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tains endroits. Il ne faut pas que le défrichement d’un pays soit complet ; les terrains défrichés doivent alterner par intervalles avec les terrains boisés. Un pays qui n'a plus de bois de construction, est un pays bien pauvre ; une contrée où l’on ne voit à perte de vue que des champs cultivés, est bien exposée aux sécheresses. Pour arrêter les vents qui sont souvent si désastreux, et les nuages qui produisent la pluie, il faut des reliefs ou des points élevés, et, sous ce rapport, les arbres rendent d'immenses services.
Ainsi donc, pour favoriser l’agriculture autant que possible, on doit laisser çà et là des terrains non défrichés, et pour cela on choisit ceux qui sont de qualité médiocre. Malheureusement on n’a pas toujours suivi cette règle au Canada, et on voit souvent en état de culture des terrains de qualité si mauvaise qu’ils payent à peine it: frais d’exploitation. Des paroisses entières se sont élevées sur ces terrains stériles ; les habitants y vivent bien pat \.ement et con‘iaueront de vivre ainsi, pa:ce que le sol n'est pas assez riche. Il fiudrait à tout prix éviter cette faute à l'avenir. Ne vaut-il pas mieux, plutôt que de riener une existence misérable, s'éloigner un peu plus des centres cultivés pour faire le choix d’une terre féconde qui compensera amplement les frais de la mise en culture. Ces terres ne sont pas rares au Canada, et nous en avons la preuve dans l'établissement subit de plusieurs paroisses qui, il y a à peine dix ans, ne donnaient aucun signe de vie. Choisissons donc des terres de bonne qualité et n’ayons pas peur de nous enfoncer un peu plus avant dans la forêt ; car, après quelques années de labeurs et de fatigues, nous nous trouverons en possession d’une magnifique ferme, qui nous rapportera des profits immenses, Une terre ingrate ne nous donnera jamais cet avantage.
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Les terres à défricher sont de deux espèces principales : nous avons, en premier lieu, les terres de mauvaise qualité qui rapportent plus en bois qu’en culture et qu’on ne doit jamais défricher; sur ces terres on favorisera le reboisement autant que possible. En second lieu, nous avons les terres de première qualité ; ce sont ces terres qu’on doit mettre en état de culture. Cependant, parmi ces terres de première qualité, il y en a quelques-unes que la prudence nous conseille de laisser en bois, malgré leur grande fertilité, par exemple, toutes celles qui sont en pente très rapide, ou sur le sommet d’une montagne, d’une colline, d’un côteau, ou encore sur le bord d’une rivière dont le cours impétueux mine sans cesse les deux rives. Dans l'intérêt de l’agriculture, on ne devrait jamais défricher ces sortes de terres, bien qu’elles soient de bonne qualité ; car la racine des arbres donne une plus grande ténacité au sol et l'empêche d’être emporté par les eaux.
On constate la funeste conséquence du défrichement de ces terres tous les printemps et souvent tous les automnes. Les eaux minent le sol, font descendre la terre végétale au bas des pentes et l’emportent au loin. Dans certaines régions, les rivières dévorent pour ainsi dire leurs rives et charroient la terre à une grande distance.
Quant au sol en pente, la culture y est déjà si coûteuse et le labour si difficile à effectuer, que l'exploitation de ces terrains ne donne presque pas de profit.
En laissant en bois debout le sommet des côteaux, des collines et des montagnes, ainsi que les rives des cours d’eau rapides, le cultivateur procurera à ses animaux un ombrage très utile et opposera en même temps aux vents une barrière naturelle des plus avantageuses. Grâce à cette barrière, les vents ne se feront presque jamais sentir avec
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violence dans la vallée : l'air, en passant À travers les arbres, se rafraichit, se purifie et se charge d’une humidité très salutaire aux plantes ; la surface du sol se trouve moins desséchée par les rayons solaires; l’eau des ruisseaux et des sources ne tarit pas ; au printemps, la fonte des neiges est moins rapide, et les inondations sont moins à craindre. En un mot, la présence des arbres aux endroits que nous venons de mentionner, régularise la marche des eaux et empêche la sécheresse.
