SITUATION ET INSTALLATION INTÉRIEURE DES BATIMENTS
Le cultivateur peut construire ses bâtiments sur n’importe quelle partie de sa terre, à l’une des extrémités ou au milieu ; il est parfaitment libre de choisir l'endroit qu’il lui plaît. Aussi voit-on s'élever des bâtiments tantôt sur une partie d’une terre, tantôt sur une autre ; la situation de ces
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édifices change presque avec chaque ferme. Mais on peut bien se demander si toutes les situations sont également avantageuses. Cette question est d’une importance réelle et demande à être résolue avant que soit fixé l'emplacement des édifices ruraux.
En général le cultivateur qui a des bâtiments à ériger, ne considère pas assez les exigences de sa culture, et lorsqu'il fait le choix d’un site, c’est plutôt pour satisfaire ses caprices ou ses goûts que dans un but d’utilité véritable. De toutes les situations que les bâtiments peuvent occuper, la meilleure est sans contredit sur le milieu de la ferme et autant que possible dans un endroit élevé. Il est vrai que cette situation présente souvent des inconvénients ; par exemple, un cultivateur se trouve quelquefois isolé de ses voisins et éloigné des chemins publics, et, nous l’avouons, cette posi tion n’est pas unissi agréable ni aussi charmante que celle que l’on occuperait sur le bord d’une route fréquentée ou dans le voisin, ‘e d° plusieurs autres habitations.
Mais ces inconvénients ne doivent pas engager un agriculteur à négliger les avantages que la culture offrira lorsque les bâtiments seront érigés au centre de la propriété, et ces avantages sont nombreux. Ainsi, lorsque le terrain n’est pas trop accidenté et que les bâtiments sont placés au milieu de la terre, le propriétaire pourra regarder ce qui se passe sur sa ferme, sans se déranger, voir si ses animaux ont sauté dans le champ de son voisin, et aller les chercher avant qu'ils aient fait des dégâts considérables. Mais c’est surtout pendant l'exécution des travaux de culture que cette situation est avantageuse, car on diminue au moins de moitié la perte de temps dans les allées et venues. Sur nos terres de quarante arpents de profondeur, il faut une bonne demi-heure pour se transporter d’une extrémité à l’autre,
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et comme on revient ordinairement deux fois par jour à la maison, on perd deux heures de travail pendant une journée lorsqu'on est obligé de se rendre d’une extrémité à l’autre. Tandis que si les bâtiments se trouvent au centre de la propriété, la distance sera moitié moindre, c’est-à-dire que la perte de temps ne sera plus que d’une heure pour les allées et venues. Cette économie de temps, répartie sur tous les jours de travail de l’année, représente un profit réel que le cultivateur peut utiliser avantageusement. Supposons que les travaux durent pendant une période de cent jours ; si nous économisons une heure par jour en diminuant la distance, nous aurons sauvé huit jours et un tiers à la fin de cette période, en fixant les journées de travail À douze heures.
Dans l’espace de huit jours, on fait beaucoup d'ouvrage, surtout lorsque la saison est favorable, C’est particulièrement à l'approche d’un mauvais temps que l’on comprend mieux l’avantage qu’il y a de placer ses bâtiments au milieu d’une terre. En effet, le cultivateur pourra faire le double de voyages à ses bâtiments et mettre très souvent toute sa récolte à l'abri dans une excellente condition. Autrement, si la distance est trop grande, il sera forcé de laisser la moitié de ses produits sur le champ, et si le mauvais temps est de longue durée, ces produits seront fort endommagés et quelquefois même d’une valeur insignifiante.
L'économie rurale nous donne de précieux renseignements sur l'installation intérieure des bâtiments. D'abord on sait qu’il est moins dispendieux de réparer que de bâtir ; mais si ces bâtiments sont tellement vieux et mal faits que l’on est continuellement obligé de leur faire des réparations, il voudrait mieux les remplacer par d’autres que d’encourir de nouvelles dépenses, parce qu'ils coûteront plus cher que de nouvelles bâtisses.
