‹ Le guide diplomatique (volume 3)Chapitre 46 sur 98 · II · texte numérisé non relu

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aux liens sacrés qui l'unissent à V. M. Le roi espère et se flatte qu'ils sont tous également indissolubles. Je serai trop heureux, Sire, si mes soins respectueux et mon zèle attentif pour tout ce qui pourra maintenir et fortifier la confiance et l'intimité des deux maisons vous sont une nouvelle preuve de la résolution où est le roi de n'en laisser échapper aucune occasion.

Quanta moi, Sire, le comble de ma satisfaction est d'avoir l'honneur d'êlre chargé de suivre des intérêts aussi précieux et établis sur des bases aussi solides. J'ai travaillé dans cet espoir depuis longues années; je n'aurai plus rien à désirer si j'en recueille le flatteur avantage de mériter l'esiime et les bontés de V. M. J'y pourrai compter si elle les accorde au désir de lui plaire , ainsi qu'au profond respect et à l'admiration la plus vraie pour les grandes qualités que V. M. montre à l'Europe.

Discours du baron de Breteuil, ambassadeur de France, adressé à i' impératrice-reine Marie-Thérèse. (1775.)

Madame, le roi, en me faisant l'honneur de me charger des plus grands intérêts auprès de V. M., m'a particulièrement recommandé de vous renouveler les protestations les plus sincères sur son attachement à voire alliance, et de ne négliger aucun moyen de vous convaincre de sa constante amitié. S. M. jouit, Madame, de la manière la |)lus sensible pour son cœur et pour son esprit, du rare avantage de trouver dans l'union des principes les plus solides de sa monarchie et des plus tendres sentiments de son âme la source du repos qu'elle veut procurer à ses peuples et celle de son bonheur personnel. Je serai. Madame, le plus heureux de tous les hommes si pendant le cours de mon ministère je puis contribuer, par mes soins et par la bonne foi de mes démarches, à resserrer de plus en plus les liens de l'intérêt commun et si vrai des deux monarchies. Je trouverai avec joie , iMadame , dans l'exercice et l'application de ce devoir journalier l'accomplissement de tous les vœux de mon ambition , et l'expression de mon admiration respectueuse pour les augustes princesses ([ue

j'ai eu l'avanlage d'admirer de près , que V. M. a douées de toutes ses vertus , qui répandent comme elle le bonheur sur des populations entières , et qui ont daigné m'honorer d'une protection particulière.

Discours de l' ambassadeur d'Angleterre, envoyé auprès des Etats-Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas pour leur demander l'exécution des derniers traités, conclus avec ia république hatave.

Le roi mon maître, Hauts et Puissants Seigneurs, étroitement uni comme il l'est avec votre république , par les liens les plus forts de l'amitié et de l'intérêt mutuel, cherche dans celte circonstance délicate h vous donner les marques les plus convaincantes de sa parfaite amitié et de son entière confiance. C'est à celte fin que S. M. m'envoie auprès de vous en qualité de son ambassadeur extraordinaire, avec plein-pouvoir de concerter et de prendre avec VV. HH. PP. les mesures £onvenables pour mainienir l'indépendance de ses royaumes et des États de VV. H H. PP. Toute l'Europe est instruite des généreux efforis qu'ont faits vos ancêtres pour recouvrer leur liberté et pour défendre leur religion. Toute l'Europe encore est témoin des grandes actions que votre république a faites de nos jours pour le maintien de la liberté de l'Europe. Ces actions éclatantes ne permettent point au roi de douter un moment de la magnanimité et de la sagesse de votre république. Dans cetle entière persuasion, le roi s'adresse à VV. HH. PP. en les assurant de son amitié et de sa confiance parfaite. S. M. me charge encore de leur offrir un secours puissant pour seconder les mesures qu'elles seraient disposées à prendre conjointement avec lui.

Discours du citoyen Verninac, ministre de la République française près ta Porte Ottomane, prononcé dans V audience publique du grand-vizir. (1795.)

La Sublime Porte , fidèle au principe sacré de l'indépendance

(les nations, et non moins fidèle à l'antique amitié qui unit la France à l'empire ottoman, dans ces circonstances difficiles où tant de nations ont dévié de la route de leurs véritables intérêts , a respecté l'exercice de nos droits et n'a pas pris les armes pour s'opposer à l'établissement de notre république.