Dans les vieux pays, on a si bien compris les avantages que la présence des arbres procure à la production générale, que les gouvernements et les individus font tous les ans des plantations considérables d'arbres fruitiers. Au Canada, on suit cet exemple depuis quelques années ; le gouvernement de Québec a établi la fête des arbres dans l’unique but de favoriser la plantation des arbres de toutes espèces. C’est là une institution des plus utiles et qui est appelée à rendre de grands services à notre pays, malgré la répugnance que les cultivateurs éprouvent à se conformer au désir du gouvernement ; car, il faut bien l’avouer, c’est avec l’insouciance la plus coupable qu’on a procédé aux défrichements. Le défricheur, la hache à la main, abat tout ce qui se présente devant lui et marche en véritable aveugle lorsqu'il convertit le pays en un désert. La conduite irréfléchie du défricheur porte déjà ses fruits ; car aujourd’hui la plupart des paroisses, jadis les mieux boisées, sont complètement privées d’arbres ; et pour se procurer le bois de chauffage qui lui est si nécessaire pendant la froide saison, le cultivateur est obligé de parcourir de longs trajets ; d’où il résulte des fatigues sans nombre et une perte de temps considérable. Quand il s’agit d'aller chercher du bois de construction, la distance à parcourir est souvent encore bien plus longue. Les
défrichements ont toujours été faits, et le sont encore, sans discernement et sans intelligence, et le gouvernement, en ordonnant le reboisement, agit sagement, puisqu'il travaille à remédier aux bévues qui ont été commises sous ce rapport. Mais parce que les défrichements ont été mal exécutés, on ne doit pas pour cela les arrêter complètement ; au contraire, il existe encore au Canada d’immenses étendues de terrains reposant sur un sol de qualité supériere et que l’on devrait s’empresser de rendre cultivables. A l’appui de cette assertion, nous n'avons qu’à citer les vallées du lac Saint-Jean, du Grand-Nord et du lac Témiscamingue, où des millions d'individus peuvent s'établir avantageusement.
Le Canadien a acquis une grande expérience dans l'art de défricher. Nous allons faire connaître le fruit de cette expérience à nos lecteurs. Cette expérience nous donne d'abord le moyen de distinguer, par la seule inspection des arbres, quelles sont les terres de bonne qualité et quelles sont celles de qualité médiocre. Il n’est pas nécessaire de répéter ici qu'il est de l'intérêt du colon de prendre les terres de première qualité ; c’est un fait admis. Ilest vrai qu'il sera obligé très souvent de s'éloigner beaucoup des localités déjà défrichées et peuplées ; mais les inconvénients de cet isolement disparaîtront bientôt ; le gouvernement fera ouvrir des voies de communication ; les produits abondants que le colon retirera de sa terre, engageront un grand nombre d’autres colons à imiter son exemple, et bientôt la forêt aura fait place à une paroisse florissante. C’est ce que nous voyons très souvent dans notre pays.
Les étrangers que nous envoie l’Europe, les Anglais, les Irlandais, les Ecossais, les Français et les Belges, nous donnent sous ce rapport un exemple que nous devrions nous empresser de suivre, Ces immigrants n’hésitent pas
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à s'enfoncer très avant dans la forêt, lorsqu'ils ont l'espoir d'y trouver des terres de qualité supérieure. Imitons donc ce bel exemple ; laissons de côté les terres qui ne sont pas de première qualité et ne défrichons que les bonnes. Il est vrai qu’il faut beaucoup de courage pour s'éloigner de ses proches et vivre seul au milisu d’une vaste forêt ; mais c’est avec le courage qu’on franchit tous les obstacles. D'ailleurs, l’espoir de se créer un bel avenir et la conviction de remplir ses devoirs de citoyen sont des stimulants suffisants pour relever le courage et faire surgir de nouveaux Jean Rivard.
