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LE CAPITAL

Après avoir étudié l’homme sous le point de vue agricole et la terre avec ses dépendances, il est très utile de jeter un coup d'œil sur l'influence du capital en agriculture, Le capital est l’ensemble des richesses que le travail a acquises et qu'il nous permei d'utiliser. On le divise en trois espèces :

1. La capital intellectuel, que représentent le propriétaire et ses aides

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2. Le capital foncier, qui est la terre avec ses dépendances ;

3. Le capital d'exploitation, composé de tout ce qui est nécessaire pour mettre une terre en culture,

Le capital d'exploitation comprend: 1° tous les instruments et tous les animaux de la ferme ; 2° le roulant, qui tous les ans meurt et se reproduit, comme l'argent en caisse ; 3° les semences, les engrais, les fourrages et les denrées de consommation ; et 4° le fonds de réserre, représenté généralement par les assurances que l’on paye.

On comprend aisément que, sans le capital intellectuel et le capital foncier, 1l est impossible de cultiver.

Il ya beaucoup de cultivateurs qui prétendent que l'on peut réussir sans le capital d'exploitation. Pourvu, disent-ils, qu'ils aient assez de nourriture pour leur personnel et leurs bestiaux et des produits à vendre, ils possèdent alors un capital d'exploitation, et personne ne peut leur soutenir ensuite que, sans un capital d'exploitation, il est impossible de réussir en agriculture. Ce raisonnement est tout à fait d faux, car malheureusement on restreint trop ce capital ; les « années ne sont pas toujours bonnes en agriculture, et les produits sont loin d’être invariablement proportionnés aux dépenses. Le cultivateur qui entreprend une exploitation avec peu de moyens, commet une grave imprudence ; car,

après deux ou trois ans d’un travail opiniâtre, mais stérile 1 et épuisant, il sera peut-être forcé d'abandonner son exploi-

tation et même de sacrifier ses propriétés. Ce malheur est € déjà arrivé, même à des hommes qui avaient de l’ordre, de ; t l’économie, de l’activité et du savoir-faire Malheureuse- d

ment ils ont débuté dans des années de disette, et ils se sont trouvés dans la position d’un industriel qui, après avoir installé ses machines et acheté sa matière première, ne pos-

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sède plus un seul sou pour payer les premières dépenses de la fabrication ; ce fabricant sème, mais il ne réco'te pas.

Le cultivateur qui commence une exploitation avec un capital trop restreint, est souvent obligé de vendre en temps inopportun, de sacrifier ses produits ou bien d’acheter lorsque le cours du marché est très élevé; <: qui cause une grande diminution dans ses profits nets. On le verra même recourir aux emprunts ; dans ce cas, il marche rapidement vers une ruine complète, car en agriculture les profits se font attendre trop longtemps et les chances n'arrivent bien sonvent q'ie lorsque les produits sont vendus.

Lorsqu'on ne possède pas un capital suffisant pour

exploiter une grande ferme, on doit alors choisir une terre dont l'étendue est jroportionnée à ses moyens, et adopter un système de culture qui n’exige pas de grandes dép:nses ; dans ce cas, si les profits ne sont pas élevé:, ils sont certains, et de plus il re.te un fonds de réserve pour faire face aux accidents qui peuvent provenir des intempéries. Le cultivateur doit agir avec la prudence du marchand. Chez ce dernier, on sait que c’est le capital qui forme les profits, et que, sans capital, les profits sont très faibles, quelquefois nuls. Le marchand ne compte que sur son stock ou assortiment pour réaliser des profits ; de même que le cultivateur ne doit compter que sur son exploitation pour obtenir des profits dans la culture du sol,

En résumé, le capital est absolument nécessaire à tout cultivateur, mais particulièrement à celui qui commence une exploitation sur une terre qu’il ne connaît pas. Cependan: le capital d'exploitation n’est pas toujours le gage d’un succès certain ; car on a vu des cultiv?teurs qui, possédant un capital suffisant, n’ont pas réusssi dans leur exploitation, et qui, dans l’espace de quelques années, ont été ruinés.

C'est un fait qui se répète assez fréquemment, mais qui est cependant plus rare que celui de voir un cultivateur n'ayant aucun capital réussir dans une exploitation. Si ceux qui possèdent les moyens suffisants pour faire une bonne exploitatic:, ne réussissent pas, c’est qu'ils ne savent pas utiliser l& capital dont ils disposent ni en tirer le meilleur parti, c’est-à-dire qu'ils n’ont pas le capital intellectuel nécessaire à l'exploitation du sol. (Chaque partie du capital d’exploitation a une importance considérable sur les succès généraux, Aussi doit-on l’étudier en détail ; c’est ce que nous allons essayer de faire en quelques mots.

Le BÉTAIL — Le bétail est indispensable en agriculture, quelle que soit la situation de la ferme ; car, sans bétail, une terre sera privée de l’engrais qui est pour ainsi dire la matière première de la culture.

