‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 36 sur 113 · L'ORGE · texte numérisé non relu

L'ORGE

Dans tous les pays où la vigne ne réussit pas, on fait une consommation d'orge très considérable, Avec l'orge on fabrique une boisson fermentée très répandue chez toutes les nations ; c'est la bière. La bière est le vin des pays froids. Après la fabrication de cette boisson, l'orge laisse un résidu appelé drèche, qu'on emploie avec profit pour l'engraissement des animaux. On remarque que le fumier produit par les animaux qui se nourrissent de drèche, est le meilleur qu’on puisse répandre sur les champs d'orge.

On fait aussi usage de l'orge pour la nourriture des che. vaux et des bêtes à cornes; les cochons et les volailles, nourris à l’orge, engraissent très vite, pourvu qu’on la fasse moudre avant de la leur donner. L'engraissement produit par l'orge est toujours plus économique que celui que l’on fait avec de l’avoine, et il en faut bien moins pour obtenir la même quantité de viande. Quant aux chevaux, les praticiens ont constaté depuis longtemps que l'orge est très bonne pour engraisser ces solipèdes, mais qu'elle les rend lourds et paresseux Dans les pays chauds, on a remarqué le contraire. En Afrique, par exemple, l'orge est le seul engrais qu’on donne aux chevaux.

Enfin, l'orge sert de plus à la nourriture de l’hoinme. Après l'avoir débarrassée de son écorce, on en fait des soupes assez recherchées. On fabrique aussi du pain avec de l'orge ; mais ce pain est inférieur à celui du blé et du seigle.

ESPÈCES ET VARIÉTÉS, — On distingue quatre espèces d'orge cultivées : l'orge commune de printemps, l'orge à deux rangs, l'orge éventail et l'orge trifurquée.

Dans l'orge commune, les grains, disposés sur six rangs, restent couverts de leurs balles. Les rangs sont sans régularité ; la rangée intermédiaire est plus saillante ; l’épi est long et arqué. L'orge commune est pâle ; il y a des variétés bleuâtres et noirâtres. Cette espèce ne supporte pas le froid des hivers : elle demande à être semée au printemps, et elle peut l'être assez tard, car c'est la plus hâtive de toutes les orges. Elle exige une abondante fumure et talle beaucoup. Par l'abondance et la délicatesse de sa fane, elle fait un excellent fourrage, qui sèche bien, et que l'on coupe dès que les épis apparaissent.

Les grains de orge à deux rangs sont adhérents à la balle et disposés sur deux rangs ; l’épi est long, comprimé, à arêtes parallèles. Elle supporte bien les froids printaniers. Le grain est aussi de très bonne qualité et recherché des brasseurs. La pamelle veut une terre meuble et riche ; elle müûrit en trois mois ; on la sème souvent avec les fourrages.

Les long 1es arêtes de l’orge éventail divergent en forme d'éventail et la font aisément reconnaître. Les grains restent adhérents à la balle ; ils sont assez lourds, et supérieurs en qualité à ceux des autres espèces. Elle passe pour réussir dans les sols médiocres et dans les situations froides.

L’orge trifurquée se distingue par la forme de son épi, qui ressemble à celui du froment, et par l'absence de ses

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barbes, qui sont remplacées par un appendice À trois pointes. Cette espèce est encore peu connue sous le point de vue de sa culture et de ses prodvits.

CLIMAT ET sO1. — De toutes les céréales que nous cultivons ordinairement, l'orge est celle qui végète :: plus vite, C'est pour cela qu’on la voit réussir aussi bien dans les pays froids que dans les pays chauds. Quoiqu'elle soit très sensible aux gelées, si on la sème dans les pays froids en ternps convenable, elle mûrit toujours avant les gelées hâtives de l'automne, Dans les pays chauds souvent exposés aux sécheresses, elle mâûrit avant que la terre ait perdu son humidité.

Le sol le plus convenable à l'orge est un sol peu compacte, mais léger cependant. L’orge donne encore des produits très passables dans d’autres sol:, pourvu toujours qu’il n’y ait pas une abondante humidité. On la voit réussir aussi dans des sols légers, mais elle produit bien peu dans les terres très compactes et nouvelles,

On doit déterminer l’époque des semis suivant la nature du sol, Dans les terrains légers, l'orge devra profiter de l'humidité du printemps, et pour cela il faudra la semer de bonne heure, afin qu’elle puisse couvrir son sol avant l’arrivée de la sécheresse. Dans les sols argileux, on devra attendre que la surabondance d'humidité ait disparu ; par conséquent les semis se feront plus tard.

PLACE DANS LA ROTATION. — L’orge demande un terrain très meuble et ne donne ses meilleurs produits que sur les champs bien ;réparés. Aussi, dans les bonnes cultures, on a ‘oujours ie soin de semer l’orge après une plante qui a reçu uns forte fumure et qui a quitté le sol bien net. On réussit bien avec l'orge, surtout lorsqu'elle est semée après

les récoltes sarclées, telles que les patates, les betteraves, les carottes, les trèfles ou les prairies.

PRÉPARATION DU SOL.—Le terrain que l’on destine à la culture de l'orge doit toujours être préparé à l’automne par un labour profond, afin que le sol puisse profiter des influences de l’hiver pour se pulvériser aussi complètement que possible. Le printemps suivant, si l’on remarque que lameublissement du sol n’est pas suffisant et qu’il ne satisfait pas à toutes les exigences de l'orge, on complètera la préparation du terrain par de forts hersages ou mieux encore par un bon scarificateur, si l’on possède cet instrument.