En général, chaque espèce de terrains pousse une espèce d'arbres différents. Mais ce n’est pas toujours le cas, car on voit souvent les mêmes arbres croître sur des terrains de qualité tout à fait différente. Cependant, comme règle générale, on doit admettre que certaines espèces ne prennent leur plus grand développement que sur des sols déterminés. Cette observation, jointe à d’autres très importantes, permet au colon de se conduire avec certitude dans le choïx d’une terre.
La végétation forestière varie beaucoup ordinairement, et les dimensions des arbres changent considérablement, suivant leur situation et le sol sur lequel ils croissent, Sur certains terrains, on rencontre des arbres de bonne espèce, mais serrés les uns contre les autres, longs et grêles. On observe généralement que le sol est alors d’une qualité médiocre. Si, malgré ces indices, on se décide à mettre ces terrains en état de culture, les premières récoltes seront quelquefois assez bonnes; mais, aussitôt que la richesse accumulée à leur surface aura disparu, ces terrains deviendront stériles et leur amélioration demandera des frais considérables. Ce qui fait surtout défaut, c’est une épaisseur suffisante de la couche végétale. Le sol productif est très
mince, et le sous-sol, se trouvant trop près de la surface, oppose un obstacle insurmontable au développement des racines de nos plantes cultivées. Aussi, ces dernières ne donnent-elles ordinairement qu’un faible rendement.
Ainsi donc, règle générale, si un terrain boisé est couvert d'arbres longs, grêles et serrés les uns contre les autres, on doit en conclure qu’il est de qualité médiocre, lors même que les arbres appartiendraient aux meilleures espèces. Les défricheurs pratiques ont remarqué que, dans les terrains de première qualité, les arbres sont toujours bien développés, très gros, régulièrement conformés et très éloignés les uns des autres. Voici comment on explique ce fait : la terre de bonne qualité étant en état de donner aux arbres une nourriture abondante, ceux-ci croissent avec rapidité en grosseur et en longueur. Si quelquefois de jeunes pousses surgissent entre ces arbres, elles ne sont pas à l’aise ; leurs racines n’ont pas la force de s'étendre, l'air et le soleil manquent à leurs feuilles, et ces jeunes pousses languissent et meurent même au bout de quelques années ; de sorte que la distance entre les-gros arbres n’est pas diminuée, C’est le contraire qui arrive lorsque le terrain est de qualité médiocre.
Les terrains couverts d’épinette, surtout d’épinette blanche, de pruche, de cyprès, de pin rouge, de pin jaune, de merisier blanc, de bouleau, de tremble et de peuplier, sont généralement de mauvaise qualité. Le défrichement est assez facile et même plus facile sur ces terrains que sur ceux qui sont couverts des meilleures essences. Malheureusement, dès la troisième ou la quatrième récolte, la stérilité de ces sols est presque complète. Comme ils sont d'ordinaire légers et sablonneux, ils deviennent excessivement arides pendant les séchesses, et leur poduction est très souvent presque nulle. On peut rendre ces terrains
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productifs au moyen d'engrais, mais on sait que c’est surtout l’engrais qui manque dans les nouveaux défrichements, pour la bonne raison que les animaux sont toujours rares,
Il existe une seconde classe de terrains qui ont une apparence peu alléchante et qui, cependant, forment d'excellents établissements ; ce sont les terrains couverts de cèdre blanc, d’épinette noire, de sapin rouge, de sapin blanc, d'aunes communs, de peuplier, de baumier et de bourdaine. Ces terrains sont humides, et leur mise en culture exige des travaux assez considérables ; mais, s'ils sont susceptibles d'être égouttés, c’est-à-dire s'ils ont une pente suffisante pour donner à l’eau un écoulement assez facile, le défrichement de ces terres sera certainement profitable. Nous avons tous entendu parler très souvent de la richesse des cédrières ; or celles-c1 se trouvent dans la catégorie des terrains que nous venons de signaler.
Enfin, il y a encore une troisième classe de terrains d’une qualité supérieure et d’une mise en culture très facile: ce sont les terrains couverts de cérisiers à grappes, de cenelliers, de pimbina, de frêne, de noyer tendre, de noyer dur, d’orme, de coudrier, de hêtre, de chène blanc, et de chêne gris. Ce sont ces derniers terrains dont le défrichement rapporte les plus grands profits. Ces terres sont richés et très productives.