Que Votre Excellence reçoive donc le tribut d'hommages dû à la haute sagesse d'une conduite si recommandable , et qu'elle le reçoive par l'organe d'un citoyen de celte république , qui est le premier envoyé de ses fondateurs qui fasse entendre sa voix amicale et sincère dans cette enceinte.

L'histoire conservera ce titre de gloire de la Sublime Porte lorsqu'elle retracera avec les plus vives couleurs cette époque mémorable où le peuple français , forcé d'unir au droit de sa cause le droit de l'épée et de la victoire , a donné au monde l'exemple le plus brillant dont aucune portion du genre humain ait jamais pu s'honorer jusqu'ici.

Les principes qui ont dirigé les résolutions de la Sublime Porte dans ces temps critiques m'ont été un motif d'encouragement et une garantie de succès, lorsque j'ai reçu des représentants du peuple français la mission de raffermir, entre la France et l'empire ottoman , les bases de la paix, de resserrer de plus en plus les liens de l'amitié et d'accroître les rapports d'un avantage commun.

J'ai trouvé aussi de grands motifs d'espérance dans la nature des choses, les deux nations ayant de fortes raisons de s'aimer et ne connaissant aucun motif de haine ni de jalousie; j'en ai trouvé enfin dans la sagesse et les lumières qui distinguent le dépositaire suprême de l'autorité de Sa Hautesse.

Tout me porle donc à croire qu'en récompense de notre respect pour les droits et les intérêts de la Sublime Porle je trouverai dans ce haut fonctionnaire, pendant tout le cours de ma mission, les égards dus à la dignité de la république française, l'exécution amicale des traités et capitulations qui unissent les nations, et une constante bienveillance envers les Français qui sont occupés, dans les diverses parties de cet empire, du soin doublement avantageux de mettre en valeur les productions du sol ottoman et de l'enrichir des uiilos inventions de l'indiisirie et des arts de la France.

Réponse du grand-vizir.

Les senlimenls d'affection qui ont toujours animé la Sublime Porte en faveur de la nation française n'ont jamais souffert la moindre altération; de plus, la Sublime Porte a toujours été fidèle aux droits de l'amitié et aux liens qui existent entre les deux puissances. Elle n'a cessé d'être très-attentive à tout ce qui peut intéresser la sécurité et le bonheur des Français établis dans l'empire ottoman. Les droits de l'amitié seront également observés avec la même attention à l'avenir, ainsi que les termes des traités.

Telle est la volonté souveraine de Sa Hautesse , le très-majestueux, le très-magnanime et le très-puissant empereur, notre bienfaiteur, seigneur et maître.

Nous, de notre côté, nous remplirons nos devoirs à cet égard avec l'attention la plus constante.

Nous voyons au surplus avec la plus grande satisfaction que le citoyen Envoyé, notre ami, homme de réputation par ses estimables qualités, soit destiné parla république française, notre amie, à résider auprès de la Sublime Porte.

Discours -prononcé par ie haron de Staiil-Hotstcin, ambassadeur extraordinaire du roi de Suède près la république française , dans ie sein de la Convention. (1795.)

Citoyens représentants du peuple français, l'alliance des rois de Suède avec la France , consacrée depuis longtemps dans les traités, dans les annales de l'histoire, et plus encore par cette analogie de caractère si remarquable entre les deux peuples , n'a point souffert du choc politique dont l'Europe est ébranlée. Le système suivi par le gouvernement suédois, le traité de neutralité armé conclu entre les rois de Suède et de Danemark sont pour la république française une preuve des senlimenls dont S. 3L le roi de Suède vous assure aujourd'hui par mon organe. Je viens en

son nom , au .sein de la représentation nationale de France , rendre un hommage éclatant aux droits naturels et imprescriptibles des nations. Ne doutez point que les Suédois, qu'on a souvent appelés les Français du nord , ne continuent de former un peuple de frères avec les Français du midi. Il est doux pour moi, citoyens représentants, d'avoir à entretenir, à fortifier cette union par la franchise et la loyauté dont nous nous donnerons respectivement des preuves. Puisse la paix, source de la véritable prospérité des empires , couronner bientôt les glorieux succès de la France ! Puissent tous les gouvernements, quels qu'ils soient , se respecter mutuellement, ne rivaliser qu'en justice, en sagesse, en générosité! Puissent enfin les Français, ce peuple brillant , intrépide, audessus désormais des passions réprouvées par la morale et par la philosophie politique , offrir au genre humain le spectacle nouveau de la puissance réunie à la vertu !