Les bâtiments doivent être d’une dimension proportionnée à l'étendue et à la valeur productive de la terre, et n'être ni trop grands, ni trop petits. Puis il est extrêmement important que l’eau soit à proximité: cette considération passe avant toutes les autres. De plus il faut que l’on puisse veiller facilement à la santé des animaux, que les fourrages et les engrais soient dans une bonne condition, que la surveillance et le service des étables se fassent avec soin, que l’on préserve le matériel roulant contre la détérioration, et que l’on prenne les meilleures garanties contre les incendies. Le système suivi par la plupart des cultivateurs ne rencontre pas ces conditions indispensables au succès ; mais cependant nous sommes heureux de proclamer hautement que, depuis quelques années, il s’est accompli des progrès immenses au Canada dans l’art de construire des bâtiments de ferme. Ces progrès sont tels, que nous croyons inutile d'entrer dans les uétails de la construction des différents locaux destinés aux animaux, aux grains et aux légumes. Du reste, il nous faudrait faire un volume pour traiter cette grande et importante question sous tous ses points de vue. D’autres plumes plus autorisées que la nôtre ont déjà fait ce travail, et les cultivateurs trouveront dans ces ouvrages tous les renseignements dont ils ont besoin. Nous nous contenterons d'exposer quelques principes généraux que nous empruntons à la Gazette des Campagnes :
‘ L’étable est la demeure des animaux, et comme nos longs hivers en font une prison pendant plus de six mois de l’année, il importe que ce bâtiment soit construit et disposé d’une manière conforme aux prescriptions de l’hygiène.
On ne peut raisonnablement exiger de chaque cuitivateur qu'il bâtisse un palais à ses animaux, mais du moins chacun
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doit-il songer que les troupeaux enfermés dans des étables mal aérées et malsaines sont plus que d’autres exposés à la mortalité.
Le bœuf de travail qu’on loge à l’étable et qui ne peut se reposer tout à son ais: repose mal ses forces, fait un service moins profitable et doit être réformé plus hâtivement, Il devient plus difficile à engraisser et ne prend pas avec l’âge toute la valeur qu'il aurait pu acquérir.
La vache laitière qu’on ne tient pas dans une bonne étable ne donne pas la totalité du produit qui la rendrait précieuse en des circonstances plus favorables, Les animaux bien venants ne sont pas ceux qu’on loge mal. L’habiration enfin exerce une influence bien connue et maintenant assez convenablement appréciée sur l'opération de l’engraissement et de la production du lait.
Quels que soient sa destination et son âge, la bête bovine veut donc être sainement et commodément logée.
Pour produire des porcs, du lait, de la viande et de la graisse, il faut aux animaux une quantité d’air qui varie en raison de leur destination, du genre d'alimentation qui leur est propre et du but que le propriétaire se propose. Les bêtes bovinss dont la nourriture se compose de fourrages secs, riches en carbone et en hydrogène, emploient plus d’oxigène, c’est-à-dire ont besoin de plus d’air que celles dont le régime consiste en substances aqueuses, herbes ou racines. Ainsi la quantité d'air nécessaire aux animaux peut être plus ou moins grande suivant le régime auquel ils sont soumis. Il n’est pas possible, comme nous le verrons plus tard, de traiter des bœufs d’engrais ou des vaches laitières, comme on traiterait des bouvillons ou des génisses. Les premiers doivent accumuler ou secréter la graisse et le lait, matières éminemment comestibles,
qu'une respiration trop active conserverait sensiblement au détriment du propriétaire.
Les nourrisseurs de vaches à lait et les engraisseurs avaient depuis longtemps remarqué qu’ils atteignaient plus vite leur but en enfermant les animaux dans des étables obscures, étroites et chaudes. D'un autre côté, on a observé que la quantité de lait fournie par les vaches diminuait lorsqne la température de l'étable s'abaissait au-dessous d’un certain degré. Il convient, en effet, pour les bêtes destinées à l’engraissement ou à la production du lait, que leur étable soit plutôt chaude que froide, et plutôt sèche qu'humide. Mais il faut bien se garder de tomber dans l'excès. Souvent des propriétaires, pour avoir une haute température, ont accumulé leurs vaches dans un espace restreint. C’est ainsi qu’on vicie l'air des étables. Alors la vitalité des animaux diminue, leur constitution s’altère, et ils sont plus sensibles aux causes de maladie. Une affection qui serait sans gravité sur un individu bien tenu, revêt promptement les caractères typhoïdes sur celui qui respire un mauvais air, Enfin les effets d’un aérage insuffisant sont d'autant plus nuisibles que les animaux sont mieux nourris.
Voilà des principes que tout cultivateur doit avoir constamment à l'esprit ; car rien n’est plus important que de savoir combiner judicieusemënt l’aération et l’alimentation de manière À donner à chaque animal, suivant sa destination, la quantité d'air, la température et la somme de nourriture convenables.
L’atmosphère chaude et humide pousse à la mollesse ; par cela même, elle irait à l'encontre du but en ce qui concerne les animaux de travail, à cause du brusque changement qu’éprouveraient ces animaux en sortant à l'air.
