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tement un ternie à l'agitation qui en est résultée dans la Péninsule, la plus sérieuse sollicitude de M. le prince de Metternich. C'est au nom de l'intérêt commun de l'Europe chrétienne et civilisée que , dans cette circonstance , nous faisons appel à toute l'élévation de son esprit, à toute la prévoyance de son expérience, et nous craindrions d'affaiblir et de dénaturer notre langage en y mêlant en ce moment d'autres considérations.
Je vous invite, monsieur, à donner communication de celte dépêche à M. le chancelier d'État, et h me faire part immédiatement des explications qu'il croira devoir vous donner.
Lettre [circulaire) de M. Guizot aux principaux représentants du roi dans ies cours étrangères.
Paris, e 17 septembre 1847.
Monsieur,
Une fermentation grave éclate et se propage en Italie. Il importe que les vues qui dirigent dans cette circonstance la politique du gouvernement du roi vous soient bien connues et règlent votre attitude et votre langage.
Le maintien de la paix et le respect des traités sont toujours les bases de cette politique. Nous les regardons comme également essentiels au bonheur des peuples et à la sécurité des gouvernements, aux intérêts moraux et aux intérêts matériels des sociétés, aux progrès de la civilisation et à la stabilité de l'ordre européen. Nous nous sommes conduits d'après ces principes dans les affaires de notre pays. Nous y serons fidèles dans les questions qui touchent à des pays étrangers.
L'indépendance des États et de leurs gouvernements a pour nous la même importance et est l'objet d'un égal respect. C'est la base fondamentale du droit international que chaque État règle par lui-même et comme il l'entend ses lois et ses affaires intérieures. Ce droit est la garantie de l'existence des États faibles, de l'équilibre et de la paix entre les grands États. En le respectant nous-mêmes nous sommes fondés à demander qu'il soit respecté de tous.
Pour la valeur iniriusèque comme pour le succès durable des réformes nécessaires dans l'intérieur des Élals il imporle, aujourd'hui plus que jamais, qu'elles s'accomplissent régulièrement, progressivement, de concert entre les gouvernements et les peuples, par leur action commune et mesurée, et non par l'explosion d'une force unique et déréglée. C'est en ce sens que seront toujours dirigés nos conseils et nos efforts.
Ce qui s'est passé jusqu'ici dans les États romains prouve que là aussi les principes que je viens de rappeler sont reconnus et mis en pratique. C'est en se pressant autour de son souverain, en évitant toute précipitation désordonnée, tout mouvement tumultueux, que la population romaine travaille h s'assurer les réformes dont elle a besoin. Les hommes considérables et éclairés qui vivent au sein de cette population s'appliquent à la diriger vers son but par les voies de l'ordre et par l'action du gouvernement.
Le pape, de son côté , dans la grande œuvre de réforme intérieure qu'il a entreprise, déploie "Un profond sentiment de !-a dignité comme chef de l'église, de ses droits comme souverain , et se montre également décidé à les maintenir au dedans et au dehors de ses États. Nous avons la confiance qu'il rencontrera, auprès de tous les gouvernements européens, le respect el l'appui qui lui sont dus; et le gouvernement du roi, pour son compte, s'empressera , en toute occasion , de le seconder, selon le mode el dans la mesure qui s'accorderont avec les convenances dont le pape lui-même est le meilleur juge.
Les exemples si augustes du pape, la conduite si intelligente de sessujets exerceront sans doute en Italie, sur les princes et sur les peuples, une salutaire influence, et contribueront puissamment à contenir dans les limites du droit incontestable et du succès possible le mouvement qui s'y manifeste. C'est le seul moyen d'en assurer les bons résultais et de prévenir de grands nKilheurs et d'amèri.'S déceptions. La politique du gouvernement du roi a-^ira constamment et parlont dans ce même dessein.
Vous pouvez donner à M.... conmiunicaiion de celte dépêche.
M. Guizot au haron de Bourg oing, Chargé d'affaires de France à Turin.
Paris, le 18 septembre 1847.