Le bétail se divise en deux catégories: le bétail de trait et le bétail de rente. On gardera des animaux pour faire la culture, c’est essentiel ; mais plus on gardera de ce bétail, plus on fera de dépenses, et plus, par conséquent, les profits diminueront ; tandis que plus on aura de bétail de rente, plus on obtiendra de profits, tant par le fumier que par le beurre, le fromage et la laine que ce bétail nous fournira.

Suivant l'avis des meilleurs cultivateurs, le bétail de rente est le signe caractéristique de la valeur d’une exploitation rurale, Si la ferme possède peu d’animaux, elle est pauvre ; si elle en a beaucoup, elle est riche, pourvu que les animaux soient bien nourris. En effet, avec un grand nombre de bestiaux bien nourris, on a beaucoup d'engrais, et avec de l’engrais on rend les terres fécondes. Cependant, il ne faut pas pousser trop loin cette manière de juger l'importance des exploitations rurales ; car, par exemple, si un cultivateur réside près d’un centre populeux et qu'il

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veuille se procurer de l’engrais en dehors de sa culture, l'influence du bétail de rente est peu considérable.

En outre, sous le prétexte d’angmenter les engrais, il n’est pas sage de garder plus d'animaux qu’on peut convenablement en nourrir. Ce n’est pas précisément le grand nombre d'animaux qui fait le profit, mais c’est plutôt leur qualité et l'alimentation qu’on leur donne. Un cultivateur pourra nourrir parfaitement dix vaches, mais il sera incapable d’en nourrir vingt. Il vaut mieux avoir trop de nourriture que de n'en pas avoir assez.

LE MOBILIER.—Le mobilier mort, c’est-à-dire les instruments, est encore une partie très importante du capital d’exploitation. Malheureusement ce mobilier est bien souvent fort négligé. Il n’est pas rare de voir les charrues, les herses et les voitures exposées à toutes les intempéries des saisons. Alors qu’arrive-t-il? La rouille ronge les parties en fer, la pourriture envahit les parties en bois, et le tout tombe en ruine dans l’espace de quelques années. Bien entretenus, les instruments de culture peuvent durer une douzaine d’années, tandis que mal entretenus, ils n'ont plus aucune valeur après cinq ou six ans d’usage. L'ordre et l’économie exigent que tous les instruments soient placés sous une bonne remise, quand on ne s’en sert pas, et que, tous les automnes, lorsque les travaux sont terminés, ils soient huilés dans toutes leurs parties.

Quant au nombre des instruments nécessaires À une culture, on doit le restreindre autant que possible ; mais on se procure les meilleurs et les plus améliorés dans chaque espèce. Si la ferme ne demande qu’une seule charrue, n’en achetons qu’une, mais achetons-la bonne. Il faut agir de même pour les rouleaux, les herses, les faucheuses, les moissonneuses, etc. Tenons-nous au courant des épreuves

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que les différents instruments subissent, et nous ne serons jamais embarrassés dans notre choix.

Il ne s’agit plus maintenant qu’à déterminer la valeur du capital d’exploitation en général, et celle du capital mobilier et en particulier du capital circulant, La tâche est assez difficile, car ces valeurs varient suivant une foule de circonstances. Si l’on peut récolter peu de temps après la prise de possession, le capital pourra être moinüre ; mais s’il faut attendre un an ou dix-huit mois, on devra avoir un capital plus considérable. Dans tous les cas, le capital mobilier doit être basé sur l'étendue de la propriété et le système de culture qu’on désire suivre, tandis que le capital circulant aura pour base le calcul du temps neñdant lequel il faudra payer les serviteurs et les nourrir, ainsi que le bétail. Depuis le commencement de l’exploitation jusqu’au moment cù le propriétaire pourra vendre ses produits, il faudra que ses capitaux soient assez élevés pour qu'il puisse attendre l’époque la plus favorable à la vente,

On conçoit donc que la fixation du capital mobilier et du capital circulant doit nécessairement varier avec les circonstances et qu'il est impcssible de fixer d'avance ce capital. On a bien essayé de donner quelques chiffres à ce sujet, mais ces chiffres ne sont pas toujours exacts. On a prétendu, par exemple, que le capital mobilier doit représenter une somme de trois à quatre fois le prix de rente de la terre, et le capital circulant, environ la mcitié du capital mobilier, ce qui donnerat pour le capital d’exploitation quatre fois et demie la rente de la terre. En supposant qu’une terre se loue $200 par année, le capital d’exploitation sera donc de $90o, dont $6co comme capital mobilier, y compris les animaux et les instruments, et dont $300 comme capital circulant.

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Mais cette manière d2 déterminer la valeur du capital d'exploitation est trop arbitraire et ne peut servir tout au plus que comme terme de comparaison.

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