On rencontre souvent au milieu de nos forêts de grandes étendues de terrains complètement privés d'arbres. On voit à la surface de ces terrains de hautes herbes qui, jeunes, forment un fourrage de qualité assez médiocre. Les vallées du lac Saint-Jean et du Saint-Maurice, et les Cantons de l’Est renferment quelques-unes de ces prairies sauvages. L'absence d’arbres n’est pas une preuve de la médiocrité du sol ; au contraire, le plus souvent ces prairies reposent
sur un sol d'excellente qualité, et le défricheur doit se hâter d'en prendre possession. Quelques-unes de ces prairies s'élèvent quelquefois sur des fonds rocailleux; ces terrains ne sont pas à dédaigner, car ils peuvent former de bons pâturages.
Il est bien rare qu’un terrain soit couvert d’une seule espèce d'arbres. La forêt est presque toujours formée d’un mélange de plusieurs espèces. Cette variété d'arbres n’embarrasse pas le défricheur dans le choix d’un terrain. En effet, il se dira: si le plus grand nombre des arbres qui croissent sur un terrain appartiennent aux espèces indiquant un sol de qualité supérieure, le sol devra être nécessairement bon, pourvu que les autres conditions d’une bonne culture soient remplies ; mais si, au contraire, un terrain est boisé d’un grand nombre d'arbres différents que l’on ne rencontre que sur les mauvais terrains, il est tout probable que le sol qui les porte est lui-même de mauvaise qualité, même lorsqu'on rencontrera Çà et là les meilleures essences.
Supposons maintenant qu'on ait choisi une terre de la manière la plus judicieuse possible, et que le défricheur commence à abattre les arbres pour mettre en état de culture le terrain dont il a fait l’acquisition ; il faudra que l’intelligence et le jugement président à tous les travaux de la culture, depuis labattage des arbres jusqu'aux derniers travaux des récoltes. Le défricheur pensera au présent et à l'avenir ; il laissera debout les arbres qui serviront à abriter ses récoltes contre l’impétuosité des vents et à procurer à ses animaux un ombrage bienfaisant ; car un terrain complètement dénudé est sans cesse soumis à toutes les vicissitudes de la température. Les vents, les orages et la grèle s’abattent sur ces champs, couchent les récoïtes par terre et quelquefois les détruisent complètement. Il est aujour-
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d’hui reconnu par tout le monde que la présence des arbres sur un champ cultivé empêche un grand nombre de désastres. Les bestiaux qui sont aux pâturages, pendant les grandes chaleurs de l'été, souffrent beaucoup lorsqu'ils ne peuvent se soustraire aux ardeurs du soleil ; ils éprouvent de grandes fatigues, et leurs produits diminuent considérablement. C’est pendant ces chaleurs écrasantes qu’on voit les vaches donner moins de lait et les moutons maigrir, La présence de quelques bosquets procure aux animaux un ombrage salutaire, sous lequel ils passent les heures les plus chaudes de la journée.
Le défricheur n'abattra pas, par conséquent, tous les arbres qui se présentent devant lui; il en conservera un certain nombre choisis parmi les plus forts, les plus vigoureux et les mieux constitués pour donner de l’ombre à ses aninaux.
Quelques agriculteurs expérimentés vont encore plus loin; ils conseillent de laisser tout autour de la propriété un rideau d’arbres de quelques pieds de largeur qui, non seulement, protègent les bestiaux, mais servent encore de brise-vent. Ce brise-vent permettra de planter de bons vergers et sera en même temps une excellente protection pour ces vergers. On remarque généralement que les arbres fruitiers protégés par les arbres forestiers sont toujours plus productifs que les autres ; car la fécondité n'est pas paralysée par les gros vents qui se font sentir à l’époque de la floraison. Alors les fleurs sont emportées en plus petit nombre par les tempêtes, et les fruits sont moins exposés à couler, De plus l'air se purifie sous les arbres et éloigne de la sorte une foule de maladies. Le défricheur ferait donc une œuvre excellente en laissant autour de sa propriété une large rangée d’arbres. Dans certaines contrées, en Angle-
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terre surtout, la plupart des propriétés sont ainsi environnées d'arbres, et c’est certainement à la présence de ces arbres que l’on attribue en grande partie la richesse agricole de notre mère patrie. L’ouest des Etats-Unis est presque complètement privé d'arbres ; mais les cultivateurs de ces régions comprennent que cette absence d’ombrage leur est très funeste, et voilà pourquoi, depuis quelques années, ils font constamment des plantations d’arbres sur leurs propriétés. Quant au défricheur, il n’est pas obligé de faire des plantations, mais il doit conserver quelques-uns des arbres vigureux et forts qui croissent sur sa terre.
