LE SARRASIN
Le sarrasin n'appartient pas à la même famille que les plantes précédentes. Le blé, l'orge, le seigle et l’avoine appartiennent à la famille botannique appelée graminée, tandis que le sarrasin fait partie de la famille des composés. Aussi, on remarque que le sarrasin présente avec les céréales précédentes de grandes différences, tant dans la forme de la tige et le port, que dans la forme des feuilles et des fleurs, Cependant en culture, on considère le sarrasin comme étant une céréale tout aussi bien que les plantes que nous venons de voir.
Le sarrasin est une plante dont la culture est beaucoup étendue ; dans certaines contrées, les habitants n’ont pas d'autre farine que celle du sarrasin ; dans d’autres parties du pays, le sarrasin n’est pis aussi commun ; cependant on le consomme encore sur une grande échelle. D'ailleurs, ce grain constitue une nourriture très saine et très fortifiante ; aussi les animaux à l’engrais et surtout les porcs en font ils une grande consommation ; les bêtes à cornes mangent très bien la boëte faite avec la farine de sarrasin. La faculté nutritive de cette plante est à peu près égale à celle de l'orge.
On fait avec le sarrasin un fourrage vert très estimé ; mais ce fourrage ne convient pas aux moutons, parce qu'il produit en eux une espèce d’enivrement. On fabrique encore
avec le sarrasin un engrais vert que l’on enfouit dans le sol
dès que les premières fleurs apparaissent.
Le sarrasin a l’heureuse propriété d’être peu épuisant et de prendre dans l'air la plus grande partie de sa nourriture.
ESPÈCES ET VARIÉTÉS. — On reconnait deux espèces de sarrasin : le sarrasin commun et le sarrasin de Tartarie, Le sarrasin commun est d’une belle couleur brune, et son grain e:t recouvert d’une peau lisse. Le sarrasin de Tartarie possède une couleur grisâtre, et sa peau est rugueuse, Ce dernier sarrasin donne un produit moins abondant et de moins bonne qualité que le premier ; mais, par contre, il est plus robuste, il résiste mieux aux intempéries et produit un fourrage vert abondant. On le cultive aussi pour la nourriture de l’homme et des animaux, quoique sa production paraisse de qualité inférieure.
CLIMAT, — Le sarrasin craint les gelées tardives du printemps et les gelées hâtives de l’automne. On ne peut donc le semer qu'après les gelées du printemps, car la moindre gelée qui l’atteindrait avant sa maturité le ferait périr. On commet une faute en semant le sarrasin trop tard, et c’est un défaut assez commun chez nos cultivateurs.
Le sarrasin donne ses meilleurs produits sous les climats doux et humides ; la sécheresse ne lui va pas de même que les vents froids. Il existe peu de contrées où la culture du sarrasin soit assurée. Cependant o1 le cultive un peu partout à cause de ses bonnes qualités.
Soz.—Le sarrasin produit abondamment, surtout dans les terrains de consistance moyenne, non arides, mais en même temps pas trop humides. Dans les terrains humides ou trop engraissés, la croissance de sa tige s’opère lentement et quelquefois la floraison se fait si tard, que les gelées blanches arrivent avant que le grain soit mûr. Les sols argileux compactes sont peu convenables à cette plante. Sous un climat favorable, les terres légères granitiques et schisteuses conviennent très bien au sarrasin.
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PLACE DANS LA ROTATION.—Le sarrasin n’est pas difficile sous ce rapport. Pourvu que le terrain qui doit le recevoir soit bien ameubli, le sarrasin pousse après toutes les espèces de plantes. On l’emploie même comme plante nettoyante, car il végète avec vigueur et étouffe les mauvaises herbes,
Dans plusieurs localités, on observe l’assolement suivant : première année, patates fumées et sarclées ; deuxième année, sarrasin ; et on alterne ainsi pendant longtemps, tout en maintenant l'abondance des produits. On le fait croître aussi sur les nouveaux défrichements, tantôt comme première récolte, tantôt comme deuxième.
Quelquefois on sème le sarrasin dans le but de favoriser la végétation des plantes de prairies, comme le mil et le trèfle, Pour cela on sème des graines de prairies dans le sarrasin, et alors le succès est plus certain que si on les avait semées dans l'orge ou l’avoine.
PRÉPARATION DU SOL. — Nous avons déjà dit que le Sarra in demande un terrain meuble, On doit comprendre par là qu’il faut donner à cette plante un terrain léger et meuble, et même multiplier les labours, si c'est nécessaire. Néanmoins, dans les terrains de Consistance muyenne où lon sème ordinairement le Sarrasin, un seul labour est suffisant.
