur.
Le trait si connu dans l’histoire palatine du repas sans pain, a eu les mêmes murailles pour témoins, et il apprendra de plus quel homme étoit le frère de Louis III. 9 Ce prince ne laissoit en mourant qu’un enlanl au berceau. Frédéric, sous le prétexte du bien public et des besoins de l’état, usurpa la dignité électorale au préjudice des droits de son pupille; ce qui lui attira des ennemis nombreux et redoutables , contre lesquels il eut à combattre toute sa vie, mais avec un bonheur qui ne se démentit jamais. Après la bataille de Seckenheim, où l’armée des alliés qui avoit mis le pays â feu et â sang, fut entièrement détruite entre ce village et Mannheim, et la plupart des chefs prisonniers, Frédéric leur lit faire une entrée digne de leur condition à Heidelberg, et les traita en anciens amis. Il les invita même
à un festin magnifique au château. C’étoit dans la salle des chevaliers du bâtiment de Ruprecht. Tout étoit prêt; les convives à table; le pain seul manquoit ; les prisonniers le cherchent des yeux, et enfin le demandent aux serviteurs; „vous demandez du pain“, leur dit alors Frédéric d’un ton sévère , „ eh ! comment peut-on vous en donner quand les soldats ont brûlé les guérets et les moulins du paisible cultivateur? retenez de cet exemple que de telles barbaries si fort au-dessous de tous et encore plus des hommes placés au premier rang , peuvent tomber sur ceux qui ne craignent pas de les commettre“, etc.
„D l. et D 2. Les bâtimens de V économie construits par „l’électeur palatin Louis V en 1520. Abandonnés de- „puis le déparp de la résidence pour Mannheim, au „concierge du château et à quelques soldats, jusqu’à „l’incendie du 24 juin 1764 où la partie D *. fut consumée, et où on préserva des flammes la partie D l. „qui sert maintenant d’habitation au jardinier de la „cour.“
Il n’y a de reconnoissable dans la partie tombée de ces bâtimens que la cuisine, par les traces de son ancien fourneau. La cheminée qui lui servoit de communication, s’élevoit à part au milieu des toits de la résidence. Elle auroit aussi bien été pour cela comme par ses ouvertures immenses la cheminée d’une fonderie de canons. On essayeroit envain d’assigner de même la destination de toutes les autres murailles, encore debout dans cette masure. Ce n’est plus qu’un amas décousu de voûtes, d’arcades, de portes, de fenêtres et de passages qui s’étendoient jusqu’au pied d’une tour vers les fossés du jardin.
Quand aux bâtimens conservés de l’économie, la distribution intérieure n’y valoil pas mieux que leur eilet au dehors et qui ne pouvoit être plus mauvais parmi les autres édifices du château.
„ E. Le batiment de Louis élevé par l’électeur Louis V „en 1521. Brulé dans la guerre d’Orléans année 1689. „Réparé sous l’électeur Charles-Philippe après 1716, et „ détruit par le tonnere en 1764.“
Ce bâtiment étoit partagé en trois étages fondés sur une «réunion de deux voûtes. On voit encore au premier dans le vestibule, deux portes gothiques avec des colonnes trèsjminces, et à piédestaux dans le goût pittoresque d’alors. Le pignon de droite alloit finir beaucoup au-dessus du bâtiment, et figuroit une suite de petits toits se reculant les uns îsur les autres.
La tour octogone â gauche est aussi l’ouvrage de (Louis Y. Elle menoit par un escalier tournant aux divers «étages de sa construction. On y avoit placé les armoiries du prince dans la première ceinture. Les colonnes demi- [ rongées qui en encadrent les trois écussons , auront été par le fini de leurs découpures , un travail du ressort de l’orjilévrerie. Les objets qu’elles renfermoient , ne manquaient ■pas non plus de mérite. Il y a du mouvement dans les deux singes en bas du cartel , et tirant chacun â rebours sur le dien qui les attache comme pour s’éloigner mutuellement.
„E. Le palais â? O thon -Henri dit vulgairement le , Rittersaal ou la salle des chevaliers , et la plus belle „partie du château de Heidelberg par sa noble et „riche architecture, et par l’excellence de ses sculptures. Commencé par l’électeur Frédéric II. année „1549, et terminé avec non moins de promptitude „que de splendeur de l’année 1556 à 1559 par son „neveu l’électeur Othon-Henri dit le magnanime. Dans „la guerre de trente ans, ce bâtiment souffrit beaucoup, „durant son occupation par les Autrichiens et les Bavarois sous la conduite du général de Hartenberg, „d’un incendie qui y éclata accidentellement au mois „de juillet 1634, et dévora toute sa partie supérieure.