Les arbres contribuent puissamment à la purification de l'air. Or, dans les nouveaux défrichements, il se dégage du sol des miasmes très préjudiciables à la santé de l’homr” et des animaux. Ces exhalaisons, dans certaines sai de l’année surtout, engendrent des fièvres fort dangereu », contre lesquelles le défricheur doit prendre toutes les mesures possibles pour s’en préserver, lui et sa famille, Pour arriver à cette fin, le colon ne défrichera qu'une certaine étendue de terrain pour y asseoir son habitation et ne commencera son véritable défrichement que quelques arpents plus loin.
Le plus souvent le colon est peu favorisé de la fortune, et son défrichement se fait rarement dans de bonnes conditions. Voici, en quelques mots, comment il opère : il commence par sarcler, c’est-à-dire par couper toutes les branches et les broussailles qui croissent entre les grands arbres; ensuite il attaque les grands arbres eux-mêmes. Dans quelques localités, on brûle au printemps les arbres là où ils ont été abattus.
Ailleurs on procède avec plus de méthode : on coupe les arbres en morceaux d’une certaine longueur—c'est ce qu’on
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On calcule que la cendre, produite par le bois d’un arpent de terre, rapporte un baril de potasse, dont le prix varie de $20 à $25. Le défiichement d’un arpent de terre coûte généralement $15. Ilreste donc un petit profit net en faveur du défricheur qui ramasse sa cendre après l’abattage.
Le colon pauvre fait brûler ordinairement les débris végétaux qui couvrent la surface du sol ; autrement, il n'aurait pas besoin de semer, car la terre ne produirait pas ou ne produirait que très peu, parce qu'il existe sur les terres nouvellement défrichées des principes acides qui sont tout à fait contraires aux végétaux que nous cultivons générale: ment. Le brûlage a pour effet de faire disparaître cette acidité. Aussi les plantes cultivées sur une terre couverte de cendres, ont-elles une végétation des plus vigoureuses, et il ne suffit que de faire un simple piochage pour avoir une abondante récolte.
Les souches restent sur le sol après l'abattage et y demeurent longtemps, afin que le défricheur puisse les enlever sans aucune difficulté lorsqu'elles sont pourries. En attendant, il cuitive entre les souches, mais bien misérablement. Cette manière d’opérer est très simple, mais aussi très lente. Vu l’état de gêne dans lequel se trouve le colon, il lui est presque toujours impossible d'agir autrement.
Si un homme a des capitaux suffisants à sa disposition, il pourra procéder d’une autre manière, avec plus d'avantages et moins de pertes. Les travaux préliminaires du défrichement et l'abattage, dans ce cas, se feront encore suivant les mêmes données ; mais le brûlage s’opèrera toujours par tas et l’on prendra bien garde à ce que la terre brûle en même temps ; car il est vrai que le brûlage fait disparaitre l'acidité du sol, mais il détruit de plus une foule de principes fertilisants. Ce n’est pas la terre qu’on brûle, mais ce sont au contraire les débris de branches, de feuilles, de corps morts qui, en se décomposant, forment un engrais très riche. En brûlant cet engrais, on brûle tous les principes fertilisants, moins la cendre, et on perd autant que si l’on brülait les fumiers d’étables.
ie défricheur possède un autre moyen aussi expéditif que le brûlage pour détruire l'acidité du sol. Ce mcyen, qui ne cause pas autant de pertes, c’est la chaux. La chaux étendue sur le sol hâte la décomposition des substances organiques, c’est-à-dire des substances végétales et animales, se combine avec les acides du terrain et les neutralise. On a donc par ce moyen tous les avantages du brûlage, mais aucun de ses inconvénients. Pour se servir de la chaux, on la laisse éteindre en tas sur le sol en la recouvrant de terre, et lorsqu'elle est réduite en poudre, on l’étend sur tout le terrain et on l’enterre par un piochage ou un hersage.