Discours du président du Directoire exécutif, Barras , en réponse au discours de congé de M. de Monroë, ministre des États-Unis d' Amérique près la république française.

Monsieur le ministre plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique, en présentant aujourd'hui au Directoire exécutif vos lettres de rappel, vous donnez à l'Europe un spectacle bien étrange.

La France , riche de sa liberté, entourée du cortège de ses victoires , forte de l'estime de ses alliés , ne s'abaissera pas à calculer les suites de la condescendance du gouvernement américain pour les suggestions de ses anciens tyrans. La république française espère au surplus que les successeurs de Raleigh et de Penn , toujours ûers de leur liberté , n'oublieront jamais qu'ils la doivent à la France. Ils pèseront dans leur sagesse la magnanime bienveillance du peuple français avec les astucieuses caresses de quelques perfides qui méditent de le ramener à son antique esclavage. Assurez, monsieur le ministre, le bon peuple américain que comme lui nous adorons la liberté; que toujours il aura notre estime,.

DISCOURS D'AUDI KNCE. 216

et qu'il Irouvcra dans le peuple français la sénérosilé républicaine qui saii accorder In paix comme elle sait faire respecter sa souveraineté.

Quant à vous, monsieur le ministre plénipotentiaire, vous avez combattu pour les vrais inlérêts de votre patrie ; partez avec nos regrets. Nous rendons en vous un représentant à l'Amérique, et nous retenons le souvenir du citoyen dont les qualités personnelles honoraient ce litre.

Discours prononcés par te prince de Neuchâtel, ambassadeur extraordinaire de l'empereur Napoléon, envoyé à la cour de Vienne pour la demande en mariage de V archiduchesse Marie-Louise d' Autriche. (1810.) .

Discours adressé à l'empereur d'Autriche.

Sire , je viens , au nom de Ferapereur mon maître , vous demander la main de l'archiduchesse Marie-Louise , votre illustre fille.

Les éminenies qualités qui distinguent cette princesse ont assigné sa place sur un grand trône ; elle y fera le bonheur d'un grand peuple et celui d'un grand homme.

La politique de mon souverain s'est trouvée d'accord avec les vœux de son cœur.

Celte union de deux puissantes familles, Sire , donnera à deux nations généreuses de nouvelles assurances de tranquillité et de bonheur.

Béponse de l'empereur.

Je regarde la demande en mariage de ma fille comme un gage que j'apprécie des sentiments de l'empereur des Français.

Mes vœux pour le bonheur des deux futurs époux ne sauraient être exprimés avec trop de vérité; ce bonheur sera le mien.

Je trouverai dans l'amitié du prince que vous représentez de précieux motifs de consolation de la séparation de mon enfant

216 CHAP m. DISCOURS D'AUDIENCE.

chéri ; nos peuples y voient le gage assuré de leur bien-êlre mutuel.

J'accorde la main de ma fille à l'empereur des Français.

Discours adresse à V impératrice d'Autriche.

Madame , l'empereur mon maître m'a spécialement chargé de témoigner à V. JM. I. tous les sentiments dont il est pénétré pour elle.

Il sentira bientôt les obligations qu'il vous a pour les bons exemples et les soins qu'a reçus de vous l'archiduchesse Marie- Louise.

Cette princesse ne pouvait apprendre d'un meilleur modèle à concilier la majesté du irône avec l'amabilité et les grâces, qualités que V. M. I. possède à un si haut degré.

Réponse de {'impératrice.

C'est dans ce moment si intéressant pour mon cœur, oîijefixe à jamais la destinée de ma fille chérie , que je suis enchantée de recevoir de V. A. S. l'assurance des sentiments de S. M. l'empereur et roi : habituée en toute occasion à conformer mes vœux et mes idées à ceux de S. M. -l'empereur mon bien-aimé époux, je me réunis à lui dans sa confiance à atteindre le but qu'il se promet d'une si heureuse union, ainsi que dans les vœux ardents qu'il forme pour le bonheur futur et inaltérable de notre trèschère fille, lequel dépendra désormais uniquement de celui de S. M. l'empereur et roi.

