‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 5 sur 113 · LA ROUTINE · texte numérisé non relu

LA ROUTINE

Nous venons de voir que la science, le métier et l’industrie sont indispensables en agriculture. Mais le cultivateur qui possède ces trois avantages, ne pourra pas encore réussir dans l’exploitation d’une ferme, s’il n’a pas certaines dispositions morales qui le mettent en état de faire de la bonne culture. Plus loin nous dirons un mot des principales qualités que l’on doit trouver chez un cultivateur. En attendant, nous lui conseillerons de chercher à bien se connaître, à ne pas se faire illusion et à ne pas se croire plus habile que son voisin; c’est un défaut commun à tout le genre humain ; on pense toujours mieux faire que les autres.

Quand il s’agit de suivre un chemin tout tracé, il ne faut pas un grand effort d'intelligence pour marcher droit devant soi. C’est ce que font ceux qui suivent la routine. Heureusement le nombre en est bien petit aujourd’hui ; car on comprend maintenant que la routine empêche le progrès, que le métier seul n’est pas suffisant et qu’il nous faut des cultivateurs instruits et capables de donner l'élan à l’art agricole. Cependant, il y a encore des gens qui sont opposés aux améliorations et qui se moquent de ceux qui veulent placer l’agriculture à ja hauteur des exigences actuelles. C'est le plus grand malheur dans lequel une industrie puisse tomber, car cette industrie est alors bien près de sa ruine.

En agriculture, bien plus que dans toutes les autres industries, le progrès est essentiellement nécessaire ; car tout cultivateur qui ne progresse pas, recule. Mais il faut à l'agriculture un progrès continuel et graduel qui marche sûrement et lentement, mais non un progrès passager que

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Von abandonne bientôt pour retomber dans les anciennes fautes. Lorsqu'on voit le cercle des connaissances humaines s'agrandir avec une extrême rapidité, serait-il juste de condamner l’agriculture à l’inaction, elle qui doit marcher à la tête de toutes les industries ? N’imitons pas ceux qui disent : “ Nos pères cultivaient leurs terres de telle ou telle manière, etils vivaient heureux et contents ; la prospérité régnait toujours au foyer. Nous suivons leur exemple, et nous pouvons compter sur le succès.” Ce raisonnement est faux, pour la bonne raison que les circonstances ne sont plus les mêmes : la terre ne produit pas comme autrefois ; elle s'est appauvrie d'année en année, et les récoltes ont diminué du tiers au moins. Si vous suivez l'exemple de vos pères, elle deviendra de plus en plus stérile, et avant longtemps elle ne produira pas assez pour subvenir à l'entretien de la famille. Vous serez alors obligé de recourir aux achats pour combler les déficits ; c’est-à-dire que vous commencerez à vous endetter, et, une fois sur cette pente, vous glisserez au fond du précipice. Pour éviter cet écueil si funeste aux agriculteurs, il faut de toute nécessité entrer dans la voie des améliorations, du progrès moderne, tout en tenant compte du capital dont on peut disposer.

La terre n’est pas aussi riche qu’autrefois, et les besoins sont devenus plus urgents. La valeur productive diminue, mais les dépenses augmentent de jour en jour. Ainsi, aujourd’hui on se construit de plus belles maisons et des granges plus confortables qu’autrefois ; on porte une toilette plus riche ; la table'est plus abondamment fournie, et l'instruction est plus répandue. Par conséquent, tout cela entraine des dépenses bien plus considérables qu'il y a vingt ans ; pour rencontrer ces dépenses, nous devons nécessairement augmenter la valeur productive des terres, et, pour

arriver à cet heureux résultat, nous devons améliorer nos terres et leur faire produire deux épis de blé là où elles n’en produisaient qu'un auparavant ; nous devons forcer nos animaux, en les soignant mieux, à nous donner une plus grande quantité de lait, de beurre, de fromage et de laine ; nous devons, en un mot, travailler de toutes nos forces à faire disparaître les nombreuses fautes qui se sont glissées dans notre système de culture, et, chaque fois qu’une faute disparaîtra, nous ferons un pas vers le progrès.

Le routinier ne réussit pas dans l'exploitation d’une ferme, et sa culture ne le paye pas, pour plusieurs raisons ; nous nous contenterons d’énumérer les suivantes : 1° Le cultivateur routinier ne recueille pas assez bien ses engrais ; 20 il ne sait pas les utiliser ; 3° il ne combine pas assez bien sès assolements ; 4° il n’accorde pas une assez large place aux plantes fourragères ; 5° il craint trop de remplacer ses vieux instruments aratoires par des outils perfectionnés ; 6° il ne soigne pas assez bien ses travaux de culture ; 7° il n'ameublit pas assez bien sa terre, ne la nettoie pas et ne l’égoutte pas convenablement ; 80 il ne veut pas proportionner l'étendue de sa culture au volume des engrais dont il dispose ; 9° il n’est pas assez convaincu de l’importance du capital d’exploitation ; 10° il achète trop facilement à crédit, comme si les échéances ne devaient jamais arriver ; 11° il dédaigne trop les connaissances théoriques et ne se tient pas même au niveau des connaissances pratiques de l’époque; r2° il ne cherche pas assez à connaître quels sont les progrès réalisés dans les autres parties du pays.

Voilà les fautes principales dans lesquelles tombent les routiniers. Et pourtant, ces fautes seraient bien faciles à éviter, surtout avec un peu de bonne volonté, Espérons

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