Cette amélioration n’est pas la seule qu'on devrait introduire dans les nouveaux défrichements. En voici encure quelques-unes d’une utilité incontestable. Par exemple, le colon pourrait utiliser, bien mieux qu’il ne le fait aujourd'hui, les cendres provenant du brûlage du bois. Les cendres vives surtout ont des effets merveilleux sur la végétation ; elles agissent d’abord comme engrais ; ensuite elles hâtent
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la décomposition des débris végétaux accumulés à la surface et neutralisent l'acidité contenue dans le sol d’une manière analogue à la chaux. En faisant de la potasse avec ces cendres, il sera impossible de les employer. Cependant les cendres lessivées ne sont pas encore à dédaigner, parce qu’elles favorisent, elles aussi, la végétation de nos plantes. On doit donc les recueillir avec soin et les étendre uniformément sur toute la surface du défrichement, Comme on le voit, les cendres vives et les cendres lessivées sont d'un grand secours au colon qui commence à faire un défrichement.
Une troisième amélioration que le colon à l'aise peut effectuer dans un défrichement, c’est l’arrachage des souches avant même qu’elles soient pourries. La présence des souches et des racines sur un terrain oppose sans cesse des obstacles sérieux à la culture et en retarde beaucoup les travaux. Il est presque impossible de cultiver ces terrains à la charrue tant qu’on n'a pas enlevé es racines, et l’on sait que le travail à la main est beaucoun plus coûteux que celui exécuté par les animaux de trait. On comprend qu’il est très avantageux de faire disparaitre les souches et les racines le plus tôt possible, et voilà pourquoi un grand nombre de cultivateurs intelligents n’ont pas hésité à suivre ce conseil.
Cependant ce procédé rencontre des adversaires. On dit que l’arrachage des souches et des racines appauvrit la terre. Il est vrai que les souches et les racines, en se décomposant, enrichissent le sol par les débris qu’elles y laissent ; mais l'économie que nous réalisons dans le travail compense parfaitement cette perte et donne même un excédant de profit. D'ailleurs, lorsqu'on brûle la terre et les débris végétaux accumulés à sa surface, on détruit plus d'engrais
qu’on ne le fait en arrachant les souches et les racines avant leur décc mposition; et cependant on continue de suivre cette coutume dans plusieurs localités. Il vaudrait encore mille fois mieux ne pas brûler la terre et arracher les souches et les racines le plus tôt possible,
Une seconde objection à l’arrachage des souches et des racines avant leur décomposition, c'est que ce travail est très difficile. Autrefois, c'était le cas, mais pas aujourd'hui. Nous avons des arrache-souches très puissants qui enlèvent sans difficulté les plus fortes souches avec leurs racines. Si, après l’arrachage des souches, il reste encore des racines, nous avons, pour les arracher ou les couper, des charrues construites dans ce but. 12 sorte que l’arrachage des souches et des racines avant leur décomposition ne souffre plus aucune difficulté.
