‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 33 sur 113 · RICHES · texte numérisé non relu

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la valeur de la terre que pour chasser les mauvaises odeurs qui s'élèvent des marais, et faciliter les communications entre les deux parties de la propriété.

20 TERRAINS INCULTES NON CAILLOUTEUX.—Si le sol est couvert de broussailles, on les arrache avec leurs racines et on les fait brûler de la même manière que dans les défrichements d’une forêt. Ce brûlage produit des cendres que l’on répand sur le terrain. On fait ensuite un bon labour profond ; la cowenne qui formait la surface du sol se trouve aussi enfouie, et, comme elle est en contact avec la cendre, elle se décompose rapidement. Ce labour de défoncement est absolument nécessaire ; car, si l’on se contentait d’un labour ordinaire, les mauvaises herbes pousseraient de nouveau et étoufferaient les plantes qu’on aurait cultivées, tandis qu'avec un labour profond les mauvaises herbes sont enfouies à une telle profondeur qu’elles ne peuvent pas repousser.

Pour corriger l'acidité de ces terrains, l'emploi de la chaux est nécessaire, La chaux a pour effet non seulement de corriger l’acidité du sol, mais encore de hâter la décomposition des couennes qui, une fois pourries, donnent au plantes une nourriture abondante.

Pour les mêmes raisons que nous avons déjà exposées, le labour de défoncement devra se faire en automne.

On remarque quelquefois que les terres tirées du fond sont très pauvres. Dans ce cas, il faut fumer abondamment la surface du sol. Cette fumure se met le printemps suivant, et on l’enterre par un léger labour.

Les plantes qui réussissent le mieux sur ces terrains ainsi préparés sont les patates, l’avoine et quelquefois le lin.

D’après ces quelques considérations générales, on comprend parfaitement que, pour entreprendre Ja mise en cul-

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ture de ces terrains incultes, il faut avoir quelques avances ; autrement, on courrait le risque de ne pouvoir mener ses travaux à bonne fin.

39 TERRAINS INCULTES CAILLOUTEUX, — Dans les friches reposant sur un sol caillouteux, les travaux de défrichement se font de la même manière que dans les terrains précédents, c’est-à-dire qu’on arrache les broussailles avec leurs racines, qu'on les fait brûler, qu’on répand les cendres sur lu surface de la terre et qu’on brise ensuite cette surface au moyen d’un labour profond. Mais la présence des cailloux présente un grand obstacle à l'exécution de ces différents travaux. Le labour ne peut pas se faire avec la charrue ; il faut absolument qu'il soit exécuté à bras d'hommes. On pioche la terre le plus profondément possible, et on extrait les pierres à mesure qu’elles se présentent. Ensuite, lorsque l’opération est terminée, on transporte les pierres le long des clôtures où elles peuvent servir de bases à ces dernières en prenant la place d’une ou deux perches, ou bien, quand elles sont de bonne qualité, c’est-à-dire lorsqu'elles se fendent bien, on peut les employer pour la construction, ou encore les enfouir à une certaine profondeur dans le sol, de manière à ne pas nuire à la végétation. On suit beaucoup cette dernière méthode dans plusieurs paroisses, et l'on s’en trouve bien. Mais jamais le cultivateur intelligent ne doit laisser les pierres en tas sur le milieu de son champ, et encore moins en remplir les fossés.

Dans le premier cas, on perd beaucoup de terrain, et la culture est excessivement difficile à faire ; la charrue et les autres instruments aratoires n’approchent que très difficilement de ces tas de pierres et courent même le risque de se briser à tout instant. Outre ces inconvénients, les tas de pierres au milieu des champs sont une source de mauvaises

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herbes et d'insectes, Les premières y croissent et s’y multiplient à leur aise ; les vents en transportent les graines dans tous les sens, et tous les champs circonvoisins en sont même irfestés. Il n’y a pas de doute que, si un aussi grand nombre de terres sont aujourd’hui couvertes de mauvaises herbes, c’est parce que celles-ci ont été facilement propagées par les tas de pierres. Il est impossible de faire une culture intelligente lorsque la surface d’un champ est parsemée de tas de pierres. Quant au transport des cailloux dans les fossés, on comprend que l’on agit alors contre le sens commun, puisqu'on rend inutiles les immenses travaux qu'on a exécutés pour l'égouttage de la terre.

