LES CÉRÉALES
Les plantes cultivées
Le blé est la plus importante de toutes les plantes cultivées, et, tous les ans, les besoins de l'homme exigent que l'on consacre de vastes étendues de terrains à cette culture. Le blé constitue la base de l'alimentation humaine dans tous les pays civilisés ; on en distribue même une certaine quantité aux animaux. Il est vrai que, dans quelques localités pauvres, le seigle, l'orge et l’avoine remplacent complètement le blé ; mais ces localités sont peu nombreuses et ne forment que de bien rares exceptions à la règle générale.
Le blé est, malheureusement, une plante très épuisante, qui ne peut pas réussir bien souvent sur le même terrain et «ui ruine la terre en peu d'années. C’est pour cette raison que le Canada, qui autrefois produisait tant de blé, ne donne aujourd'hui que de faibles produits.
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Grâce à une mauvaise culture et au manque de coaaissances agricoles suffisantes, on a ruiné nos terres petit à petit. Pour leur donner la fertilité d'autrefois, il faudrait réparer les fautes que nous avons commises, Nos principales fautes ont été les suivantes : le retour trop fréquent du blé sur le même terrain, le défaut de fumure, le labour trop léger et trop mal fait, le manque de soin dans la destruction des mauvaises herbes, les semis trop tardifs et le mauvais choix des semences. Réparons ces fautes, c'est-à dire mettons entre chaque récolte de blé un laps de temps suffisant ; engraissons bien nos terres et nettoyons-les ; faisons de meilleurs labours ; semons aussitôt que la terre est réchauffée ; choisissons bien nos semences, et peu à peu les produits abondants d'autrefois reviendront, Alors, non seulement nous récolterons assez de blé pour notre population, mais nous en aurons encore beaucoup pour l'exportation étrangère.
Nous ne voulons pas prétendre ici qu'il faut consacrer au blé une très grande étendue de terrain; c'est tout le contraire qui doit avoir lieu. Mais nous devons ménager le terrain, ne pas l’épaiser et lui faire produire une grande quantité de plantes fourragères, nourrir un grand nombre d'animaux, faire beaucoup de fumier, engraisser nos terres et produire les plus belles récoltes sur la plus petite étendue possible, Pour obtenir plus d’engrais, au fumier de nos animaux nous ajouterons les cendres lessivées, la chaux, les superphosphates, les wuanos, etc. (C’est par ces moyens que les pays eurspécrs, tels que l'Angleterre, l’'Ecosse et la Belgique, par enr :. à obtenir des récoltss de trente à quarante minis par arpent.
On distingue deux espèces de blé: le f 1ment et les épeautres. L: cr'actère distinctif de ces deu. ; \èces, c’est
que, par le battage, le froment donne un grain nu, tandis que le grain de l’épeautre est recouvert de sa balle.
Il y a trois espèces de froment : le blé fin, le blé dur et le blé gros. Le blé fin donne un grain d’une forme ovale tendre et recouvert d’une écorce très fine ; son épi est quelquefois barbu, quelquefois imberbe. C'est l'espèce que nous cultivons particulièrement sous nos climais. L'inus le blé dur, le grain est très dur et prend généraler.ent la forme d'un triangle ; son épi est quelquefois rond, quelquefois plat ; il est toujours à barbes fortes et lengues; sa paille est dure et pleine, Cette espèce se cultive dans les pavs chauds. Dans le blé gros, le grain est recouvert d'une écorce grossière et donne une farine inférieure À celle +, '#s fins ; l’épi est rectangulaire, présentant quatre ar : bien prononcées et pourvues de barbes longues qui se dirigent parallèlement à la longueur de l’épi; la paille est dure, souvent pleine et très peu convenable à la nourriture des animaux. Ces blés ne sont pas cultivés au Canada, mais ils pourraient l’être.
On distingue deux espèces d'épeautres : Ze grand et le petit.
Le grand épeautre est très rustique ; on le cultive dans les régions froides et très accidentées; on le sème en automne ; mais, exposé aux grands froids de l’hiver sur une terre qui n’est pas couverte de neige, il souffre beaucoup. L’épi est long et grêle, à épillets écartés, laissant l'axe à nu dans leurs intervalles ; il est imberbe ou pourvu de barbes peu développées.
Cet épeautre est beaucoup moins cultivé que les fromers, en raison de la difficulté que l’on éprouve à séparer le grain de la balle. Sa culture est concentrée dans les parties f.oides et montagneuses de l’Allemagne et de la Suisse, On
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cultive plusieurs variétés de cette espèce. La plus estimée est l'épeautre sans barbes, à grains rouges, qui résiste mieux à l'humidité et au froid, talle mieux et donne une farine plus belle et plus liante et un gruau très recherché,
Le petit épeautre est une plante que l’on sème en automne, Son épi est barbu, dressé, étroit, très aplati, composé de deux rangs d’épillets très serrés et à un seul grain. Cet épeautre est si peu productif en comparaison des autres céréales, qu'on ne le cultiverait probablement nulle part sans sa propriété de croître dans les sols les plus mauvais, dans ceux mêmes où on ne pourrait récolter ni seigle, ni avoine. Il offre, en outre, l'avantage de donner le plus fin et le meilleur de tous les gruaux.
En parlant de la culture du blé, nous nous occuperons surtout du froment et en particulier des blés fins. (Cependant les principes que nous émattrons sont applicables à toutes les espèces et à toutes le variétés de blé, et, s’il se présente quelquefois des différences dans la culture, nous les ferons connaître.
Parmi les blés fins, nous rencontrons des variétés barbues et des variétés imberbes. La paille des blés imberbes est trés estimée des animaux ; celle des blés barbus l’est moin: en raison de leurs barbes. Ces derniers blés ont l'avantage d'être plus rustiques, moins portés aux maladies, et d’avoir une paille plus raide et moins sujette à être couchée par les vents ou les orages.
Après quelques années de culture, on voit souvent Îles blés barbus devenir imberbes et les blés imberbes devenir barbus. Ce changement provient de ce qu’on n’a pas semé ces grains dans le sol qui leur convient le mieux. Ainsi le blé barbu préfère les terrains légers et riches ; le blé imberbe aime mieux un sol consistant. Par conséquent, si l’on cul-
tive le blé barbu dans un sol consistant et riché, et le blé imberbe dans un terrain léger et également riche, le premier perdra ses barbes et le second deviendra barbu.
Pour les blés fins, on établit une seconde division, et l’on en reconnait les caractères distinctifs par la cassure du grain. Dans cette seconde division on place les blés tendres et les blés coriaces.. Lorsqu'on casse un grain de blé tendre, on remarque que l'intérieur de ce grain est blanc et farineux, Par la mouture, ce blé donne une excellente farine, remarquable surtout par sa blancheur, et cette farine
mn pain très léger. Si l'on casse maintenant un grain
1é coriace, on constate que son intérieur est brun et vitieux ; sa farine est moins blanche et fait un pain plus pesant, mais aussi plus nourrissant.
Les blés tendres donnent leur meilleure récolte dans un sol léger, et les blés coriaces préfèrent les sols argileux ; mais la culture peut changer la nature de ces blés. Ainsi, par exemple, si l’on sème du blé tendre dans un sol argileux, après quelques années, il deviendra coriace ; tandis que si l’on cultive du blé coriace dans un sol léger, il deviendra bientôt tendre.