Vivement touchée de l'opinion beaucoup trop favorable que S. M. l'empereur et roi a conçue de moi , je ne saurais ni'attribuer des mérites qui ne sont dus qu'à l'excellent naturel de ma fille chérie et à la douceur de son caractère. Je réponds, pour elle , que son unique désir sera de contribuer au bonheur de S. M. l'empereur et roi et de se concilier à la fois l'amour et rcsiime de la nation française.

Discours advessc à l'archiduchesse Marie-Louise.

Madame, vos augustes parents ont rempli les vœux de l'empereur mon maître. Des considérations politiques peuvent avoir influé sur la détermination de nos deux souverains ; mais la première considération est celle de votre bonheur; c'est surtout de votre cœur, Madame, que l'empereur mon maître veut vous obtenir.

Il sera beau de voir unis, sur un grand trône , au génie de la puissance les attraits et les grâces qui la font chérir.

Ce jour, Madame, sera heureux pour l'empereur mon maître si V. A. I. m'ordonne de lui dire qu'elle partage les espérances , les vœux et les sentiments de son cœur.

Réponse de l'archiduchesse Marie-Louise.

La volonté de mon père a constamment été la mienne ; mon bonheur sera toujours le sien. C'est dans ces principes que S. M. l'empereur Napoléon peut trouver le gage des sentiments que je vouerai à mon époux ; heureuse si je puis contribuer à son bonheur et à celui d'une grande nation.

Je donne, avec la permission de mon pèro, mon consentement à mon union avec l'empereur Napoléon.

Discours adressé à Varchiduc Charles.

Monseigneur , l'empereur mon maître , ayant obtenu de l'empereur votre illustre frère la main de l'archiduchesse Marie- Louise , m'a chargé d'exprimer h V. A. L le prix qu'il met à ce qu'elle veuille bien accepter sa procuration pour la cérémonie du mariage.

Si V. A. L y donne son assentiment, j'ai l'honneur de lui présenter la proturaiion de mon maître.

218 CUAP. 111. DISCOURS D'AUDIENCE.

Réponse de V archiduc Charles.

J'accepte avec plaisir, prince, la proposition que S. M. l'empereur des Français veut bien me transmettre par votre organe. Non moins flatté par son choix que pénétré du doux pressentiment que cette alliance effacera jusqu'à l'arrière-pensée des dissensions politiques , réparera les maux de la guerre et préparera un avenir heureux à deux nations qui sont faites pour s'estimer et qui se rendent une justice réciproque , je compte parmi les moments les plus intéressants de ma vie celui où , en signe d'un rapprochement aussi franc que loyal , je présenterai la main à madame l'archiduchesse Marie-Louise, au nom du grand monarque qui vous a délégué; et je vous prie, prince, d'être pour la France entière l'interprète de mes sentiments , en souhaitant ardemment que les vertus de madame l'archiduchesse cimentent à jamais l'amitié de nos souverains et le bonheur de leurs peuples.

Discours de félicitation adressé par te nonce apostolique au roi et à la reine de Bavière, au nom du corps diplomatique, à l'occasion du mariage de ta princesse Amélie - Auguste de Bavière avec le prince Jean de Saxe.

Sire, les mariages des bons princes contribuent au bonheur des peuples et sont un objet de réjouissance pour toutes les puissances. Pénétré de ces sentiments , le corps diplomatique vient réunir ses félicitations à celles de la Bavière, pour l'heureux mariage des augustes enfants de deux rois vrais pères de leurs sujets.

C'est au nonce apostolique qu'il appartient d'appeler la bénédiction du ciel sur les augustes époux , qui par leurs hautes vertus sont l'objet de l'admiration publique et de la tendresse paternelle du suprême pasteur des fidèles.

Discours de féticitation adressô pav le même à ta princesse Amélie- Auguste de Bavière.

Madame , je m'estime bien heureux de pouvoir présenter à V, A. R. l'hommage des vœux sincères que le corps diplomatique forme pour la prospérité d'une princesse vrai modèle des vertus de son auguste mère, et qui, après avoir par les charmes de son caractère et de ses grâces attiré sur elle l'estime et l'amour de la Bavière, va maintenant accomplir en Saxe les hautes destinées que la Providence lui prépare par la solennité de ce jour.

Discours adressé au roi de France par te nonce apostolique, au nom du corps diplomatique , à l'occasion de la m,ort de Louis XVII l et de {'avènement de Charles X

au trône. (182^.)

Sire , c'est dans le silence de' la douleur que les membres du corps diplomatique, fidèles interprètes de leurs maîtres, se présentent devant V. M.