L'expérience a démontré que la présence des cailloux isolés sur une terre ne lui est pas défavorable et même que quelques cailloux mêlés à la couche arable favorisent la végétation, soit en réchauffant le sol, soit en lui donnant plus de fraicheur. On a remarqué, en effet, que les pierres régularisent la température des terrains, en donnant de la fraicheur aux sols chauds et de la chaleur aux sols froids. Néanmoins il ne faut pas que ces cailloux soient en trop grand nombre ; car alors on perd du terrain et par suite des produits ; et les instruments aratoires, en se frottant sur ces p'erres, s’usent plus vite qu'ailleurs. Sile terrain est en foin, on est obligé de laisser les chaumes longs, et c’est 1à une perte sur la quantité du foin. Si le terrain est en céréales, on perd encore également sur la paille, mais cette perte n’est pas très appréciable. Quand il s’agit de prairies surtout, on débarrasse le terrain de toutes les pierres, avec d'autant plus de soin qu’on aura l'intention de faire la récolte de foin avec des faucheuses.

Pour épierrer un champ, on choisit ce qu’on appelle la morte saison, c’est-à-dire le temps qui sépare les dernières

semailes des premières récoltes ; car, pendant ce laps de temps, si nous en exceptons les sarclages, l'ouvrage ne presse pas sur une ferme. On commence par ramasser à part les petites pierres. Lorsqu'on rencontre de grosses pierres sur des prairies, on attend pour les enlever à l’automne suivant, généralement sur les terres gelées avant les premières neiges, afin de ne pas briser la surface des prairies. Si les pierressont trop grosses pour qu’on en opère l’enlèvement avec les moyens ordinaires, on les attaque alors avec de la poudre. On perce dans le caillou un trou d’une certaine profondeur, suivant sa grosseur, et l’on y introduit de la poudre avec une mêche appelée rafelle ; on bouche ensuite le trou avec de la terre argileuse ou de la brique pilée que l’on tasse fortement ; on met le feu à la mêche qui le communique à la poudre ; celle-ci fait explosion et la pierre vole en éclats. Comme ce travail est très dange reux, il vaut mieux le confier à des hommes expérimentés. Quelquefois les pierres sont si grosses, si nombreuses et si enfoncées dans la terre que leur extraction deviendrait une véritable ruine pour le cultivateur ; les profits ne compen. seraient pas alors les dépenses. Dans ce cas, on les laisse en place et l’on utilise le terrain en y faisant des plantations d'arbres fruitiers. C’est un excellent moyen d’obtenir de bons produits de ces terrains à peu près inutiles.

Les pierres extraites du champ sont, comme nous l'avons déjà dit, transportées par les attelages près des clôtures, où elles remplacent un certain nombre de perches ; quelquefois même les clôtures sont faites entièrement de pierres. Les clôtures en pierres sont de magnifiques améliorations ; car si elles sont bien faites, elles peuvent durer des siècles, et, bien que leur prix de confection soit assez élevé, elles coûtent er fin de compte moins cher que les clôtures de

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perches. Sur les terrains sablonneux surtout, et en général sur tous ceux qui ne lèvent pas à la gelée, la clôture de pierres est presque indestructible; mais dans les terres argileuses qui lèvent à la gelée, les clôtures de pierres ne résistent pas longtemps, à moins qu'on ne les construise avec beaucoup de précautions.

On peut se demarder ici pourquoi la terre lève à la gelée. C’est parce qu’elle renferme une grande quantité d’eau qui, pendant les foïds, se congèle et augmente de volume, Si l'on fait disparaître cette eau surabondante, la terre ne lève plus à la gelée et la clôture ne se dérangera pas. Pour mettre fin à ces bouleversements causés par la gelée, on fera de chaque côté de la clôture un fossé profond et ayant une pente suffisante ; l’eau s’écoulera facilement, et l’on placera la clôture sur la lisière de terre qui sépare les deux fossés. Mais, comme la masse de pierres nécessaires à une clôture représente un poids considérable, la terre pourra peut-être s’ébouler. Pour éviter cet inconvénient, on éloigne les bords des fossés de dix-huit pouces à deux pieds de la clôture. En prenant cette précaution, la clôture ne courra aucun risque d’être dérangée.