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Enfin les élèves, qui exigent une température douce pendant le premier âge, doivent être ensuite ramenés à une autre condition, surtout lorsqu'ils sont destinés à devenir des animaux de fatigue. L'air chaud et raréfié, qui convient si bien à la production de la viande et du lait, ne suffirait pas à former une constitution forte et résistante, ni même à développer les muscles charnus qui font plus tard les bons et beaux animaux de boucherie,
Il faut donc donner aux animaux la place qui leur est nécessaire et chercher ailleurs que dans l’exiguité des logements les bonnes conditions d'aération, si essentielles au bien-être du bétail.
Les dimensions données à l’étable doivent être calculées pour la longueur sur le nombre de têtes appelées à l'occuper ; il faut ménager à chacune d’elles de 4 à 512 pieds en largeur, Leur mesurer trop étroitement l’espace est une faute qu'on paye chaque jour par une réduction de produits.
Dans le sens de la profondeur, il faut donner de 13 à 16 pieds, y compris le passage à conserver libre derrière Îles animaux.
Enfin le plancher supérieur ne doit pas être établi à une hauteur moindre de 10 pieds.
L’auge, appelée aussi mangeoire, est généralement plus large que celle des chevaux, car on y dépose toute la nourriture de la vache, fourrages ou autres aliments.
La mangeoire ne doit pas s'élever, en moyenne, à plus de 16 pouces ; sa largeur doit être également d'environ 16 pouces, et sa profondeur peut varier entre 8 et 12 pouces.
Dans les fermes importantes, les étables sont à deux rangs, ce qui économise de la place et permet d’avoir plus facilement une température élevée, mais aussi l'air y est plus rapidement vicié: c’est pourquoi il importe que ces
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étables soient munies de ventilateurs qui permettent de donner la quantité d'air nécessaire à l’étable, Il faut aussi qu'il y ait assez de place pour pouvoir administrer les repas sans aucun dérangement pour les animaux, sans aucun risque non plus pour le vacher, quand il y a quelques bêtes méchantes, et aussi pour faciliter son travail.
La salubrité des étables consiste essentiellement dans le bon aménagement des déjections, de telle sorte que les liquides ou les urines soient recueillies ou absorbées, les solides conservés, de sorte que ni les uns, ni les autres, en s’altérant au contact de l'air, ne laissent échapper dans l'atmosphère de l’étable les matières ammoniacales gazeuses résultant de leur décomposition. L'expérience a démontré que la salubrité aussi complète que possible de l'air dans lequel vivent les animaux est une condition très utile pour stimuler leur appétit, et pour les faire profiter de la nourriture qu'ils consomment. Il importe qu’ils ne se dégoûtent pas de leurs aliments ; aussi les bouviers qui ont des établies d’engraissement, doivent-ils les tenir dans le plus grand état de propreté, afin d'éviter les émanations qui pourraient en altérer l'atmosphère,
Des considérations précédentes il résulte qu'il est très nécessaire de disposer le sol de l'étable de façon à faciliter l'écoulement des urines qui ne Seraient pas absorbées par les litières. En raison de leur alimentation, les bêtes bovines font beaucoup de déjections, qui contiennent en forte proportion des matières azotées précieuses comme engrais, mais qui s’altèrent facilement à l'air. Il importe de ne point les laisser en nappe sur le sol de l’étable derrière les animaux ; une rigole disposée à cet effet doit les recevoir et les conduire par une pente douce dans la fosse à purin, dont toute ferme bien dirigée est pourvue.
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Les litières sont moins nécessaires pour les vaches que pour les chevaux ; elles souffrent moins qu'eux de se cou cher directement sur le sol, à cause de leur mode de décubitus, dit sfernal. Mais comme la plupart des cultivateurs, qui ont des vaches, doivent en tirer également parti pour faire du fumier, les litières sont indispensables et doivent être faites de manière à absorber sur place le plus possible de déjections liquides. Pour cela, les pailles et les autres matières végétales sont nécessaires ; elles doivent être renouvelées sous les bêtes, de manière que celles-ci soient toujours à sec. Le temps que le fumier peut séjourner sans inconvénient sous les animaux d'espèce bovine est déter miné par les émanations qu'il produit, Tant que l'odeur ammoniacale ne se fait pas sentir, il n’y a pas d’inconvénient ; mais il y a urgence de nettoyer à fond dès que des vapeurs ammoniacales s'exhalent des litières.
Quand un propriétaire possède un grand troupeau de 50 à 6o vaches, il serait peut-être prudent de ne pas les mettre toutes dans la même étable; les grandes agglomérations d'animaux sont plus sujettes aux maladies épidémiques et contagieuses.”