Enfin, nous divisons encore les blés en blés de printemps et en blés d'automne, suiyant la saison où l’on peut les semer le plus avantageusement. On sème les blés d’automne vers la fin du mois d’août ou au commencement de septembre ; ils passent l’hiver sous la neige et repoussent au printemps suivant, Les blés de printemps se sèment au printemps, aussitôt que la terre est suffisamment réchauffée,
Le blé d'automme est le plus avantageux des deux, sous tous les rapports. Les produits sont plus abondants en grain et en paille ; il est moins exposé aux maladies et aux insectes ; et il donne moins de son et plus de farine à la
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mouture. Malheureusement nos hivers rigoureux détruisent souvent les blés d'automne, qui ont la meilleure apparence ; de sorte que leur culture est très restreinte dans le plus grand nombre de nos paroisses canadiennes, où l’on préfère généralemeut le blé du printemps à cause de la certitude de ses produits, moins abondants il est vrai, mais moins exposés aux vicissitudes de la température. Cependant, dans nos hivers ordinaires, lorsqu'on sème du blé sur un terrain peu consistant et que l’on prend les moyens de retenir la neige sur le milieu du champ, le blé d'automne réussit presque toujours.
La culture a produit un nombre considérable de variétés de blé, dont la plupart sont très recoinmandables par quelques qualités particulières. Il n’est pas nécessaire d'introduire dans une culture toutes les variétés de blé ; on doit se contenter de choisir les variétés les plus productives et les plus convenables dans les circonstances où le cultivateur se trouve placé, Si les variétés que l’on cultive généralement dans notre iocalité me donnent pas de bons produits, il faut de toute nécessité les mettre de côté et les remplacer par d’autres plus appropriées aux terrains. On reconnait qu'un blé dégénère, lorsque sa production diminue et que ses pailles sont courtes et grêles, ses épis petits, son grain fin et mal nourri, Le bon choix des plantes à cultiver influe beaucoup sur le succès d’une culture. On peut dire même que ce choix est la base véritable de toute culture. On aura beau préparer un sol avec tout le soin possible, l'enrichir, l’amender, l’égoutter et le nettoyer, si nous n'avons que des plantes dégénérées à y cultiver, le produit sera toujours minime,
Le cultivateur intelligent peut augmenter la qualité d’uns variété quelconque, simplement par un bon choix de ses
semences. Qu'il prenne, par exemple, dans un champ de blé les épis les plus volumineux et les mieux remplis; qu’il choisisse dans ces épis les grains les mieux conformés et les mieux nourris, et qu'il sème ces grains; sur les produits qu'il en obtiendra qu'il fasse le même choix qu'auparavant ; qu’il continue ainsi pendant quelques années, et bientôt il aura une variété bien supérieure à celle qu'il possédait
Jorsqu’il a commencé à faire son triage. C’est d’ailleurs de
cette manière qu'ont été formées toutes les variétés de blé et de toutes les plantes. Mais on comprend que ce travail ne peut s'effectuer que sur une petite étendue.
SoL.—Le blé donne de bons produits dans tous les terrains qui contiennent une humidité suffisante pendant tout le temps de la végétation. Mais il ne faut pas que cette humidité soit trop grande ; car, dans ce cas, la paille. prend un grand développement, devient aqueuse et faible, et les grains se nourrissent mal. Si, au contraire, le terrain est sec, la végétation languit, parce que la nourriture contenue dans le sol ne parvient pas aux racines. On constate que dans les pays où les pluies sont fréquentes, le blé préfère les terrains légers et secs; tandis que, dans les contrées exposées aux sécheresses, cette céréale aime mieux les terrains argileux et frais.
Dans tous les pays, la terre propre à la culture du blé porte le nom de terre à blé. Ce sont tantôt des terres argileuses, tantôt des terres sablonneuses, suivant les localités. Au Canada, la terre à blé est une terre franche, contenant une assez forte dose d'argile, avec une proportion moyenne de sable et un peu de calcaire. Cette terre est de consistance moyenne et absorbe assez facilement les eaux de pluie, Dans tous les cas, le sol sur lequel on sème le blé doit être riche.
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Les fumiers d’étables contiennent des débris de grain et de paille qui conviennent très bien au blé, mais qui ne sont pas suffisants. Le blé demande certains principes que le fumier ne contient pas en assez forte proportion : la chaux, par exemple. De sorte que, dans les sols qui reçoivent du blé, quelle que soit la localité, il faut que l'élément calcaire yÿ entre dans une proportion convenable, et, si le terrain ne renferme pas de calcaire, on lui en donne par les chaulages, On remarque en général, que, dans les terrains dépourvus de calcaire, le grain de blé est toujours mal nourri et que, d'année en année, les épis raccourcissent. Voilà pourquoi l’on doit changer souvent de semences dans les sols qui ne contiennent pas de calcaire. Mais, cependant, le blé ne donne que de faibles produits dans les terrains très calcaires, parce que l’excès de chaux nuit à sa végétation. Il faut donc choisir un juste milieu: assez, mais pas trop de calcaire.
PLACE DANS LA ROTATION.—Le blé ne donne un bon rendement qu’à la suite des plantes qui n’ont pas les mêmes exigences que lui. Le blé d’automne ne peut pas venir après une réculte qui a mâûri tard, puisqu'on n'aura pas le temps de préparer la terre convenablement. Si le blé est semé sur un terrain parsemé de grosses mottes, pendant l'hiver ces mottes se pulvérisent, et la plante se trouve déchaussée et meurt au printemps suivant. Ainsi, le blé d'automne ne pourra pas venir après les betteraves, les navets et les carottes, mais il réussira bien sur une prairie ou sur un pâturage qu’on laboure de bonne heure, et après une récolte de patates hâtives.
On ne doit jamais seiner le blé plusieurs années de suite sur le même champ, ni sur un sol qui a donné plusieurs récoltes de céréales auparavant, parce que toutes les céréales
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ont à peu près les mêmes exigences, c’est-à-dire que l'orge, le seigle, l’avoine, le blé d'inde se nourrissent à peu près de la manière que le blé, et que cette longue suite de céréales favorise trop la croissance des mauvaises herbes.
Nous avons vu que le blé demande un terrain riche ; mais il ne faut pas que cette richesse provienne seulement du fumier, parce que le fumier comporte toujours avec lui beaucoup de graines de mauvaises herbes, qui salissent le terrain et diminuent la production du blé.
En résumé, le blé ne peut pas se cultiver avec succès après les plantes qui ont les mêmes besoins que lui, mais il donnera ses meilleurs produits après celles qui ont nettoyé la terre et l’ont laissée riche, le trèfle, par exemple, après les prairies, après les ve: ces fumées et coupées en vert et après les patates hâtives fumées et sarclées. Comme le blé est très épuisant, on cultivera après cette céréale une plante qui n’épuise pas beaucoup le sol, par exemple un pâturage, une prairie ou une récolte nettoyante, qui aura été engraissée.
PRÉPARATION DU SOL. — Les produits du blé, surtout, sont en proportion des soins qu’on donne à sa culture. D'après cette proposion, on doit comprendre que mieux le sol sera préparé, plus le produit du blé sera abondant. Si le terrain n’est pas meuble, naturellement il faudra l’ameublr par des labours et des hersages en nombre suffisant. Ordinairement on a l'air de trop craindre l’ameublissement du sol ; on est pour ainsi dire trop avare de soins, on ne fait presque toujours qu’un seul labour et on le fait le plus léger possible. Aussi, le blé, se trouvant dans une terre peu meuble, végète misérablement et ne donne que de faibles produits.
On a des exemples des bons effets d'un ameublissement complet dans nos jardins. Là, le terrain est bêché et émietté
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aussi parfaitement que possible ; et voilà pourquoi nos jardins nous donnent des produits vraiment extraordinaires,
ous admettons que, dans la grand culture, il est impossible d'effectuer un ameublissement aussi con:,let; mais on doit en approcher le plus qu’on peut ; les intérêts de la culture l’exigent.
