‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 21 sur 113 · DIRECTION D'UNE FERME · texte numérisé non relu

DIRECTION D'UNE FERME

Un agriculteur expérimenté a dit avec raison : Un mauvais système de culture bien administré vaut mille fois mieux qu'un bon système mal administré. En effet, si un cultivateur ne sait pas diriger ses affaires, s’il manque d’activité, s’il n’a ni ordre, ni économie, ni persévérance dans ses plans les mieux conçus et dans ses spéculations les plus avantageuses, s’il est dépourvu de la fermeté et de l’habileté nécessaires pour conduire ceux qui sont à son service, le succès ne lui sourira jamais. Un cultivateur ne se ruine pas parce qu'il laboure mal ses terres, mais il se ruine toujours lorsque la direction fait défaut ou qu'il n’a pas Îles qualités qui font un bon agriculteur. Sans ces qualités, on peut trouver un assolement des mieux combinés et des plans de culture parfaitement conçus; cependant on ne peut réussir. Nous ne voulons pas dire par là que les plans les mieux conçus et les assolements les mieux combinés n'entrent pour rien dans le succès d’une exploitation ; au contraire, ce sont d’excellents moyens de parvenir au succès ; mais ils ne suffisent pas et ils ne tiennent pas non plus la première place, car ils doivent céder le pas à la direction. C’est surtout dans les améliorations agricoles que le besoin d’une direction se fait plus particulièrement sentir. Ici le cultivateur pratique a beaucoup plus d’avan tages que le théoricien, et si, à ses connaissances pratiques, il joint de bonnes données théoriques, de l’ordre, de l’intelligence et de l’économie, il parviendra toujours plus sûre-

ment au succès.

La première condition d'une bonne direction exige que l'autorité soit absolue, unique et entière sur toutes les opéra-

UD

tions de la cuiture, tous les genres d'industrie et tout le personnel, La présence de deux maîtres dans une culture est une cause de désordre : tout va mal; les ordres et les contre-ordres se croisent en tous sens ; le temps se perd en marches et contre-marches inutiles ; les serviteurs murmurent, et l’ouvrage sa fait à moitié. Ilne faut donc qu’un seul maître, qu'une autorité unique. Dans toute industrie, et surtout en agriculture, les ordres du maitre doivent être exécutés avec ponctualité, Autrement, c’est la ruine de la ferme.

Nous avons dit que l'autorité doit être unique, absolue et entière, Cependant l'autorité peut être exercée à la fois par plusieurs personnes et être en même temps unique, absolue et entière, En se divisant, l'autorité ne fait que se fortifer ; mais il faut que ce partage se fasse suivant certaines règles, qui sont toujours les mêmes dans toute réunion d'hommes, où les uns sont appelés à commander aux autres, L'armée nous offre un magnifique exemple de la division de l’autorité, Là, un nombre considérable d'hommes sont investis de l'autorité, et cependant tout marche avec l’ordre le plus parfait, parce qu’il n’y a jamais d’incertitude ni dans l’exercice de l'autorité, ni dans l’obéissance. Il y a plusieurs commandants, mais tout le monde est soumis à la direction d’un seul. Le chef suprême de l’armée donne un ordre, et aussitôt tous les officiers investis de l'autorité, depuis les généraux jusqu'aux plus simples caporaux, émettent les sous-ordres nécessaires pour faire exécuter l’ordre principal dans le temps et suivant la manière convenables. Nous admettons que l’organisation militaire n’est pas applicable à l’agriculture, mais les principes d’autorité sont communs à l’un et à l’autre état,

tout le

culture et les perd en nurmu-

qu'un

dustrie, |

nt être e de la

olue et fois par ibsolue rtifier ; règles, )nmes, ’armée l’autonvestis le plus l’exerusieurs ection dre, et uis les ent les ncipal Nous able à uns à

ee y WA

Un grand propriétaire de 500 à 600 arpents de terre ne peut pas avoir l'œil partout ; il lui faut des contre-maitres et des chefs de travail ; il donne un ordre et il en est responsable ; mais les contre-maitres sont responsables de la manière dont ils ont transmis cet ordre, et les chefs de travail sont responsables de la manière dont l’ordre a été exécuté, L'unité dans le pouvoir demande aussi l'unité dans la responsabilité, et cette unité consiste en ce que chaque individu n’a d'ordre à recevoir que d’un seul et que, pour chaque opération, la responsabilité repose aussi sur un seul. Dans le cas que nous venons de citer, le maitre ne commande pas aux simples manœuvres ; il donne son ordre à un contre-maitre, celui-ci le transmet aux chefs des travaux, et ces derniers le communiquent aux manœæiäivres qui doivent l’exécuter.

Sur une terre moins étendue, le nombre d'hommes investis de l'autorité est aussi moindre. Sur une terre de 200 à 300 arpents, il n’y a que le maitre, les chefs de travail et les manœuvres. Le maitre donne ses ordres, et les chefs de travail les transmettent et les font exécuter. Sur une exploitation de 80 à 100 arpents, c’e:t le maitre lui-même qui donne et fait exécuter un ordre ; mais il ne faut pas que la femme ou les enfants viennent donner de contre-ordre, L'autorité serait alors divisée, et l'ouvrage serait mal fait et grandement retardé, car il y aurait tâtonnement et hésitation chez les serviteurs lorsqu'ils recevraient plusieurs ordres à la fois.

La seconde condition pour que la direction soit bonne, c'est de bien choisir ses ouvriers. Lorsqu'un nouvel engagé entrera au service d’un cultivateur, celui-ci devra l’instruire de ses devoirs et des règles de la maison, lui enseigner les soins à donner aux animaux et lui recommander d'agir avec

Page 1