CHAP. 11. EXPOSÉS
l'espoir qu'enfin, après «ant d'agitations et d'inconséquences, les personnes qui dirigeaient l'adininislration française reviendraient à des principes de modcralion et de sagesse , et écarteraient ainsi les extrémités auxquelles les choses en sont malheureusement venues. C'est dans celte vue salutaire qu'elle chargea, dès le commencement des préparatifs militaires de la France aux frontières de l'empire, fondés sur l'asile accordé par quelques Étals aux émigrés français, son ministre à Paris, le comte de Golz, de déclarer au ministère de S. M. T. C, comme le chargé d'affaires de S. M. l'empereur alors régnant avait également eu ordre de le faire: «qu'elle envisageait l'entrée des troupes françaises sur le territoire de l'empire germanique comme une déclaration de guerre, et s'y opposerait de toutes ses forces. » Le même ministre, d'après les ordres qu'il en avait reçus , se joignit à plusieurs reprises aux représentations du susdit chargé d'affaires, en donnant à connaître de la façon la plus expresse « que le roi marcherait invariablement , à l'égard des affaires de France , sur la même ligne que S. iM. Apostolique. » L'événement a fait voir combien peu l'attente du roi , quant à l'effet qu'il se promettait de ces déclarations énergiques , était fondée ; mais au moins le parti dont les déterminations fougueuses ont amené les hostilités ne pourra-t-il jamais prétexter cause d'ignorance sur les intentions de S. M. : et c'est à lui plus particulièrement, mais généralement aux principes qui attaciuent tous les gouvernements et voudraient les ébranler dans leurs bases, que la France aura à s'en prendre de reffu>ion du sang humain et des malheurs que les circonstances actuelles ont déjà attirés et pourraient attirer encore sur elle. Unie avec S. i\L Apostolique par les liens d'une alliance étroite et défensive, S. M. Prussienne aurait agi d'une façon contraire à SCS engagements en demeurant spectatrice tranquille de la guerre déclarée à ce souverain : elle n'a donc pas hésité à rappeler son ministre de Paris, et à se porter avec vigueur à la défense de son allié. Membre prépondérant du corps germanique, elle doit encore à ses relations en cette qualité de marcher au secours de ses co-États, contre les attaques qu'ils ont déjà éprouvées, et dont ils sont encore journellement menacés. C'est ainsi , sous le double rapport d'allié de S. M, Apostolique et d'État
puissaut de l'empire, que S. !M. prend les armes; et c'est la défense des États de ce monarque et de l'Allemagne qui forme le premier but de ses armement^;.
Mais le roi ne remplirait qu'imparfaitement les principes qu'il vient de professer s'il n'étendait les efforts de ses armes à une autre sorte de défense, dont ses sentiments patrioiiqnes lui imposent également le devoir. Chacun sait comment l'assemblée nationale de France, au mépris des lois les plus sacrées du droit des gens, et contre la teneur expresse des traités, a dépouillé les princes allemands de leurs droits et de leurs possessions incontestables en Alsace et en Lorraine; et les déductions que plusieurs de ces princes ont eux-mêmes fait publier, ainsi que les délibérations et les arrêtés de la diète de Ratisbonne sur cette importante matière, fourniront à tous ceux qui voudront en prendre connaissance les preuves les plus convaincantes de l'injustice des procédés du gouvernement français à cet égard , lequel n'a proposé jusqu'à présent, pour en dédommager les parties lésées ( le tout en adoptant un langage péremptoire et des mesures menaçantes), que des indemnités entièrement insuffisantes et inadmissibles. Il est digne du roi et de son auguste allié de faire rendre justice à ces princes opprimés, et de maintenir ainsi la foi des traités , base unique de l'union et de la confiance réciproque des peuples, et fondement essentiel de leur tranquillité et de leur bonheur.
Il est enfin un dernier but des armements du roi , plus étendu encore que le précédent, et non moins digne des vues sages et bienfaisantes des cours alliées. Il tend à prévenir les maux incalculables qui pourraient résulter encore pour la France, pour l'Europe, pour l'humanité entière, de ce funeste esprit d'insubordination générale, de subversion de tous les pouvoirs, de licence et d'anarchie, dont il semble qu'une malheureuse expérience aurait déjà dû arrêter les progrès. 11 n'est aucune puissance intéressée au maintien de l'équilibre de l'Europe à laquelle il puisse être indifférent de voir le royaume de France, qui formait jadis un poids si considérable dans cette grande balance , livré plus longtemps aux agitations intérieures et aux horreurs du désordre et de l'anarchie, qui ont pour ainsi dire anéanti son existence politique ; il n'est aucun Français aimant véritablement sa