Jamais un roi ne fut plus aimé, jamais un roi n'aura été plus regretté, jamais aussi il n'en fut de plus digne de regrets. Grand dans le malheur, indulgent dans la prospérité, Louis XVIII a fait le bonheur de son peuple, et conquis par sa sagesse éclairée la confiance et l'admiration de l'Europe.

En ce jour d'affliction et de deuil , ce qui porte la consolation dans nos âmes c'est de voir la couronne de saint Louis placée sur la tête d'un prince qui brille par l'éclat et par le cortège heureux de toutes les vertus. Oui, Sire, la religion retrouve en Charles X son ferme appui et le souverain pontife le digne fils aîné de l'Eglise, la France son père bien-aimé, et les souverains de l'Europe l'ami et le garant de la paix , et de cette union salutaire qui affermit les monarchies et assure la prospérité des peuples. Daignez, Sire, agréer les hommages et les vœux du corps diplomatique pour la longue durée et la prospérité d'un règne qui commence sous les auspices les plus heureux.

220 CHAP. m, DISCOURS D'AUDIENCE.

Réponse de Charles X.

Monsieur le nonce , mon cœur est trop attristé pour que je puisse exprimer les sentiments qui le remplissent. Je vous remercie de ceux que vous me témoignez au nom du corps diplomatique. Je n'ai qu'une ambition, messieurs, je demande à Dieu qu'elle soit remplie, et j'espère qu'il me l'accordera : c'est de poursuivre ce que mon noble frère a si bien entrepris : c'est que mon règne ne soit que la continuation du sien, tant pour le bonheur de la France que pour la paix et l'union de toute i'Iùirope. C'est là mon vœu, c'est là ma prière au ciel, et ce sera l'étude de toute ma vie.

Discours d'audience du duc de V iUa-H ermosa , ambassadeur d'Espagne à Lisbonne , adressé au roi de Portugal, (1823.)

Sire, S. M. Catholique, à son retour dans la capitale de ses États, après que les chaînes de sa malheureuse captivité ont été brisées par les efforts des armées françaises et la coopération du ûdèle peuple espagnol, a pensé qu'il devait offrir à V. M. un témoignage public de l'intérêt qu'il prend à la glorieuse réintégration de V. 31. dans ses droits et prérogatives. Mon souverain , uni par les nœuds les plus sacrés à l'auguste maison de Bragance, voyant V. M. environnée de l'amour, du respect et de la soumission de son peuple, jouissant de son autorité légitime, recouvrée pour elle par la fidélité portugaise , se plaît cordialement à témoigner à V. M., par cette ambassade solennelle, le plaisir qu'il prend à féliciter V. M. d'être remontée sur son trône , vu qu'il se glorifie d'être celui de tous les monarques qui prend le plus d'intérêt à la prospérité et au bonheur de V. M. et de sa famille.

Cette lettre , que S. M. Catholique me charge de remettre en vos royales mains, certifiera ce que j'ai dit à V. M. C'est pour moi un vrai plaisir que le roi mon maître, en m'honorant de cette mission extraordinaire, me procure le bonheur d'êlrc pour

la deuxième fois auprès de V. M. l'interprète des sentiments qui animent la cour, et de l'amitié, de l'union et de la parfaite harmonie qui pour leur prospérité mutuelle doivent nécessairement subsister entre les deux puissances péninsulaires.

Réponse du roi.

J'ai entendu avec la plus vive sensibilité l'expression des sentiments d'affection de S. M. Catholique pour ma personne et ma famille. Je me réjouis avec le roi mon beau-frère et mon gendre des événements récents qui , par de généreux efforts et avec la bénédiction divine , ont délivré les deux États de la Péninsule d'une désastreuse influence , et y ont rétabli l'ordre et la légitimité.

Je reçois avec plaisir la lettre que vous me remettez , et dans laquelle je trouve avec joie les assurances de l'amitié et de l'harmonie qui doivent assurer la prospérité et le bonheur des deux nations.

Il m'est agréable que V. Exe' ait été choisie par votre auguste maître pour celte mission solennelle, votre personne et votre caractère m'étant déjà bien connus.

Discours d'audience du Chargé d'affaires de Russie, adressé â l'infant doin Miguel de Portugal. (1823.)