Le premier labour de préparation s'effectue en automne, et on laisse la terre dans l’état où l’a mise la charrue jusqu'au printemps suivant, Pendant l'hiver et le printemps, les alternatives des gelées et des dége!s émiettent cette terre et l’ameublissent bien mieux que ne pourrait le faire le meilleur hersage. Mais si nous semons du blé d'automne, il faudra que le terrain soit labouré, ameubli et émietté avant les semis, et même on devra laisser ce terrain se renoser quelques jours avant de semer. Cependant la présence de petites mottes sur un terrain ensemencé en blé d'automne n’est pas dommageab'e ; ces petites mottes rendent mème de grands services, car, en s’égrenant pendant l'hiver, elles rechaussent le pied du blé et lui donnent plus de stabilité.
ENGRAIS ET AMENDEMENTS. -— Nous avons déjà dit que le blé est une plante très épuisante. C’est même la plus épuisante de toutes celles que nous cultivons en plein champ, et ses meilleurs produits s’obtiennent sur des terrains riches. Cependant le blé n'aime pas à être semé sur des fumiers frais ou récents. Son contact immédiat avec le fumier nuit beaucoup à sa production, et cette céréale ne donne alors que peu de grain, mais beaucoup de paille. Le meilleur moyen de satisfaire aux exigences du blé serait donc de le cultiver sur un terrain riche de sa nature où qui a été enrichi par des fumiers déposés dans des récoltes précédentes. Ainsi, le blé donnera un bon produit après une récolte de patates qui aura reçu une épaisse fumure.
Pour connaître quel est l’engrais qui convient le mieux au blé, on commence d’abord par étudier la composition de ce grain. Or, en analysant le blé, on trouve que ses cendres contiennent beaucoup de silice, qui sert à former la paille, avec un peu de potasse, puis de l'acide phosphorique, de la chaux, etc.
Par conséquent pour donner au blé toute la nourriture qu'il exige, il faut lui procurer des engrais riches en silice, en potasse, en phosphate et en chaux. Le fumier d’étables contient la plupart de ces principes ; les pailles qui ont servi de litières, fournissent la silice et la potasse ; les grains et l'herbe qui ont servi de nourriture renferment surtout des phosphates et autres acides. On remarque, cependant, que les phosphates contenus dans l’herbe absorbée par les vaches passent dans le lait, et qu’ainsi les engrais d’étables sont toujours trop pauvres en phosphates. Il n’y a que le fumier de cheval qui soit riche en cette substance ; mais malheureusement ces fumiers sont généralement en très petite quantité.
On sait qu’on doit semer le blé après une plante qui a reçu une fumure, et lorsque cette même plante a absorbé une grande quantité de fumier. En conséquence, si la fumure n’a pas été abondante, on peut s'attendre à ce que le blé manque de nourriture. Pour faire face à cette éventualité, les meilleurs cultivateurs fument toujours le blé directement. Mais,comme le fumier présente certains inconvénients pour cette céréale, 1ls emploient en même temps d’autres engrais et choisissent ceux qui contiennent en abondance les principes demandés par le blé; ils se servent, par exemple, de cendres lessivées qui sont riches en phosphates, de la poudre d’os également riche en phosphates, d’un engrais particulier qu’on appelle superphosphate, du guano
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et de la colombine, des urines humaines et des matières fécales. On emploie ces deux dernières substances à l'état liquide ; et lorsqu'elle sont vieilles, on les mélange avec une grande quantité d’eau, parce que ce sont des engrais très puissants.
Au commencement de ce chapitre nous avons vu que le blé est une plante très épuisante. En effet, on a fait de nombreuses expériences à ce sujet et l’on à constaté que le grain et la paille de blé, réunis ensemble, enlèvent un poids de fumier double de leur propre pesanteur, c’est-à-dire que 100 lbs de grain et de paille récoltés, enlèvent au sol la valeur de 200 lbs de fumier, où que, si, sur un arpent, nous récoltons douze minots de blé, ou 720 Ibs de grain avec 1500 Ibs de paille, le poids total de notre récolte scra de 2,220 Ibs ; mais cette récolte aura enlevé à la terre 4,440 Ibs de fumier. On comprend donc immédiatement que, si l’on sème du blé pendant plusieurs années sur une terre sans la fumer, cette terre deviendra extrêmement pauvre.
CHOIX DES SEMENCES. — Lorsqu'on a à choisir ses semences, on doit examiner : 1” le degré de maturité de la graine; 2° Sa grosseur; 3° son âge; 4 l'opportunité de changer de semences de temps en temps.
Premièrement.—On peut seiner une graine qui na ps parfaitement mûri, et elle produira une plante ; mais, comme cette graine n’a pas reçu toute la nourriture qu’il lui fallait, elle est extrêmement faible et ne rapporte que des plantes également faibles. On remarque en général que les végétaux provenant de graines qui n’ont pas atteint leur maturité, poussent plus lentement, restent plus courts et ne donnent que de très petits épis ; en un mot, les plantes dégénèrent. Pour prévenir cette perte, on ne doit semer que des graines complètement mûres, et, à cette fin, les cultivateur: con
serveront un coin de leur champ de blé qu'ils laisseront müûrir parfaitement et qu'ils ne récolteront qu'après une maturité complète, c’est-à-dire deux ou trois jours avant que les graines tombent sur le sol,
Deuxièmement. —VLa grosseur des grains n'influe pas beaucoup sur les produits d’une récolte, On obti ‘russi bons résultats avec de petits grains qu'avec des g., de la même espèce. Mais il faut que les grains soient parfaitement con: formés, qu’ils ne so'ent pas ridés et qu’ils aient l'apparence d'un grain solidement construit, Dans le triage des grains de semences, on aura soin de jeter de côté tous les grains ridés et mal conformés.
Troisiimement, — L'âge des grains de semences exerce une grande influence sur le succès de la culture. Il est parfaitement admis et constaté qu'une graine vieille ne réussit pas aussi bien qu’une jeune, et cela se comprend facilement. En vieillissant, une graine perd beaucoup de son eau naturelle et se dessèche à l'excès. Par conséquent, si l'on sème cette graine, il faut q’elle reprer ‘eau qu’elle a perdue avant de pouvoir germer, ce qui p in certain temps. De plus, dans une vieille graine, le gerine est tou-
jours très faible ; souvent il meurt avant de parvenir à la lumière, On doit laisser de côté les vieilles graines et n’employer pour semences que celles que nous avons obtenues à
la dernière récolte.
Cependant il peut arriver que la dernière récolte soit mauvaise, que les grains soient mal nourris ou qu’une disette ait oblivé le cultivateur à consommer toute cette récolte ; alors il devra nécessairement prendre pour semences des graines plus vieiiles. Voici quelques conseils au sujet du choix qu’il fera dans cette circonstance, Supposons un tas de blé conservé convenablement, c’est-à-dire
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Suppost-à-dire
étendu en couche mince dans un grenier, À l'abri de la lumière et du mauvais temps, dans un local ni trop sec ni
trop humide. Si ce blé est de bonne qualité, il germera complètement dans le sol un an après sa récolte ; toutes les graines germeront encore deux ans après leur récolte; la germination sera un peu tardive; le quart des graines ne germera pas du tout trois ans après leur récolte, et plus de la moitié ne germera pas du tout quatre ans après la récolte,
Il y a un moyen bien simple de s'assurer de la faculté germinative d’une graine. On prend une soucoupe dans laquelle on met de l’eau tiède d'un doigt d'épaisseur environ ; on étend un morceau de drap dans la soucoupe, et sur le drap on place un certain nombre de graines, disons, par exemple, cent graines ; on recouvre les graines d'un second morceau de drap et l’on place la soucoupe dans un endroit où l’eau se tient toujours tiède ; puis on remplit la soucoupe de temps en temps avec de l’eau tiède pour entretenir l'humidité. Au bout de quelques jours, si la graine est bonne, elle commence à germer ; on laisse encore ainsi la soucoupe pendant cinq à six jours ; alors les bonnes graines ont germé, et les mauvaises ont moisi. Si la graine est de bonne qualité, presque tous les grains placés dans la soucoupe auront germé ; mais si cette graines est vieille ou si elle n’a pas mûri, un grand nombre de graines ne germeront pas du tout ; on en comptera trente, quarante et même cinquante qui ne seront pas germées. Lorsque le cultivateur est forcé d'employer ces grains comme semences, il faut donc qu’il en augmente la quantité par arpent en proportion des graines qui n’ont pas la faculté germinative.
