‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 11 sur 113 · SAR · texte numérisé non relu

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d’une bonne exploitation rurale ; 2° la manière d’entrer en possession d’une ferme comme propriétaire ou comme fermier.

Il y a une foule de circonstances qui peuvent influer sur l'organisation d’une culture. Parmi ces circonstances, nous citerons en premier lieu l'étendue de la terre. Cette étendue ne doit jamais être plus considérable que ne le permet le capital dont on dispose. Vouloir cultiver une grande terre avec des moyens très restreints, c’est se condamner à répandre beaucoup de sueurs sur un sol qui ne rapportera pas en proportion de ce qu’il a reçu. L'homme qui cultive une terre très étendue avec des moyens insuffisants, ne peut pas donner à ses travaux tout le soin qu’ils méritent, et les travaux étant à moitié exécutés, les produits qu’il en retire ne payent pas ses dépenses ; par conséquent, ce cultivateur s’endette au lieu de réaliser des profits. Il est toujours préférable de proportionner l'étendue de terrain à cultiver au capital que l’on possède, parce qu’alors l’exploitation se fera d’une manière convenable. Ainsi on choisira une grande, une moyenne ou une petite ferme, suivant que son capital sera plus ou moins élevé.

On appelle petite ferme une étendue de terrain qui n’est pas assez considérable ou qui n’est pas assez riche pour utiliser tout le matériel d’un attelage complet. Sur cette ferme, un cultivateur, aidé de sa famille seule, exécute tous les travaux de la culture sans le secours d'aucun étranger, ou s’il prend des hommes à gages, ce n’est que pendant les grands travaux de la moisson. Ces sortes de fermes se trouvent généralement dans les localités très peuplées et aux environs des villes. On y cultive tout particulièrement les plantes d’un débit facile et d’une consommation journalière, et l’on donne surtout la préférence aux produits qui se vendent le plus cher.

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La ferme moyenne est celle où l’on se sert d’une charrue, c’est-à-dire où l’on emploie un attelage complet. Ces fermes ont une étendue variable de soixante à quatre-vingt-dix arperts. Ce sont ces sortes de fermes que l’on rencontre le plus souvent au Canada, où le cultivateur, ne pouvant plus suffire à l'exploitation du sol, prend des hommes à son service et consacre une grande partie de son temps à surveiller ses serviteurs. Il n’abandonne pas pour cela complètement le travail, mais il faut qu’il se multiplie pour ainsi dire pour voir si l'ouvrage est bien fait et donner l’exempie à ses employés.

Une grande ferme est celle où l’on fait usage de trois attelages au moins. Alors le propriétaire n’a plus le temps de s'occuper des travaux manuels ; souvent même il ne peut suffire seul à surveiller convenablement son exploitation, et il est forcé de confier une partie de la besogne à des contre-maîtres qui l’aident dans la direction des travaux, mais sur lesqueïs il doit toujours avoir l’œil ouvert.

Les grandes fermes ont cet avantage sur les petites et les moyennes, que la production se maintient toujours à un niveau plus régulier à cause de leur étendue. Leur composition offre des variations considérables, et l'influence des saisons s’y fait pour ainsi dire moins sentir, Par exemple, si l’année est pluvieuse, les parties sèches donneront de bons produits ; au contraire, si la saison est sèche, les parties fraiches produiront abondamment. De plus, il est moins difficile sur les grandes fermes d'économiser le temps et de le régulariser. Enfin, c’est encore sur ces fermes que l’on peut entreprendre avec plus d'avantage les grandes améliorations de la culture et du bétail, et ce sont généralement les grandes fermes qui donnent les profits nets les plus considérables ; mais aussi demandent-elles du propriétaire plus

PQ 7 quo de capitaux, plus de sagesse dans la direction et plus de connaissances approfondies des principes de l'économie rurale. Quand on a à choisir une ferme, il faut le faire avec prudence, non pas se laisser guider par ses goûts ou ses penchants, mais tenir compte de ses capitaux, de ses connaissances et de ses aptitudes.

