LE TRAVAIL
Après l’homme, la terre et le capital, la force productive la plus indispensable à l’agriculture est sans contredit le travail. Aussi doit-on l'étudier avec le plus grand soin,
Les travaux d’une culture ne se succèdent pas régulièrement comme dans une manufacture. Dans une fabrique quelconque, l’ouvrier sait d'avance ce qu'il doit faire ; tandis qu’en agriculture les intempér.es et l'accumulation des opérations rendent bien difficile l'emploi du temps, et les pertes de temps deviennent, dans ce cas, d'autant plus nombreuses que la direction des travaux est plus mal faite. Si le cultivateur doit avoir de l'économie, c'est surtout dans le travail ; car le plus court espace de temps peut être pour lui d’une valeur incalculable. Cependant il ne faut pas, sous le prétexte d'économiser, néglizer des opérations utiles, parce que, dit-on, la main d'œuvre coûte trop cher. Dans ce cas, ce n’est pas de l’économie qu'on fera, mais on manquera de jugement ; car bien souvent ces opérations font plus que compenser les dépenses, et donnent une plus grande valeur à l'exploitation. L'économie du travail consiste À rendre celui-ci le moins coûteux et le plus profitable possible, Pour obtenir ce résultat désirable, les cultivateurs feront bien d'observer les règles suivantes :
1. On exécutera par les animaux de trait tous les travaux qui peuvent être faits plus promptement et aussi bien par les attelages que par les hommes ;
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2. Il faudra donner à chaque ouvrier le travail qu'il a coutume de faire le mieux et le plus vite ;
3. Chaque opération devra être faite au moment le plus opportun et à l'instant où il est plus facile de l’exécuter ;
4. Les grands travaux qui doivent être terminés en peu de temps ne doivent pas languir, et pour cela il faudra leur donner les forces nécessaires ;
8. Il faudra faire exécuter les travaux peu fatigants, d’une exécution facile et qui demandent plus d'activité que de force, par des femmes et des enfants, et non par des hommes ;
6. On devra exercer une surveillance active, être partout, surtout là où s’exécutent les opérations les plus importantes, mettre la main à l’œuvre et, s’il est possible, faire mieux et plus vite que tout autre.
Si l’on observe bien ces six règles, on est certain que les travaux se feront bien et d’une manière économique.
On commet une faute grave en entreprenant des travaux au-dessus de ses moyens ; car on sera souvent obligé de les abandonner lorsqu'ils seront à moitié faits et après y avoir consacré un temps précieux; du moins on ne pourra les exécuter que bien imparfaitement.
Tout en donnant à chaque opération le nombre de bras nécessaires, il ne faut cependant pas prodiguer la main d'œuvre. On évitera ce défaut au moyen de l'observation et du calcut.
Si l’on veut rester dans les limites de l’économie bien entendue dans l'exécution des travaux, on ne doit pas attendre au lendemain pour commencer une opération qui ne peut être retardée, lors même que la journée serait avancée; car, en agriculture surtout, un quart de jour de plus ou de moins peut avoir une grande influence sur le succès d’une opération.
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Si l'on est bon juge d’un travail exécuté, ou si l’on a la sûreté du coup d'œil dans l'appréciation du temps demandé par ce travail, on pourra faire faire certaines opérations à bas prix, en les donnant, par exemple, à l’entreprise. Le fauchage, la confection des fossés et des clôtures et le coupage des grains sont, dans ce cas, et les ouvriers, généralement aiment mieux faire ces travaux à l’entreprise qu’à la journée. Le propriétaire d’une ferme ferait bien de favoriser cette préférence, de manière à obtenir l'exécution de ces travaux à un prix moins élevé, tout en donnant au travailleur le plus haut prix pour sa journée.
En agriculture, nous avons à notre disposition des hommes et des animaux, c'est à-dire qu’il y a deux espèces de travaux : les travaux manuels et les travaux d'’attelage.
Par travaux d’attelage, on entend les opérations exécutées par les chevaux ou les bœufs. Le prix de revient des travaux varie beaucoup, suivant que ce sont des bœufs ou des chevaux qui les ont exécutés. L'expérience, en effet, a démontré depuis longtemps que le travail du bœuf revient moins cher que celui du cheval, et cela se conçoit facilement. Ilen coûte moins d'acheter un bœuf qu’un cheval ; par conséquent les risques sont moins élevés ; et puis sa nourriture n’est ni aussi succulente, ni aussi dispendieuse. Lorsque tous les travaux sont terminés, par exemple en hiver, on peut engraisser un bœuf et le revendre avec grand profit, Enfin, le bœuf fait un travail plus rapide et de meilleure qualité que le cheval dans les terres fortes.
Cependant, malgré ces nombreux avantages, le bœuf est généralement remplacé par le cheval. On attribue cette préférence à la nature du cheval. La saison des travaux est si courte, qu’on cherche toujours à marcher vite en besogne. Mais si l’on exécutait une partie des labours en automne, le
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travail des bœufs suffirait, surtout sur des terres furtes. Cette préférence qu’on est porté à donner au cheval sur le bœuf disparaitrait bientôt, du moins en grande partie, st l’on connaissait mieux ses propres intérêts.
Il y a quelques contrées où l’on emploie aussi les vaches pour les travaux de la culture, Ce sont des bêtes appartenant à des races fortes et puissantes, qui ne sont pas d’excellentes laitières, mais qui, dans certaines circonstances particulières, conviennent parfaitement. Leur travail est plus économique que celui d'aucune autre espèce d’animal.
Quelle que soit l'espèce d’anial qu'on emploie pour l'exécution des travaux, il ne faut pas que le nombre soit plus grand que ne l’exige rigoureusement la culture ; car, comme nous l'avons dit plus haut, plus le nombre des animaux de travail sera petit, sans nuire à la bonne exécution des travaux, plus on fera de profit. Par conséquent, le nombre de bêtes de trait sera d’autant p'us petit que l’étendue de la terre sera moins considérable.
Afin de pouvoir faire le compte de chaque espèce d’animal employé à l'exécution des travaux, nous énumérons ci-après quelques données sur les dépenses des attelages :
1, Lintérêt du prix d'achat d’un animal, au moins 6 pour cent ;
2. Les bêtes s’usent au travail. Or on doit tenir compte de cette usure : pour les chevaux, au moins 12 pour cent, et pour les bœufs, au moins 2 à 3 pour cent ;
3. Vient ensuite l’usure des instruments et des harnais, ainsi que l'intérêt de leur prix d'achat et le prix d’entretien ;