LE SEIGLE
Après le blé, le seigle est la céréale la plus généralement cultivée et la plus employée pour la nourriture de l’homme : c'est pour ainsi dire le blé des contrées pauvres et des terrains légers. Son grain fait un pain moins nourrissant que celui du blé, mais qui se conserve plus longtemps frais. On emploie le grain de seigle avec avantage pour la nourriture des animaux ; pour cela, on le réduit en farine ou on le fait bouillir.
On prétend que les balles du seigle exercent une salutaire influence sur les nerfs, et plusieurs auteurs conseillent
de mêler un peu de ces balles avec la farine de blé ou d’autres céréales.
La paille de seigle est absolument impropre à la nourriture des animaux, mais par contre elle fait des couvertures de bâtiment de longue durée. Aussi l’emploie-t-on à cette fin dans beaucoup de localités.
ESPÈCES ET VARIÉTÉS, — Toutes les variétés de seigle sont comprises dans deux catégories principales, que nous appelons le seigle d'automne et le seigle de printemps.
Le seigle d'automne est le plus productif, On peut le semer avantageusement pendant l'été et en retirer à l’automne une bonne récolte de fourrages verts. Ce n’est que l'automne suivant que l’on obtient une récolte de grain.
On sème le seigle de printemps au printemps ; mais on pourrait aussi le semer en automne, car il est très rustique ; cependant son produit est toujours beaucoup plus faible que celui du seigle d'automne. Les avantages que l’on obtient de la culture du seigle d'automne devraient engager les agriculteurs à ne semer que cette dernière variété et à ne conserver le seigle de printemps que pour remplir les vides que les intempéries pourront faire dans le seigle d'automne, Malgré sa rusticité, le seigle d'automne est quelquefois exposé à être détruit par les geiées, lorsque la terre reste trop longtemps découveiie, ou par les eaux qui, en se congelant, augmentent de volume et déchaussent la plante, Mais ces accidents sont assez rares sous notre climat.
CLIMAT, — On remarque généralement que plus on s’éloigne des pays chauds et qu’on s'approche des contrées froides des poles, plus la culture du blé diminue et plus celle des seigles augmente. C’est tout simplement parce que le seigle a l'avantage sur le blé de parcourir plus rapidement toutes les phases de sa végétation, d’être moins exposé aux sécheresses, et de ne pas exiger autant de chaleur. Cependant, comme nous l'avons déjà dit, malgré sa rusticité, le seigle
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d'automne est détruit quelquefois pendant l'hiver ; c’est lorsqu'il a été semé sur un terrain qui ne lui convient pas et qui s’égoutte mal.
Soc. — Le sol de prédilection pour le seigle d'automne, aussi bien que pour le seigle de printemps, est un sol léger, poreux, s’égouttant parfaitement et donnant aux racines la facilité de s'étendre dans toutes les directions. ‘ Sème tes seigles en terre poudreuse,” dit un vieux dicton populaire, Les terres sableuses, sablo-argileuses, granitiques et schisteuses sont celles où le seigle donne le meilleur rendement. Il produit aussi beaucoup dans les, terres calcaires, même lorsqu'elles sont de médiocre qualité ; mais dans les sols argileux, tenaces et compactes, ses produits sont générale. ment chétifs, ce qui s’explique par la difficulté qu'on éprouve à bien ameublir ces sos et par la grande quantité d’eau qu’ils conservent en tout temps.
PLACE DANS LA ROTATION. —Le seigle tient la même place dans la rotation que le blé. On sait que le blé donne ses roeilleurs produits après une récolte sarclée et abondamment pourvue de fumier ; le seigle ex'ge les mêmes conditions, avec cette différence que le blé vient après les récoltes sarclées sur des terres argleuses, tandis que le seigle ne réussit bien qu'après les réco'tes sarclées sur des terres légères. Le seigle donne, par conséquent, d'abondants produits après les patates bien engraissées, après un pâturage et ap:ès une prairie artificielle ou naturelle, et ses produits sont extraordinairement élevés dans les terres nouvellement défrichées et que l’on vient de faire brûler.
Nous savons tous que le nombre de plantes qui réussissent dans une terre légère, est très restreint. Or, il semble que la nature ait vou u contrebalancer cet inconvénient, en donnant à ces plantes la faculté de croître plusieurs années
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de suite sur le même champ, sans que leurs produits paraissent subir une diminution sensible. C'est ce que nous remarquons à propos du seigle. Pendant de longues années, on le fait pousser sans cesse sur le même champ. Lorsque le sol s'appauvrit, on se contente d’y semer une autre plante pendant deux ou trois années, et l’on fait ensuite revenir le seigle. Ce mode de culture n'est pas cependant recommandable ; car, bien que le seigle ne soit pas épuisant, il finit toujours par fatiguer la terre, et son produit devient si minime qu’il ne paye que les frais de culture,
PRÉPARATION DU SOL — Le seigle ne végète d’une manière convenable que sur les terrains parfaitement ameublis ; mais, comme on le cultive généralement sur les sols légers, un seul labour suffit Cependant on ne doit jamais semer le seigle sur une terre fraichement labourée, parce qu'il végèterait mal et qu'il se produirait une diminution dans le rendement. Dans les bonnes cultures, on laisse toujours le sol se reposer pendant quelques jours avant de semer le seigle, et si la saison est trop avancée pour attendre quelques jours, on tasse le sol en le roulant fortement.
