‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 37 sur 113 · L’'AVOINE · texte numérisé non relu

L’'AVOINE

L’avoine est un grain très employé pour la nourriture des chevaux, et c’est surtout pour cet objet que l’avoine a pris, depuis quelques années, une si grande extension dans les pays tempérés et froids. Les observateurs croient que l’avoine contient un principe stimulant, aromatique, agissant sur le système nerveux et donnant aux chevaux plus d’agilité et de vigueur.

On emploie aussi l’avoine pour la nourriture de presque tous les autres animaux, Lorsqu'on engraisse des moutons et des bœufs, l’avoine augmente extraordinairement la rapidité de l’engraissement. Cependant, pour les bœufs, l’orge, à poids égal, agit mieux que l’avoine.

L’avoine sert peu à la nourriture de l’homme. Ilya pourtant certains peuples, et suitout les Ecossais, qui en

font une grande consommation. Les Ecossais prétendent, et peut-être avec raison, que la vigueur et l’activité qui distinguent leur race, sont dues en grande partie à l’action salutaire de l’avoine, Avec ce grain on fabrique du gruau qui est très recherché. La farine d'avoine fait un pain grossier, mais si on la mélange en petite quantité avec de la f.rine de blé, on obtient un pain très savoureux.

On emploie beaucoup la paille d'avoine pour la nourriiure des bêtes à cornes et des moutons ; cependant on prétend que cette paille n’est pas aussi nourrissante que celle du blé et de l'orge. Malheureusement on abuse trop souvent du javelage, c’est-à-dire qu'on laisse l’avoine exposée trop longtemps aux intempéries ; s4 paille est alors lavée par les eaux et elle moisit très souvent. Cette paille est la plus mauvaise qu’on puisse servir aux animaux.

ESPÈCES ET VARIÉTÉS, — On distingue plusieurs variétés d'avoine, mais elles peuvent toutes se ranger dans quatre catégories : l’avoine commune, l’avoine de Hongrie, l’avoine courte et l’avoine nue. Ces quatre espèces d'avoine se recommandent chacune par quelques propriétés particulières ; les unes, c’est nar leurs produits considérables ; les autres, par leur rusticité et par leur peu d’exigences dans le choix du terrain. Néanmoins, de toutes ces avoines, la plus cultivée c’est l’avoine commune. Dans tous les cas, toutes les avoines exigent les même soins culturaux. Dans les différentes espèces d’avoine, on rencontre l’avoine d’automne et celle du printemps. La dernière est celle que nous cultivons ; l’avoine d'automne ne résisterait pas à nos hivers rigoureux.

CLimar.— [’avoine de printemps redoute les grandes sécheresses de l'été et ne donne ses meilleurs produits que soûs un climat doux et sur une terre froide. Dans les pays

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humides, on voit quelquefois des avoines belles en apparence, mais lorsqu'on en fait la récolte, on s'aperçoit que la production en grain est bien chétive, tant sous le rapport de la qualité que sous celui de la quantité. (rénéralement l’avoine de ces contrées est légère et ne renferme qu’une toute petite amande,

SOL. — L'avoine n’est pas très particulière sur le choix du terrain ; elle sait s'accommoder d’un grand nombre d'’espèces de sols. Sous ce rapport, c’est la céréale la moins exigeante que l’on connaisse. Aussi, elle réussit bien dans les scls argileux compactes et dans les sols tourbeux, pourvu qu'ils soient frais ; elle donne encore des p:oduits abondants dans les terrains neufs, comme dans les nouveaux défrichements, dans les terrains marécageux débarrassés de leurs eaux, et dans les sols tourbeux assainis ; et généralement dans ces situations le blé donne une meilleure récolte après l’avoine. Il n’y a que les terrains trop sablonneux, trop secs, trop calcaires et trop compactes qui ne conviennent pas à la culture de l’avoine.

PLACE DANS LA ROTATION. — L’avoine, comme toutes les autres céréales, aime un terrain riche, bien ameubli et bien nettoyé. Elle vient bien après les plantes qui reçoivent une forte fumure et piusieurs sarclages ; cependant elle est moins exigeante que les autres céréales ; on devrait, par conséquent, conserver aux autres plantes les sols les plus riches et procurer à l’avoine une nourriture moins recherchée, en la cultivant, par exemple, après une vieille prairie, un vieux pâturage et après la plupart des autres plantes généralement cultivées, mais pas après le bJé. L'avoine semée après le blé ne donne que de bien faibles produits.