Quatrièmement, — Nous devons donner comme règle générale qu’il n’est pas sige de mettre de côté les semences
produites dans le pays pour les remplacer par des semences inportées des pays étrangers ; parce que Îles graines que nous récoltons sont acclimatées, c'est à-dire qu'elles résistent très bien À nos intempéries, tandis que celles que l'on fait venir des pays étrangers sont moins rustiques et courent le risque de périr sous notre élimat, En changeant de graines, on s'expose très souvent à mettre de côté les bonnes semences pour en prendre d'autres de mauvaise qualité,
Cependant, il y a des exceptions à cette règle, Ainsi, nous avons une variété de blé que nous estimons beaucoup et qui donne des produits abondants, mais qui dége noie dans le sol que nous cultivons et qui s'afablit graduellement, Dans ce cas, si nous tenons À conserver Îles qualités de cette variété, nous pouvons changer de semences de temps à autre, en prenant les précautions que nous avons énumérées plus haut,
PRÉPARATION DES SEMENCES, — Avant de semer le blé, nous devons lui faire subir deux préparations principales, que nous appelons le nettoyage et le chaulage.
I est æxcessivement important, nous Île répétons, de n'employer pour semences que les grains bien nourris, bien pleins, bien conformés et ayant une belle apparence lisse : car c'est du choix de la graine que dépend en grande partie le succès en agriculture, Nous avons beau labourer, herser, rouler, améliorer et nettoyer le sol de li meilleure manière possible, st nos graines sont mauvaises, les récoltes seront mauvaises,
Le nettoyage a pour but de faire disparaitre toutes les graines de mauvaise qualité et toutes les graines étrangères. Pour arriver à ce résultat, on commence par passer le blé au crible ; mais le criblage ne suffit pas ; il reste toujours
avec le blé criblé de mauvaises graines et des semences de
semences raines que # résistent ic l'on fait courent le le graines, 5 bonnes qualité,
ins, NOUS beaucoup qui dégcablit graserver Îles SCHONCCS iOUS AVONS
ner le blé, rincipales,
étons, de urris, bien nce lisse :
nde partie er, herser, e manière tes seront
toutes les trangères.
ser le blé : toujours mences de
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mauvaises herbes, Un grand nombre de cultivateurs pren nent la peine de trier leurs grains à la main, Cette opération est très longue, nous l'avouons, mais c'est une excellente pratique qui démontre clairement que lon sait apprécier la nécessité de bien choisir ses graines de semences,
Pour abréger ce travail, on a inventé des cribles partieu liers appelés crles cylindriques. C'est tout simplement un cylindre en fil de fer posé Presque horizontalement sur un bäti en bois, Le haut du cylindre est un peu plus élevé que le bas, A la partie supérieure de ce cylindre, on a placé des fils, qui sont très rapprochés les uns des autres et qui vont toujours en s'élargissant à mesure qu'ils approchent de autre extrémité, Une manivelle met le cylindre en mouve ment, et une trémie fait teinber le grain À l'intérieur du cylindre, [n'y a que les petits grains qui passent à travers les premiers fils de fer; les grains moyens tombent un peu plus tard, et les plus gros grains ne passent qu'à la fin, Le dessous du cylindre est partagé en trois compartiments, ayant chacun une sortie différente. Où choisit la sortie qui convient le mieux pour les semences ; c'est ordinairement 1: deuxième et le troisième compartiment ; car le premier compartimen: n'est COMPosÉ à peu pres que de graines de mauvaises herbes et de graines mal conformées, Au moyer de ce crible, un jeune homme peut trier sept minois à l'heure, Il n'y a que le blé qu'on puisse trier à la rain, les autres grains de semences sont généralement très sales, et leur triage demanderait un temps très considérable. Mais avec le crible cylindrique, on peut trier tous les grains, et avec une grande célérité,
Le chaulage est une opération par laquelle on soumet le grain de semence à laction brûlante de quelques substances. Il a pour but de détruire le germe de certaines
maladies dont le blé est atteint. Nous savons tous que le charbon et la carie détruisent complètement le grain qu'ils attaquent. Ces maladies sont causées par des champignons très petits qui adhèrent au grain et qui se nourrissent de sa substance. Le chaulage fait mourir ces champignons et préserve les grains des maladies. En parlant des maladies du blé, nous indiquerons la manière de faire les chaula’es.
EPOQUE DES SEMAILLES.— Nous savons déjà qu’il existe deux espèces de blé : le blé d'automne et le blé de printemps. Le nom seul de ces deux espèces indique qu’elles doivent être semées à des époques différentes.
On sème le blé d'automne assez à bonne heure l'automne pour que ses tiges et ses racines se forts at avant les grands froids de l'hiver. Mais, d’un autre côté, il ne faut pas le semer trop à bonne heure, car la pousse serait trop vigoureuse et les froids auraient un mauvais effet sur elle. Généralement on sème depuis la troisième semaine du mois 1 d'août jusqu’à la fin de la première semaine de septembre. k L'époque des semailles peut varier suivant les différentes
espèces de sol et suivant la température. Dans les sols légers, on peut semer plus tard, parce que ces sols sont chauds et que la végétation s’y prolonge très longtemps. Sur les terrains argileux, on sème un peu plus tôt. Dans les localités les plus chaudes du Bas-Canada, on peut semer jusqu’au milieu de septembre ; mais, dans les parties moins favorisées sous le rapport du climat, on réussit assez diffcilement, et peut-être pas du tout, si l’on sème après la première semaine de septembre.
e Quant au blé de printemps, on doit le semer le plus tôt possible, aussitôt après que la terre est suffisamment réchauffée, c’est-à-dire peu de temps après la fonte des neiges. De toutes nos céréales, c’est le blé qui doit être
que le
qu'ils ignons de sa ions et aladies ula”es.
existe e prinqu’elles
utomne grands t pas le | vigou- . Géné- Lu mois tembre.
fférentes les sols
ols sont igtemps.
Jans les t semer s moins
z difficila pre-
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semé le plus tôt. Son produit est généralement plus élevé lorsqu'il est semé à bonne heure,
QUANTITÉ DE-SEMENCE.—La quantité de grains qu'on doit mettre par arpent varie suivant la nature, la richesse et la préparation du sol, le soin avec lequel on a choisi la semence, la température et l’époque des semis. Si le sol est de bonne qualité, s’il a été bien enrichi, préparé et ameubli le plus complètement possible, si la semence a été triée de manière à enlever tous les mauvais grains, si la température est favorable et si l’on a semé à bonne heure, la quantité de semence par arpent devra être assez faible, environ un minot, mesure canadienne. Ce semis est clair, nous l’avouornis, mais dans les conditions favorables que nous venons d’énoncer, le blé talle beaucoup, c’est-à-dire que chaque grain produit plusieurs tiges. Dans des conditions moins favorables, le tallement est presque nul. Dans ce cas-là, il faudra augmenter la quantité de semence ; on pourra alors semer un minot et demi, un minot et trois quarts, et même deux minots par arpent.
MODE DE SEMIS. — On sème généralement le blé à la volée et on l’enterre à la herse. Pour cela on commence par donner au labour un hersage énergique, qui a pour but d’aplanir la surface et de remplir les trous. C'est sur ce hersage que l’on sème ; on herse ensuite après le semis pour enterrer la semence.