La première chose qu’on aura à faire en voulant acheter une ferme, ce sera d’en étudier la composition, En général nos terres sont formées de terres arables, de prairies naturelles et de pâturages. C’est là une excellente division, qu’il ne faut pas changer, mais qu'on doit utii-er, au contraire, et d’une manière plus convenable. Jorsqu’on en a la liberté, on doit rechercher dans une ferme toutes les circonstances les plus favorables à l’exploitation ; mais malheureusement toutle monde n’a pas cetteliberté : le plus souvent les cultivateurs ne sont pas indépendants sous le rapport de la fortune ; alors le choix se base sur les moyens pécuniaires dont on dispose. Voici quelques considérations qui peuvent guider sûrement le cultivateur dans le choix qu’il veut faire d’une nouvelle ferme :

D'abord le climat doit être salubre. Tout le monde sait que le travail est la première source de richesse et la première condition pour entreprendre une bonne exploitation rurale, Or, dans les climats insalubles, les forces corporelles et même intellectuelles s’épuisent très vite, et par conséquent le travail devient bientôt nul. Donc, si l’on veut réussir dans une exploitation agricole, il faut rechercher de préférence un climat salubre. Malheureusement les contrées des plus insalubres sont souvent les plus riches ; ceci est vrai, surtout pour les pays chauds et jour les parties les plus fertiles de ces pays.

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On a cherché à connaitre le climat d’une région par les plantes qui y croissent. C’est là une erreur, car les mêmes plantes poussent sous des climats tout à fait différents, Le blé, le seigle, l'orge, l’avoine, le blé d'inde, la laine, la viande, les sucres, les vins, les huiles et les alcools ne sont que des formes variables sous lesquelles apparaissent les produits de l’industrie humaine. Si l'agriculteur ne réussit pas dans une culture, il réussira dans une autre; d’une manière ou d’une autre il arrivera au succès, pourvu qu'il puisse travailler dans la mesure de ses furces. Le travail est donc essentiel à l’industrie agricole, Avant de faire un choix, le cultivateur doit se demander : Quel est le nombre de jours ouvrables dans un pays? quelle est la répartition de ces jours pendant la saison des travaux, c’est-à-dire pen. dant combien de temps le cultivateur peut-il travailler sur sa terre? Ce n’est qu'après avoir connu da réponse à ces deux questions principales, qu’il pourra prendre une sage décision.

On sait que chaque climat a ses avantages et ses inconvénients Dans les climats froids, le temps de la végétation est fort court, et tous les travaux doivent se faire dans une période fort restreinte, Il en est de même pour les climats chauds. Ces deux climats ne sont donc pas très favorables à l’agriculture proprement dite ; mais ils forment d'excellents pâturages.

Sous les climats tempérés, au contraire, tous les travaux agricoles s’exécutent avec une grande facilité, et les plantes végètent avec aisance. C’est dans les pays situés sous ces climats que l’agriculture en général fait le plus de progrès,

En second lieu, on doit prendre en considération les circonstances économiques et commerciales lorsqu'il s’agit de choisir une terre. En conséquence, le voisinage des grands centres de consommation est d’une importance

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majeure en agriculture. En effet, c'est dans ces centres qu'on trouve les débouchés les plus faciles et les prix de vente les plus élevés, comme c'est là aussi qu’on peut se procurer à meilleur marché les instruments aratoires les plus utiles et les plus indispensables dont l’industrie manufacturière ait doté l'art agricole. Un autre avantage qu'offre le voisinage des grands centres, c’est que le cultivateur peut se faire une bonne provision de matières fertilisantes sans qu'il lui en coûte un seul sou; car, en revenant du marché où il a vendu ses produits, 1l emporte ne charge d'engrais excellent que les habitants des villes donnent au premier demandant, dans le seul but de s’en débarrasser, Aussi les terres situées à une courte distance des grands centres de population sont-elles toujours d'un prix très élevé.