Monsieur,
Je vous adresse une dépêche qui résume la politique du gouvernement du roi en présence des événements qui se passent en Italie. J'y joins ici copie de quatre dépêches adressées , deux à M. le comte Rossi , une à M. le comte de La Rochefoucault , et une à M. le comte de Marescalchi. Vous n'avez point à les communiquer officiellement in extenso à M. de La Marguerite. Mais vous en ferez usage dans la conversation pour faire bien connaître et apprécier notre politique , et vous pourrez même , si vous le jugez convenable, en lire officieusement , dans ce dessein , quelques fragments. Je m'en rapporte, sur la mesure et sur le choix, à votre discernement.
Je vous sais gré de la franchise avec laquelle vous m'avez rendu compte des impressions qui se manifestent autour de vous sur notre attitude en Italie. Je m'étonne peu de ces impressions. Les populations italiennes rêvent pour leur patrie des changements qui ne pourraient s'accomplir que par le remaniement territorial et le bouleversement de l'ordre européen, c'est-à-dire par la guerre et les révolutions. Les hommes même modérés n'osent pas combattre ces idées , tout en les regardant comme impraticables , et peut-être les caressent eux-mêmes au fond de leur cœur avec une complaisance que leur raison désavoue , mais ne supprime pas. Plus d'une fois déjà l'Italie a compromis ses plus importants intérêts , même ses intérêts de progrès et de liberté , en plaçant ainsi ses espérances dans une conflagration européenne. Elle les compromettrait encore gravement en rentrant dans cette voie.
Le gouvernement du roi se croirait coupable si , par ses démarches ou par ses paroles, il poussait l'Italie sur une telle pente, et il se fait un devoir de dire clairement aux peuples comme aux gouvernements italiens ce qu'il regarde pour eux comme utile ou dangereux, possible ou chimérique. C'est là ce qui détermine
et la réserve de son langage et le silence qu'il garde quelquefois. Appliquez-vous, monsieur, à éclairer sur ces vrais motifs de notre conduite tous ceux qui peuvent les méconnaître, et si vous ne réussissez pas à dissiper complètement une humeur qui prend sa source dans des illusions que nous ne voulons pas avoir le tort de flatter, puisque nous ne saurions nous y associer, ne leur laissez du moins aucun doute sur la sincérité et l'activité de notre politique dans la cause de l'indépendance des États italiens et des réformes régulières qui doivent assurer leurs progrès intérieurs sans compromettre leur sécurité.
M. Guizot au comte Rossi. {Particuiîère.)
Paris, le 27 décembre 1847.
Notre politique envers Rome et l'Italie , quelques efforts que fassent nos ennemis de tout genre et de tout lieu pour la représenter faussement , est si simple, si nette, qu'il est impossible qu'on la méconnaisse longtemps. Que veut le pape ? faire dans ses Étals les réformes qu'il juge nécessaires. Il le veut pour bien vivre avec ses sujets , en faisant cesser, par des satisfactions légitimes, la fermentation qui les travaille, et pour faire reprendre à l'Église , à la religion , dans nos sociétés modernes , dans le monde actuel , la place , l'importance , l'influence qui leur conviennent.
Nous approuvons l'un et l'autre dessein. Nous les croyons bons l'un et l'autre pour la France comme pour l'Italie , pour le roi à Paris comme pour le pape à Rome. Nous voulons soutenir et seconder le pape dans leur accomplissement. Quels sont les obstacles , les dangers qu'il rencontre ? le danger stationnaire et le danger révolutionnaire. Il y a , chez lui et en Europe , des gens qui veulent qu'il ne fasse rien , qu'il laisse toutes choses absolument comme elles sont. Il y a, chez lui et en Europe, des gens qui veulent qu'il bouleverse tout, qu'il remette toutes choses en question, au risque de se remettre en question lui-même, comme le souhaitent au fond ceux qui le poussent dans ce sens. Nous
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vouions, nous, aider le pape à so défendre, et, au besoin , le défendre nous-mêmes de ce double danger. Nous ne sommes pas du loui stationnaircs et pas du tout révolutionnaires, pas plus potir Rome que pour la France. Nous savons, par notre propre cxpérieuce, qu'il y a des besoins sociaux qu'il faut satisfaire, des progrès qu'il faut accomplir , et que le premier intérêt des gouvernements c'est de vivre en harmonie et en bonne intelligence avec leur peuple et avec leur temps. Nous savons, par notre propre expérience , que l'esprit révolutionnaire est ennemi de tous les gouvernements, des modérés comme des absolus, de ceux qui font des progrès comme de ceux qui les repoussent tous , et que le premier intérêt d'un gouvernement sensé et qui veut vivre c'est de résister à l'e-sprit révolutionnaire. C'est là la politique du juste milieu , la politique du bon sens , que nous pratiquons pour notre propre compte, et que nous conseillons au pape, qui en a tout autant besoin que nous. Et non-seulement nous la lui conseillons , mais nous sommes décidés et prêts à l'y aider, sans hésitation aussi bien que sans bruit , comme il convient à lui et à nous, c'est-à-dire à des gouvernements réguliers qui veulent marcher à leur but, et non pas courir les aventures.