= Depuis quelques années cependant, un bon nombre de riches cultivateurs reconnaissant l’irrégularité des semis à la volée et le prix excessivement élevé de la main-d'œuvre, ont remplacé ce mode de semis par le semis mécanique, qui se pratique au moyen d’un instrument appelé semorr, Avec un bon semoir, il n’est pas nécessaire de herser ni avant, ni après le semis ; l'instrument herse et aplanit le sol,
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dépose les graines et les enterre d’un seul coup. Ce mode de semis est plus économique que le premier, et en voici la preuve : un homme et deux chevaux peuvent semer par jour environ dix arpents ; suivant le prix actuel de la main d'œuvre, ces dix arpents coûtent en moyenne $3.50 ou 35 cts par arpent, tandis qu'avec le semis à la volée un homme peut semer douze arpents par jour, soit $r1.00 par arpent ; puis il faudra deux hersages exécutés par un homme et deux chevaux en deux jours, ce qui coûtera encore $6.00 : la dépense totale sera donc de $7.00 par douze arpents ou environ 58 cs par arpent. Le semis mécanique est en conséquence plus économique ; mais ce n’est pas le seul avantage que nous procure le semoir ; il y en a encore beaucoup d’autres, dont voici les principaux :
1. Le semoir étend les graines sur le sol avec une régularité paifaite et à une profondeur uniforme, suivant les besoins de la végétation. Les graines, étant enterrées à la même profondeur, lèvent toutes en même temps, végètent et mürissent à la même époque.
2. Avec le semoir, on a l’avantage de pouvoir diminuer la semence, c’est-à-dire que dans les terres où l’on sème un minot et demi à la volée par arpent, un minot sera suffisant avec le semoir, et l’on va saisir parfaitement la cause de cette diminution. Quand on sème à la volée et qu'on enterre à la herse, il y a beaucoup de graines qui ne sont pas suffisamment enterrées, et beaucoup d’autres qui ne le sont pas du tout. Les premières poussent avant de germer ; les secondes sont mangées par les oiseaux ou desséchées par le soleil ; dans les deux cas, c’eit une perte pour le cultivateur, Avec le semoir, au contraire, toutes les graines sont mises à profit, et l’on peut par eonséquent diminuer la quantité de semence.
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On soulève néanmoins plusieurs objections contre le semoir. On dit que le semoir ne fonctionne bien que sur les terrains parfaitement préparés. Cependant on voit souvent des semoirs faire de bons semis sur des terres mal préparées. Tout de même, il est vrai que le meilleur ouvrage du semoir ne se voit que dans les terrains tout à fait meubles et ne contenant pas de mottes. Mais cet inconvénient que présente le semoir a du bon pour le cultivateur ; car celui-c1 sera alors forcé de mieux préparer son sol, ce qui sera très avantageux pour lui, puisque les récoltes sont d'autant plus abondantes que la préparation du sol est plus complète,
On objecte encore qne le prix du semoir est tellement élevé que la plupart des agriculteurs ne peuvent en faire l'acquisition. Le prix ordinaire du semoir est, croyons-nous, de $roo. Cet instrument sème, herse, roule, et sème même la graine de mil lorsqu'on le juge à propos. Supposons qu’un cultivateur possède une assez grande étendue de terre pour lui permettre de semer quarante arpents de grains par année. En se servant du semoir, ce cultivateur fait un profit net de 23 cts par arpent, soit la somme de $9.20 pour quarante arpents, et puis il économise un tiers de la semence. Si c’est du blé qu’il sème, il économisera donc 20 minots de bonnes graines, que l’on peut évaluer à $2.00 le minot, soit $40 ; $9.20 et $40.00 font $49.20 d'économie. En deux ans notre homme aura presque payé son semoir. Tous les cultivateurs qui possèdent de grandes terres ne devraient pas hésiter à se procurer cet instrument aratoire. Iln’'ya que les propriétaires de petites fermes ou de fermes peu étendues qui peuvent se dispenser de faire cette dépense.
Dans tous les cas, quel que soit le mode de semis qu’on adopte, il faut que la semence soit répandue régulièrement.
Pour obtenir cette régularité, si l’on sème à la volée, om devra choisir un homme habile dans ce travail, diviser la quantité de grain que nous aurons à semer en autant de parties que nous avons de planches et répandre sur chaque planche la partie voulue.
La manière de recouvrir les semences varie suivant le mode de semis que l’on a adopté. Si l’on se sert du semoir perfectionné, la graine se trouve recouverte et l’on n’a pas à s'en occuper. Mais si l’on sème à la volée, la graine ne peut être enterrée que par une opération particulière. Dans ce dernier cas, il faut calculer avec assez de précaution la profondeur à laquelle la semence doit être placée. Cette profondeur varie suivant le sol et la saison. Si l’on sème dans un sol léger, on enterrera la semence plus profondément que dans un sol argileux, et voici pourquoi: pour qu’une graine puisse germer, il lui faut le concours de trois agents: l'air, la chaleur et l'humidité. Lorsqu'une graine est enterrée trop profondément, l'air et la chaleur lui manquent, tandis que l’humidité est trop abondante, et dans ce cas, la germination est impossible. Si la graine n’est pas assez enterrée, elle a beaucoup d’air et de chaleur, mais elle manque d'humidité, et, ici encore, la germination est impossible ou ne se fait que lentement.
Dans les sols légers, l'humidité ne monte pas à la surface ; elle se tient à des couches plus profondes. La porosité de cette espèce de sols permet à l’air et à la chaleur de pénétrer à une grande profondeur. Par conséquent, on peut y déposer les semences à une grande profondeur, et on doit le faire même, si l’on veut leur donner assez d'humidité, Mais dans les sols argileux, c’est tout le contraire qui a lieu. À une grande profondeur, l'humidité est surabondante, et il n’y à pas d’air ni de chaleur. Il faut donc n’enterrer les
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semences que légèrement, afin qu’elles reçoivent assez d’air et de chaleur, et pas trop d'humidité.
En résumé, on enterre peu le blé de semence dans les sols argileux, par exemple d’un pouce à un pouce et quart, suivant la tenacité du sol; tandis que, dans les sols légers, on l’enterre plus profondément, d'environ deux pouces ; et quel que soit le mode adopté pour recouvrir les semences, on suivra autant que possible toutes ces prescriptions.
Toutes les espèces de semences ne demandent pas à être enterrées à une grande profondeur. En général, on peut émettre comme principe, que plus une semence est grosse, plus elle devra être enterrée profondément, et que plus elle est petite, plus elle devra être près de la surface du sol Ainsi, on ne doit pas enterrer les graines de trèfle et de mil aussi profondément que les fèves à cheval. Sous le rapport de la saison, on comprend qu’il faut enterrer plus profondément une graine semée en automne que celle semée au printemps.
On se sert généralement de la herse pour recouvrir les semences ; mais, pour les semis d'automne, on ferait bien de se servir d’un bon scarificateur.
Lorsque la semence est enterrée, les cultivateurs intelligents et soigneux ont l'habitude de faire subir à leur blé une opération appelé plombage. Ce travail s'exécute au moyen d’un rouleau en bois ou en fer trainé par un seul cheval. Cette opération a pour but de tasser la terre et de mettre les semences en contact plus immédiat avec la terre, Le plombage donne ainsi plus d’huminité à la graine et hâte beaucoup la germination. On doit plomber surtout les sols légers, poreux et très exposés à la sécheresse, et tous ceux qui ont été labourés fréquemment à une grande profondeur ; mais on ne plombe pas les semis exécutés en
automne, Le plombage ne se fait que sur les semis du printemps.
SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION.—Comme règle générale et sans exception, pour avoir de bonnes récoltes, il faut soigner sa culture ; de même que pour avoir de bons produits de ses animaux, il faut les soigner convenablement. Comme le blé est une des plantes les plus importantes dans les exploitations agricoles, on doit lui donner tous les soins qu'il exige ; voici les principaux :
1. Le rigolage.—Le blé aime à trouver dans le sol sur lequel il croît une humidité constante, mais pas trop abondante ; ses produits sont nuls quand ilest noyé. Pour avoir un bon rendement, il faut donner à l'excès d’eau un écoulement prompt et facile; pour cela, on pratique dans les parties basses du champ des rigoles qui se déchargent dans les fossés. Il est très facile d'exécuter ces rigoles : on passe la charrue à deux versoirs dans le terrain que doit occuper la rigole ; puis on relève les bords de cette dernière avec une pelle, en leur conservant une pente suffisante.
