‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 4 sur 113 · NN TER · texte numérisé non relu

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est de mnême pour le fabricant de coton ou de drap; si sa matière première est bonne, ses produits seront recherchés par tous les négociants. Cette vérité saute aux yeux de tous ceux qui voient clair.

Mais pour que le cultivateur, qui considère l’agriculture comme une industrie, puisse réussir dans ses opérations, il doit connaître trois choses importantes : les éléments nécessaires de production, le meilleur mode d'organiser une culture, et la meilleure manière de diriger cette culture. Les éléments nécessaires de production sont : l’homme, la ferme, le capital, le travail et l’engrais. Ces cinq éléments sont absolument indispensables dans toute exploitation agricole. Si l’un d’eux fait défaut, le succès est alors impossible. Supposez que l’homme ne possède pas la science agricole à un assez haut degré, ou que la terre soit stérile, ou que le capital soit nul, ou que le travail soit insuffisant ou mal fait, ou que l’engrais soit en trop petite quantité ; vous comprenez immédiatement qu’une ferme qui sera placée dans de telles conditions ou qui sera dirigée par un maître aussi peu habile, s’en ira bientôt à la ruine, et qu'il en sera fini de l’industrie agricole dans un pays où les éléments de production sont négligés. Au contraire, si vous réunissez les cinq éléments de production dans une exploitation, vous êtes certain que la ferme sera prospère et rendra des produits vraiment étonnants. Pour vous convaincre de cette vérité, vous n’avez qu’à jeter les yeux sur nos campagnes, et vous constaterez bientôt pourquoi telle ferme est bien productive et pourquoi telle autre est dans un état languissant.

L'économie rurale étudie l’homme au point de vue de son individualité d’abord, c’est-à-dire de ses connaissances, de ses facultés morales on intellectuelles, et ensuite au point

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de vue de sa position, soit comme propriétaire, soit comme fermier ou régisseur, etc. A cette étude du cultivateur vient naturellement se joindre celle de sa compagne comme maîtresse de maison, qui joue un rôle marquant dans l’exploitation d’une terre.

Nous venons de voir que l’agricuture est une industrie, mais c’est une industie qui exige plus de connaissances que toutes les autres. Nous ne parlons pas ici du cultivateur qui se contente d'exercer un métier, mais bien de celui qui considère la profession agricole comme un art et comme un métier tout à la fois. Le premier pourra certainement obtenir quelque succès, surtout s’il connaît bien son métier, s’il a l’esprit d'économie, s’il travaille beaucoup et s’il sait se conformer aux exigences des circonstances locales ; mais ses succès ne seront toujours qu'incomplets, et il ne les obtiendra qu’au prix de rudes labeurs et d’abondantes sueurs, Le repos lui sera inconnu, et une voix criera sans cesse : Marche ! marche! Et il marchera, mais sans faire jamais de progrès. (Ce sera une véritable machine que l’eau ou la vapeur fait tourner. Cette machine exécute dans une minute le nombre d’évolutions voulu, et voilà tout ; elle ne dépasse jamais la marque indiquée par son auteur.

Il en est de même du cultivateur qui ne possède pas une instruction agricole spéciale ; il est condamné à une inertie continuelle, parce qu’il n’a pas les moyens nécessaires pour améliorer ses procédés agricoles, à moins, toutefois, qu’il n'ait devant les yeux les exemples donnés par les hommes riches et instruits qui suivent la même carrière que lui. Dans ce dernier cas, s’il est intelligent, il pourra observer et imiter, et il fera quelque progrès dans son métier. Nous avons une preuve de ce fait dans les centres où il existe une

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école d'agriculture. Là, les cultivateurs non instruits réussissent mieux qu'ailleurs, parce qu’ils cherchent sans cesse à imiter ce qu’ils ont sous leurs regards.

Le succès est toujours plus certain, lorsqu'il s’agit du cultivateur qui considère l’agriculture comme un art et comme un métier, et qui a étudié l’industrie agricole à ce point de vue. Ce cultivateur travaille sans relâche à améliorer son système de culture et ses procédés de fabrication. Avec l'instruction spéciale qu'il possède, il peut apprécier les défauts et les qualités d’une terre, trouver les moyens de rendre les mêmes plantes plus productives, se procurer les matières les plus propres à améliorer et à enrichir le sol, faire un meilleur choix d'instruments aratoires ou de machines agricoles, et obtenir de l'élevage, de l’engraissement et de l'entretien des produits plus abondants avec le moins de dépenses possible. Lui seul peut arriver à connaître les habitudes et les besoins des bestiaux, la valeur nutritive des divers aliments, la meilleure manière de conserver les produits, la meilleure installation des bâtiments ruraux, le meilleur assolement suivant le sol et le climat, et la facilité des ventes et des achats, Lui seul peut encore, au moyen d’une bonne comptabilité, constater ses opérations culturales et commerciales et leur donner une excellente direction. Enfin le cultivateur qui a fait de l’agriculture une étude spéciale, possède de plus l'avantage de pouvoir grouper toutes ses connaissancos et de les faire concourir au succès général de sa cuiture.

D'après ce que nous venons de voir, nous devons conclure qu’il est impossible d'entrer dans la voie des améliorations avec quelques chances de succès, si l’on n’a pas fait une étude spéciale de l’art agricole. Nous exceptons toutefois le cas où, comme nous l’avons déjà dit, le cultivateur

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non instruit, mais intelligent, aura de bons exemples devant les yeux. Mais encore ici il pourra très souvent se tromper dans la mise en pratique de ces leçons, lorsqu'il se trouve, par exemple, placé dans d’autres circonstances que celles qui ont favorisé le cultivateur jaistruit. Il faut tenir compte du climat, de la nature du sol et d’une foule d’autres choses qui inf ent considérablement sur le rendement d’une terre. Le cultivateur instruit dans son art a pour lui plusieurs chances de succès que le praticien ordinaire ne possède pas.

Mais il faut bien se garder de conclure de là que la théorie seule est suffisante. Non, il nous faut connaître encore le métier et la partie commerciale de l’agriculture. Ces trois parties, la science, le métier et l’industrie, sont indispensables, et l’une ne peut marcher sans l’autre. Sans la science, on se bornera à suivre les vieux sentiers de la routine, Sans le métier, on est obligé de compter entièrement sur l’aide de ses ouvriers pour l’exécution des travaux, et une ferme qui manque de direction, marche rapidement à la ruine ; car, dans ce cas, tout le monde est maitre, l’ouvrage est mal fait et le gaspillage joue un grand rôle, Sans l'inGustrie, on ne neut se rendre compte des différentes opérations qui se font sur une ferme, et l’on ne peut cons tater la valeur de la production; en un mot, on ne connaît rien de ses affaires. Le cultivateur doit donc, pour réussir dans son art, avoir fait de l’agriculture une étude spéciale, savoir exécuter parfaitement les travaux manuels et contrôler toutes ses opérations au moyen de chiffres et de calcul.

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