„Relevé sous l’électeur Charles - Louis année 1659. „Deux fois détruit dant la guerre d’Orléans années ,,1689 et 1693, et rétabli de nouveau par Charles- „ Philippe, il a été enfin dévasté du tonnere en 1764. „Depuis lors ses débris sont restés livrés à eux-mêmes „par la faute des gens chargés de l’inspection de la „ruine, et dont l’ignorance a laissé arriver peu-à-peu „dans l’intérieur du batiment ou la mutilation ou la „perte entière des précieuses sculptures qui, avec sa „façade, plaçoient la construction d’Othon - Henri au „premier rang des ouvrages d’architecture de son siècle.“
La belle façade italienne de ce bâtiment dispense d’y appeler les regards. Non seulement elle est le morceau le pins frappant au château de Heidelberg, mais peut-être n’existe-t-il nulle part d’ouvrage de la sorte n lui comparer tant pour Félegance de sa construction que pour la beauté et le grand nombre des sculptures qui la décorent (11). Son entrée est moins la porte d’un palais qu’un arc de triomphe. Les lignes en ont été tracées par le goût, et Je talent les a exécutées. Ses quatre statues méritent toute l’attention des connoisseurs. Us y retrouveront plus d’une fois l’antique dans les chairs et sur les draperies. Les deux gloires séparées par une tête de faune autour de la porte sont des chefs-d’oeuvre de gracieux. Celle de gauche respire un abandon qui aura été dérobé à la vie ; de même que la
CiO Un sculpteur italien évoqué dans une cour du nord, et qui traversoit Heidelberg, ne trouvoit qu’une chose à reprendre dans le bâtiment d Othon-Henri. C’étoit, disoit-il plaisament, cVauoir oublié de. construire une cage, de verre assez ample pour couvrir sa précieuse façade et la mettre par là à l’abri des intempéries de l’air.
li nous est aussi fréquemment arrivé de voir prendre cette façade pour une portion de 1 intérieur du palais, et les mêmes personnes qui se refusoient ainsi à croire qu on eut fait un si bel ouvrage pour l’abandonner aux injures du tems. supposer que le mur attenant à l’obelisque étoit un reste de fondation de l’ancienne façade.
guirlande de fruits, de feuilles et de rubans au-dessous de cette gloire a épuisé dans la pierre toute la délicatesse de la ciselure en ce genre.
Les yeux ne s’arrêteront pas avec un moindre plaisir sur les trophées militaires , les trophées de musique et sur les rosettes qui garnissent les bases et chapiteaux des statues, ainsi que les paremens de la porte; et probablement l’excellent travail de dentelles sur l’épaisseur interne de son cintre sera vu plus volontiers encore»
L’entablement du portail est surmonté d’un grand cartel. Il contient dans un même rang les trois écussons de la fall mille palatine. On y reconnoit comme sur la plupart de ses / bâtimens à Heidelberg les Jozanges , le globe d’empire et le t lion. Ce lion est plein de fierté et de mouvement. Les I autres lions qui occupent plus haut les cimiers des casques, ( se distinguent au contraire par la tranquillité de leur repos. 9 Ces jeunes souverains des bois amenés là comme pour déJi— s bérer, ont jusqu’à l’air de réflexion exigé par le sujet; et si le jC sculpteur ne pouvoit les asseoir avec plus d’aisance, il ne : pouvoit non plus le faire plus convenablement à leur titre e de rois; ils siègent dans des couronnes. Tout l’ouvrage est en haut relief et s’appuye sur un lit de feuilles d’achante |i taillées avec autant de hardiesse que de légéreté.
Deux figures debout et dans la plus noble attitude sou- 3 tiennent le cartel. L’agrément des visages, celui des conc tours, et leur transparence sous un vêtement presque mobile, t mettent ces statues de jeunes filles au nombre des meilleures f) sculptures d’ornement. L’artiste les a accompagnées de r. supports où il a prouvé que là où il éloit besoin d’action et 3 de force, son ciseau ne se sentoit pas plus étranger qu’aux j) scènes d’immobilité. Ces supports représentent deux fois i la lutte d’un homme contre un lion, et les deux fois avec 3 l’expression la mieux rendue des efforts des combattans, et i un langage de phisionomie également approprié à leur poli sition et à leurs chances de dangers. Sur un de ces supports,
le lion simbole de la Bavière est étouffé, et vainqueur dans l’autre, pour montrer les vicissitudes qu’a éprouvées la maison palatine, avant de parvenir à fonder sa grandeur.