CULTURE DES NOUVEAUX DÉFRICHEMENTS — La manière de cultiver les nouveaux défrichements laisse beaucoup à désirer. D'après la méthode généralement suivie, les défricheurs ne tirent pas de leurs terres tous les avantages qu’ils pourraient en obtenir. La première culture est ordinairement un simple piochage par lequel on n'attaque que la surface ; mais cette surface n’est composée que d'engrais, que l’on remue, qui s'évaporent et qui perdent une grande partie de leurs principes fertilisants. Les défricheurs agissent dans ce cas comme les cultivateurs qui, après avoir étendu leur fumier sur leurs champs, le laissent sécher au soleil au lieu de l’enterrer. Les engrais, quelles que soient leur nature et leur provenance, ne produisent de bons résultats que lorsqu'ils sont enfouis dans le sol. Il est vrai que, dans certaines circonstances, on dépose le fumier en couverture, par exemple sur les prairies et sur certaines terres légères ; mais alors le fumier ne produit pas d'effets en proportion
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de la quantité qu'on y met. Sur les prairies, du reste, on fume en couverture, parce qu'on ne peut pas les labourer ; on les détruirait par cela même. Sur certaines terres légères on fume encore en couverture, non seulement pour les engraisser, mais encore pour les empêcher de se dessécher, Cependant il n’en est pas moins vrai qu'il n'y a qu'une partie de ces fumiers qui est utilisée ; c'est celle que les eaux des pluies font pénétrer dans le sol ; l’autre partie s'évapore, est emportée par le vent et est complètement perdue pour la végétation. On peut donc admettre, comme règle générale, que les fumiers ne sont parfaitement utilisés
que lorsqu'ils sont enfouis dans le sol.
En appliquant ce principe au défrichement, on remarque que le colon qui se contente d’un piochage perd beaucoup dl richesse qui s'était accumulée sur sa terre depuis un ground nombre de siècles. L’épuisement de sa terre est si rapide, qu’il devrait prendre les mesures nécessaires pour
empêcher les déperditions. Le meilleur moyen d'arrêter cet épuisement désastreux, c’est d’enfouir l’humus qui couvre la terre dans l'intérieur du sol, La première culture à exécuter dans un nouveau défrichement consisterait donc dans un labour profond, qui permettrait d’enfouir l’humus à une profondeur suffisante, et l’humus ainsi enfoui pourrait fourair, pendant de longues années, une nourriture des plus abondantes à toutes nos plantes cultivées.
Ce système de culture a encore un autre avantage réel. Dans les nouveaux défrichements, la première récolte ne donne pas toujours le rendement désiré. Cette récolte se développe sur un terrain si riche et si abondamment pourvu de principes fertilisants, que les plantes poussent avec une vigueur extraordinaire, Les céréales, par exemple, atteignent souvent une hauteur de quatre à cinq pieds; mais malheureu-
sement ces pailles élancées sont rarement garnies de bons épis. En résumé, on récolte beaucoup de paille, mais peu de grain. Lee grain est très mince, mal fait, très petit et ridé. En outre, la végétation se prolonge si longtemps, que les plantes ont beaucoup de difficultés à mûrir, et il est rare que les grains ne gèlent pas avant leur maturité. Les bonnes récoltes dans les nouveaux défrichements ne commencent à se faire sentir qu'après la deuxième ou la troisième année de culture. Dans les Cantons de l'Est que nous appelons communément les Bois-Francs, et dans la vallée du lac Saint-Jean, plusieurs défricheurs prétendent que plus ils labourent leurs nouvelles terres, plus leurs récoites augmentent, On doit conclure de ce fait que la première culture à donner à un nouveau défrichement est un labour profond, et ce labour, aidé d’un chaulage, si c’est possible, ou sil’on épand des cendres avant le labour, produira d’abondantes récoltes dès la première année.
On sait que la surface des nouveaux défrichements est loin d’être régulière. On rencontre çà et là de nombreuses ondulations ou accidents de terrain; on y voit des trous profonds suivis de monticules üe terre assez élevés. Cette irrégularité de la surface nuit beaucoup à l’écoulement des eaux et aux travaux de culture. Pour faire disparaître ces accidents, on fait suivre le labour d’un nivellement, qui consiste en plusieurs hersages profonds ; mais si les monticules sont trop élevés ou les trous trop profonds, les hersages ne pourront suffire ; alors on comble les trous avec la pelle ou la bêche, ou, mieux encore, avec la pelle à cheval, si le colon en a une à sa disposition.