Tous les cultivateurs reconnaissent la nécessité des rigoles, qu’ils confectionnent avec assez de soin ; mais ils commettent généralement une grande faute dans l'exécution de ce travail. En faisant leurs rigoles, ils déposent sur les bords la terre qu'ils retirent ; or, cette terre remplit les raies et s'oppose à l’écoulement de l’eau ; dans les temps pluvieux il se forme même de véritables petits lacs à l'embouchure de chaque raie, et à ces endroits les produits du blé sont nuls, c’est ce que l’on voit souvent dans nos campagnes. Le cultivateur habile opèrera d’une autre manière ; il répandra régulièrement sur la planche voisine la terre provenant de la rigole, et de la sorte l'embouchure des raies sera
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constamment libre : de sorte que l’eau pourra s’écouler avec facilité.
2. Le roulage. — Cette opération s'exécute surtout sur les blés d'automne. Lorsque le printemps arrive, la terre se soulève sous l’action des gelées et des dégels et s'affaisse ensuite. Un grand nombre de tiges se trouvent alors trop exposées à l'air et à la lumière. Pour obvier à ce défaut, on roule et l’on tasse la terre le long des plantes ; on recouvre les racines complètement et on les met en contact avec la terre. De cette manière, les plantes continuent de végéter avec vigueur, et les intempéries ne leur font aucun tort, Ce travail se fait avec un rouleau, un homme et un cheval ; on peut rouler vingt arpents par jour.
3. Saupoudrement du blé — Sur un sol riche, substantiel et même sur un sol léger, il n’est pas rare que le blé pousse avec tant de vigueur, que les tissus de sa tige manquent de consistance et qu'il verse sous l'influence des pluies ou du vent. Pour prévenir cet excès de vigueur, on répandra sur les blés, au printemps, avant le hersage ou le roulage, de la chaux, de la suie ou des cendres, dont l’action est d’endurcir la paille et de lui donner de la consistance. Ainsi, on comprend facilement que l£ saupoudrement n'aura de bons effets que si on l’exécute en temps convenable, c'est-à-dire avant le versement. Autrement, c’est de la moutarde après diner; car la chaux, la suie et les cendres ne redressent pas les plantes couchées sur le sol; mais elles les empêchent de verser.
4. Le sarclage. — Assez souvent, trop souvent même, les blés sont infestés de mauvaises herbes. Or, on sait que toute mauvaise herbe se nourrit aux dépens des engrais que l'on a étendus sur le terrain pour le blé. Oter à ce dernier une partie considérable de sa nourriture et lui enlever en
même temps la place qu'il doit occuper, c'est diminuer d'autant son produit. ‘Toute mauvaise herbe qui croit dans un champ est donc une perte pour le cultivateur, qui doit la faire disparaître avec un soin scrupuleux.
Le sarclage des blés n’est pas très facile à exécuter, et, à la vérité, il ne peut se faire qu’en arrachant les mauvaises herbes à la main, Cette opération est très longue ; mais comme elle est indispensable, ii faut bien la faire. On arrache donc
à la main toutes les mauvaises herbes qui atteignent une
certaine hauteur, telles que les chardons, la chicorée, la nielle des blés, le mélanpyre des moissons, la moutarde, etc. ; mais il est inutile d’arracher le chiendent et la marguerite, parce que ces plantes repoussent à mesure qu’on les arrache ; on ne les détruit qu’au moyen d’une jachère, c’est-à-dire en laissant reposer la terre. Pendant que la terre se repose, on la laboure deux ou trois fois pendant l'été, et l’on sépare chaque labour par un hersage, afin d’exposer les racines de ces plantes aux rayons immédiats du soleil et de les faire ainsi périr. C’est le meilleur moyen de s’en débarrasser.
5. Le hersage. — Pendant la saison de végétation, il survient assez fréquemment des pluies suivies d’un soleil ardent. On voit alors se former à la surface du sol une croûte très dure, qui emprisonne le col des plantes et en fait languir la végétation. Pour donner de Îessor aux plantes, il faut alors briser cette croûte, et pour cela pratiquer un hersage énergique avec une puissante charrue. En faisant ce hersage, on arrachera sans aucun doute quelques plantes de blé; mais celles qui resteront deviendront si vigoureuses et végèteront avec tant de rapidité, qu’elles combleront bientôt les vides que le hersage aura faits.
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RÉCOLTE DES GRAINS.—Le temps de la moisson est l'époque la plus importante pour le cultivateur, parce que que c'est alors qu'il recueille le fruit de ses travaux. Pour faire ses récoltes, on ne doit perdre aucun temps, car la maturation des grains s'opère toujours avec rapidité, Par conséquent, si on ne se presse pas de les récolter et de les mettre à l'abri, on s'expose à subir des pertes énormes. Dans les années défavorables, on perd pendant les récoltes tout près d’un quart des produits et quelquefois plus. Malheureusement la saison pendant laquelle on fait la récolte des grains est si pluvieuse, que l’on perd malgré soi un temps considérable, Cependant le cultivateur actif et soigneux trouve presque toujours le temps de récolter ses grains et de les mettre à l'abri en bon état, pendant que son voisin laisse gaspiller ses produits sur le champ. Le cultivateur actif et soigneux n'éprouve presque jamais de perte, parce qu’il sait exécuter chaque chose en son temps et qu’il prévoit ce qu'il doit faire le lendemain. Il considère chaque jour de beau temps comme devant être suivi d'une journée de mauvais temps: aujourd’hui, se dit:il, il fait beau, demain il fera mauvais; par conséquent, serrons le grain sec, mettons les gerbes en biseau et n’abattons pas plus de tiges qu’il ne faut. Voilà tout le secret de ce cultivateur, qui voit partout et ne laisse rien au hasard; pour lui tout est prévu lorgtemps d'avance ; il engage le nombre qu’il lui faut de coupeurs et de faucheurs ; il calcule l’étendue de grain qu’il a à récolter et il y place le nombre de bras suffisants, mais pas plus.
Ce cultivateur examinera d’avance ses voitures et ses harnais et fera faire les réparations dont ils ont besoin, pour ne pas fatiguer ses animaux dans le cas où il sera forcé de faire plus de voyages à la grange, à cause d’une pluie
prochaine ; il visitera les chemins par lesquels ses voitures passeront, les aplanira et rendra ainsi les transports faciles, tout en mettant à l'abri un plus grand nombre de gerbes que lorsque les chemins sont en mauvais état, Rien n’est négligé sur sa ferme, et tout se fait avec ordre et célérité Cet exemple devrait être suivi par tous les agriculteurs ; car par cette prévoyance seule on peut conserver aux produits toutes leurs qualités et toute leur quantité.
Nous avons déjà dit que, pour avoir de bons ouvriers, il faut les payer suivant leur travail. On ne doit pas, sans doute, être prodigue à leur égard, mais il faut leur donner un prix raisonnable, en observant autant que possible les habitudes de la localité. (Généralement on paye les ouvriers de trois manières : 1° On donne pour salaire la semence du grain récolté. C'est une mauvaise habitude, et l’on devrait s’en défaire ; car, par ce moyen, on paye quelquefois trop cher, et d’autres fois pas assez cher. 2° On paye en argent, tant par arpent, On est sûr alors de ne payer qu’en proportion de l'ouvrage exécuté, 3° Enfin, on paye tant par jour. Parce moyen, l’ouvrage avance moins vite, mais il est mieux fait, et l’on peut exercer une surveillance plus active. De sorte qu’à tout prendre, le dernier mode de payement est préférable aux deux autres.