ENGRAIS ET AMENDEMENTS.—I] est essentiel de donner à l’orge des engrais riches en principes minéraux, mais il n’est pas nécessaire qu'ils soient bien riches ea principes azotés, c'est-à-dire que les fumiers très gras ae sont pas indispensables à l'orge, tandis que ceux qui contiennent beaucoup de substances propres à former les cendres de l'orge, sont les plus convenables ; car l’orge renferme plus de principes minéraux que le blé et le seigle, et ces principes consistent surtout en silice, en potasse, en calcaire e en acide phosphorique. En conséquence on donnera à l'orge des engrais qui contiendront ces principes en grande quantité, afin de pouvoir réparer les pertes ue chaque récolte d'orge fait subir au terrain. A cette fin, on emploiera avec avantage les engrais humains, les urines, les os réduits en poudre, les cendres de suie, etc.

Dans les pays où l’on réussit le mieux dans la c'ilturé de l'orge, on emploie toujours en assez grande arantité les engrais liquides pour favoriser la croissance de cette plante,

Dans tous les cas, il faut éviter de fumer l’orge avec une trop grande quantité de fumier d’animaux, car alors on s’exposerait à récolter beaucoup de paille et peu de grain,

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Aussi, les bons cultivateurs ne fument jamais directement leur orge ; ils préfèrent la semer dans un terrain riche naturellement ou enrichi par les cultures précédentes.

Lorsqu'on a récolté de l’orge sur un terrain, on constate que l’épuisement du sol est un peu plus considérable que celui causé par le blé ou le seigle. Les chimistes ont reconnu, de leur côté, que 100 lbs de grain et de paille récoltés enlèvent au sol la richesse qu'auraient pu lui donner 230 lbs de fumier.

SEMAILLES.—I1 n’est pas nécessaire de répéter ici qu'on doit choisir avec soin la semence d'orge. Quant au mode de semis, c’est le semis à la vo'ée qu’on suit le plus généralement. Cependant :il est aussi avantageux que pour le blé de semer l'orge au semoir. La proportion par arpent est plus élevée que celle du blé. Ainsi, dans les bonnes terres, on prend au maximum deux minots par arpent, et l’on augmente cette quantité lorsque la semence n’est pas de qualité supérieure, que les semis se font tard et que le sol n’est pas bien préparé. Quoique les semailles de l'orge puissent se faire tard sans inconvénient, on doit, autant que possible, les faire à bonne heure ; on y gagnera toujours en produits. Ainsi l’orge de printemps devra être semce depuis le milieu de mai jusqu'au milieu de juin, au plus tard.

L’orge demande toujours à être recouverte d’une couche de terre plus épaisse que le b'é ; aussi les hersages que l'on fait pour recouvrir l'orge, sent toujours plus forts que ceux du blé, Dans les sols légers même, on prend la peine de semer sous raie ; dans ce cas-là, les labours sont très minces On fait la même chose pour les semis d'orge d'automne lorsqu'on les exécute tard. Mais dans les cultures pourvues d’un matériel suffisant, on possède toujours un scarificateur ; alors, au lieu de la charrue, on se sert de

cet instrument pour recouvrir l'orge. Le scarificateur fait, dans cette circonstance, un meilleur travail que la charrue ; il fonctionne beaucoup plus vite, il exécute autant d'ouvrage que quatre ou cinq charrües, et il enterre la semence à la profondeur que l’on désire et que l’on détermine sûre-

ment au moyen des régulateurs. On sème à la profondeur de trois pouces, mais pas au delà de trois pouces et demi dans les terrains argileux ; car, plus profondément, le germe pourrait s'épuiser avant de voir la lumière,

De tous les suins qu'on donne au blé pendant la végétation, l’un des plus importants pour l'orge c’est le hersage : cette opération est absolument nécessaire pour briser la croûte qui se forme à la surface du sol. L'orge souffre beaucoup quand son collet est emprisonné dans cette croûte ; sa végétation s'arrête aussitôt, et si cet état de choses continue longtemps, le produit de ji’ rge est presque nul. Nous avons vu des champs où l'orge ne dépassait pas huit pouces de longueur dans les terrains riches, parce qu'il s'était formé à la surface du sol une croûte si épaisse, que nt la pluie ni la main d'homme n'avaient pu briser.

RÉCOLTE. — La récolte de l'orge se fait lorsque la paille est d’un beau jaune ; plustard, cette paille deviendrait ianchâtre. On ne devrait pas attendre que l'orge ait changé ainsi de couleur pour la récolter ; car alors elle s’égrènera et l'on perdra beaucoup sur les produits. Cependant, si les circonstances nous forcent à retarder la récolte de l'orge, on pourrait éviter l’égrenage en coupant cette plante à la rosée et en ne frappant pas trop foit les tiges les unes contre les autres.

Pour faire la récolte de l'orge, on emploie généralement la faux-javeleuse. Le javelage ne dure pas longtemps, ce n'est pas nécessaire, puisque le battage s'opère très bien,

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Du reste, pendant les javelages longs, les grains sont exposés au mauvais temps, et l’on perd alors sur la qualité de leurs produits. On doit donc rentrer l’orge aussitôt qu’elle est sèche. Après le blé, l'orge est la céréale dont on doit mettre le plus souvent les gerbes en biseau

L’orge est une céréale très productive, Assez souvent, dans les terrains qui lui conviennent et qui sont suffisamment engraissés, on récolte jusqu’à trente et trente cinq minots d’orge par arpent, et quelquefois plus, pourvu touiefois que la saison soit favorable. Dans tous les cas, sur de bons terrains, on peut compter sur un produit moyen de vingt-quatre minots par arpent.

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