Voilà pour le fait général ; je viens aux faits particuliers et aux noms propres. On dit que nous nous entendons avec l'Autriche, que le pape ne peut pas compter sur nous dans ses rapports avec l'Autriche. iMeusouge que tout cela, mensonge intéressé et calculé du parti stationnaire, qui veut nous décrier parce que nous ne lui appartenons nullement, et du parti révolutionnaire, qui nous attaque partout parce que nous lui résistons efficacement.
Nous sommes eu paix et en bonnes relations avec l'Autriche, et nous désirons y rester, parce que les mauvaises relations et la guerre avec l'Aulriche, c'est la guerre générale et la révolution en Europe.
Nous croyons que le pape aussi à un grand intérêt à vivre en paix et en bonnes relations avec l'Autriche, parce que c'est une grande puissance cathoUque en Europe et une grande puissance en Italie. La guerre avec l'Autriche , c'est l'afTaiblissement du catholicisme et le bouleversement de l'Italie. Le pape ne peut pas en vouloir.
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Nous savons que probableiuent ce que le pape veut et a besoin d'accomplir , les réformes dans ses États , les réformes analogues dans les autres Étals italiens , tout cela ne plaît guère à l'Autriche, pas plus que ne lui a plu notre révolution de juillet, quelque légitime qu'elle fût, et que ne lui plaît notre gouvernement constitutionnel , quelque conservateur qu'il soit. Mais nous savons aussi que les gouvernements sensés ne règlent pas leur con'Iuile scion leurs goûts ou leurs déplaisirs.
Nous avons reconnu par nous-mêmes que le gouvernement autrichien est un gouvernement sensé, capable de se conduire avec modération et d'accepter la nécessité. Nous croyons qu'il peut respecter l'indépendance des souverains italiens, même quand ils font chez eux des réformes qui ne lui plaisent pas , et écarter toute idée d'intervention dans leurs États. C'est en ce sens que nous agissons à Vienne. Si nous réussissons , cela doit convenir au pape aussi bien qu'à nous. Si nous ne réussissions pas , si la folie du parti stationnaire, ou celle du parti révolutionnaire, ou toutes les deux ensemble, ameuaieut une intervention étrangère, voici ce que, dès aujourd'hui, je puis vous dire : Ne laissez au pape aucun doute qu'en pareil cas nous le soutiendrions efficacement, lui, son gouvernement et sa souveraineté, son indépendance , sa dignité.
On ne règle pas d'avance , on ne proclame pas d'avance tout ce qu'on ferait dans des hypothèses qu'on ne saurait connaître d'avance complètement et avec précision ; mais que le pape soit parfaitement certain que s'il s'adressait à nous noire plus ferme et plus actif appui ne lui manquerait pas.
Leprince de Metlernich, chancelier d'Etat d'Autriche, au comte Dietrichstein , ambassadeur de l'empereur à Londres.
Vienne le 2 août 1847.
Monsieur le comte ,
La position des États de l'Italie centrale a dû appeler , sans aucun doute, l'attention de la cour de Londres. Ces États sont en
ce moment en proie h un esprit de bouleversement dont les conséquences ne sont que trop faciles à prévoir. La position géographique de notre empire nous impose le devoir de suivre avec un redoublement d'attention le cours des événements dans ces pays. L'empereur veut exprimer ses senlimenls en celte occasion avec la franchise qui a toujours caractérisé les paroles adressées par lui au gouvernement britannique , et il désire connaître la détermination que ce gouvernement a prise relativement à l'état de choses que S. M. considère comme une base convenable pour l'avenir.