EPOQUE DE LA RÉCOLTE DU BLÉ. — On doit faire la récolte du blé lorsque l'intérêt de la culture l'exige. On cultive le blé dans deux buts: r° Pour obtenir des grains de semence, et 2° pour se procurer une nourriture recherchée de l’homme.
Une graine de semence n’'eit parfaitement bonne que lorsqu'elle est complètement mûre. Par conséquent, si le cultivateur se propose de récolter des grains de semence, il doit attendre que son blé soit bien mûr et pour cela se guider
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sur la nature elle-même. En effet, quand a lieu l’enseraencement naturel des plantes, c’est-à-dire quand ces plantes jettent-elles leurs graines sur le sol? C'est lorsque les graines sont parfaitement müûres, Aussi, les plantes que ces graines produisent sont-elles toujours vigoureuses et fortes ; nous savons tous que les mauvaises herbes ont plus de forces que les bonnes, Par conséquent, que le cultivateur suive l'exemple de la nature et qu'il ne récolte aucune graine de semence avant sa maturité complète. Cependant, pour éviter les pertes causées par l'égrenage, on devance de quelquels jours l’époque de la récolte naturelle.
Quand il s’agit de récolter des grains pour la nourriture de l'homme et des animaux, il faut de toute nécessité que la récolte se fasse avant la maturité complète, et voici, en quelques mots, les avantages que l’on retire de cette récolte prématurée :
Le grain qui n’e‘t pas parfaitement mûr pèse toujours plus que celui récolté à sa maturité complète ; la différence est en moyenne de 4 Ibs par minot. Un même poids de blé récolté avant d’être mûr donne plus de farine que celui qui a été récolté mûr, et cette farine fait plus de pain. On calcule que 3 1bs de farine de blé récolté avant sa maturité donne 4 onces de pain de plus que celle du blé récolté mûr,
Au point de vue du succès de la culture, la récoite du blé moisonné avant sa maturité présente encore de nombreux avantages. Ainsi, pendant le travail de la récolte, il y aura moins de pertes par l’égrenage ; le grain donnera moins de son, mais plus de farine, et cette farine sera plus blanche ; puis la paille est de meilleure qualité : elle est beaucoup plus nourrissante, plus juteuse, plus molle et devient meilleure pour la nouriiture des animaux. S'il survient du mauvais temps pendant que le grain récolté avant sa matu-
rité est étendu sur le sol, on aura moins À redouter la germination du grain dans les épis.
Il est vrai que la récolte prématurée présente quelques légers inconvénients. Par exemple, les produits seront un peu diminués, parce qu’il y a des grains qui sont encore trop mous ; la récolte met plus de temps à sécher, et, si les pluies sont fréquentes, on court le risque d'essuyer de grandes pertes ; enfin ces grains ne sont pas recommandables pour la semence. Mais la récolte prématurée offre assez de grands avantages pour contrebalancer ces légers inconvénients ; de sorte que nous pouvons conclure, comme règle générale, qu’on doit toujours récolter avant sa maturité le blé destiné à la nourriture.
On reconnaît que le blé destiné à servir de semence est suffisamment mûr, lorsque sa paille a pris une belle couleur jaune, et qu’en passant l’ongie sur le grain, celui-ci résiste parfaitement à la pression. Le blé destiné à la nourriture est suffisamment mûr, lorsque le haut de la paille est encore verdâtre et qu’en pressant le grain avec l’ongle, celui-ci s’y enfonce sans trop de résistance, Mais si le grain est encore en lait, il ne faudrait pas ‘ans doute en faire la récolte, car on moissonnerait trop tôt et l’on perdrait beaucoup en quantité,
Quant au blé de semence, nous devons faire remarquer encore que, si le blé a versé, c’est-à-dire s’il s’est couché sur le sol, il ne faudra pas attendre sa maturité complète ; car les pluies pourront le faire moisir sur pied. Il vaudrait beaucoup mieux choisir une partie du champ où le blé n’a pas versé, pour prendre son grain de semence, employer celui qui a versé comme nourriture et le récolter par conséquent avant sa maturité.
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Le plus souvent la récolte se fera au commencement d'août pour le blé d'automne, et pendant la première quinzaine de septembre pour le blé du printemps. On laisse un intervalle de quatre à cinq jours environ entre le moment de récolter les grains qui doivent servir à l'alimentation et celui de récolter les grains de semence.
La manière de faire la récolte du blé et de toutes les céréales varie beaucoup, suivant la localité. Quelquefois on coupe les grains très haut, quelquefois on les coupe près de terre. Les cultivateurs qui coupent le blé haut allèguent certaines raisons qui ne sont pas sans valeur. On dit, par exemple, qu’en laissant les chaumes longs, ces chaumes engraissent la terre; tandis qu’en rasant la terre, on la dégraisse. C’est parfaitement vrai.
Les chaumes sont produits par la terre et nourris par elle ; par conséquent en les laissant longs et en les enfouissant dans la terre par des labours, ils pourrissent, et leurs débris servent d'engrais. Mais il est une autre manière bien plus avantageuse d'utiliser ces chaumes. La paille sèche fait un bien pauvre engrais, qui s3 décompose très lentementet donne peu de nourriture aux plantes. Il serait mille fois préférable de charroyer ces chaumes dans les étables et de les imprégner d’urine en les donnant en litières aux animaux, c'est-à-dire d’en faire du fumier. Ce fumier, quoique provenant d’une substance pauvre, sera très riche. Le cultivateur intelligent coupera donc ses grains court. De ia sorte il aura plus de paille à distribuer en litières à ses animaux, il pourra ieur en donner en abondance ; cette paille imprégnée d’urine mélangée aux déjections solides sera mise en tas où elle se décomposera lentement, et quand elle aura subi un commencement de décomposition, on la transportera sur les champs en culture,
qu'elle enrichira. En coupant les chaumes court, on a dégraissé la terre, il est vrai ; mais en la couvrant de fumier, on l’engraisse, et cet engrais vaut mille fois plus que celui formé par la décomposition des chaumes laissés sur le sol.
On se sert de différents instruments pour faire les récoltes : la faucille, la faux et une machine mue par les chevaux qu’on appelle moissonneuse. La faucille est le plus lent de tous les instruments. : ,Un homme armé de sa faucille coupe, en moyenne, troisfquarts d’arpent par jour. La rareté et le prix élevé de la main d'œuvre ne permettent pas d'employer la faucillefpour la récolte des grains, parce qu'on ne trouve pas assez d'ouvriers pour faire les travaux et parce que, même si on en trouvait assez, le prix de ia main d'œuvre serait trop élevé. Cependant, lorsque le cultivateur peut exécuter avec sa famille tous les travaux de la récolte, il y aurait avantage alors à se servir de la faucille, parce que tout le monde travaille, les enfants comme les personnes âgées. Si on a beaucoup de grain versé ou mêlé, la faucille est encore l'instrument quigfait le meilleur ouvrage. Dans les autres cas, les dépenses que la faucille entraine sont trop considérables.
La faux destinée àffaire la érécolte des grains est tout simplement une faux ordinaire, munie seulement d’un manche de forme différente;; elle est pourvue aussi d’une série de longues baguettes appelées javelier ; cette faux porte le nom de faux-javeleuse. 4 Unjhomme habile dans le maniement de la faux-javeleuseÿ fait la récolte des grains aussi bien et peut-être mieux,que le coupeur à la faucille ; les javelles sont aussi bienfaites, et même mieux; car elles sont disposées plus régulièrement et en couches plus minces, et leur dessication s'opère plus rapidement. La faux-javeleuse a encore l'avantage de couper les grains plus
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près de terre et de produire, par conséquent, plus de paille pour les fumiers. En moyenne, un faucheur au javelier abat un arpent et demià deux arpents par jour et quelquefois plus. Ces avantages nous portent à conclure, et avec raison, que, dans les cultures où l’on a plusieurs engagés à son service, la faux-javeleuse doit avoir la préférence sur la faucille, qui ne sera employée que par les femmes et les enfants pour le grain couché ou mêlé seulement.