En général, au point de vue des facilités commerciales, le cultivateur devrait choisir de préférence une terre située près d’une ville, Mais d’un autre côté, si le voisinage des centres populeux présente de grands avantages, il offre aussi de graves inconvénients : par exemple, la cherté des terres et le prix exorbitant de la main d'œuvre. Pour éviter ces inconvénients, le cultivateur choisira une ferme un peu éloignée des villes, mais à bas prix et qui aura des communications faciles avec les grands centres ou avec les grands marchés, au moyen de bateaux à vapeur ou de voies ferrées. Le transport des produits s'effectuera facilement et économiquement. Une région traversée par une ligne de chemin de fer est une contrée d'avenir, à cause des avantages commerciaux qu’elle offre à ses habitants.

Tout en reconnaissant l’importance des voies rapides de communication, il faut bien se garder de mépriser les localités qui n'en possèdent pas. Là, le cultivateur habile et

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intelligent pourra encore réussir ; car il saura se plier à toutes les circonstances. Si les communications sont lentes et difficiles, il s’occupera de la production des denrées d’un transport facile et qui, sous un petit volume, représentent une grande valeur, comme le sont tous les produits animaux, tels que beurre, fromage, laine, animaux vivants et gras. De la sorte, ce cultivateur réussira tout aussi bien que celui qui réside près des villes, et il obtiendra de ses bestiaux une énorme quantité d'engrais, qui augmentera considérablement la richesse de son domaine.

Une troisième cause qui doit exercer une grande influence dans le choix d’une terre, c’est la qualité du terrain. Ilne faut pas oublier qu’il y a deux sortes de mauvaises terres : les terres appauvries par une culture défectueuse et les terres dont la composition est naturellement mauvaise, I! est donné à peu de personnes d'établir la différence qui existe entre ces deux espèces de terre, comme il y en a bien peu qui savent distinguer entre la fertilité d’un sol produite par des améliorations, et celle qui est naturelle au terrain. Et cependant ces connaissances sont d’une immense utilité.

Une terre qui n’est mauvaise que parce qu’elle a été appauvrie par une culture défectueuse, est réellement une bonne terre, quoique dans son état actuel elle ne produise presque rien ; et une preuve que cette terre est de bonne qualité, c’est que la plus petite quantité de fumier et la moindre amélioration dans les nrocédés culturaux, sont suivis immédiatement d’une forte augmentation dans les produits. Bien souvent l'ignorance nous fait dédaigner les terres couvertes d’une pauvre végétation, et qui, cependant, renferment tous les éléments de la plus ‘:boi?ante production, tandis que nous admirons les té ruin sur lesquels la végétation fait des progrès ranides «t qui toutefois ont

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Son ui demandé de nombreuses améliorations pour devenir propres à la production de nos végétaux ordinaires. Il importe donc d’avoir des idées bien claires à ce sujet, si nous ne voulons pas commettre de graves erreurs dans le choix d’une ferme. Généralement les terres calcaires, ou qui contiennent de la chaux, s’usent vite ; elles procurent, il est vrai, une abondante nourriture aux récoltes, mais, après une seule année de production, elles sont épuisées. D'ordinaire ces espèces de terre se présentent sous un aspect des plus favorables. Néanmoins, elles renferment tous les principes nécessaires à la végétation, et on peut les améliorer facilement, de manière à leur faire produire de plus abondantes récoltes,

Les terres siliceuses (renfermant des cailloux), :gileuses (molles, grasses) et même les terres siliceuses - argileuses paraissent de prime abord plus fécondes que les sols calcaires, mais elles exigent plus de dépenses pour les améliorations et aussi beaucoup plus de temps pour arriver au même résultat, On rencontre également dans les terres argileuses ou terres glaises, et en abondance, tous les éléments indispensables à la production d’une riche végétation ; mais ces terres sont tenaces, demandent un travail fatigant et pénible et ne peuvent être cultivées qu'à une époque toujours difficile à saisir. Leurs principes fertilisants sont même enfermés dans une argile compacte, et ce n’est qu'avec beaucoup de difficultés que les plantes peuvent atteindre ces principes et s’en nourrir. Aussi voit-on souvent les plantes végéter misérablement à côté de l'abondance, Pour que ces terrains deviennent productifs, il faut l’aération, le bouleversement, la pulvérisation, la désagrégation par les gelées, l'abondance des gaz fécondants et le concours des engrais. Tout cela demande des travaux énormes,

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dispendieux et qui enlèvent une partie considérable des produits de la terre ou des profits réalisés. De sorte que les terres légères, malgré leur apparence de pauvreté, donnent très souvent des profits plus élevés que les terres fortes, nonobstant leur grande richesse.