ENGRAIS ET AMENDEMENTS. — On ne fume presque jamais le sarrasin ; il se contente de ce qui reste dans le sol. Dans un terrain excessivement riche, on aurait beaucoup de tiges, mais on pourrait craindre que le grain n'arrivât pas à sa maiurité avant les gelées, Dans les terrains pauvres, on fume quelquefois directement le sarrasin, et on s’en trouve bien ; dans ce Ca, on répand sur le terrain le fumier qui lui convient, c’est-à-dire le fumier froid dans les sols chauds, et le fumier chaud dans les sols froids. Outre
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les engrais de fumier, le sarrasin peut encore recevoir quelques substances fertilisintes, comm: celles qui contiennent beaucoup de potasse, de chiux et de magnésie ; on trouve ces substances dans les cendres, la suie, la chaux, etc., et l’on emploie ces engrais avec avantage.
Le sarrasin est une des plantes les moins épuisantes que l’on connaisse, Grâce à des expériences souvent répétées, on a constaté que le sarrasin prend dans l'air au moins la moitié de sa nourriture. C'est pour cela que l’on recommande si souvent le sarrasin comme engrais; car, en semant du sarrasin sur un terrain, le sol ne fournit que la moitié de la nourriture à la plante, l'air lui procure l’autre moitié ; si l’on enfouit le sarrasin, toute la semence servira d'engrais, et le sol se trouvera enrichi d'autant. Pour démontrer que le sarrasin, même lorsqu'il est mûr, est peu épuisant, on a fa:t des calculs, et de ces calculs il ressort que 100 Îbs de paille et de sarrasin récoltés n’enlèvent au sol qu'environ 118 Ibs de fumier.
SEMAILLES. — Le sarrasin mûrit très irrégulièrement, car la florai-on n’est pas simultanée, elle n’est que graduelle. Aussi sur un pied de sarrasin voit-on des graines parfaitement mûres et d’autres qui sont encore en lait, en même temps des fleurs presque formées, des fleurs qui viennent de s'ouvrir et d’autres qui ne sont pas encore ouvertes. Par conséquent, les récoltes de sarrasin contiennent des grains de qualité fort différente. C'est ici qu’il est nécessaire de bien trier la semence, car, il ne faut pas l'oublier, il n’y a que les graines parfaitement mûres qui donnent des plantes vigoureuses. Il est bien vrai que ce triage ne se fait jamais, mais ce n’en est pas moins une faute que tout cultivateur devrait éviter. On devrait d’abord trier ses semences, ensuite les arroser avec de l'eau dans laquelle on a fait tremper un
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Les semailles du sarrasin, sous notre climat, se font pendant la dernière semaine de mai ou au commencement de juin. Le semis s'effectue toujours à la volée, et la graine n'aime pas à être enterrée profondément ; un hersage léger suffit ; mais si le temps est à la sécheresse, on doit rouler après le semis. Si l’on sème le sarrasin pour ses graines, on doit le semer clair, 6 à 8 gallons par arpent ; en semant plus dru, les tiges sont serrées les unes contre les autres, se nuisent et produisent moins. Lorsqu'on sème pour avoir du fourrage ou de l’engrais, on sème plus fort; on met jusqu’à un minot et quart par arpent, Une fois semé, le
sarrasin est laissé à lui-même ; sa végétation est si vigoureuse qu’il ne craint pas plus les mauvaises herbes que la
croûte qui pourrait se former à la surface du sol.
RÉCOLTE. — Comme nous l’avons déjà vu, la maturation irrégulière des graines de sarrasin ne nous permet pas de récolter cette plante sans pertes. Si on récolte tard, les premières graines sont déjà tombées ; si on récolte trop tôt, une grande partie des graines ne seront pas assez mûres, Alors on choisit un moyen terme ; les premières graines ne sont jamais les meilleures ; les dernières ne le sont pas non plus ; les meilleures sont celles qui môûrissent entre ces deux catégories, entre ces deux extrêmes. Par conséquent, on récolte lorsque la plus grande partie des graines sont mûres.
La récolte se fait généralement à la faux et à la faucille, Comme le sarrasin est très exposé à s’égrener, on doit le manier avec précaution. On le laisse en javelles jusqu’à ce qu'il soit sec ; ensuite on le lie en petites gerbes, ce travail s'opère le matin à la rosée ; on en fait des biseaux sans
chapeau ; le sarrasin achève de se dessécher, et enfin on le rentre.
RENDEMENT, —- Le produit moyen du sarrasin est de 20 minots par arpent ; assez souvent la récolte n’atteint pas ce chiffre ; mais dans les bonnes terres, on obtient quelquefois 30 minots par arpent.