L’avoine a l’heureuse propriété de pouvoir, dans certains sols, croître plusieurs années de suite sur le même champ,

sans que sa production diminue d’une manière sensible. On remarque néanmoins que les champs, une fois épuisés par la culture très prolongée de l’avoine, reprennent bien difficilement leur ancienne fécondité ; et cette culture prolongée a pour effet de mutiplier les mauvaises herbes. De sorte que, dans toute bonne culture, on aura soin de mettre un intervalle suffisant entre chaque retour de l’avoine, Dans quelques localités on suit l’assolement suivant :

Première année, plantes sarclées :

Deuxième ‘“ orge;

Troisième ‘“ trèfle;

Quatrième “ avoine ;

Cinquième “ blé,

Cet assolement est très avantageux dans les cultures où l’on ne possède pas une grande quantité d'engrais, et lorsqu’on n’a pas le temps de faire ses travaux convenablement. Dans tous les cas, l’avoine, quoique cultivée sans soin, donne encore des produits passables. Que serait-ce donc si on la eultivait avec tous les soins qu’elle exige ?

ENGRAIS ET AMENDEMENTS. — Sous ce rapport, les. exigences de l’avoine sont les mêmes que celles des céréales précédentes, et tous les engrais qui conviennent au blé conviennent également à l’avoine. Mais, cependant, les plus. belles avoines s’obtiennent sur les terrains qui contiennent beaucoup de potasse, par exemple, sur ceux qui ont reçu beaucoup de cendres vives, comme sur les nouveaux défrichements.

Lavoine et le blé d'inde sont les deux céréales sur lesquelles le plâtre produit le plus grand effet. En Angleterre, les engrais les plus propres à la culture de l’avoine sont classés de la manière suivante: 1° le fumier de vache;

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2° l'engrais humain desséché : 30 le fumier de mouton; 4° le fumier de cheval, et 5° les engrais verts. Cependant, sous un climat différent de celui de l'Angleterre, c’est-à-dire sous un climat sec et dans des terrains légers, les engrais verts pourraient très bien passer les premiers, car ces engrais procurent au sol une fraîcheur des plus favorables.

On pratique sur les terrains deitinés à l’avoine une opération appelée mirnage. Cette opération consiste à répandre sur les terrains une espèce de chaux connue sous le nom de marne. Les bons effets du marnage sont remarquables non seulement sur les terres labourées, mais encore sur les prairies non irriguées. Un auteur cite une prairie naturelle où le marnage porta la récolte en foin de 250 bottes à

L’avoine eit une des céréales les moins épuisantes : 100 lbs de paille et de grain enlèvent au sol 190 lbs de fumier, c'est-à-dire que si nous récoltons par arpent 25 minots d'avoine, pesant 40 lbs par minot, nous aurons 1,000 Îbs de grain avec environ 1,800 lbs de paille ; le poids total de la récolte serait de 2,800 Ib:. Cette récolte enlèverait au sol 3,528 Ibs de fumier. Cet épuisement n’est donc pas très considérable.

SEMAILLES.— On sème toujours l’avoine à la volée ; mais, comme pour toutes les autres céréales, il y aurait beaucoup d'avant ige à semer l’avoine au semoir mécanique.

Le choix et la préparation des semences doivent se faire avec soin, afin de ne confier à la terre que des graines de bonne qualité, capables de donner naissance à des tiges fortes et vigoureuses.

Dans les terres où l’on cultive généralement l’avoine, on sème par arpent deux minots à deux minots et demi ; quelques cultivateurs cependant mettent jusqu’à trois minots.

Pour employer cette dernière quantité, il faut que la culture se fasse dans des situations peu favorables, lorsque, par exemple, la semence n’est pas de très bonne qualité ou que les semis se font sur des sols légers et pauvres,

L'avoine demande à être enterrée profondément, plus profondément dans les terres légères que dans les terres argileuses. Pour remplir cette condition, on enterre avec la herse dans les sols argileux et, autant que possible, avec le scarificateur dans les sols légers.

SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION.—L'avoine exige, pendant la végétation, les mêmes soins que le b'é, Il faut donc rigoler, herser, sarcler et saupoudrer, lor:que les besoins de la culture le demandent. Mais, comme l’avoine ne craint pas les mauvaises herbes, on peut se dispenser du sarclage.

