‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 32 sur 113 · DÉFRICHEMENT DES PRAIRIES NATURELLES · texte numérisé non relu

DÉFRICHEMENT DES PRAIRIES NATURELLES

Il faut agir avec beaucoup de discernement dans le défrichement des prairies naturelles. La formation d’une nouvelle prairie naturelle est toujours très lente, et, pendant de nombreuses années, le cultivateur est condamné à n’obtenir que de bien faibles produits. Aussi devons-nous conserver ces prairies naturelles aussi longtemps qu’elles donnent de bons produits.

Un grand nombre de terrains rapportent beaucoup plus en prairies que s'ils étaient labourés. On ferait, par consé. quent, une folie de les labourer. Ily a des terres qui, placées sur le bord des rivières, sont inondées périodiquement. Pendant ces inondations, les eaux déposent sur le terrain un limon très favorable à la végétation du foin ; mais si on labourait ces terres, les eaux n'y laisseraient aucun limon et enlèveraient de plus tout l’engrais du sol. Comme ces inondations retardent beaucoup les travaux du sol, les labours ne peuvent se faire que très tard; par conséquent les semences sont tardives de même que les

récoltes. Souvent il survient en automne d’autres inondations qui détruisent les récoltes elles-mêmes. Il vaut donc mieux laisser ces terres en prairies.

On devrait également laisser en prairies naturelles les terres situées sur le penchant d’une côte rapide ; d’abord, parce que la culture des plantes y est toujours difficile ; ensuite, parce que ces pentes labourées sont lavées par les eaux des pluies et par celles provenant de la fonte des neiges. Toute la bonne terre du scmmet de la pente est alors transportée au bas, dans la vallée ; de sorte que le sommet devient peu à peu stérile. Si l’on gardait ceite pente en prairie naturelle, les nombreuses racines que forme le gazon retiendraient la terre à la mên:c place, l’eau passerait sur la surface du sol sans l’attaquer, et la bonne terre serait conservée. Ainsi les terres en pente sont d’une culture si difficile et les racines des plantes fourragères retiennent si bien la terre que l’on devrait utiliser ces pentes par la création de prairies.

Dans les terrains frais, plats et d’un égouttage lent, on obtient généralement un profit net plus élevé par les prairies que par les cultures annuelles.

Enfin, dans la situation actuelle de l’agriculture, le prix de la main-d'œuvre est tellement élevé et le prix de vente des grains qu’on récolte est si bas, que la culture de ces grains est devenue peu avantageuse ; tandis que l’exploitation des prairies donne un fourrage abondant au moyen duquel on peut garder un bétail nombreux, dont les produits obtiennent toujours des prix très élevés sur nos marchés.

D’après toutes ces observations, nous concluons que les terrains situés sur le bord des rivières et périodiquement inondés, les terres en pente rapide, les sols frais et plats, et en général toutes les bonnes terres fourrageuses doivent

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être consacrés à la production des prés, tels que pâturages et prairies. Mais, en dehors des terres que nous venons de mentionner, nous en rencontrons un grand nombre d’autres sur lesquelles la production des céréales serait plus avantageuse que celle du foin, et qui, cependant, sont aujourd’hui en prairies. Le cultivateur habile défrichera ces prairies et les soumettra à la culture des céréales et des autres plantes usuelles. Cependant, parmi ces prairies qu’on est forcé de défricher, quelques-unes produisent peu parce qu’elles sont trop vieilles ; et si on les rajeunissait, elles donneraient en foin beaucoup plus qu’elles ne rapportent en céréales.

Dans ce cas, il faut étudier la prairie et chercher à connaitre les causes qui ont amené la vieillesse. Ordinairement les vieilles prairies sont très claires, et leur surface est couverte de mousse. Il est bon de remarquer ici que ce n'est pas la mousse qui détruit le foin, mais qu’elle ne pousse qu'après que le foin s’est éclair. Avant de se décider à défricher ces sortes de prairies, on essayera de les rajeunir. Pour cela, on exécutera un bon hersage pour détruire la mousse et on sèmera quelques bonnes graines de prairies, comme le mil, les pâturins, etc. Après le semis, on répandra sur la prairie de bons engrais, tels que le jus de fumier mélangé d’eau, les cendres vives ou lessivées, la chaux et le plâtre. Quelquefois, à défaut de ces substances, on emploie du fumier de ferme bien décomposé. Généralement ces travaux sont suivis d’une forte augmentation dans les produits de la prairie ; si la prairie n’est pas fatiguée de porter du foin, ce rajeunissement fera sentir longtemps sa bienfaisante influence, et une abondante production se continuera pendant plusieurs années.

Mais si la prairie est réellement trop vieille, l’'augmentation des produits ne se maintiendra que pendant une ou

deux années, et ensuite la production retombera au point l où elle était avant qu’on eût fait les améliorations citées plus q haut. Alors il faut la défricher, la cultiver pendant plusieurs €

années et ne la remettre en prairie qu'après la décomposition complète du gazon qui recouvrait la surface.

Quant à la manière de défricher ces vieilles prairies, elle o à varie, suivant que le terrain est marécageux ou non, pierreux n ou non, etc. Chacune de ces circonstances influe sur le rt mode de défrichement. Ilest donc nécessaire de traiter fl ces différents sujets dans des chapitres séparés. a 1° DÉFRICHEMENT DES TERRAINS INCULTES EN FRICHES. € — Il existe dans plusieurs parties du Canada de grandes (© étendues de terrains, autrefois cultivées et aujourd’hui IE abandonnées à elles-mêmes, qui ne donnent qu’une nourri- vi ture grossière aux animaux qu’on y envoie paître, et qui ne ta produisent que quelques arbres rabougris. On désigne ces el terrains sous le nom propre de friches. re Les friches sont ordinairement des terres basses et humides. C’est à cause de leur situation sans doute qu'on cl les a abandonnées. Mais on a remis en culture quelques de parties de ces friches, et partout où l’on a pu les égoutter P convenablement, on a obtenu d'excellentes récoltes. Ce qui pl leur manque, c’est donc un égouttage suffisant. Quelques-uns de ces friches appartiennent quelquefois à la des terrains de plaines argilo-siliceux, qui ne sont peut-être : pas de première qualité, mais qui sont néanmoins supérieurs s0 à un grand nombre de terres actuellement cultivées et dont la » la mise en culture serait très avantageuse. et D'autres friches sont marécageux, et leur mise en culture nécessiterait beaucoup de dépenses. Mais, comme un grand pr

nombre de nos terres sont coupées par ces marécages, il devient urgent de les mettre en culture, tant pour augmenter pr

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