4° TERRAINS MARÉCAGEUX, — Nous savons tous que la terre doit contenir une quantité d’eau suffisante, mais non surabondante, pour que la végétation s'opère d'une manière convenable, Dans les terrains secs, la végétation souffre et est bien pauvre, parce qu'il y a insuffisance d’eau ; dans les terrains marécageux, la végétation languit encore, parce qu'il y a surabondance d’eau. Dans les terrains marécageux, on rencontre quelquefois des plantes qui leur sont propres ; mais nos végétaux cultivés ne peuvent y croître Pour rendre ces terrains productifs, il faut les soumettre à u1 mole de défrichement tout particulier, dont la première

opération consiste à faire disparaître l’eau surabondante, soit au moyen de fossés, soit au moyen de drainage, suivant la nature du sol, et ce n’est qu'après cette opération préliminaire que l’on peut commencer le défrichement proprement dit.

On divise les terrains marécageux en deux catégories bien distinctes, suivant l'épaisseur des débris végétaux qui recouvrent la première couche de terre. Il est bon de remarquer que le sol des terrains marécageux est formé d'une terre argileuse, compacte et imperméable, à travers laquelle l’eau ne peut s’infiltrer. Cette eau reste stagrante sur le sol et ne disparait lentement que par l'évaporation pendant les grandes chaleurs. Au sein de citte humidité excessive, il croît certaines plantes particulières aux terrains marécageux et qui se développent successivement et meurent sur place, en formant une couche de tourbe de terre noire d'une épaisseur plus ou moins grande. ‘Tantôt cette couche est plus épaisse, mais en revanche elle est très compacte, très dense et formée d’un tissu très serré, dû à l’enchevêtrement des racines, des plantes qui croissent à la surface ; on utilise en grande partie cette tourbe comme combustible ; tantôt la couche de tourbe mesure plusieurs pieds d'épaisseur, mais elie est alors moins compacte ; elle est aussi formée par les plantes qui poussent à la surface ; mais ce sont en général des débris morts ou en décomposition, tandis que, dans le premier cas, la tourbe est formée par des racines encore vivantes.

Après le desséchement de ces terrains, on procède au défrichement. mais suivant un mode particulier. S'il y a des arbres ou des aïibrisseaux, on les fait brûler et ensuite on attaque la couché de tourbe. D’abord les labours ne suffisent pas pour se débarrasser de la tourbe ; ensuite la couche

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est trop épaisse pour qu'on puisse la mélanger avec la terre végétale. D'ailleurs les plantes qui forment la surface repousseraient, et les plantes qu'on aurait semées ne pourraiént pas végéter, Puis cette tourbe se décompose très lentement, devient très spongieuse et s'oppose à une bonne préparation de terrain. Pour éviter tous ces inconvénients, on aura soin, avant de labourer, de faire brûler la tourbe. C'est par le brûlage seul que de grandes étendues de nos terres ont été mises en culture : la plaine de la Rivière- Ouelle nous en offre de nombreux exemples.

Malheureusement le système de brûlage, qu'on suit assez souvent, donne lieu à de grandes pertes, qu’on devrait empèêcher à tout prix. Dans les vieux pays, on opère le brûlage d’une manière plus judicieuse, par un procédé qu’on appelle écobuage. Voici comment on opère: on enlève une certaine épaisseur de la tourbe, six à sept pouces, avec des instruments particuliers ; on découpe cette tourbe en morceaux carrés, on la retourne et on la laisse sécher pendant quelque temps ; puis on forme des fourneaux auxquels on met le feu, et, après avoir mis le feu aux fourneaux, on bouche toutes les ouvertures, afin que le brûlage s'opère lentement et que la tourbe ne suit que charbonnée, mais non complètement brûlée. Lorsque la tourbe est réduite à cet état, on éteint le feu non pas avec de l’eau, mais en battant le fourneau avec le dos d’une pelle.

Par ce procédé, on réalise tous les avantages du brûlage ordinaire, et, comme ia combustion s’est opérée très lente. ment, on ne perd presque aucun des principes fertilisants. On étend ensuite les résidus de la combustion sur toute la surface du champ. On corrige par là l’acidité du sol, et la terre se trouve amendée et en même temps assainie. La terre argileuse brûlée est le meilleur amendement qu'on

puisse donner aux terres fortes, surtout à celles qui sont imperméables.

Enfin l'écobuage a pour effet de réchauffer la terre par le fait même qu'il Passainit. On peut employer cette opération pour le défrichement des vieilles prairies, en faisant brûler la couenne qui s'est formée à leur surface. On opère comme dans le cas précédent. Mais il ne faut pas que l’'écobuage revienne trop souvent sur le même terrain, parce qu'il finirait par appauvrirde sol et le rendre d’une stérilité

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