La moissonneuse est le troisième instrument dont on se sert pour faire les récoltes. Cet instrument est appelé à jouer un grand rôle dans la récolte de nos céréales. Avec la moissonneuse, la récolte du grain ne coûte que le quart de ce qu'elle coûtait lorsqu'elle était faite à bras d'hommes. Avec une bonne moissonneuse, les grains ne sont pas plus égrenés qu'avec la faucille ou la faux-javeleuse, et le travail se fait avec une bien plus grande rapidité. On profite mieux des jours de beau temps, et l’on fait les récoltes au moment le plus favorable,
Dans les commencements, on a beaucoup tonné contre le fonctionnement des moissonneuses. On disait que les unes frappaient les grains trôp rudement et les égrenaient, et que les autres ne faisaient pas une javelle régulière.
Aujourd’hui, ces objections sont tombées ; on a fait des améliorations considérables aux moissonneuses, et l’on rencontre maintenant dans toutes nos paroisses, surtout sur les grandes fermes, un grand nombre de moissonneuses, même de fabrique canadienne, qui peuvent rivaliser avec les meilleurs coupeurs à la faucille ou la faux-javeleuse.
LE JAVELAGE, — Quel que soit l'instrument que l’on emploie pour faire la récolte du blé, celui-ci se trouve couché sur le sol en lignes assez régulières, qu'on appelle
javelles. C’est dans cet état que le blé subit l'opération
connue sous le nom de /avelage, c'est à-dire qu’il est séché par le soleil et humecté par les rosées et les pluies. Ces alternatives de dessication et d'humidité achèvent de le mûrir et permettent au cultivateur de le mettre à l’abri dans ses granges.
Le javelage a surtout pour but de faciliter le battage du grain. Icrsque la saison est favorable, le javelage se fait avec facilité et sans accidents. Malheureusement les saisons favorables sont bien rares sous notre climat ; le javelage est presque toujours entravé par des pluies de longue durée ; le grain est alors exposé à germer sur le champ; d’où il résulte de grandes pertes en quantité et en qualité. De plus, pendant le javelage le cultivateur est quelquefois forcé de retourner son grain à plusieurs reprises, ce qui exige un temps assez considéiable. Pour faire disparaître ces inconvénients et en même temps pour permettre au blé de profiter des avantages du javelage, on a, depuis quelques années surtout, remplacé le javelage proprement dit par la mise des gerbes en biseau. Pour mettre le grain en cette disposition, presqu'aussitôt après la récolte, on lie le grain en petites gerbes, formant environ le tiers d'une gerbe ordinaire; on place six ou huit de ces petites gerbes debout sur le sol, les pieds écartés et les têtes rapprochées les unes des autres ; ensuite on prend quatre autres gerbes que l’on installe sur les précédentes, mais les épis en bas ; enfin on fixe ces dernières gerbes dans la position où on les a mises, en les attachant les unes aux autres, et l’on construit ainsi des espèces de meules qui peuvent résister facilement aux vents les plus violents.
Il existe d'autres manières de faire ces meules ; mais la méthode que nous venons d'indiquer, est la plus convenable et préserve parfaitement les grains. Pourvu que les meules
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soient bien faites, le cultivateur peut être certain que ses grains javelleront parfaitement et qu’ils supporteront les plus fortes pluies sans se détériorer, et voici pourquoi : dans une meule bien faite, il est impossible que l’eau puisse pénétrer à l’intérieur ; à mesure que la pluie tombe, elle coule le long des tiges qui forment le chapeau et se rend à terre sans «voir eu le temps de pénétrer à l’intérieur ; et aussitôt que la pluie cesse, l'air circule dans toute la masse de la meule et amène une prompte dessication.
Grâce à ces meules, le cultivateur s’épargnera beaucoup de travaux, beaucoup d’inquiétudes et beaucoup de pertes. Après la récolte, il pourra laisser ses meules sur le champ, pendant trois semaines et même un mois, sans avoir rien à craindre, et il ne :antrera son grain que lorsque ses autres travaux ne le presseront pas. Le cultivateur peut donc ainsi régulariser ses opérations culturales et donner d’abord tous ses soins à celles qui pressent le plus.
Tous ces avantages sont si importants que tous les cultivateurs devraient adopter le système des meules non seulement pour le blé, mais aussi pour tous les autres grains. Néanmoins, c’est avec une grande répugnance que cette pratique s'introduit dans notre culture ; on a soulevé contre les meules plusieurs objections, la plupart sans aucun fondement, On a craint, par exemple, de voir le grain moisir, C’est une crainte futile, car la moisissure ne se déclare pas dans une meule bien faite. Il est bien vrai que, si le grain a été engerbé pendant de fortes pluies et qu’il fût alors imbibé d’eau, il pourra moisir ou germer. Mais ce reproche ne s'applique pas aux meules elles-mêmes, c'est le cultivateur qui manque de jugement ; il doit au moins laisser essorer ses grains avant de les engerber.
On a dit aussi que la mise en meules est une perte de
temps. Lorsqu'on a suivi de près cette opération, on reste convaincu qu'il faut moins de temps pour engerber des meules que pour faire de grosses gerbes. Puis, au lieu de tourner et de retourner le grain comme on est obligé de le faire dans le javelage ordinaire, on épargne le temps consacré à ce travail et on l’emploie activement à faire d'autres travaux importants.
En un mot, la confection des meules est une innovation des plus heureuses, et si le cultivateur canadien adoptait ce système d’une manière plus générale, il aurait toujours à sa disposition de bons grains propres à faire de la bonne farine.
EN GRANGE,—La mise en grange du blé qui n’a pas été disposé en meules se fait immédiatement après sa dessication ; tandis que celui qui a été mis en meules peut être rentré bien plus tard. Dans tous les cas, il faut que ce travail se fasse par un beau temps, lorsque la récolte est sèche. Tout le monde doit savoir cela.
Après la rentrée des grains, on procède au battage et au nettoyage. Nous parlerons de ces deux opérations après avoir jeté un coup d'œil sur toutes les autres céréales.
RENDEMENT, — Le produit du blé par arpent est très variable ; il dépend de la qualité et de la richesse du sol, du climat et beaucoup aussi des soin qu’on a apportés à la culture, Dans une bonne terre à blé, bien enrichie et bien cultivée, et sous un climat favorable, le blé peut donner trente, trente-cinq, quarante et même cinquante minots à
l’arpent. Cependant elles sont bien peu nombreuses les
terres qui ne produisent pas même le quart de cette récolte sous un excellent climat. Pourquoi? parce que, à force de semer du blé sur le même champ, on a fatigué la terre, on lui a refusé de l’engrais et on l’a laissée s’appauvrir.
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Plus que cela encore, les cultivateurs ne donnent pas à la préparation du sol tous les soins qui lui conviennent. Tous les ans, 1ls ensemencent de grandes étendues de terrains ; mais, comme la saison des semailles est très courte, ils sont obligés de faire leurs labours à la course, et ils les font très mal. Ne vaudrait-il pas cent fois mizux cultiver la moitié de ce qu'ils cultivent et soigner leurs tiavaux comme ils doivent le faire? Les cultivateurs ont tout à gagner en agissant ainsi : ils diminueront les dépenses et augmenteront les revenus. C'est le plus sûr moyen d'obtenir de bons produits ; autrement, on n'aura que de bien chétives récoltes, huit, dix, au plus douze minots par arpent. On dépense en semailles, en labour et en frais de toutes sortes presque autant que la valeur de cette récolte. Améliorons donc notre système de culture, si nous voulons obtenir des produits abondants.