Sérénissime seigneur, chargé par S. M. l'empereur mon maître de l'honorable mission de féliciter en son nom V. A. R. , je ne pourrais la remplir plus dignement qu'en rapportant les expressions mêmes contenues dans la dépêche transmise par ma cour, qui me charge de ce devoir si flatteur.

« Ne manquez pas, dit la dépêche, d'exprimer à S. A. R. l'infant dom Miguel les sentiments qu'ont inspirés à l'empereur sa résolution généreuse, sa noble vaillance et le respect filial avec lequel il déposa aux pieds du monarque l'hommage des services qu'il venait de lui rendre, en offrant à S. M. tout ce qui serait désormais on son pouvoir pour le service du trône. Il est

$jj CIIAP. III. DISCOURS D'AUDIENCE.

des actions qui portent avec elles leur récompense ; la plus éclatanle que puisse recevoir le sérénissime infant c'est la gloire d'avoir sauvé son roi, son père , sa patrie. »

Que V. A. R. daigne me permettre de saisir celte heureuse circonstance pour lui exprimer les sentiments de mon profond respect.

Discours d'audience de .1/. Ilyde de Neuviite, amhassadeur de Fronce à Lisbonne, adressé au roi de Portugal.

Sire , mon souverain éprouve la joie la plus vive en apprenant le grand et heureux événement qui a sauvé le Portugal, et replacé dans les mains paternelles de V. >1. un pouvoir dont vous avez toujours usé pour le bonheur de vos sujets, pouvoir dont l'exercice légitime ne constitue pas seulement la force et la dignité du trône , mais encore la garantie la plus sûre des véritables libertés des sujets, et sans lequel les rois ne sauraient remplir les obligations que Dieu leur a imposées. Dans cette restauration éternellement mémorable le roi mon maître a admiré avec toute l'Europe la profonde sagesse du monarque, la grandeur d'âme de la famille royale , et la magnanime conduite du peuple et de l'armée.

La Providence, Sire, blesse les cœurs des souverains connue ceux des autres hommes; elle les soumet souvent à des épreuves pénibles, mais nous la voyons aussi consoler les bons rois, les récompenser et les bénir dans leurs fils, en confondant l'anarchie et en relevant par leur bras puissant les trônes légitimes. Ce fut la volonté de la justice divine qu'un prince si longtemps modèle de la piété filiale, qu'un roi le père et l'ami de ses peuples, zélé défenseur de la religion et des bonnes mœurs , se vît dans les jours de l'affliction comme dans ceux de la puissance environné d'amour et de respect , défendu à son tour par la religion , dont les ministres, participant à ses nobles infortunes , donnaient le premier exemple de la fidélité et le premier signal du devoir. Il était dans les décrets du ciel qu'un monarque

sî agréable h Dieu trouvât dans sa propre famille l'épée du Seigneur, le royal vengeur de ses droits légitimes.

Sire , le roi mon maître , heureux et fier lui-même de son propre fils, félicite V. IM. d'avoir donné naissance à un prince qui à l'âge où d'autres hommes entrent dans la carrière de la gloire s'est si noblement placé au rang des héros.

Sire , le roi mon maître m'a chargé de remettre en vos augustes mains cette lettre par laquelle il annonce à V. M. qu'il vous a conféré les ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit.

L'ordre du Saint-Esprit , déjà si illustre parmi ceux de la chrétienté , acquerra une nouvelle splendeur par la réception au nombre de ses chevaliers du chef auguste de la maison de Bragance et de son illustre fils.

Sire, mon souverain, en daignant me choisir pour être auprès de V. iM. l'organe de ses sentiments d'estime profonde et d'attachement inaltérable, a récompensé d'une manière flatteuse et honorable mon ancienne fidélité à la cause des Bourbons, qui est la cause delà France. Il ne me reste, Sire, qu'un seul souhait à former, c'est que pendant ma mission je puisse gagner les bonnes grâces de Votre Majesté.

Daignez, Sire, recevoir gracieusement l'hommage de mon profond respect.

Réponse du roi.