Ces considérations ne devraient pas cependant nous porter à conclure que les terres légères seules sont avaniageuses ou que les terres fortes l’emiportent dans toutes les exvloitaticns agricoles, car le mode de culture, les amendements appropriés au 5ol et les eng'ais bien appliqués changent considérablement la propriété physique des terrains. Les terres légères se labourent presque en tout temps ; il y a néanmoins des époques où il ne serait pas avantageux de le, ihnurer, tandis que l’on profitera de cette même é;orue jou labourer les terres fortes. De plus, certains \ ‘aux croissent mieux en terre légère qu’en terre forte.

de sorte qu'une ferme, pour être plus avantageuse, doit contenir ae la terre légère et de la terre forte ; car alors on régularise mieux l'emploi du temps, les saisons exercent une moins grande influence, et la production est plus régulière, pour la bonne raison que si la récolte manque dans une partie, elle sera prospère dans une autre.

De nos jours, les terres légères obtiennent les plus grands succès en agriculture, par suite des pluies torrentielles qui tombent pendant tous les étés depuis quelques années. C’est sur ces terres que l’on voit les plus belles récoltes et que l’on réalise. au moyen d’une culture alternée, les profits nets les plus £#e + Mais en même temps les terres argileuses font c'e, prai.es de première qualité et des pâturages qui prod «st e 1 abondance,

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Comme règle générale, les sols dont la couche cultivable n’atteint pas six pouces d'épaisseur au moins, peuvent donner de bonnes récoltes de céréales, mais ils ne se prêteront jamais aux cultures variées d’un système agricole progressif ; tandis que chaque pouce d'épaisseur ajouté à ces six pouces, jusqu’à la profondeur de dix à douze pouces et plus, augmentera en proportion la valeur du terrain.

Un des plus grands défauts du cultivateur canad'en, c’est de se laisser entraîner trop loin par l'ambition de posséder, c’est-à-dire par le désir de vouloir augmenter l'étendue de sa terre d’une manière disproportionnée à ses moyens. Ayant une grande surface à cultiver, le propriétaire doit faire ses travaux au pas de course et négliger même quelque partie de sa culture ; et la conséquence en sera que les produits seront considérablement diminués. N'oublions pas que la terre ne rapporte qu’en proportion des soins et des

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engrais qu’on lui donne. Les profits réalisés seront d'autant plus élevés que l’on obtiendra les plus grands produits possibles sur la plus petite étendue, et il est toujours préférable de bien cultiver une petite surface que d’en mal cultiver une grande, parce que, dans le premier cas, les dépenses seront peu considérables et que, dans le second, elles seront très élevées. Ainsi dix-huit minots de blé récoltés sur un arpent constituent un excellent rendement, tandis que récoltés sur deux arpents, c’est un bien faible produit. Et pourtant c’est ce qui arrive très souvent. On saisit tout de suite la nécessité qu’il y a, non pas d'agrandir son terrain, mais de le cultiver mieux et de lui apporter plus de soins, en se rappelant toujours que l’engrais est la base de toutes les améliorations agricoles, et que chaque ferme doit posséder un nombre suffisant de bestiaux pour fournier au cultivateur le fumier dont il a besoin pour faire une bonne culture ; c'est ce que l’on doit mettre en pratique sur toutes les terres éloignées des villes ou des grands centres.

C’est en observant toutes les règles que nous venons d'exposer rapidement, que le cultivateur parviendra plus sûrement à faire le meilleur choix d’une terre.

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