L'Italie est une expression géographique. La péninsule italique est composée d'États souverains réciproquement indépendants. L'existence et les limites territoriales de ces États sont fondées sur des principes de droit public général et garanties par des actes politiques d'une incontestable autorité. L'empereur a résolu , en ce qui le concerne , de respecter ces droits et de contribuer de tout son pouvoir à leur maintien. Vous communiquerez , monsieur le comte, cette dépêche au ministre des affaires étrangères, et vous le prierez d'expliquer les vues du cabinet de Londres relativement à la nature de ces garanties , sous lesquelles les possessions des souverains qui régnent dans l'Italie sont placées.
Vous ajouterez en même temps que l'empereur ne doute point du parfait accord qui doit exister entre ses opinions et celles de S. M. britannique sur ce point.
Vienne, le 2 août 1847.
Monsieur le comte ,
La dépêche qui précède est adressée en même temps aux cours de Paris, de Berlin et de Saint-Pétersbourg. Le sujet n'intéresse pas notre empire seulement, il a l'importance d'une grande question européenne.
L'Italie centrale est livrée à un mouvement révolutionnaire à la tête duquel se trouvent les chefs de ces sectes politiques qui, pendant quelques années , ont menacé les États de la Péninsule. Sous la bannière des réformes administratives auxquelles le sou-
verain pontife a consenti par une bienveillance non douteuse pour son peuple, les factieux ont paralysé l'action régulière du pouvoir, et cherchent à consommer une œuvre qui , pour s'accorder avec leurs vues, ne peut se borner aux États de l'Église ni à aucun des États de la Péninsule. Ces sectes veulent un seul chef politique , ou du moins une fédération d'États placés sous le contrôle d'un pouvoir central suprême. Une monarchie italienne n'entre pas dans leurs plans. Le progrès qu'ils ont en vue est une abstraction de radicalisme utopique.
11 n'y a ni en deçà ni au delà des Alpes un roi possible pour une pareille monarchie. C'est vers la création d'une république fédéra tive, sur le modèle de l'Amérique du iSord ou de la Suisse , que se portent leurs vœux. L'empereur , notre auguste maître , ne veut pas être une puissance italienne ; il se contente d'être le chef de son propre empire. Quelques parties de son empire s'étendent audelà des Alpes ; il désire les conserver ; il ne demande rien de plus ; mais il prétend défendre ce qui lui appartient. Telles sont, monsieur l'ambassadeur , les vues de S. M. L ; elles doivent être partagées par tout gouvernement qui désire maintenir ses droits et remplir ses devoirs. Nous plaçons une grande question politique du jour sur la base la plus large ; nous désirons savoir si les grands gardiens de la paix politique partagent nos vues ; nous ne voulons engager aucune polémique sociale ou gouvernementale ; mais nous parlons de ce qui est également précieux pour les rois et pour les peuples , et doit avant peu décider de la paix de l'Europe. Le sujet est trop grave pour ne pas rendre nécessaire un appel à tous les gouvernements qui ne veulent pas livrer l'avenir aux chances incalculables d'un bouleversement général.
Lord Palmerston , "principal secrétaire d'Etat pour tes affaires étrangères de S. M. Britannique, au vicomte- Ponsonhy , ambassadeur d' Angleterre à Vienne.
Londres, le 25 août 1847.
Mylord , le comte Dietrichstein m'a lu hier deux dépêches qui
lui ont été adressées par le prince de LMelternicb sur les affaires d'Italie.
La première de ces dépèches exprime le désir du gouvernement autrichien de savoir si le gouvernement de la reine reconnaît le principe que l'état de possession établi en Italie par le traité de Vienne doit être maintenu ; elle proclame aussi la détermination de l'empereur d'Autriche de défendre ses territoires d'Italie contre toute attaque.
La seconde dépêche a trait à un projet que le cabinet de Vienne suppose exister de la part de quelques partis en Italie, pour unir la majeure partie de l'Italie en une république fédérale. La dépêche expose en même temps les raisons sociales , politiques et géographiques qui , dans l'opinion du gouvernement autrichien, doivent rendre impraticable une semblable combinaison.