Je reçois avec la plus vive satisfaction la lettre que vous me présentez de la part de S. M. T. C. J'ai désiré célébrer par des solennités publiques et extraordinaires le jour de votre présentation à ma cour, afin de donner un témoignage évident de la valeur que je mets aux relations intimes du sang et de l'amitié qui ont toujours uni ma famille et la maison royale de France. Ces mêmes sentiments sans doute sont restés en pleine force dans le cœur du roi de France comme dans le mien , quoique les circonstances aient causé une interruption temporaire dans les relations diplomatiques entre nos deux royaumes. Grâce à la divine Providence, qui me garda au milieu de tant de difficultés, et qui m'inspira et me protégea aussi bien que ma famille, grâce aux sentiments de

224 CHAP. 111. DISCOURS D aUDILNCE.

religion , d'honneur et de fidélité toujours gravés dans le cœur de mon peuple chéri , je suis maintenant dans la situation heureuse de pouvoir renouer avec S. W. T. C. les relations intimes qui doivent toujours nous unir. Je reçois avec un extrême plaisir les ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit que S. M. T. C. me confère , puisque je vois dans celte offre une nouvelle preuve d'une amitié que je désire spécialement consolider dans un moment où l'union cordiale et tutélaire des souverains est si opporlunément établie pour prévenir la ruine des peuples el la désorganisation des États.

J'assure Votre Exe. que votre auguste maître ne pouvait pas choisir pour le représenter à ma cour une personne qui me fût plus agréable qu'un serviteur aussi distingué que vous l'êtes par votre fidélité à la cause de votre souverain.

Discours adressé au conclave par i' ambassadeur d'Espag?ie accrédité près te Saint-Siège. (1829.)

Excellentissimes et révérendissimes seigneurs, j'ai l'honneur de présenter à Vos Ém. les lettres de créance d'ambassadeur extraordinaire du roi mon auguste souverain auprès du sacré collège réuni en conclave , et la lettre par laquelle S. M. répond à la nouvelle de la perte inattendue du Saint-Père Léon XII , de pieuse mémoire. S. M., pour me donner cette nouvelle preuve de sa royale confiance , a eu égard moins encore à mon zèle pour son service qu'au rare privilège que j'ai eu de résider auprès de trois souverains pontifes, comme ministre et comme ambassadeur, et au bonheur d'avoir pu adoucir la dure captivité de Pie VI et rendre quelques services politiques à Pie VII , pontifes , tous deux, d'honorée et d'immortelle mémoire. S. M. me charge de parler au sacré collège de la vive douleur qui pénétra son âme royale quand elle reçut la funeste nouvelle de la mort du père commun des fidèles.

Mais la lettre de S. M. l'exprime avec plus de force et de dignité que je ne pourrais le faire. S. M., qui si elle n'avait pas

comme attribut de sa couronne le litre de roi catholique l'aurait acquis par son zèle et ses vertus , vénérait le souverain pontife comme le chef visii)Ie de l'Église, et entretenait avec Sa Sainteté une affectueuse correspondance dans laquelle elle trouvait la consolation et les conseils dont les souverains ont un si grand besoin à l'époque présente. Heureusement la nation magnanime confiée par la Providence au gouvernement de S. M. Catholique est, comme elle l'a été dans tous les âges, ferme et invariable dans sa loyauté, et aussi prodigue de la vie pour maintenir intacte la sainte religion qu'elle professe que pour défendre les droits de son roi, ou augmenter le riche trésor de gloire dont elle a hérité de ses ancêtres. Au milieu de son affliction , S. M. C. tourne ses regards vers la capitale du monde chrétien , et voit dans le sénat des princes de l'Église le prompt remède de la calamité dont souffre l'Église. Vos Érainences ne tarderont certainement pas à la réparer, en nommant un pontife qui joigne aux vertus du suprême pasteur les qualités d'un souverain qui dans le gouvernement de ses États puisse servir de modèle aux autres souverains, et qui, facile à céder ce qu'il est possible de céder, oppose en même temps avec sa fermeté évangélique une digue insurmontable au torrent des mauvaises doctrines qui sous le faux nom d'idées généreuses sapent dans leurs fondements les trônes de l'Europe , pour les précipiter avec les nations dans l'ignominie et dans le sang, où périt une autre pariie du monde, heureuse tant qu'elle conserva pures la religion et la fidélité, qui sont un produit naturel du sol espagnol , et qui seules pourront sauver ces régions de l'abîme de révolutions continuelles.

Discours de M. de Château6riand, ambassadeur de France près ieSàint-Siége, adressé au conclave. (1829. )

Éminentissimes seigneurs, la réponse de S. M. ï. C. à la lettre que lui avait adressée le sacré collège vous exprime , avec la noblesse qui appartient au fils aîné de l'Église , la douleur que Charles X a ressentie en apprenant la mort du père des fidèles ,

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