ENGRAIS ET AMENDEMENTS. — Le seigle ne demande pas nécessairement la présence de la chaux dans les terres où on le sème; c’est ce qui constitue une différence avec le blé. Cependant, si le sol dans lequel on sème le seigle contient une certaine dose de calcaire, cette céréale n’en viendra pas plus mal.
Le seigle exige à peu près les mêmes engrais que le blé; c'est-à-dire que les cendres lessivées, les os moulus, les phosphates de chaux, le guano, la fiante de volailles et les engrais d’étables lui sont très favorables. On remarque surtout que les fumiers décomposés des bêtes à cornes, les engrais verts et les engrais liquides à faible dose, favorisent
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extraord'nairement la croissance du seigle, pour l'excellente raison que ces derniers engrais procurent aix terrains une fraicheur qui leur fait souvent défaut.
Au sujet des engrais dans la culture du seigle, on commet une faute grave et très fréquente. Le cultivateur, ayant remarqué que le seigle n’est pas très épuisant, a pris pour habitude de refuser tout engrais à cette plante ; il croirait perdre ses fumiers s’il en donnait à ses cultures de seigle. Il est bien vrai que le seigle n’est pas très exigeant. Cependant, on ne doit pas oublier qu'il se nourrit des sucs contenus dans la terre et que, par conséquent, plus la terre sera riche, plus la nourriture du seigle sera abondante, En effet, on remarque que sur les terres riches le seigle a toujours des produits abondants, tandis que sur les terres pauvres, ses produits n2 sont que médiocres, inème dans les meilleures années.
Le seigle n'est pas aus .i épuisant que le blé; 100 Ibs de grain et de paille récoltés enlèvent au sol la richesse que donneraient 190 Ibs de fumier ; c’est-à-dire que si nous récoltons par arpent quinze minots de seigle avec 1,700 Ibs
de paille, nous aurons une récolte dont le poid; total sera de 2,500 lbs environ, et ce produit aura exigé pour sa croissance 4,750 lbs de fumier.
SEMAILLES. — Dans le choix et la préparation des semen ces, on suivra les instructions que nous avons données au sujet du blé ; car pour toutes les plantes, ce sont les bonnes graines qui donnent les végétaux les plus vigoureux, et c’est par une bonne préparation qu’on fait disparaitre le germe d'un grand nombre de maladies.
Comme le seigle ne talle pas, c’est-à-dire que chaque graine ne produit qu’une seul@ tige, sans donner de nouvelles tiges au pied, ainsi qu’on le remarque pour le blé, on doit
semer cette plante beaucoup plus fort que ce dernier. La règle généralement suivie est de semer un minot et quart à un minot et demi par arpent, Si l’on met moins que cette quantité, le terrain ne sera pas suffisamment couvert, et l’on observera beaucoup de vides dans la pousse.
Le seigle d'automne, comme le seigle de printemps, doit être semé aussi à bonne heure que possible, C'est un des meilleurs moyens d'obtenir des produits abondants. Le seigle semé de bonne heure produit des plantes fortes et puissantes, tandis que, si on le sème tard, ilne résiste pas toujours aux intempéries.
SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION, — Les soins du seigle pendant la végetation sont les mêmes que ceux du blé, c’est-à-dire qu'on doit rouler, rigoler si c’est nécessaire, arracher les mauvaises herbes, saupoudrer les jeunes plantes si l'on voit qu’elles veulent verser ; en un mot, on fait tout comme pour le blé, excepté le hersage, parce que d’abord, sur les terres légères, 1l ne se forme pas de croûte qui étreigne le collet de la plante ; s'il s’en forme, elle est très faible ; ensuite parce que le seigle ne talle pas, et que, pendant le
hersage, les pieds qu'on arracherait ne pourraient pas être remplacés ; il se produirait alors beaucoup de vides dans la récolte.
RÉCOLTE.—La récolte du seigle ne doit se faire que lorsque ia plante a atteint sa maturité complète, et cela pour deux raisons : premièrement, parce que le seigle n’est pas exposé à s’égrener comme le blé ; secondement, parce qu’il ne possède pas, comme ce dernier, la faculté de mûrir par les sucs contenus dans sa paille ; lorsqu'il n’est pas mûr, il sèche et les grains deviennent rédés.
Après la récolte, le seigle demande les mêmes soins que le blé, c’est à-dire qu'il est très avantageux de le mettre en
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meules pour le préserver des intempéries pendant le séchage.
Le produit du seigle est variable ; cependant on peut porter sa production de quinze à dix-huit minots par arpent, avec un poids de paille à peu près double de celui du grain,