En réponse à la question énoncée dans la première dépêche, je charge V. Exe. d'assurer le prince de Metternich que le gouvernement de la reine est d'avis que les stipulations et les obligations du traité de Vienne doivent être observées en Italie comme dans . toutes les autres parties de l'Europe auxquelles elles s'appliquent, et qu'aucun changement ne peut être convenablement apporté aux arrangements territoriaux établis par ce traité sans l'agrément et le concours de toutes les puissances qui y ont participé.
Le gouvernement de S. M. a eu , il y a peu de temps, l'occasion d'exprimer cette opinion au cabinet de Vienne : il y persiste. Mais le gouvernement de S. M, est heureux de penser qu'il ne paraît pas vraisemblable en ce moment qu'il arrive en Italie des événements auxquels le principe impliqué dans cette opinion serait susceptible d'application pratique. Il n'est pas à la connaissance du gouvernement de la reine qu'aucune puissance ni qu'aucun État européen médite quelque attaque ou quelque invasion des territoires d'un État italien. En conséquence , le gouvernement de la reine , partageant le sentiment légitime du droit de possession qui engage le gouvernement autrichien à proclamer sa détermination de défendre les possessions italiennes de l'empereur, espère cependant et compte qu'il ne se passera aucun événement, quant à présent, de nature à nécessiter l'exécution pratique de cette détermination.
En ce qui touclie la position des affaires in Italie, le gouvernement de la reine désire faire observer qu'outre le droit de légitime défense et de protection directe inhérent à la souveraineté iudépendanle, il existe encore un autre droit, celui qui appartient à toute puissance souveraine, dans tout État, de faire les réformes et améliorations intérieures que celte puissance souveraine peut juger à propos de faire, et qu'elle croit être de nature à contribuer au bien-être de son peuple. Il paraît que certains souverains de l'Italie veulent et prétendent exercer ce droit. Le gouvernement de S. iM. espère que le gouvernement autrichien jugera à propos d'user de la grande influence politique que l'Autriche possède légitimement en Italie , dans le but d'ei.courager et de soutenir ces souverains dans ces louables entreprises.
Le gouvernement de la reine n'a reçu aucun détail touchant l'existence d'aucun plan pareil à celui que le prince de Metternich mentionne dans sa seconde dépêche, comme ayant pour but de réunir les États aujourd'hui séparés de l'Italie en une seule république fédérale. Le gouvernement de. la reine partage entièrement l'opinion de S. A. à cet égard, et il pense, par les mêmes raisons, qu'un tel plan ne pourrait pas être accompli. Mais, d'un autre côté, le gouvernement de la reine a acquis la conviction , par les renseignements qui lui sont parvenus d'une foule de points, qu'un mécontentement profond, développé et bien fondé existe dans une grande partie de l'Italie. Si l'on considère de combien de défauts notoires et de combien d'abus de toute espèce surabondent les systèmes actuels de gouvernement de ces États, et plus particulièrement dans les États romains et dans le royaume de Naples , on ne saurait s'étonner de voir des maux si criants produire le plus fort méconteuteraent.et il est très-possible que des hommes qui sentent pleinement la profondeur des griefs qu'ils subissent aujourd'hui, et dont ils souffrent depuis longues années sans espoir de réparation de la part de leurs gouvernants actuels, soient disposés à adopter un plan, quelque extravagant qu'il soit , dont ils imaginent pouvoir tirer au moins une chance de soulagement.
Cette observation ne s'applique pas dans toute sa force aux États romains, parce que le pape actuel a montré le désir d'adop-
ter un grand nombre de réformes et d'améliorations fort nécessaires, qu'on 1832, l'Autriche, de concert avec l'Angleterre, la France, la Russie et la Prusse, pressaient instamment le feu pape de mettre à exécution. On peut espérer que si le pape est encouragé et assisté par l'Autriche et par les quatre autres puissances dans ses efforts pour faire disparaître les griefs dont se plaignent depuis longtemps ses sujets, le mécontentement excité par ces griefs expirera bientôt. Mais il est d'autres États d'Italie , et plus particulièrement le royaume de Naples, où les réformes et les améliorations sont presque aussi nécessaires que dans les États romains.