Pour que le labour et le nivellement aient le meilleur résultat possible, le défricheur ne les fera qu’en automne. Si la saison n’est pas favorable et que le colon ne puisse
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donner la dernière main à sa terre qu’au printemps, il sera plus avantageux de faire ses premières semences sur un piochage et de n’exécuter un labour profond que l’auiomne suivant; c’est aussi à cette dernière époque que l'on répandra de la chaux sur la terre, si l’on a les moyens de faire des chaulages.
On ne doit faire un labour profond qu’en automne ; car, par cette opération, on ramène toujours à la surface une certaine quantité de terre de mauvaise qualité ; cette terre n’a jamais été aérée, est complètement impropre à la végétation et ne devient de bonne qualité qu'après une parfaite aération. Or, en faisant les labours profonds en automne, cette terre ramenée du fond est soumise aux alternatives des gelées et des dégels, se réduit en poudre et l’aération se fait d’une manière complète. Le printemps suivant, lorsque la terre a perdu son humidité surabondante, on lui donne un fort hersage, sur lequel on sème. Sur certains sols, ce hersage est tout à fait inutile, parce que la terre s'ameublit suffisamment sans cela.
Le colon doit apporter beaucoup de soin dans le choix des plantes qu'il cultive comme première récolte sur des nouveaux défrichements, car toutes les plantes n’y réussissent pas également bien. S'il s’agit d’une terre forte et argileuse, les plantes qui donneront le meilleur rendement, sont les racines, telles que patates, carottes, navets, betteraves, ec. Les grains sont exposés à verser, c’est à dire à se coucher sur le sol et à pourrir, parce que leurs tiges sont trop élancées et trop faibles. Mais cependant le défricheur ne peut pas se passer Complèt.ment de grains; ilena besoin pour sa nourriture, l'entretien et l’engrais de ses animaux, De tous les grains, celui qui réussit le mieux comme première culture, c’est l’avoine, parce que cette
plante se contente de grossiers aliments et donne un bon produit. Le défricheur est aussi quelquefois obligé de semer du blé dans une terre neuve; mais c’est la récolte qui rapporte le moins. ‘Tout de même, si le terrain a été bien chaulé, le blé donnera un bon produit.
Dans les terrains légers, de couleur jaunâtre, on peut semer du sarrasin pour la première année. Si ces terrains sont très secs, on y fait croître du seigle avec succès ; quelquefois on peut aussi réussir avec le blé et l'orge, mais ces céréales produisent beaucoup de paille et de bien pauvres épis, sans compter que ces produits sont exposés à geler avant leur maturité. Sur les sols riches, la végétation se prolonge bien au delà du temps voulu par notre climat, et les gelées se font sentir lorsque les grains sont à peine formés.
De plus, les terres nouvellement défrichées et entourées de tous côtés par d'immenses forêts d'arbres gigantesques, ne sont réchauffées par le soleil que pendaiis une petite partie de la journée. Elles prennent donc peu de chaleur, mais elles en perdent beaucoup pendant la nuit, et voilà pourquoi les gelées sont si fréquentes. Ces terres contiennent toujours une certaine quantité d'humidité qui s’évapore. Or, nous savons que toute évaporation est une cause de refroidissement. Par conséquent, on peut considérer l’évaporation comme la troisième cause des gelées hâtives de l'automne, si fréquentes dans les terres nouvellement défrichées.
Dans l'intérêt même de sa culture, le défricheur doit apporter un soin particulier au choix de ses grains de semence. Ces semences ne doivent appartenir qu'aux meilleures variétés et être complètement débarrassées de toutes les graines de mauvaises herbes. Il n’est pas nécessaire de
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dire ici que les bons grains produisent toujours de meilleures récoltes que les mauvais ; l’expérience est Ià pour le démontrer. Quant aux mauvaises herbes, on sait que ces: plantes se propagent assez facilement d’elles-mêmes, sans les introduire dans nos champs avec nos grains de semence,
Enfin, pour assurer le succès des plantes cultivées sur les nouveaux défrichements, il faut égoutter le terrain aussi complètement que possible, surtout dans les parties basses et humides; car, sans un égouttement suffisant, le grain sera perdu, et aussitôt que l’excès d’humus aura disparu, les terres nouvellement défrichées ne vaudront pas mieux que nos vieilles terres.