Un médaillon du fondateur (12) termine le portail du bâtiment. 11 est digne du prince qui a enrichi le domaine de l’architecture d’une des plus rares productions sorties de la main des hommes. C’est sans doute pour un hommage au goût des sciences et de toutes les belles choses qui ca * ractérisoit si universellement Othon- Henri, qu’on a entouré son médaillon de deux enfans ailés et indiquant par des instrumens à vent le génie de la musique. Aussi le sculp^ teur les a-t-il doués de tout le charme qui convenoit â ces jeunes interprètes de la reconnoissance des arts. Il y a encore de lui dans un petit ovale au-dessus de la tête de l’électeur, un buste de femme de la même perfection. Chacune des mains est posée sur une ouverture ronde hors de l’ovale et tient un cordon où pendent des bouquets de fruits dont les derniers servent de marchepieds aux petits joueurs de flûte.
L’inscription de la porte signifie:
Othon-Henri par la grâce de Dieu Comte palatin du Rhin, grand sénéchal Du St. empire romain et électeur ,
Duc de haute et basse Bavière.
Derrière les lions couronnés du grand cartel, on découvre sur un ruban qui le traverse dans sa largeur, les lettres O. H. P. C. Ces lettres sont les initiales latines d’Othon-Henri comte palatin.
Le reste de la laçade n’est qu’une continuation du même travail. On hésite à prononcer entre les superbes frises qui
(*) Sa ressemblance avec un roi d’Angleterre est telle qu’on peut se dispenser de le nommer aux voyageurs de ce pays.
la divisent; et parmi ses trois files de fenêtres, celle du i milieu passera toujours et partout pour un modele des plus belles proportions. On peut réunir à la fois dans cet éloge, les consoles, les niches des statues, les cariathides dans les fenêtres, leurs frontons, leurs frises, et leurs chapiteaux; j| mais l’ouvrage sur les pilastres du premier etage doit être cité à part; le dessinateur et le sculpteur ont à l’envi fait assaut de supériorité dans cette guirlande d’arabesques.
L’intérêt des objets rend encore plus agréables les triangles qui s’élèvent sur les fenêtres du rez-de-chaussée* Cependant ces triangles sont d’un mauvais eilet par leur exhaussement trop pointu; mais on excuse l’artiste en faveur du motif. Sans cette faute, les charmantes compositions auxquelles il destinoit ses triangles, n’y auroient point trouvé place. Il a mis dans chacun un personnage de [ l’ancienne Rome et autour deux enfans toujours groupés et occupés diversement de musique. Ces médaillons, en partant de la gauche, renferment: 1) L’empereur Vitellins. 2) Antonin le pieux. 3) Tibère Claude Néron. 4) Néron j Caesar. 5) Caius Marins. 6) M. Antoine. 7) J. R. M. Pamphiiius. 8) M. Rrutus.
Les amours, sur les numéros 1. et 2. soufflent dans des trompettes* L’enflure des petites joues n’ôte rien à leurs grâces enfantines. Le visage, les bras, les mains, en un mot tout le corps ne sauroient être davantage au sujet.
Le numéro 4. fait assister à un prélude de concert entre deux enfons. Celui de gauche est déjà en mesure, et tâche de la voix et avec des tons de son petit instrument d’aider l’autre enfant à accorder aussi sa guittare , tandis que celui-ci met toute l’attention possible à écouter. Mais où l’imitation est complété , c’est dans le placement et le jeu des doigts des musiciens ailés, sur les cordes de leurs instrumens. La nature a été prise là sur le fait. L’air de douceur et tout ensemble de gravité répandu sur les traita
de ces chérubins, rappelle lés enf ans Jésus et St. Jean dans lç tableau de la Madonne a la chaise de Raphaël.
S’il existe au château de Heidelberg quelque chose de plus suave que ce petit épisode de musique, il faut le chercher dans le numéro 7. Le pinceau de l’Albane n’eut pas désavoué les figures des acteurs de ce triangle.
On regrette en considérant les statues du palais d’Othon— Henri que l’arrangement n’en ait pas été fait avec plus de justesse. Celles de bas, quoique assez bien ordonnées, sont dans cette place musculeuses et même courtes; defauts qu’elles eussent perdus à une plus grande hauteur, et que n’ont point les statues des autres séparations de la façade.
La première (aussi de gauche a droite comme pour les médaillons) est celle du juge d’Israël Josue, et porte sur son piédestal l’inscription ci-après :
Le duc Josué
Par la puissance de Dieu
A fait périr
Trente et un rois.
La seconde statue représente Samson avec cette inscription:
Samson le fort
Ltoit le lieutenant de Dieu,
Et gouverna Israël Per dant vingt ans.
La troisième est celle d’Hercule:
Fils de Jupiter,
Je suis nommé Hercule,
Par mes nobles travaux Bien connu.
Et la dernière:
David étoit un jeune garçon Courageux et prudent.
A l’insolent Goliath
Il a coupé la tête. »
Les niches au-dessus sont remplies par cinq statues de femmes emblèmes d’autant de vertus de la religion chrétienne, et ainsi rangées :