Le gouvernement de S. M. espère que , comme il n'est pas de puissance en Europe plus intéressée que l'Autriche à maintenir la tranquillité intérieure de l'Italie , l'influence forte et bien connue de l'Autriche à Naples s'exercera dans un sens salutaire, en encourageant les réformes et les améliorations qui tendront à faire cesser le mécontentement, unique source des dangers qui pourraient, selon toute apparence, menacer cette tranquillité.
V. Exe. lira cette dépêche au prince de Metternich et lui en laissera copie.
Lord Patmerston à tord Ponsonhy.
Londres, le 11 septembre 1847.
Mylord , le cabinet de Vienne ayant récemment adressé une communication au cabinet de Londres dans le but de s'assurer des sentiments et des opinions du gouvernement anglais sur la situation actuelle des affaires en Italie (communication à laquelle a répondu le gouvernement de la reine par l'organe de V. Exe), le gouvernement de la reine est convaincu que le gouvernement autrichien recevra avec un esprit aussi amical que celui qui l'a dictée la nouvelle communication que V. Exe. reçoit ici la mission de faire au prince de Metternich touchant ces affaires.
Mais, au reste, l'ancienne alliance et la confiance depuis longtemps établie qui unissent les gouvernements de l'Angleterre et de l'Autriche feraient, dans tous les cas, un devoir^ au gouvernement de la reine d'exposer franchement , sans réserve , au gou-
veinement autrichien , les vues et les sentiments du gouvernement anglais sur les événements qui arrivent ou qui peuvent arriver en Italie, el qui, à raison de leur portée et de leur importance, doivent cire nécessairement d'un grand intérêt pour l'Europe. Le gouvernement autricbien a récemment demandé et il a reçu l'assentiment du gouvernement anglais au principe que les divers États dont se compose l'Italie ont le droit de maintenir et de défendre leur indépendance , et que celle indépendance doit être respectée et tenue pour inviolable par toutes les autres puissances de l'Europe.
Le gouvernement de la reine, en exprimant son assentiment à cette proposition inconiestable, l'a rapprochée d'une autre proposition qu'on ne saurait dénier non plus, à savoir : que tout souverain indépendant a le droit de faire dans ses États les réformes et les améliorations qu'il peut croire de nature à contribuer au bien-être du peuple qu'il gouverne, et qu'il n'est permis à aucun autre gouvernement de prohiber ou de restreindre cet exercice de l'un des attributs naturels de la souveraineté indépendante ; le gouvernement de la reine est convaincu que le cabinet de Vienne doit être prêt à reconnaître une vérité politique si simple.
Quels que puissent être les rapports qui aient pu parvenir au gouvernement de la reine sur les dernières affaires et les récentes communications diplomatiques en Italie , il est persuadé que le gouvernement autrichien ne saurait avoir en vue ni avoir autorisé aucun acte en opposition avec les principes énoncés plus haut, et que, ni vis-à-vis du roi de Sardaigne ni vis-à-vis du pape, le gouvernement autrichien ne saurait être dans l'intention de convertir des mesures de législation intérieure ou de réforme administrative, que ces souverains pourraient juger à propos d'adopter dans leurs États respectifs , en une occasion d'agression quelconque contre leurs territoires ou leurs droits. Le gouvernement de la reine regretterait vivement qu'il survînt des événements qu'il serait impossible à l'Angleterre de voir d'un œil indifférent.
Les couronnes d'Angleterre et de Sardaigne sont depuis longtemps unies par les hens d'une union Odèle et intime, et l'Angleterre n'oubliera ni ne répudiera jamais les droits fondés sur des bases si honorables. L'intégrité des États romains peut être con-
sidérée comme un élément essentiel de l'indépendance politique de la péninsule italienne. Aucune invasion de ce territoire n'aurait lieu sans amener des conséquences d'une haute gravité et d'une grande importance.
V. Exe. lira cette dépêche au prince de Metternich et lui en donnera copie.
Lettre du comte de Nesselrode, ministre des affaires étrangères de Russie , au haron de Brunoiv, ministre de l'empereur à Londres, touchant ie différend survenu entre les gouvernements de la Grande-Bretagne et de la Grèce. (1850.)
Saint-Pétersbourg, 7/19 février 1850.