RÉCOLTE, -— ]/avoine parfaitement mûre s’égrène beaucoup. Pour éviter cette égrenage, on doit devancer un peu l’époque de la récolte, et l’on n'attend pas que la plante ait changé de couleur et que toutes les graines soient parfaitement mûres pour faire la récolte. D'ailleurs, l’avoine possède, comme le blé, la faculté d'achever sa maturation en puisant dans sa tige les sucs qui lui conviennent. Cette faculté permet de récolter l’avoine avant sa complète maturité, Dans ce cas, non seulement on évitera beaucoup de pertes par l’égrenage, mais encore la paille sera de bien meilleure qualité et plus recherchée pour la nourriture des animaux.

Pour faire la récolte de l’avoine, on emploie les mêmes nstruments que pour le blé. On se sert aus;i de la faux nue, et l’on récolte alors l’avoine de la même manière qu’on récolte le foin. Le travail de la faux nue est rapide, il est vrai, mais, comme le grain reste en andains et non pas en javelles, le séchage s'opère plus difficilement ; il faut retourner les andains à plusieurs reprises ; on ne peut pas enger-

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ber le grain; on doit râteler pour ramasser les glanures, comme pour le foin, et dans toutes ces manipulations, on perd une grande partie de la récolte, Puis, quand vient le battage, l'opération est beaucoup plus longue. A tout prendre, on ne doit emp'oyer la faux nue pour faire la récolte de l’avoine que dans le cas où le prix de la main d'œuvre est excessivement élevé, et mêne dans ce cas on ferait mieux de cultiver en avoine une bien plus petite étendue que d’en faire la récolte à la faux nue, En adop. tant cette ligne de conduite, on aurait un produit au moins aussi considérab'e, et l’on s'épargnerait beaucoup de travail et une grande perte de terrain.

Après le coupage, l’avoine demande les mêmes soins que le blé, c'est-à-dire qu'il faut lui faire subir l'opération du javelage, afin qu’elle puisse se battre plus facilement. De toutes les céréales coupées, l’avoine est celle qui résiste le mieux aux intempéries pendant le javelage ; mais on abuse de cette heureuse propriété : généralement 01 laisse l’avoine blanchir sur le champ ; le grain est alors exposé à germer ; la paille, de mauvaise qualité, pzrd ses principes nutritifs et devient milsaine, Lorsque l’avoine a subi quelques jours de javelage, il faut la rentrer immédiatement, car lave ne mouillée met trop de temps à sécher.

On peut aus.i, avec avantage, mettre l’avoine en b'seaux, quoique ce ne soit pas aussi nécessaire que pour le blé, Quelquefois on rentre l’avoine sans l'engerber. C’est une mauvaise méthode, qui ne doit avoir sa raison d’être que lorsque la récolte a presque complètement manqué.

RENDEMENT.— Dans les pays où l’on donne tous les soins voulus à la culture de l’avoine, dans les contrées surtout où la terre est très morcellée, on obtient des récoltes d'avoine pour ainsi dire merveilleuses. En Belgique, par exemple, le

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produit moyen est évalué à 43 minots par arpent, et le produit maximum peut atteindre jusqu’à 60 minots par arpent. On cite de nombreuses récoltes de 50 minots et plus par arpent, chaque minot pesant 34 Ib.

Avec le système de culture que nous suivons généralement, c’est-à-dire en alternant sans cesse l’avoine avec les pâturages, la terre se fatigue et s'épuise, et les produits s’affaiblissent graduellement. Il est bien vrai que les animaux déposent pendant l'été une certaine quantité de fumier sur la surface de la terre, mais ce fumier suffit-il pour réparer les pertes que le sol a subies pendant la végétation de l’avoine ? Evidemment non, puisque le nombre d'animaux que ce pâturage a nourris est fort restreint et que, par conséquent, ces animaux ne peuvent déposer que bien peu de déjections. De plus, ce pâturige est naturellement pauvre ; il n’y passe que quelques mauvaises herbes, que le bétail laisse bien souvent de côté. Si nois avions la précaution, la dernière année où nous semons, de répandre un peu de graines de mil et de trèfle, nous aurions, l’année suivante, un bien meilleur pâturage ; le champ pourrait nourrir plus d'animaux et recevrait par conséquent une plus forte fumure. Mais même dans ce cas-là la funure donnée.par les animaux pendant le pâturage ne suffirait pas, car ce serait à peine le quart d’une fumure convenable. Il faut absolument adopter la méthode des bons agriculteurs, qui ne cultivent leurs céréales que sur les terres préalablement enrichies. Avec le mauvais système que nous suivons, nos récoltes ne dépassent pas 28 minots par arpent, et les récoltes les plus ordinaires atteignent à peine 20 à 22 minots par arpent,

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