V. Exc. se fera difficilement une idée de l'impression profondément pénible qu'ont produite sur l'esprit de l'empereur les actes de violence inattendus auxquels les autorités britanniques viennent de se porter contre la Grèce. A peine les dangers que pouvait entraîner pour la paix la précipitation de l'amiral Parker à entrer dans les Dardanelles sont-ils écartés, que l'apparition de son escadre sur lescôics de la Grèce vient en faire surgir de nouveaux, comme si on prenait à tâche de faire succéder gratuitement en Orient les complications aux complications, comme si le repos de l'Occident n'offrait pas déjà assez de chances périlleuses. En pleine paix, sans qu'aucun indice précurseur des intentions du gouvernement anglais ait été seulement donné, la flotte anglaise vient de se porter à l'improviste en face de la capitale de la Grèce. L'amiral Parker, accueilli amicalement par le roi Oihon , déploie, dès le jour suivant, vis-à-vis de ce souverain une attitude comminatoire : de la veille au lendemain on change eu ultimatum impérieux des réclamations de peu d'importance relative, qui se poursuivaient depuis des années, et dont quelques-unes même se trouvaient déjà en voie d'accommodement. Le ministre d'Angleterre déclare qu'il ne s'agit plus de les discuter, d'en examiner le juste ou l'injuste ,
mais qu'il y faut satisfaire pleinement dans les vingl-qualre heures, et, ces vingt-quatre heures écoulées, le gouvernement grec n'ayant pu se résoudre à plier sous ces conditions humiliantes , le blocus des côtes de la Grèce est établi, et l'on frappe immédiatement de saisie les bâtiments helléniques.
Chacun est juge de sa dignité, et ce n'est pas à nous qu'il appartient de contester au cabinet anglais la manière dont il croit devoir envisager et comprendre la sienne. L'Europe impartiale décidera si les moyens qui viennent d'être pris convenaient à une puissance telle que l'Angleterre vis-à-vis d'un État faible et sans défense. Mais ce que nous sommes fondés à remarquer, et ce dont nous avons le droit de nous plaindre , c'est le manque complet d'égards que ce procédé sommaire accuse envers les deux puissances co-signaiaires du traité constitutif de la Grèce, et qui depuis plus de vingt-trois ans, c'est-à-dire depuis le 6 juillet 1827, se sont constamment trouvées sur les affaires de ce pays en communauté d'intérêts et d'actions avec le cabinet britannique.
Nous n'ignorions certainement pas que l'Angleterre avait des réclamations particulières à faire à la charge du gouvernement hellénique. Il en a été question plus d'une fois entre lord Palmerstou et vous, et nous nous rappelons notamment qu'en 18Zi7, du vivant et sous l'administration de M. Colettis, le cabinet anglais fut un moment sur le point de prendre à ce sujet des mesures contre l'adminisiraiiou de la Grèce, iMais comme depuis cette époque un grand intervalle de temps s'est écoulé sans qu'il nous eu fût parlé , et que nombre d'objets plus importants semblaient appeler ailleurs l'attention de l'Angleterre , nous étions en droit de douter que la solution de cette question pût tout à coup lui paraître si urgente. Si , avant de recourir à VullUna ratio qu'il vient d'adopter, le gouvernement anglais avait bien voulu nous prévenir que sa patience était à bout , si les efforts que nous n'aurions pas manqué de faire à Athènes pour engager les Grecs à s'arranger avec lui étaient demeurés infructueux, ce n'est pas nous, monsieur le baron, qui prétendrions que l'Angleterre dût subordonner éternellement ses prétentions au résultat de nos démarches. Mais le gouvernement anglais n'a pas pris la peine de nous prévenir; pas un mot d'avertissement n'a été donné aux re-
présentants russe ou français à Londres; pas une seule communication n'a été adressée à Saint-Pétersbourg ni à Paris qui laissât même entrevoir d'avance que le gouvernement anglais fût à la veille de se porter contre la Grèce à de pareilles extrémités. La Russie et la France ne les ont apprises que quand le mal a été fait et consommé.
Aux démarches qu'ont faites immédiatement leurs représentants à Athènes pour interposer leurs bons offices en faveur du gouvernement grec, l'Envoyé d'Angleterre a répondu par un refus deux fois répété, ne pouvant admettre, disait-il, l'arbitrage des deux puissances dans une question qui ne les regardait pas. A notre tour, monsieur le baron , nous ne saurions admettre une un de non-recevoir pareille. La Grèce n'est pas un État isolé ne devant son existence qu'à lui seul et ne relevant que de lui-même. La Grèce est un État créé par la Russie et par la France aux mêmes titres et aux mêmes conditions qu'il l'a été par l'Angleterre. Ces trois puissances l'ont fondé en commun , elles ont déterminé en commun ses limites et sa forme de gouvernement, elles ont contracté en commun chacune envers les deux autres l'engagement de respecter son indépendance , de maintenir son intégrité , d'affermir la dynastie qu'elles y ont placée sur le trône ; et dès lors il ne saurait appartenir à l'une d'elles de défaire cette œuvre collective , de blesser cette indépendance , d'attenter à cette intégrité , d'ébranler cette dynastie en l'humiliant aux yeux du monde ; de troubler la tranquillité de ce pays en l'exposant aux tentatives des factieux et peut-être à la guerre civile.
Indépendamment du sentiment de bienveillance qu'elles portent à la Grèce, la Russie et la France ont un intérêt matériel au maintien de son repos. Elles lui ont prêté des fonds dans lesquels elles ont à rentrer tout aussi bien que l'Angleterre, et il ne saurait leur être indifférent de voir leur débiteur entraîné, par l'interdit dont on frapperait sa navigation et son commerce , par les mesures de précaution qu'on l'obligerait de prendre pour sa défense , à des pertes et à des frais qui auraient nécessairement pour effet de le rendre moins capable que jamais de faire honneur à ses obligations pécuniaires. Elles ont donc le droit de s'enquérir pour le moins d'un litige qui peut leur causer de si grands inconvé-
LETTRES DIPLOMATiQlKS. 433
nicnls, et de regarder cette aiïnire, quoi quVn ait pu dire l'Knvoyé britannique, comme n'ciant pas anglaise seulement, mais aussi bien russe et française. Ceci s'applique aux réclamations en faveur des sujets ou protégés anglais que le cabinet de Londres articule à la charge de la Grèce, réclamaiions dont il ne nous a jamais fait connaître que le pur et simple énoncé, qui, à en u^cr par les renseignements plus détnillés que nous avons reçus de la partie adverse, ne paraîiraientpas exemptes d'une certaine exagération , mais dont, en tout cas, le montant ou l'objet ne sont guère en proportion avec la sévérité des moyens employés à les faire valoir. A plus forte raison, il en est de même des deux îlots attenant au continent hellénique que l'Angleterre réclame aujourd'hui comme appartenant aux îles Ioniennes. C'est là une question territoriale sur laquelle la Russie et la France avaient certainement le droit d'être préalablement renseignées. Du moment qu'elles ont réglé , d'accord avec l'Angleterre , la circonscription du territoire de la Grèce, qu'elles lui en ont conféré la possession, il leur est permis de demander h fjuel titre l'Angleterre , après cette délimitation, qui date déjà de dix-huit ans, croit pouvoir aujourd'hui la refaire de sa seule autorité et s'en attribuer une partie, si faible et si minime qu'elle puisse être. Le but des trois puissances signataires de la convention de 1832 a été de faire de la Grèce un royaume indépendant, en lui attribuant des frontières et un littoral suffisants au besoin de sa défense extérieure, et conséquemment c'e!>t un point à examiner à trois, de sa\oir si ce but serait atteint en autorisant l'Angleterre à prendre pied sur les îlots, dont l'un est situé, à ce qu'il paraît, à un huitième de mille seulement du continent hellénique.
Nous nous verrions donc dans le cas de protester solennellement contre la prétention qu'aurait le gouvernement anglais de trancher arbitrairement ce nœud sans l'aveu et la participation des deux cabinets signataires comme lui du traité qui a réglé la circonscription territoriale delà Grèce.
Il y a peu de jours encore, monsieur le baron, que dans une dépêche officielle qui nous était communiquée , lord Palmerston se montrait prodigue envers nous des dispositions les plus satisfaisantes. Le ministre d'Angleterre à cette cour avait ordre de